PRISE DE CONSTANTINE
Le 1er octobre 1837, un corps d’armée de plus de 12 000 hommes d’inmterie et d’environ -1 000 cavaliers partait du camp de Medjez-Amar, itué à égale distance de Bône et de Constantine, pour procéder au siège ■égulierde cette dernière place. Guyon était le chirurgien en chef de l’expéition, Hutin dirigeait l’ambulance du quartier général, Baudens celle de -avant-garde, Sédillot celle de l’arrière-garde. Il eût été impossible de 3 unir un personnel chirurgical mieux entendu.
Le 6 octobre, le corps expéditionnaire était sous les murs de la place, 1:, le 10, il lançait ses colonnes d’assaut sur la brèche. Mais à peine [avaient-elles franchie qu’une épouvantable explosion de mine ensevelisi lit, sous les ruines des maisons écroulées, un grand nombre d’hommes et î blessait trois cents. Arrêtées un instant, les troupes furieuses se répanlant dans la ville, s’emparent de vive force de chaque rue, de chaque mai- -n, et en chassent les défenseurs.
Dans cette lutte corps à corps, les morts, comme on devait s’y attendre, aient été nombreux et le chiffre des blessés proportionnellement faible îisqu’il ne dépassait pas une centaine d’hommes. Par contre, l’explosion 1 f°urneau de mine en avait mis trois cents hors de combat. Fait digne de marque et qui montre quelle était la précision du tir de l’assiégé, le rps d officiers avait fourni, à lui seul, les deux tiers des blessés et des és. Après la prise de la ville, on réunit la plupart des blessés sérieusement teints, au nombre de trois cent trente-six, dans l’hôpital improvisé du ïpha (maison du Bey).
En quittant Medjez-Amar, l armée y avait laissé tout le matériel nécessaire v ambulances et, du 6 au 10 octobre, surprise par une pluie continuelle .glacée, elle avait été réduite à abriter trois à quatre cents dysentériques 'fébricitants sous les caissons et les voitures1.
Trois jours seulement après l’assaut de la ville, les fiévreux trouvent le dans ses murs et sont réunis en partie aux blessés à l’hôpital im- )visé du Caïpha, dans un bâtiment à un étage, humide, sans air ni lucre*. Là, ces hommes sont réduits à la plus affreuse détresse. Us sont
Histoire médicale et chirurgicale de l'expédition dirigée contre Constantine en 1 8.17 Uüyon chirurgien en chef de l’expédition, in Uccueil de mémoires de médecine , de chipe et ae pharmacie militaires, ire série, t. XLIV, p. 235
2. * Les trois jours avaient été employés à inventorier tout ce que contenait ce palais -mlant ce temps quelques centaines de malades et de blessés n’avaient pas de refuse ’ nu on eut bien inventorié tous les objets, et qu’on l’eut débarrassé de tout ce qu’il conülvans’ ^pis, etc.), les blessés furent placés par terre , les uns près des autres, sans
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2,ri8 LA CHIRURGIE MIL. UE LA RESTAUR. AU SEC. EMPIRE.
sans vivres, la plupart sans couchage; les chirurgiens qui les soignent manquent des objets de pansement les plus nécessaires et c’est à peine s’ils ont 1 quelques infirmiers pour les aider. La presque totalité des dysentériques! réunis dans la mosquée est à peine assisté et se trouve môlé aux nombreux blessés atteints de congélation et à ceux atteints de vastes brûlures qui fournissent une suppuration abondante et infecte1. Si on veut bien se rappeler que, dans une salle d’hôpital bien ventilée, un seul de ces brûlés. j régulièrement pansé, suffit déjà pour l’infecter, on se fera alors une idée! exacte de ce que pouvait être ce cloaque où plus de cent de ces malheureux! presque sans pansements pour recouvrir des plaies sur lesquelles grouillaient des myriades de vers, étaient couchés, parterre, dans un même local chaud et non ventilé. Ces larves étaient si nombreuses qu’elles constituaient une véritable complication des blessures. L’ordonnance d’un officier dont parle Guyon était obligé, pour s’en débarrasser, de secouer chaque jour par les fenêtres, les lambeaux de tapis sur lesquels son maître reposait. Séq
dillot en avait retiré jusqu’à cinquante de l’orbite d’un blessé. Elles s’étaienti développées entre la paupière et le globe oculaire à moitié dévoré. Chez uni autre l’oreille en était remplie2. On serait tenté de passer sur ces écœu-i rantes histoires, mais à les masquer ou à les taire, on oublierait les responsabilités et on perdrait peut-être les fruits d’une expérience qui ne doit plus se renouveler au xixe siècle. Était-on donc si éloigné, en 1837, de cettq expédition de 1830 durant laquelle les besoins des services sanitaires avaienj été prévus avec une entente et une précision si parfaites!
Ce n’était pas là tout. Importé de Marseille par le 12e de ligne, le choi léra, qui, jusque-là, n’avait fourni que quelques cas isolés, sévit bientôt avec violence dans un milieu si favorable à son éclosion. Comme il le fer, dans d’autres campagnes, il s’attaque de préférence aux blessés et aul malades et il fauche, en quelques jours, trois cent trente hommes. Auss l’armée, après avoir pourvu rapidement à la garde de la ville, est-ell( obligée de l’évacuer avec précipitation en se faisant précéder d’un convo de cinq cents malades et blessés; elle sème sur la route cinquante morts e ramène le choléra à Bône3. Pendant ce temps, à Constantin^, trois méde cins du corps expéditionnaire puisaient les germes d'une mort que n’a doucissait même pas le prestige de la gloire.
Tel fut l’épilogue de cette rapide et brillante conquête.
autre chose pour les recouvrir que leurs propres vêtements souillés de sang et de boue Quelques-uns avaient pu se partager de rares matelas, des lambeaux de tapis ou des sac' tissés en laine, mais le plus grand nombre était privé de ces misérables ressources... Pa un faux point d’honneur, qui coûta la vie à beaucoup, on n’utilisa pas les ressources si pré cieuses des maisons que les Juifs dévastèrent. »
Les quelques blessés qu’avait réunis Baudens furent mieux partagés. Las de subir le lenteurs que l’administration mettait à hospitaliser les blessés, et profitant de la libert d’action que lui donnait sa position de chirurgien du prince de Nemours, il s’empara de 1 maison de Ben-Aissa et utilisa tapis, meubles etustentilespour ses malades et ses blessés. Oi fit plus que lui en tenir rigueur. Sédillot, Campagne de Constantine, pp. 254 et suivantes 1. C’est alors, dit Sédillot, que nous recouvrîmes, avec des compresses trempées dan la boue formée par les précédents orages, les brûlures que nous ne pouvions panser autre | ment et ce moyen, recommandé autrefois par l’art, réussit au moins à calmer les plus vive souffrances. Sédillot, o. c., p. 236.