RESTANTES DES OBUS
Un coup d’œil jeté sur ce tableau démontre que la balle de l’obus de 80 lancé à 2 000 mètres avec la charge ordinaire aurait la vitesse restante de la balle du fusil modèle 1874 à 300 mètres.
La balle du même gros projectile, à 3 000 mètres, aurait la vitesse restante de la balle du fusil à 600 mètres ; à 4 000 mètres, elle aurait la vitesse restante de la balle du fusil à 750 mètres.
La balle de l’obus de 90, qui forme la base de notre matériel de campagne, à 2 000 mètres, aurait la vitesse restante de la balle du fusil à 225 mètres; à 3 000 mètres, la vitesse restante de la balle du fusil à 300 mètres.
A 4 000 mètres, la vitesse restante de la balle du fusil à 525 mètres.
On peut dire qu’en général la balle de l’obus à balles est animée d’une vitesse inférieure à celle de la balle du fusil dans les conditions ordinaires du tir.
En effet, la balle de l’obus n’atteint pas directement le blessé après l’éclatement du projectile, elle est obligée de parcourir dans l'air un assez long trajet, qui diminue beaucoup sa force vive. Cette balle est sphérique et de plus, par le fait de sa conformation, elle éprouve de la part de 1 air des résistances plus grandes que celles qu’éprouve une balle cylindrique. Ajoutons qu’elle est habituellement peu pesante, 13 à 16 grammes, condition qui lui fait perdre encore de sa vitesse; que si elle est parfois en plomb mou, d’autres fois elle est faite d'un alliage de plomb et d’antimoine, de plomb et de zinc, de plomb et d'étain, alliages moins denses que le plomb, ou même de fonte et de fer, substances moins denses encore.
b. Jusqu’ici, il n’a été question que de vitesse de translation, mais les
balles des obus sont encore animées d’une vitesse de rotation.
La vitesse de rotation agit perpendiculairement à la vitesse de translation. Elle devient, par l’éclatement, tangente au cercle décrit par chaque fragment autour de l’axe de l’obus. On dit encore qu’elle est le produit de la vitesse initiale de l’obus par la tangente de l’inclinaison finale des rayures.
En appelant v° la vitesse initiale, /‘l’inclinaison des rayures, d la dis-
I. Aide-mémoire de campagne de l’officier d’artillerie , p. 178.
tance du centre de gravité d’un fragment à l’axe du projectile et rie demicalibre, la vitesse T de rotation du fragment ou de la balle de l’obus est exprimée par la formule suivante :
T — v° j tgf.
Faible pour les balles placées au centre de l’obus, la vitesse de rotation est considérable pour celles de la périphérie.
On admet généralement que, contrairement à ce qui a lieu pour la vitesse de translation, la vitesse de rotation ne subit dans le parcours de la trajectoire qu’une diminution insensible et on la prend égale à celle du projectile à la sortie de la bouche à feu.
c . La vitesse due à l'explosion de la charge intérieure est encore un des
éléments de la force vive des balles dans certaines variétés d'obus dans lesquelles la charge d'éclatement est disposée d’une façon spéciale.
Cette vitesse qu’on désigne, en terme d’artillerie, par la lettre J, est pour chaque balle dirigée dans le sens du rayon partant d’un point de l’axe de l'obus et aboutissant à cette balle, quand la charge est centrale. C’est dans ce cas que la charge intérieure peut le plus influencer la vitesse de la balle en admettant que le poids de la poudre de cette charge soit assez considérable. Dans les obus de 90 du matériel français (modèle 1879), l’influence de la charge intérieure sur les fragments qui doivent former l'enveloppe de la gerbe est représentée par une valeur de 90 mètres1. Dans les schrapnels autrichiens, la quantité de poudre intérieure qui atteint
• i n i i , • Obus à balles anglais
220 grammes communique aux balles les plus excentri- à charge antérieure, ques une vitesse bien plus considérable encore 2.
Dans un certain nombre d’obus étrangers, la charge intérieure n’est guère destinée qu’à briser le projectile.
La charge est-elle située non plus au centre mais en arrière de l’obus, la vitesse qu’elle communique aux balles, dirigée en partie dans le sens du rayon, en partie dans celui de Taxe de l’obus, contribue à augmenter, mais assez faiblement, la vitesse des balles.
Est-elle enfin placée en avant comme dans les anciens projectiles, comme dans les nouveaux obus à balles français, ou dans les obus à balles anglais, etc. (fig. 36), elle nuit au contraire à la vitesse, partant à la portée des balles.
Four nous résumer, nous dirons :
1° La vitesse totale des éclats d’obus ou des balles des obus à balles résulte de la combinaison de trois vitesses perpendiculaires entre elles; la vitesse restante de translation , la vitesse de rotation , la vitesse imprimée à chague fragment ou à chaque halle par la charge intérieure quand celle-ci est centrale ou postérieure.