ALPHONSE FERRI
par contre donner une plus large place à ceux, fort importants, d’Alphonse Ferri, de Bartolomeo Maggi et de Rota.
Alphonse Ferri. — L’Italie ne possédait encore aucun traité complet sur les plaies d’armes à feu quand parut la môme année que celui de Maggi (1552) le Traité d'Alphonse Ferri1. 11 professait alors avec distinction la chirurgie à Naples. Plus tard il devint médecin du pape Paul 111. Bien que son traité et celui de Maggi soient conçus suivant des plans différents i et expriment des idées opposées, les écrits des deux médecins italiens , sont tous deux fort remarquables.
Ferri divise son traité en trois parties. Dans la première il étudie les i caractères de nos blessures qu’il juge compliquées de brûlures, de venin, i d’attrition, de contusion et de fracture, et s’arrête à chacune de ces complications2.
Croyant nos plaies envenimées par la poudre, il les brûle, les scarifie,
! les incise, suivent la pratique recommandée parles anciens pour les plaies | envenimées. 11 traite ensuite la brûlure par les adoucissants, la contusion | par les topiques usuels.
Il décrit des fractures transversales, sans esquilles, longitudinales, avec éclats, à esquilles multiples, suivant en cela les descriptions des anciens qui le guident pour sa thérapeutique.
Ferri consacre un long chapitre aux corps étrangers. Pour leur extraction, il invente un extracteur auquel il donne son nom, « l’alphonsin », i-sorte de pince dont les branches sont réunies par un anneau, instrument trop lourd et trop volumineux, pour avoir jamais pu être utilisé sans une dilatation préalable et très étendue de la plaie. Il n'a sans cloute jamais été l employé que par son inventeur.
Il s’arrête longuement aux hémorrhagies primitives et consécutives et ifournit sur l'hémostase quelques bons préceptes. Pour les hémorrhagies [peu abondantes, il emploie la compression, les astringents et les caustiques; pour l’écoulement du sang lié à la section d’un gros vaisseau, il .recommande très formellement la ligature médiate, reprenant une pratique -suivie par les Arabes et recommandée par de Vigo.
Nous ne nous arrêterons pas à sa description des autres complications -graves de nos plaies: accidents inflammatoires, nerveux, etc. Nous nous < contenterons de dire que chez les tétaniques il cautérise vigoureusement les tissus avec le fer rouge jusqu’aux vertèbres cervicales et jusqu’à l’occiput.
Passons sur les blessures des organes internes et contentons-nous, pour terminer, de signaler sa description intéressante d’un genre de blessures dont il ne sera plus guère question dans la suite, nous voulons parler des 1 ésions produites par l’éclatement de l’arme. Dans son chapitre De sclopelo aive archibuso inter manus facto3, Ferri parle de blessés qui avaient eu les
1. De sclopetorum sire archibusorum vulneribus libri 1res. Romæ et Bononiæ, 1552; jugduni, 1553. Cette édition, que possède la Bibliothèque nationale et que nous avons consultée, a été annotée à la main par Gourmelen. La bibliothèque de la Faculté de mé- : lecine possède un exemplaire dans lequel le traité de Ferri est réuni à celui de Rota
ît de Botal.
2. Multiples morbi genus esse propterea clicilur rjuod in en vulnerc aduslio, conlusio , ittritio, fractura , venenum est. O. c., p. 2.
mains, les bras, la face, la poitrine affreusement mutilés par les éclats d’armes à feu. Les blessures qu’ils déterminent sont, pour lui, d’ordinaire très graves, les os étant divisés en nombreux fragments et les parties molles très attritcs.
Bartolomeo Maggi1. — Maggi était professeur de chirurgie à Bologne; il devint médecin du pape Jules III.
On a accusé Paré de l’avoir copié, sans se douter que les premiers écrits du chirurgien français qui renfermaient déjà toutes ses idées personnelles étaient antérieurs (1545-1550) à ceux du maître italien (1552). On a porté la môme accusation contre Joubert2, mais si le régent de la Faculté de Montpellier lui emprunte quelques arguments dans sa discussion sur la nature de nos plaies, et peut-être une expérience pour prouver que les balles ne peuvent brûler les tissus, ces arguments appartenaient déjà au fond commun et pour ceux qui les ont lus, les Traités de ces deux médecins ne se ressemblent ni au point de vue de la forme, de l’esprit, et des développements qu’ils comportent.
Maggi s’arrête longuement à réfuter les idées de brûlure et de vénosité. Il mérite, avec Paré et plus tard Botal, de figurer aux premiers rangs parmi les adversaires de la doctrine de Vigo et de Ferri. Il parle ensuite du traitement de nos plaies, de leurs complications immédiates et surtout des fractures, des corps étrangers, de leurs complications consécutives (gangrène, phlegmon, érysipèle, œdème, carie, etc.), pour terminerpar la description des procédés à employer pour faire disparaître les grains de poudre logés dans les tissus et l’exposé de la préparation des topiques recommandés pour la cure des arcbusades.
ArrêLons-nous un instant à son étude des fractures et des corps étrangers. Maggi se montre là observateur attentif et praticien expérimenté. Ce n’est pas sans étonnement, en effet, que nous l’avons vu signaler les fractures indirectes par coups de feu, fractures siégeant au-dessus ou au-dessous du lieu du traumatisme et produites d’après lui « par réverbération3». Ces cassures, dont il cite plusieurs exemples qu’il a observés, s’observent, ditil, sur les os comme sur le bois qu’on fend. Il a vu, d’un autre côté, des fractures fort étendues de tous les os longs, ne pas compromettre la solidité de ces os durant les premiers jours, et ne se décéler qu’à la période suppurative4. Avant de lire Maggi, nous croyions que cette donnée avait été fournie par une observation toute récente.
Pour le traitement des fractures, il suit à la lettre Hippocrate et Galien. S’appuyant de leur autorité, il s’élève contre les médecins de son temps
1. Maggi, De vulnerum sclopetorum et bombcirdorum curatione liber, Bononiæ, 1352r in-4, 1555, et avec les traites italiens recueillis par Conrad Gessner, Anvers, 1583. L'ouvrage de Maggi parut l’année même de sa mort.