TROISIÈME PÉRIODE
LA CHIRURGIE MILITAIRE FRANÇAISE AU XVIIIe SIÈCLE
La dernière moitié du xvm° siècle avait été remplie par les campagnes presque ininterrompues de Louis XIY, parles victoires de Condé et de Turenne (1643-1659) suivies des traités de Westphalie et des Pyrénées, parles luttes de la Fronde, la guerre de Flandre (1 667), la guerre de Hollande ( 1 672), la campagne du Rhin (1678-1 679), enfin la guerre delà Ligue d’Augsbourg (1688-1 697).
Dès les premières années du xvm° siècle recommence pour la France épuisée une nouvelle période de luttes, celles de la troisième coalition. Boufflers bat les Hollandais à Eckeren (1703), Yillars les Impériaux à Friedlingen (1702) et à Hochsteclt (1703), Tallard à Spire, Yendôme à Cassano en Italie (1705). Puis Tallard et Marsin se font battre à Blevnhein (1704), Yilleroi à Ramillies (1707), Yendôme à Oudennrde (1708) et Yillars à Malplaquet{ 1709). Après la victoire de Yillars à Demain (1712), les traités d’Utrecht et de Rastadt auxquels Louis XIV ne survit pas, mettent fin aux guerres malheureusement stériles du siècle du grand Roi.
La paix semble d’abord bien établie, mais après vingt ans de trêve, elles recommencent sous Louis XV. Les victoires de Parme et de Guastala signalent la lutte pour la succession de Pologne (1733-1735). La guerre pour la succession d’Autriche qui suivit bientôt (1740-1748) et qui dura sept années nous vaut les lauriers de Prague (1743), de Dettingen (1743), de Fontenoy (1745), de Raucoux (1746) et de Lawfeld{ilil) ; puis suivent les défaites de la guerre de Sept Ans (1756-1763), Kollin , Rosbach près d’iéna (1752), C remit (1758), Minden (1759) qui mettent Fin aux luttes du règne de Louis XV1.
Sous Louis XVI, la France ne fait que soutenir les Colonies Américaines soulevées contre leur métropole. Nos chirurgiens, Itobillard à leur tête, accompagnent La Fayette et Rochambeau et portent aux États-Unis notre organisation sanitaire. Mais ce calme trompeur n'est que le prélude de la plus terrible épopée militaire des temps modernes.
La période des luttes incessantes de Louis XIY avait fait sentir la
1. Certaines de ces batailles furent assez meurtrières. A Fontenoy, nous perdions 7 000 hommes et les Anglo-Hollandais de 12 à 14000. Aux batailles de la guerre de Sept Ans prirent part des effectifs français et étrangers considérables.
nécessité d’imprimer à la chirurgie de guerre les modifications heureuses dont l’expérience avait l'ait bénéficier les autres armes, mais il était donné au règne de Louis XV de voir notre organisation scientifique et militaire atteindre un tel degré de perfection que les périodes suivantes n’allaient plus pouvoir lui apporter que des modifications de détails.
Déjà, au dernier siècle, la France avait précédé toutes les autres nations dans une voie tracée à la fois par l’humanité et l’intérêt bien entendu de l’État. Au xvui0, elle les laisse bien loin derrière elle quant à l’organisation du service, à l’habileté des hommes à qui il était confié et aux soins de tous genres prodigués aux malades et aux blessés. Le service de santé de ses armées, envié par les autres nations, devient un de ses titres de gloire L
Un édit de 1708 avait créé à la suite des armées, dans les hôpitaux et les places de guerre, deux cents médecins et chirurgiens-majors , à fonctions permanentes, et dont les capacités avaient été hautement affirmées par les premiers médecins et chirurgiens du Roi. A leur suite marchait un nombreux personnel surnuméraire ou d'aides : aides-majors, sous-aides et élèves-chirurgiens. Les hautes fonctions, l’initiative, la considération, les prérogatives honorifiques, les immunités étendues attachées aux offices des chirurgiens-majors, attiraient en outre dans nos cadres les personnalités les plus marquantes de la chirurgie civile auxquelles, à raison seulement de quatre par profession, pouvait être accordé le titre de chirurgien-major consultant des camps et armées , titre plus élevé que celui de chirurgien-major, mais qui les astreignait aux mêmes fonctions et qui ne les subordonnait pas moins aux chirurgiens inspecteurs
On accordait aussi ce titre de consultant aux chirurgiens-majors, en récompense de leurs services et de leur valeur scientifique.
Pour assurer le recrutement régulier de ce haut personnel et celui de ses aides, on admettait d’abord dans nos hôpitaux, et après concours (17 18), des élèves-chirurgiens } auxquels les chirurgiens-majors devaient annuelle ment faire des cours d’anatomie, de médecine opératoire et de bandages, en même temps qu’ils les exerçaient, dans leurs services, à la pratique journalière. Plus tard, ces élèves furent réunis dans des Ecoles ou Amphithéâtres où, pendant trois ans1 2 3 4, ils recevaient l’instruction des chirurgiensmajors des grands hôpitaux des cinq départements d’inspection dans lesquels ces amphithéâtres étaient établis \ C’est là, de l’aveu de tous, que Y enseignement clinique a pris naissance. 11 était en pleine activité chez nous avant que Dubois de Rochefort et Corvisart l’aient introduit dans l’enseignement des Facultés de médecine 5. Puis, après leur sortie des Écoles, où ils avaient puisé une instruction au moins égale sinon supérieure à celle des Facultés de médecine et des Collèges de chirurgiens de l’époque, l’instruction de ces aides était encore continuée et entretenue dans les