AU XVIII» SIÈCLE
Quesnay, partisan résolu des incisions, préludes de la trépanation préventive. Dans son chapitre des plaies clc la face , dont il précise bien le pronostic très favorable, il cite l’observation curieuse de Poneyès, relative à une abrasion de la paroi antérieure des tissus frontaux par une balle, et cet autre cas d’une balle qui traversa les tissus des joues, de la commissure des lèvres au masséter, sans intéresser la muqueuse buccale ni la peau dans son trajet.
Pour lui, les plaies de poitrine ne sont graves que si elles intéressent les gros vaisseaux. Il se montre partisan des injections dans la cavité pleurale, dans les pleurésies traumatiques.
Pour être très souvent mortelles, les plaies du ventre ne sont pas, d’après Bordenave, désespérées. 11 cite, à ce propos, des observations de plaies intestinales et vésicales guéries. A l’encontre de maints de ses contemporains, il est partisan, dans ces blessures, des dilatations de la paroi, pour faciliter l’issue des liquides.
Pour les traumatismes des extrémités, il ne penche pas plus en faveur de l’amputation qu’en faveur de la conservation.
Les plaies articulaires n’intéressent-elles que légèrement la jointure, il conserve; y a-t-il au contraire fracas osseux, il ampute. Les débridements, les émollients, le repos de l'articulation, sont ses ressources conservatrices.
Dans les fractures diaphysaires, il conserve, réduit, enlève les esquilles libres, assure l’écoulement des liquides par le séton pour les cas simples; dans les conditions opposées, il ampute.
Les dégâts épouvantables qui résultent de l’action des boulets l'amènent à parler de l’ablation de l’omoplate, rapportée par le chirurgienmajor Despelette : tout l’os avait été emporté, à la réserve de l’angle antérieur, qui s’articule avec l’os du bras. Le blessé guérit.
Bordenave avance que, pour que ces vastes traumatismes puissent ne pas amener la mort, il faut qu’ils n’intéressent qu’un appendice ou -une articulation peu serrée, laquelle ne transmet qu’à peine l’ébranlement. Le projectile atteint-il au contraire la continuité d’un os diaphysaire, l’ébranlement se Lransmet le long du squelette, impressionne violemment les centres nerveux, et détermine une commotion mortelle.
Nous arrêtons là notre analyse, et nous terminerons en disant que le mémoire de Bordenave peut encore être lu de nos jours. Au mérite de condenser des préceptes et des aperçus marqués au coin d’un réel sens pratique, il joint celui de les exprimer dans la belle langue didactique si châtiée et si élégante du dernier siècle.