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XIV. Luxations du pied

(1) A. Cooper , Traduct. déjà citée, page 34.

A . Cooper , Trad. par Cliassaignac et Richelot , page 88»

Dupuytren , Annuaire des hôpitaux. Paris, 1819.

994. Les luxations du pied sont fréquentes; elles peuvent avoir lieu eu dedans , en dehors, en avant et en arrière. Celles en dedans sont les plus fréquentes; celles en avant et en arrière , beaucoup plus rares que celles qui ont lieu latéralement. Ces luxations sont complètes ou incomplètes, simples ou compliquées.

995. Dans la luxation en dedans , qui est déterminée par une inclinaison forcée du pied en dehors, la surface articulaire de l’astragale est située sous la malléole interne ; l’extrémité inférieure du tibia fait au côté interne une saillie telle qu’elle menace de percer la peau ; le bord interne du pied est tourné en bas ; son bord externe , en haut ; sa face dorsale , en dedans , et sa face plantaire , en dehors. Cette luxation peut être compliquée d’une lacération considérable des ligamens , de la fracture de la malléole externe, de celle du péroné, ou enfin de l’extrémité inférieure du tibia. Les parties molles peuvent être déchirées ; la surface articulaire de l’astragale ou le tibia , sortir à travers les tégumens ; enfin l’astragale , être luxé dans son articulation avec le calcanéum et le scaphoïde. Dans ce dernier cas les tégumens sont souvent intacts, et les'ligamens qui unissent entre eux l’astragale , le calcanéum et le scaphoïde n’ont , dans beaucoup de cas , subi qu’une forte distension ; mais , dans le plus grand nombre des cas , la peau et les ligamens sont tellement déchirés que l'astragale ne tient plus que par quelques points aux parties voisines.

La luxation en dehors est la suite d’une forte torsion du pied en dedans : l’astragale passe audessous de la malléole externe ; le bord interne du pied est dirigé en haut; l’externe, en bas; la face plantaire , en dedans , et le coude-pied , en dehors. Cette luxation peut être compliquée de la fracture de l’extrémité inférieure du péroné et de la malléole interne. Ordinairement , dans ces luxations latérales, il y a un déplacement plus ou moins prononcé du pied en avant ou en arrière.

996. Les caractères que nous venons d’assigner sont si manifestes qu’il est impossible de se tromper sur le diagnostic des luxations latérales du pied , alors même qu’il existe une tuméfaction considérable ; mais cette tuméfaction peut faire méconnaître les complications (§ 995) qui existent assez souvent.

997. La luxation du pied en avant a lieu à la suite d’une extension violente et forcée; elle est

LUXATIONS DU PIED

plus rare que celle en arrière ; lorsqu’elle a lieu , la surface articulaire de l’astragale se trouve en avant du tibia ; le pied est immobile dans la flexion ; le talon fait moins de saillie en arrière , et le tendon d’Achille est immédiatement appliqué le long de la face postérieure du tibia.

La luxation en arrière est déterminée par une chute sur un plan incliné ; le pied est étendu , paraît raccourci ; le talon est saillant; le tendon d’Achille , éloigné du tibia ; à la partie inférieure de la face postérieure du tibia on sent la surface articulaire de l’astragale , et , sur le milieu du coude-pied , une saillie très-forte formée par l’extrémité inférieure du tibia. La surface articulaire de ce dernier os est appliquée sur le scaphoïde , et ne touche que légèrement la pailie antérieure de la surface articulaire de l’astragale. Cette luxation est toujours compliquée de la fracture du péroné ou de celle de la malléole interne. Cette luxation peut être incomplète, et alors la moitié de la surface articulaire du tibia repose sur le scaphoïde , et l’autre moitié, surl’astragale; le pied ne paraît que très-peu raccourci, letalon est peu saillant, les orteils sont fléchis , en sorte que la plante du pied ne peut en entier toucher le sol ; le talon est élevé , le pied , immobile, et le péroné fracturé.

998. Les luxations du pied sont toujours des accidens graves parce qu’elles ont été déterminées par une puissance extérieure très-violente , parce que les ligamens sont largement déchirés , les tendons et les parties molles, lacérés, et qu’elles sont accompagnées d’une vive inflammation et de dangereuses complications. Dans les cas même les plus simples on doit toujours redouter l’ankylose. Souvent le malade conserve un relâchement considérable des ligamens articulaires , qui facilite le retour de la luxation si l’on ne cherche à la prévenir par des moyens mécaniques. Les luxations en avant et en arrière sont en général moins dangereuses que celles qui se font latéralement, et rarement elles offrent d’aussi graves complications ; alors même qu’elles sont abandonnées à elles-mêmes, le pied sert encore à la marche; seulement il est notablement déformé. Les luxations latérales n’offrent cependant pas toujours les mêmes dangers , et on a vu des cas de guérison rapide dans lesquels les ligamens avaient repris leur force normale, et le pied, toute sa mobilité. La luxation en dehors expose en général à des incommodités plus grandes que celle en dedans ; la fracture des os et la déchirure des parties molles en augmentent beaucoup les dangers : cependant l’expérience a appris que l’on peut, dans la grande majorité des cas , conserver ce membre aux malades.

999. Ordinairement la réduction est facile lorsque la luxation est récente. Le malade est étendu sur un lit ; un aide saisit à deux mains la partie inférieure du tibia , la jambe faisant un angle droit avec la cuisse; ou, si la luxation est latérale, le chirurgien saisit le pied. Le premier aide fait la contre-extension dans la direction du tibia ; l’autre fait l’extension d’abord dans la direction où se trouve le- pied ; et , lorsque les ligamens et les tendons sont

suffisamment distendus , 11 porte le pied dans sa direction normale. Dans la luxation en arrière le chirurgien fait la coaptation en poussant, d’une main , le talon en avant , et , de l’autre , le tibia en arrière ; il agit dans un sens opposé si la luxation a lieu en avant. La direction naturelle du pied , la forme de l’articulation , et le retour des mouvemens , sont les caractères qui annoncent que la réduction est faite. On enveloppe alors l’articulation de compresses résolutives et d’un bandage en qo . De chaque côté de la jambe on place des coussins de balles d’avoine, et par-dessus, des attelles qui dépassent l’articulation du pied, comme dans les fractures de la jambe. Il faut avoir soin de tenir la jambe fléchie dans l’articulation tibio-fémorale afin de maintenir les muscles dans un relâchement continuel. Il faut ensuite employer les antiphlogistiques les plus énergiques que la constitution du sujet pourra supporter , arroser souvent l’appareil de résolutifs , et le renouveler tous les cinq ou six jours. Lorsque les douleurs et la tuméfaction ont disparu , on fait exécuter de légers mouvemens ; et ce n’est qu’après un mois de traitement qu’on devra permettre au malade de marcher, ce qu’il ne devra faire qu’avec les plus grandes précautions.

Si la luxation du pied en dedans est compliquée de fracture du péroné, on prévient le plus sûrement sa reproduction à l’aide de l’appareil que nous avons indiqué plus haut ( § 651); et que l’on peut aussi employer dans la luxation en dehors , mais alors le coussin et l’attelle doivent être placés au côté externe de la jambe. Dans la luxation du pied en arrière on peut prévenir un nouveau déplacement en mettant un coussin et une attelle au-dessous de la jambe, de manière à ce qu’ils dépassent le talon , et au niveau de ce dernier on place un petit coussin; le tout maintenu à l’aide de bandes qui embrassent l’articulation du pied et celle du genou (1). Quelques praticiens recommandent, dans les luxations latérales, de faire coucher l’individu sur le côté malade , et d’envelopper la jambe dans le bandage à dix-huit chefs.

1000. Si, dans la luxation du pied, l’extrémité articulaire du tibia a déchiré les tégumens , il faut bien la nettoyer, en faire la réduction, fermer exactement la plaie , et faire le traitement indiqué plus haut (§ 913) ; lorsque l’étroitesse de la plaie ne permet pas la réduction , il faut l’agrandir; et , si ce moyen ne suffit pas , il faut en faire la résection : c’est le seul moyen de rendré au membre sa direction naturelle , et de prévenir de graves accidens.

L’amputation est rigoureusement indiquée lorsqu'une semblable complication se rencontre chex des personnes âgées et faibles ; lorsque les déchirures sont larges , que les os sont écrasés , que la gangrène est imminente , et que la suppuration est si abondante qu’elle menace les jours du malade. Lorsque , dans la luxation en dehors , le tibia a subi, tout près de l’articulation, une fracture oblique , l’amputation peut être indiquée ; cette opération peut encore devenir nécessaire lorsqu’il reste ,

(t) Dupuflren, Mémoire cité plus haut, page 181.

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