DES CORS
étroites, à la faoe supérieure des orteils, sur leurs faces latérales, et quelquefois aussi à la plante des pieds, ■vis-à-'vis des extrémités antérieures des os du métatarse. Dans les temps ordinaires, lorsque le cor est récent, peu développé, il ne cause que de faibles douleurs, et contient quelquefois, entre les lames demi-cornées qui composent sa superficie, une sérosité roussâtre semblable à celle que renferment les ampoules. Celte sérosité disparaîtbienlôt, et la sensibilité augmenleen raison du nombre, de l’épaisseur et de la consistance des feuillets épidermiques superposés. Celte douleur devient couvent excessive pendant les chaleurs, surtout chez les personnes dont la peau est fine; elle diminue pendant le froid : les changemens atmosphériques ont sur elle une très-grande influence; elle augmente souvent à l’approche des orages, alors même que le cor est soustrait à l’action des chaussures. — Ces protubérances épidermiques se composent de deux portions bien distinctes, l’une superficielle, sèche , ayant la figure d'une tête de clou formée de couches d’épiderme, superposées les unes aux autres , quelquefois assez faciles à séparer, surtout lorsqu'elles ont été ramollies par un pédiluve ; cette partie ne jouit d'aucune organisation apparente ; l'autre, plus profonde, demitransparente, sert, par son centre, de base à la précédente; elle pénètre, à travers l’épaisseur du derme, jusqu’aux tendons, aux ligamens articulaires, et quelquefois même jusqu’aux os, vis-à-vis desquels elle est implantée : cette portion est douée d'un certain degré d'organisation : Brescuet a vu des vaisseaux nombreux la traverser en différens sens. C’est elle qui est le siège principal des douleurs que déterminent les changemens atmosphériques, bien qu’on ne puisse nier cependant que ces douleurs, dansquelquescirconstances, soient produites par la pression que le cor exerce sur les parties environnantes. C'est à cette pression qu’est due l’inflammation qui s’empare quelquefois du pourtour de la tumeur, et qui, dans quelques cas, s'étend au loin.
Il ne faut pas confondre le cor avec certaines hypertrophies de t’épiderme que l’on rencontre aussi sur les parties soumises à des pressions continues ; ces hypertrophies (durillons ) ne sont autre chose qu’un épaississement non circonscrit et superficiel du derme , avec multiplication des couches épidermiques. Ces productions 11e s’enfoncent ja- Btaisdans toute l’épaisseur delà peau , et se rencontrent Souvent sur une grande surface } comme aux talons , à la main; chez les ouvriers occupés à manier des corps durs, au bout des doigts ; chez les personnes qui jouent d’instrutnensà cordes, etc. Le durillon constitue à peine une incommodité ; seulement il diminue ou abolit la sensibilité des régions sur lesquelles il se développe. Il existe encore une autre affection qui survient surtout chez les personnes dont la transpiration cutanée est frés-abnndante aux pieds ; ce sont des tumeurs plus ou moins circonscrites qui se développent dans l’angle formé par l'écartement des orteils. Ces tumeurs , qui quelquefois sont très-douloureuses , ne sont autre chose qu’un épaississement de l’épiderme produit par la macération ; elles s’enlèvent aisément et sans douleurs à la suite d'un pédiluve ; mais reparaissent en très-peu de jours» {Mole du traducteur .)
[1970. Pour prévenir la formation des cors, et pour obtenir leur guérison, il faut avant tout en éloigner les causes, c’est-à-dire porter de larges chaussures, cette seule précaution suffit quelquefois pour les faire disparaître au bout d’un temps plus ou moins long. Lorsqu’on veut en être débarrassé, quatre méthodes se présentent :
1° L’une, qui consiste à couper, lame par lame, la partie exubérante de la tumeur, et même à excaver un peu au-dessous du niveau de la peau tant qu’il existe un peu de dureté. Ces excisions par-, tielles sont souvent interrompues par des douleurs assez vives, ou un écoulement de sang assez abondant : dans ces cas il faut remettre la fin de l’opération à huit ou dix jours, ou bien cautériser aveo le nitrate d’argent, et recommencer au bout de quarante-huit heures.
2° La seconde méthode consiste à appliquer sur les cors des emplâtres de savon, de mucilage, de gomme ammoniaque, de galbanum, différens onguens, des sparadraps de toutes espèces, des feuilles de joubarbe, le coton en bourre, et Un nombre infini d’arcanes répandus par le charlatanisme, et adoptés par la confiante crédulité du vulgaire.
3° La troisième méthode, qui consiste à détruire les cors par l’emploi des caustiques : la potasse concrète, lemuriale d’antimoine liquide, les acides nitrique ou sulfurique, sont les agensdont on s’est servi de préférence.
4° Enfin l’extirpation, qui se fait par deux incisionsdemi-circulaires avec lesquelles on circonscrit la tumeur; mais cette méthode, trop douloureuse, a été abandonnée, et on pratique celte extirpation de la manière suivante tavec une aiguille courbe, à pointe mousse, fixée sur un manche, ronde ou légèrement aplatie, on sépare, dans toute sa circonférence, le tubercule calleux des parties saines, et l'on arrive souvent, par un simple écartement progressif, à la partie la plus profonde de ses adhérences sans diviser le moindre vaisseau sanguin ni occasionner de douleurs. Le pansement consiste à remplir la petite cavité avec un peu de graisse de mouton, qu’on recouvre ensuite d’un morceau de diachylon gommé. Certains pédicures ont acquis, dans ce genre d’opération, une dextérité remarquable.
Si nous examinons ces quatre méthodes, nous verrons que la première, qui est la plus généralement employée, n’est que palliative, et que l’on a besoin d’y avoir recours presque tous les mois ; — > que la seconde ne peut entraîner aucun danger, mais ne peut amener d’amélioration qu'autant qu’on a réformé la chaussure, et alors les applications médicamenteuses doivent cire regardées comme sans effet; — que la troisième compte des succès assez nombreux ; mais les caustiques qu’on emploie sont très-difficiles à manier, et occasionnent le plus souvent, entre les mains des ignorans, des inflammations violentes, et quelquefois des pertes de substance qui dénudent et attaquent les tendons, les ligamens et les os eux-mêmes; ajoutez à cela que ce moyen est très-douloureux , et