I. Généralités
2317. Il n’y a presque aucune opération chirurgicale qui puisse, daii9 l’organisme malade, cira pratiquée en un seul temps. Toutes les opérations au contraire sont sujettes à différens temps qui sont subordonnés à certaines règles fixes. L’un de ces temps constitue le but définitif de l’opération , tandis que les autres ne sont que des actes préparatoires ou consécutifs , qui conduisent au but qu’on veut atteindre : au rétablissement de la santé du malade. — Le but de l’opération est toujours le même , mais les moyens que l’on emploie pour l’atteindre peuvent être très-différens. Cette différence est basée sur la variété des divers temps de l’opération , ou sur le procédé que l'on met en usage : de là la distinction queTon a établie entre un procédé opératoire et une méthode opératoire.
2318. Une méthode opératoire embrasse l'ensemble des différens procédés que l’on met en usage pour arriver à un même but. Aussi dans les diverses méthodes , non seulement des parties différentes sont divisées, non-seulement elles le sont dans des directions différentes, etc. , mais encore l'exécution des méthodes opératoires offre cela de particulier que l’emploi de l’une n’en exclut pas absolument une autre.
2319. Du choix de la méthode dépend, en grande partie, le succès d’une opération, tandis que du choix d’un procédé dépend la facilité de l’exécution : c'est pourquoi le choix des procédés est de peu d’importance, et dépend fréquemment de l’individualité de l’opérateur. C’est là ce qui fait que les opinions sont beaucoup plus variées sur la valeur des procédés opératoires que sur celle des différentes méthodes.
2320. Dans le jugement que l’on veut porter sur différentes méthodes on doit tenir compte des circonstances suivantes : 1° il faut intéresser le moins possible des organes itnporlans ; il faut que la perte de substance faile à une partie organisée ait le moins d’étendue possible, qu’elle soit moins douloureuse , et que la réaction traumatique ait le moins d’intensilé désirable. 2° La meilleure méthode doit toujours s’appliquer au plus grand nombre de cas. 3° Il faut que le traitement, au lieu de dépendre de circonstances indépendantes de l’opérateur, soit constamment subordonné à sa volonté : la sûreté et la facilité de l’exécution d’une méthode d’opération dépendent toujours de ces circonstances , et on doit se baser sur la nature des parties intéressées. 4° La meilleure méthode
ÉLÉMEÎfS DE MÉDECINE OPÉRATOIRE.
est celle qui amène le plus rapidement la guérison complète.
2321. Beaucoup d’opérations sont soumises à des règles constantes et déterminées, et ne réclament que peu de modifications dans leur exécution : telles sont les amputations , la taille , les ligatures d’arlères. Ces opérations’ sont rendues beaucoup plus faciles par l'exercice sur le cadavre.— D’autres opérations au contraire, et ce sont les plus nombreuses, ne sont soumises à aucune règle fixe, et leur exécution est subordonnée à la "variété des cas qui se présentent , et doit être modifiée suivant les circonstances. Ces opérations sont les plus difficiles, et réclament une connaissance approfondie de toutes les circonstances pathologiques, afin qu’on puisse être à même de se diriger instantanément d'après les circonstances imprévues qui surviendraient pendant le cours de l'opération.
Dans celte classe d'opérations se rangent celles que l’on fait pour les hernies étranglées, pour les désarticulations, les résections des extrémités osseuses, les extirpations des tumeurs ayant un volume considérable, ou situées dans le voisinage de parties que l’on ne pourrait intéresser sans de grands dangers pour le malade : enfin les difficultés d’une opération peuvent dépendre de certaines circonstances qu’on ne peut prévoir à l'avance, et qui ne peuvent pas survenir uniquement dans un seul et même temps d’une même opéralion.
2322. Les opérations sont en général indiquées dans les cas où la guérison ne peut être obtenue par aucun autre mode de traitement. Mais, comme l’organisme est plus ou moins affecté; comme l’opération doit déterminer une réaction ; comme dans beaucoup de cas, i’étai morbide que l’on veut faire cesser est entretenu par une affection générale, il en résulte que, dans l'appréciation des résultats que l'on veut obtenir, il faut tenir compte de la variété de ces circonstances.
2323. Pour avoir des chances de succès à la suite d’une opéralion il faut 1° que le mal que l'opération doit enlever ne soit pas tellement lié à une affection générale que son ablation n’empèche pas la cause d’agir avec la même énergie; car, dans ces cas, l’opération n’enlèverait que le produit de l’affection générale, et laisserait persister la cause qui l’a déterminée. Il n’est pas raie cependant de voir une affection générale disparaître avec le mal local, mais alors l’opération n’a un bon résultat que parce qu’elle enlève le germe de la maladie. Dans ces cas il faut toujours apporter le plus sévère examen afin de bien distinguer si le mal local détermine l’affection générale, ou si au contraire le mal local est le résultat d’une diathèse. — 2° La faiblesse du malade et sa sensibilité ne doivent pas être telles que l’opération puisse mettre sa vie en danger. — 3° L’affection locafe que l’opération a pour but d’enlever ne doit pas par son ancienneté être tellement unie à l’organisme qu’elle puisse être assimilée à un organe sécréteur normal ; il De faut pas non plus que i’ablaliari de ce mal local
puisse déterminer la formation d'une maladie plus grave, ni être la cause du développement de quelque affection qui aurait commencé dans un organe important. — Quoique les différentes circonstances que nous venons d’éuumérercontre indiquent une opération, il existe cependant des cas spéciaux où une opération ne peut amener aucune guérison, et dans lesquels cependant elle doit être pratiquée, parce qu’elle est un moyen palliatif énergique, que l elatdu malade n'en est point aggravé, et que son existence peut êlre prolongée.
2324. 11 ressort des diverses propositions que nous venons d’énoncer qu’il est des cas où l’on doit soumettre le malade à un traitement préparatoire qui a pour but de détruire l’affection générale, de relever les forces, de diminuer l’exaltation de la sensibilité, ou d’assurer le succès de l’opération par l’établissement d’un exutoire. Les individus robusles et sanguins doivent être préparés à une opération par quelques jours de diète, par des applicaiions de sangsues, etc.
2325. Le chirurgien jugera d'après le caractère du malade s’il faut lui annoncer qu’une Opération doit être pratiquée, ou s’il doit le lui donnera entendre. Chez les sujels très-irritables il faut, sous ce rapport, agir avec la plusgraudecirconspeclion: des prévenances amicales rendent, dans ces cas, de très-grands services. Suivant les besoins lés opiacés seront prescrits pour diminuer la sensibilité, et, dans ces cas, ce remède doit être appliqué à petites doses, et peu de temps avant l’opération.
232S. Quant à l’époque à laquelle l’opération doit êlre pratiquée, il ne faut pas en général la reculer au-delà d’un temps qui puisse en compromettre le succès. Si elle peut cire remise sans incouvéniens, et qu’elle offre plusdechances de succès au printemps ou dans toute auire saison de i’année, on doit attendre. Mais, si le temps presse, et que l’opération ne soit pas de nature à être remise, surtout si l’opération est de celles qui, par leur précision, réclament une grande clarté, et si elle doit être pratiquée sur des personnes affectées de rhumatisme et de goutte, ou qui soient très-sensibles aux différens changemens de température , il faut attendre que le beau temps soit fixé. On doit éviter, autant que possible, les chaleurs ardentes.
2327. Afin de diminuer les douleurs qui doivent résulter de l'opération , on a conseillé non-seulement d'administrer au malade quelques doses d'opium , mais encore de frotter les inslrumens avec de l’huile chaude (1). Wakdrop (2) donne le précepte de faire tomber le malade en syncope par d'abondantes saignées lorsqu’on doit le soumettre à une grave opération, et d’agir au moment même de la syncope.
On a vu assez souvent la mort subite survenir pendant
(f ) Faust et Hunold, l'eberdie Anwendung des Oels., etc. Leips., 1806.
(2) Siedico- chirurgical Transactions.