ESQUISSE DE L’HISTOIRE DE LA CHIRURGIE
est caractérisée par l’abandon des études anatomiques, l’horreur des instrumens tranchans , et la fréquente application du fer rouge. Les praticiens les plus célèbres de cette époque sont Ebn-Sina et Abulcasem.
Dans l’Europe chrétienne l’exercice de la médecine et de la chirurgie se trouvait tout entier entre les mains du clergé, et la dernière de ces sciences descendit bientôt à un tel degré d’imperfection que la connaissance des opérations telles que les pratiquaient les Grecs semblait devoir à jamais être perdue. Dans le XIIe et le XIIIe siècle les arts et les sciences prirent un nouvel essor par la fondation des instituts littéraires ; mais, comme ces fondations avaient pour but unique l’instruction du clergé , la chirurgie en retira peu d’avantages. Un peu plus tard les décrets de deux papes séparèrent complètement la médecine de la chirurgie, et frappèrent d’excommunication tout membre du clergé qui ferait une opération sanglante. A cette époque doit être rapportée l’origine des bains appliqués à la chirurgie : les barbiers des prêtres s’en servaient pour faire leurs plus petites opérations ; en Italie cependant la chirurgie avait i^ne 'meilleure tendance, et son exercice était entre les mains de plus habiles praticiens.
Pendant l’année lâll Pitard rassembla à Paris les chirurgiens, et en forma un collège; mais bientôt les disputes incessantes qui s’élevèrent entre ce nouveau corps et la facufté de médecine, et la négligence qu’on porta dans les études anatomiques firent que la chirurgie se traîna encore dans les anciennes ornières, peut-être même dans de plus étroites. — Avec Guy de Chauliac seulement commença une période d’efforts constans pour ramener la chirurgie à l’étude de l’anatomie.
Dans le XVIe siècle la chirurgie prend un brillant développement, et, parmi ceux qui,
guidés par l’anatomie, lui firent faire le plus de progrès, nous signalerons Ambroise Paré, Franco, Fabricius Hildanus , Fabricius ab Aquapendente , Severinus et Wisemann.
Avec la seconde moitié du XVIe siècle commence, pour cette branche de l’art de guérir, une période de véritable splendeur ; des guerres nombreuses et la fondation d’hôpitaux publics ouvrirent un champ fertile à l’observation. A cette même époque aussi se fondait, à Paris, l’académie de chirurgie, qui , réunissant toutes les forces disséminées de la chirurgie, excita une émulation générale. En France nous voyons briller à cette époque Dionis, J.-L. Petit, Mareschal, Quesnay, Morand, Louis, Le Dran, Garengeot, Lafaye, Lecat, Lamotte, Ravaton, David, Pouteau, Levret, Sabatier, Desault; en Angleterre: Cheselden, Douglass, les deux Monro, Sharp, Cowper, Alansow , Pott, Hawkins, Smellie et les deux Hunter ; en Hollande : Albin, Deventer, Camper; en Italie : Mollinelli, Bertrandi, Moscati; en Allemagne : Heister, Platner, Bilguer, Brambilla , Theden, Richter, Siebold et Mursinna.
La carrière ayant été ouverte par ces hommes éminens, les progrès de la chirurgie ont été si brillans et si rapides, et, dans ces derniers temps, elle a été portée à une si grande hauteur, que son histoire ne peut plus être étudiée d’une manière générale, mais qu’il faudrait, pour en donner une idée nette, faire l’histoire de toutes les parties qui composent cette branche de l’art de guérir. L’étude de l’anatomie, de la physiologie et de l’anatomie pathologique donnentaujourd’hui plus de sûreté et plus de hardiesse dans les opérations; l’exercice sur le cadavre, plus d’habileté et de simplicité ; et toutes les nations, cultivant la chirurgie avec une égale passion, deviennent toutes émules ou rivales les unes des autres : leur ardeur assure à la science l’avenir le plus brillant.
LITTÉRATURE