‹ Traité de chirurgie [electronic resource] (volume 2)Chapitre 51 sur 223 · B. — TRAITEMENT CURAIT F. — CURE RADICALE DES HERNIES · texte numérisé non relu

B. — TRAITEMENT CURAIT F. — CURE RADICALE DES HERNIES

Sous cette désignation, on comprend d'abord tous les moyens qui ont pour but de faire disparaître la hernie, soit que la cure ainsi obtenue soit définitive el dispense le malade d'avoir désormais recours à aucun appareil, soif qu'elle soit précaire et en quelque sorte temporaire et que, pour éviter une récidive, l'opéré soit encore astreint à porter un bandage de précaution.

On étend également cette dénomination aux opérations qui ont pour effet de rendre possible la réduction et la contention d'une hernie qui était auparavant difficile ou impossible à réduire ou à contenir.

Enfin la cure radicale, qui s'applique essentiellement aux hernies libres, non incarcérées et ne présentant pas d'accidents actuels pressants, est devenue le complément nécessaire de toutes les opérations dirigées contre les complications des hernies, spécialement de la kélotomie.

La cure radicale répond donc à un certain nombre d'indications, et par elle on recherche un but variable suivant les cas ; c'est une opération tantôt curalive, tantôt palliative, destinée à guérir les hernies ou simplement à les <tméliorer ; le terme de cure radicale lui-même est donc impropre, et il vaudrai! mieux le remplacer par celui de cure chirurgicale qu'avait proposé Trélal ; mais il a été consacré par l'usage.

Depuis dix-huit siècles, les opérations et les méthodes les plus diverses onl été mises en honneur puis rejetées ; elles ont passé des mains des chirurgiens à la pratique des charlatans; elles ont été vantées sans mesure et condamnées avec une rigueur extrême par les corps savants et par des lois sévères ; l'incertitude de leurs résultats et leurs dangers les avaient fait rejeter au point que dans les meilleurs livres, dans les Leçons sur les hernies abdominales de Gosselin, il n'en est pour ainsi dire pas question , el cependant la sécurité avec laquelle on peut aujourd'hui s'attaquer aux hernies sous le couvert de la méthode antiseptique a fait des opérations de cure radicale une des plus sûres conquêtes de la chirurgie moderne.

Celse, le premier, avait préconisé l'extirpation du sac herniaire ; celle opération paraît avoir été adoptée jusqu'au ive siècle, où, dans les fragments d'Oribase qui s'y rattachent, on trouve mentionnée l'excision du sac associée à la torsion de son pédicule. Cependant la difficulté de disséquer le sac des hernies inguinales sans intéresser le cordon spermatique, avait déterminé les opérateurs à joindre à la cure radicale la castration délibérément pratiquée. Cette injustifiable mutilation a, de tout temps, été l'une des principales causes du discrédit où sont tombées les tentatives de cure radicale.

Un édit de l'empereur Constantin punissait du bannissement ceux qui pratiquaient la castration pour guérir les hernies ; cependant nous voyons la section

[P BERGER

TRAITEMENT

du « didyme » par le fer, le feu, les caustiques ou la ligature, être recommandée par Paul d'Égine. les Arabes. Avicenne, Albucasis, Guillaume de Salicet, Lanfranc, l'évêque Théodoric; et Guy de Chauliac lui-même se consolait du sacrifice du testicule en disant « que de deux maux il faut choisir le moindre ». L'histoire a conservé le souvenir des excès commis par les inciseurs ambulants, comme ces habitants de Norcia, dans l'Ombrie, chàtreurs et herniaires de père en fils, dont un seul, Horace, cité par Fabrice d'Aquapendenle, ne châtrait pas moins de deux cents personnes par an, ou comme les bateleurs, stigmatisés par Heister, qui nourrissaient leur chien de testicules.

Le danger et la barbarie de ces procédés eurent bientôt détourné les chirurgiens des méthodes sanglantes ; au xinc siècle, un certain Bérand Méthis inventa le point doré ; depuis lors, les procédés de suture ayant pour but d'oblitérer le collet se multiplièrent; tels furent ceux de Franco, d'Ambroise Paré et la suturé royale dont parle Dionis ; mais leur inefficacité, la nécessité d'y joindre certaines pratiques dangereuses, comme la cautérisation du sac au vitriol, préconisée par Maget, les firent rejeter à leur tour bien avant que Bordenave n'en eût fait le procès à l'Académie de chirurgie. Aussi bien, depuis la découverte de Lequin et de Blégny, les esprits s'étaient-ils tournés vers les moyens de contention dont on cherchait à obtenir le perfectionnement.

Cependant, quoique les procédés de cure radicale fussent condamnés par la majorité des chirurgiens et rejetés de la pratique, quelque tentative nouvelle faisait apparition de temps en temps et jouissait d'une vogue passagère. C'est ainsi qu'en 1835, Gerdy, invaginant la peau du scrotum dans le trajet herniaire et cherchant à l'y maintenir par la suture, eut des succès et des imitateurs; sans parler de Lehmann, de Bruns, de Zeis, de Schuh, de Thierry et d'autres qui n'apportèrent à sa méthode que des modifications sans importance, Wùtzer, Bothmund, Valette, Kinloch inventèrent des instruments pour maintenir l'invagination du scrotum dans l'anneau ; d'autres, comme Sotteau, y joignirent des sutures maintenant en contact les parois opposées du canal inguinal ; mais c'est à John Wood que revient l'honneur d'avoir transformé, en la rendant sienne, l'ancienne méthode d'oblitération du trajet herniaire par la suture; depuis 1865 jusqu'à l'époque actuelle, ce chirurgien a constamment lutté pour remettre en honneur la cure radicale et il n'a pas peu contribuéà ramener les chirurgiens sur un terrain qu'ils avaient depuis longtemps abandonné.

A peine la méthode antiseptique eut-elle fait son apparition, qu'on vit renaître la confiance dans les opérations curatives: Czemy, Nussbaum, Socin, Lucas- Championnière, Mitchell Banks, Barker, Tilanus, J. Reverdin, donnèrent le signal d'un mouvement auquel s'associèrent bientôt tous les chirurgiens. Après de nombreuses communications et d'importantes discussions qui ont eu pour effet d'en fixer les résultats et d'en établir les indications, la cure radicale des hernies fut admise au nombre des opérations courantes. Son efficacité est aujourd'hui reconnue, elle est adoptée et pratiquée par tous les chirurgiens et elle doit être considérée comme le seul moyen de traitement rationnel dont nous disposions à l'égard des hernies, encore qu'elle ne puisse pas s'appliquer à tous les cas.

Après ce court aperçu de l'historique que l'on complétera par la lecture de l'admirable introduction dont Malgaigne a fait précéder l'édition des œuvres d'Ambroise Paré et de la remarquable thèse d'agrégation de P. Segond, il ne

CURE RADICALE

nous reste plus qu'à indiquer les plus importants des innombrables travaux qui, dans ces dernières années, se sont multipliés sur ce sujet :

John Wood, On ruptures. London, 1803. — Du même, Lancet, 9 niai 1858, p. 531. — [bld., 3 février 1800, p. 122. — Ibid,, 3 juin 1800, p. 089. — Ibid., 1877, t. I, p. 834. — Ibid., 1878, I. II. p. 184. — Ibid., 20 août 1881, p. 352 et mai 1882, p. 782. — Du même, Lectures on hernia and its radical cure. Brîtish med. Journal, 1885, t. I, p. 1183, 1233, 1270. London, 1880. — Max Schede, Centralblalt fùrChir., 1877, p. 080. — Czerny, Wiener med. Woclt., 1877, n°> 21 et 24, et Beilr. zur oper. dur. Stuttgart, 1878, p. 1-38, et d'html/, hut fur dur., 1885, p. 40. — Socm, Correspondenzblatt fiir schiv. Aerzte, 1878. — J. Reverdin, Revue méd. de la Suisse rom., 1881, p. 44 et 171. — Ibid., 15 janv. 1882. — Ibid., avril 1885, p. 237, et Bull, de ta Société de ehir., 1881, t. VII, p. 208. — Schwalbe, Deutsche med. Woch., 1870, t. II, n° 58; 1877, n° 15, et Centralblatt fiir Chir., 1881, p. 098 et 1882, Beilagc, p. 59. — J. Lucas-Championnière, Chirurgie antiseptique. Paris, 1880, p. 189. — Du même, Cure radicale des hernies. Paris, 1887, et Journal de méd. et de chir., 1888, p. 577. — Du même, Journal de méd. et de chir. prat., février 1892, p. 138 et novembre 1893, p. 849. — Du même, Bull, de l'Acad. de méd., 3 août 1897. p. 110. — Paul Segond, Thèse d'agrég. de Paris, 1883. — J. Andekegg, Deutsche Zeit. fiir Chir., XXIV, II. ni et iv, 1880. — C.-B. Ball, Mitchell Banks, Arthur A. Barker, John E. Barton, John Chiene. S. W. Exler, B. de Garmo, Kendal Franks, Curistopher Heath, Vincent Jackson. B. C. Keetley, E. Kuster, Charles Mac 'Burney. William Macewen, K. Maydl, Nicaise, Rushton Parker, Richelot, Mayo Robson, Sonnenburg, \V. Thornley Stoker, W. Stokes. W. Dunnett Spanton, Svensson et Erdmann, Lawson Tait, Terrier, Ward Cousins, Robert F. Weir, voy. Paul Berger, Cure radicale des hernies. Revue des se. méd., lxxx. t. XXXII, p. 070. — Soc. de chir. de Paris, discussion. Bull, cl rném. de tu Soi-, de chir., 1887, 1. XIII, p. 641 à 712. — Congrès français de chir., 5e session, 1888, p. 119-192. — British med. Assoc, discussion. Britishmed. Journal, 1887, t. II, p. 1207. — Charles Barrett Lockwood, British med. Journal, 1889, t. I, 29 juin. — Académie de méd. de New-York, 21 février 18X9. — Royal médical and chir. Society, 8 avril 1890. British med. Journal, 1890, t. I. p. 840. — E. Stammore Bishop, British med. Jom-, tut, 1890. I. I, p. 884. — Ernest Kingscote, Ibid., p. 1482. — Lauenstein, Trendelenbuhg. Neunzehntcr Congress der deutschen Gesellschaft fiir Chir., 1890. — F. Wolter, Sa m ml. Min. Vortràge, 1890, n" 300. — E. Bassini, Arch. fiir Min. Chir., 1890, t. XL, p. 429. — Habs, Deutsche z'eils. fiir Chir., 1891, t. XXXII, p. 323. — S. E. Milliken, What spécial mechanical treatment lias proved most scrviceable for each variely of reducible or irreducible Hernia. New York med. Society, 18X9. — Hadra, A flap splilling opération. New York med. Record, 1891, t. XL, p. 020. — Bennett, Loc. cit., p. 180. — Macready, Loc. cit., p. 222. — Bottini, Tricomi, Postempski, Soc. Uni. de chir., 1891, et Revue de chir., 1892, p. 889. — Lawson Tait, A discussion on treatment of hernia by abdominal section. British med. Journal, 1891, 20 sept., p. 085. — Th. Kocher, Correspondenzblatt /'. schw. Aerzte, août, sept. 1892, p. 470, 523, 501. — Du même, Erfolgc der Radicaloperationen mittelst der Verlagerungsmethode. Arch. /'. Min. Chir., 1895, t. L, p. 170. — Du même, Resultate der Hernienoperationen. Centralblalt fiir Chir., 1897, n° 19, p. 529. — Voy. aussi plus loin Leuw et Berezowsky. — A. Broca, Gazette hebd., 20 mars 1892. — G. Phocas, Mercredi méd.. 20 juillet 1892. — Richelot, Congrès français de chic, 1892. — Ed. Schwartz, Myoplastie herniaire. Septième Congrès français de chir., 1893. p. 089. — Thiriar, Utilité d'un transplant osseux. Revue de cAw*., 1893, p. 412. — O. Hara, lirit. med. Journal, 1895, p. 1007. — M. Schede, Die versenkle Drahtnaht. Festschrift /'. Esmarch, 1893, p. 400, et Deutsche Gesellschaft /'. Chir.. 1895. — A. M. Phelps, A new opération for Hernia. New York med. Journal. 1X94, t. LX, |p. 291. — J. E. Kelly, Transplantation of the tensor vag. femoris. New York therap. Revue,

1894, t. II, p. 59. — Delorme, Remarques sur une série de cinquante cures radicales. Arch. de méd., de chir. et de pharm. milit., 1894, n" 0. — Du même, Ibid., 1893, n° 5 et 6. — Du même, Ibid., 1890, n° 6. — W. Kramer, Ueber die Resultate der Radicaloperation besonders grosser Unterleibsbrûche. Arch. f. Min. Chir., 1895, t. L, p. 188. — Fergusson, Annals of surg., May

1895. — O. Simon, Beitràge zur Min. Chic, 1890. t. XVII, p. 557. — Poullet, Guéris» >n des hernies par autoplastie tendineuse. Congres de chic, 1890. — Davis, On the treatment of the sac. Annals of surg., janvier 1890. — Duplay et Cazin, Nouveau procédé de cure radicale des hernies inguinales. Sem. méd., 1890, n° 57, p. 455 et 22 décembre 1897. — O. Lannelongue, Traitement des hernies parla méthode sclérogène. Acad. de méd., 1890, 7 juillet. — Du même, Acad. des se, 1897, 20 avril. — Du même, Acad. de méd., 0 juillet 1897. — Defontaine, Cure radicale sans fils perdus. Arch. prov. de chic, 1897, p. 80. — Voy. aussi les hernies en particulier, inguinales, crurales, etc.

Les moyens employés dans ces derniers temps pour obtenir la cure radicale des hernies peuvent se rattacher à trois méthodes qui comprennent un certain nombre de procédés et de modes opératoires ; ce sont : 1° la méthode des injections péri-herniaires ; 2° l'oblitération du trajet par la suture sous-cutanée; traité de chirurgie, 2e édit. — VI. 10

[P BERGER

TRAITEMENT

5° l'opération proprement dite, comprenant l'incision de la hernie, l'isolement du sac, l'oblitération de son collet par la ligature ou par la suture suivie de l'extirpation ou de la fixation dans l'abdomen du sac ainsi traité ; il faut y joindre la suture à découvert du trajet herniaire et la constitution d'une cicatrice pariétale capable de s'opposer au retour de la hernie.

De ces trois méthodes, les deux premières ne sont applicables qu'aux hernies réductibles; la troisième, à laquelle se rattachent aujourd'hui presque tous les chirurgiens, s'adresse à toutes les hernies, réductibles ou irréductibles, libres ou étranglées. Mais, avant d'en indiquer la technique, les résultats, les indications, il convient d'examiner ce qu'on est en droit d'attendre de l'effort curatif de la nature aidé par l'emploi méthodique des bandages.

Page 1