ANÉVRYSME INTR A-CRANIEN DE LA CAROTIDE INTERNE
« Quelquefois les parties cutanées, correspondant a la distribution de la branche ophtalmique, sont anesthésiées (Hutchinson).
« L'auscultation de la tète permet de reconnaître l'existence d'un souffle intermittent, parfois très intense, correspondant à la diastole artérielle, et qui cesse par la compression de la carotide primitive du côté malade.
« Enfin, le trouble de la circulation cérébrale produit de la céphalalgie, des vertiges, des étourdi ssements, etc. (S. Duplay).
« L'anévrysme peut se rompre et déterminer alors une mort très rapide ; toutefois, on a observé des guérisons spontanées (J. Hutchinson, W.-E. Humble) caractérisées par la diminution, parfois bien rapide, du bruit de souille, bruit qui peut être assez intense pour priver les malades de sommeil » (Terrier, Patliologie externe, t. II, p. 222; voy. Bibliographie).
Le diagnostic est facile; il est plus difficile de préciser exactement le siège de la lésion.
Ces anévrysmes ne s'accompagnent jamais de phénomènes cTexophlalmie, ce qui les différencie des anévrysmes artéro-veineux de la carotide interne et du sinus caverneux, que nous allons étudier.
Traitement. — On emploiera tout d'abord un traitement médical et, en particulier l'iodure de potassium, qui a donné des résultats à W.-E. Humble. Dans les cas rebelles, on essayera la compression de la carotide primitive du même côté ; si elle est inefficace, on fera la ligature de cette artère, à l'exemple de Goe (de Bristol).
11. — ANÉVRYSMES ARTERIO-VEINEUX DE LA CAROTIDE INTERNE ET DU SINUS CAVERNEUX
Dans deux thèses inspirées par Nélaton, Henry (') et Delens (-) ont étudié ces anévrysmes.
Étiologie. — La solution de continuité est due le plus souvent, sinon toujours, à un traumatisme : tantôt c'est une fracture du crâne avec esquille qui perfore l'artère à son passage dans le sinus caverneux; le plus souvent, il s'agil d'un mécanisme direct, d'une déchirure produite par un corps vulnérant, venu du dehors et pénétrant dans l'orbite et de là dans le crâne (coup de parapluie, grains de plomb).
Delens admet aussi un anévrysme spontané, dû à la rupture d'un sac anévrysmal préexistant, ou d'une paroi athéromateuse. Mais le fait n'a pas encore été prouvé anatomatiquement, malgré l'observation de Gendrin ; aussi Terrier (3) rejette-t-il cette étiologie.
Anatomie pathologique. — La lésion principale est constituée par une perforation simple de l'artère, ou par une division complète, ou à peu près complète,
(') Henry, Considérations sur l'anévrysme artério-veineux. Thèse de Paris, 1856.
(*) Delens, De la communication de la carotide interne et du tissu caverneux (anévrysme artério-veineux). Thèse de Paris, 1870. — Ce travail remarquable contient une bibliographie complète.
(3) Terrier, Des tumeurs pulsatiles ou anévrysrnoïdes de l'orbite. Archives gén. de méd., t. Il, p. 174. — Traité de pathologie externe, t. II, p. 224.
[CÉRARD-iïARCHANT ]
TUMEURS VASCULAIRES DES MÉNINGES
avec écartement des deux bouts. Elle a pour résultat immédiat le mélange du sang artériel au sang veineux du sinus (Delens).
La dure-mère, qui constitue la paroi externe du sinus caverneux, est distendue et soutenue.
Il existe le plus souvent une ectasie de la veine ophtalmique (fig. 214), qui
décrit des flexuosités nombreuses et dont les parois s'hypertrophient.
Les nerfs moteurs oculaires sont comprimés, leur névrilème peut être infiltré de sérosité (Henry). Le nerf optique est généralement intact.
Symptômes. — Le début est variable avec la cause : brusque dans les cas de traumatisme, mais souventmasquépar les lésions encéphaliques contemporaines ( commo tion, contusion cérébrale). Il est plus facilement appréciable dans les anévrysmes spontanés.
Une sensation subite de craquement dans la tète, un bruit analogue à la détonation d'une arme, suivis aussitôt du bruil de rouet entendu par le malade, marquent le moment de la rupture et l'établissement de la communication anévrysmale (Delens, loc. cit., p. 50).
A la période d'état, on constate des dilatations veineuses ; ces symptômes
Fig. 214. — Anévrysme de la carotide interne et du sinus caverneux (thèse de Delens).
a, Veine ophtalmique dilatée et flexueuse. — b, Fente sphénoïdale. — c. Apophyse clinoïde postérieure gauche. — d, Orifice du sinus coronaire. — e, Perforation de la carotide interne. (La paroi inférieure de l'artère a été incisée pour montrer l'orifice de communication.)
— f, Esquille pointue du sommet du rocher gauche, ayant déterminé la perforation de l'artère. — g, Sinus pétreux supérieur gauche.
— h, Esquille du sommet du rocher droit. — i, Fracture transversale du sphénoïde immédiatement au-devant de l'apophyse basilaire.
— /{, Carotide interne du côté droit. — l, Nerf optique gauche pénétrant dans l'orbite avec l'artère ophtalmique.
se développent du côté de l'orbite, où ils produisent de l'exophtalmie, des pulsations isochrones aux battements artériels, un bruit de souffle continu (piaulement), avec redoublement, et plus tard une tumeur pulsatile cà la partie supérieure et interne de l'orbite. Cette tumeur est formée par la dilatation de la veine ophtalmique, qui est le phénomène caractéristique de l'affection (Delens).
Les douleurs sont parfois assez vives; on a signalé un engourdissement au niveau de l'orbite, de l'anesthésie des téguments de l'aile du nez et du front (Hirschfeld).