TUMEURS DU RACHIS
Bien que rares, d'une manière générale, les tumeurs qui peuvent se développer dans la colonne vertébrale ne laissent pas que d'être de nature assez variée. Les unes sont des tumeurs bénignes; les autres, des tumeurs malignes.
1° Tumeurs bénignes. — Sous ce titre, nous examinerons : les kystes hydatiques, les exostoses, l'enchondrome de la colonne vertébrale.
a. Kystes hydatiques. — ■ Nous plaçons ici l'étude des kystes hydatiques, bien que, dans l'immense majorité des cas, il ne s'agisse pas de tumeurs primitivement développées dans l'intérieur même des vertèbres; elles viennent seulement comprimer et user secondairement le tissu osseux, en déterminant des phénomènes médullaires. Toutefois nous comprenons ici tout ce quia trait aux kystes liydaliques de la région rachidienne, afin de ne pas scinder cette étude.
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NÉOPLASMES OU TUMEURS DU RACHIS ET DE LA MOELLE
Il est des cas exceptionnels dans lesquels le kyste hydatique a bien eu pour point de départ le tissu de la vertèbre lui-même. De ce nombre est l'observation de Dubois'C). Elle est relative à une jeune fdle de vingt ans, qui fut prise de douleurs dans les lombes, puis de faiblesse dans les jambes, et enfin de paraplégie. En même temps, le rachis présentait une déviation latérale antéro-postérieure. La malade succomba à la suite d'eschares au sacrum, et Ton trouva la IIe vertèbre dorsale complètement détruite par un kyste hydatique, sans qu'il existât d'hydatides dans aucun autre organe.
Dans un cas de Houtang (4), il s'agit d'un kyste hydatique ayant pris son point de départ dans le corps des vertèbres lombaires. Mais, le plus souvent, il s'agit de tumeurs primitivement développées en dehors des vertèbres elles-mêmes, et qui ne les atteignent que secondairement. Dans son Traité des maladies de la moelle, Leyden (3) a pu réunir 15 cas d'hydatides des vertèbres. Dans sa thèse, M. Bellencontre (4) porte ce nombre à 16. Nous y pouvons joindre les deux cas suivants : Dans l'un dû à Jœnicke (3), il s'agit d'une femme de cinquante-trois ans, chez laquelle le début fut marqué par des douleurs lombaires avec irradiations à gauche, paralysie du membre inférieur gauche, et trouble profond de la sensibilité du côté droit; à l'autopsie, on trouva, au voisinage de la colonne vertébrale, à la hauteur des 9e, 10e et 11e côtes, une tumeur fluctuante de nature hydatique, ayant son origine dans le tissu cellulaire sous-pleural. Cette tumeur avait en partie corrodé les vertèbres, et, pénétrant dans les trous de conjugaison, refoulait la dure-mère, et comprimait la moelle. Dans le fait de Houtang, dont nous avons déjà parlé, la tumeur avait évolué d'une façon tout à fait latente, déterminant l'usure des vertèbres, la compression de la moelle, et la myélite consécutive. Il est à noter que la malade portait une scoliose ancienne.
Du reste, dans le cas où les os sont altérés, il est parfois bien difficile de dire si le kyste s'est primitivement développé dans la vertèbre, ou dans les tissus voisins. C'est ce qui arrivait dans le fait communiqué à la Société de biologie par Liouville et Straus (6). 11 s'agissait d'un homme de cinquante-deux ans, qui fut pris d'une paraplégie subite. On pensa à une hémorragie intra-rachidienne; mais on trouva, à l'autopsie, un kyste hydatique ouvert dans le rachis au niveau de la dixième vertèbre dorsale. A la base du poumon gauche, une poche volumineuse existait entre le lobe inférieur de l'organe et le diaphragme. Il est difficile de dire si le kyste s'était développé primitivement dans le corps de l'os, ou dans le thorax.
Dans les cas où le siège primitif de la tumeur est étranger à l'os, tantôt elle prend son développement en dehors du rachis, dans le thorax, dans l'abdomen, ou dans les muscles spinaux, tantôt elle se développe dans l'intérieur même du canal rachidien, soit entre les os et la face externe de la dure-mère, soit, beaucoup plus exceptionnellement, à la face interne de cette membrane. Les deux origines, à l'intérieur et à l'extérieur du canal rachidien, seraient également
(') Dubois, Bull, de la Soc. anat., t. XXIII, p. 95.
(2) Houtang, Kyste hydatique de la colonne vertébrale ; myélite par compression. Progrès méd. Paris, 1885, p. 422.
(3) Leyden, Traité clinique des maladies de la moelle épinière, trad. franç. Paris, 1879, p. 212. (*) Rellencontre, Contribution à l'étude des kystes hydatiques comprimant la moelle épinière.
Thèse de doct. de Paris, 1876, n° 152.
(5) Joenicke, Un cas d'échinocoques du canal vertébral. Breslauer drztl. Zeitschrift, n° 21, 1879, et Revue d'Hayem, t. XVIII, p. 518.
(8) Liouville et Straus, Compression de la moelle par des hydatides. Société de biologie. 16 janv. 1875.