EXOSTOSES
A peine signalées par quelques auteurs, les exostoses du conduit auditif ont été décrites avec soin par Toynbee. puis par Bonnafont (2) et Welcker (r>).
Plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes, elles semblent se développer en dehors de toute cause inflammatoire ou diathésique, quoique Toynbee les considère comme étant souvent d'origine rhumatismale ou goutteuse ; rien n'autorise à les rattacher à la syphilis. Je serais beaucoup plus porté à croire que ces exostoses sont pour la plupart congénitales et qu'elles sont dues à un trouble survenu dans le développement du conduit auditif osseux. Et ce qui
(*) Nous ne parlerons pas des tumeurs sébacées qui ne sont que des cholestématomes.
(2) Surdités produites par des tumeurs osseuses.' Union méd., nouv. série, t. XX, p. 247.
(3) Ueber knocherne Verengerung und Verschliessung des dusseren Geliorganges. Archiv fur Ohrenheilkunde, t. I, p. 105.
MALADIES DU CONDUIT AUDITIF EXTERNE
paraît donner quelque poids à celle opinion, c'est que d'après Welcker et Seligmann, certaines peuplades du Nouveau Monde présenteraient une prédisposition toute particulière pour ce genre de tumeurs.
Quoi qu'il en soit, les exostoses du conduit auditif peuvent occuper tous les points du canal osseux, mais on les trouve le plus souvent vers le tiers moyen. Tantôt, il n'existe qu'une seule tumeur, et elle prend naissance sur l'une quelconque des parois; tantôt, on rencontre deux ou plusieurs tumeurs, qui, nées sur les parois opposées du canal, marchent à la rencontre l'une de l'autre en laissant entre elles une ou plusieurs ouvertures déforme aplatie, arrondie, triangulaire. Dans quelques cas, le canal se trouve complètement oblitéré.
Les exostoses du conduit auditif sont presque toujours constituées par du tissu compact; rarement on a observé des exostoses aréolaires et celluleuses comme Autenrieth (') a eu l'occasion d'en examiner une.
Le développement de ces tumeurs est, en général, fort lent; il se fait du côté du conduit auditif qui finit par être complètement oblitéré.
Le plus souvent, la diminution graduelle de l'ouïe est le seul symptôme qui attire l'attention du malade. Cette surdité est produite par l'obstruction du canal, soit par le fait seul du développement de l'exostose, soif par suite de l'accumulation du cérumen entre l'exostose et la membrane du tympan.
Chez un jeune homme âgé de vingt, ans, que j'ai eu l'occasion d'examiner, et qui portail une exostosc oblitérant complètement le conduit auditif, le développement de la tumeur s'était accompagné à diverses reprises de douleurs vives, irradiant à tout le côté de la tête, et revêtant le caractère de véritables accès névralgiques.
Les exostoses du conduit auditif se présentent sous forme de tumeurs dures, à surface arrondie, unie ou mamelonnée, s'inséranl le plus souvent par une large base sur une
des parois du canal. La peau qui les recouvre est souvent FlG 2m. — Exostose du un peu rosée, et assez sensible au toucher. Leur consistance conduit auditif externe, permettra toujours de les distinguer d'autres tumeurs.
Dans les cas où la lumière du canal n'est pas encore oblitérée, et où il reste une ou plusieurs ouvertures, il faut recommander aux malades d'entretenir la plus grande propreté de l'oreille à l'aide d'injections fréquentes. On parvient quelquefois par ce moyen à améliorer l'ouïe en détachant quelques petits amas de cérumen accumulés en arrière de l'obstacle.
Quant au traitement propre aux exostoses, il varie suivant qu'il existe encore quelque ouverture conduisant jusqu'au tympan ou suivant que le canal est entièrement obstrué. Dans le premier cas, la dilatation à l'aide de lige de laminaria digitata peut amener quelquefois une diminution des exostoses et par suite un élargissement du conduit. Lorsque la tumeur remplit entièrement le canal, et détermine une surdité complète, l'ablation de l'exostose ou sa perforation pourrait seule améliorer l'ouïe.
Dans un cas de cette nature, observé par Ronnafont (2), le chirurgien, après avoir détruit par la cautérisation la peau qui recouvrait l'exostose, traversa peu
(*) Ricil, Arch. fur Physiologie, 1800, t. X, p. 349. (-) Bonnafont, Union méd., 30 mai l^GN.
[S DUPLAV ]
MALADIES DE LAPPAREIL AUDITIF
à peu toute son épaisseur, dilata le trajet nouveau à l'aide de mandrins gradués, et rendit l'ouïe à son malade.
Je ne fais que mentionner, sans y ajouter grande confiance, les applications répétées de teinture d'iode sur la tumeur et les mercuriaux à l'intérieur que Wilde et Toynbee ont conseillés.
L'ablation de l'exostose est, en somme, le seul traitement à mettre en usage, lorsque l'intervention est justifiée par la gravité des troubles fonctionnels. Cette opération assez délicate peut être faite avec une gouge fine et le maillet. Il n'est pas nécessaire d'enlever la totalité de la tumeur; il suffit de créer un passage suffisamment large pour donner accès aux ondes sonores et pour laisser écouler au dehors les produits de sécrétion qui tendent à s'accumuler derrière l'exostose. Dans un cas, j'ai obtenu un excellent résultat de l'emploi d'une petite fraise, mue par un tour à volant, analogue à celui dont se servent les dentistes. J'ai pu ainsi très rapidement détruire une exostose très profondément placée (').
ARTICLE III