LUXATION SIMPLE INCOMPLETE
Elle se produit à la suite d'un renversement modéré du pouce (45° à 90°). Une chute sur un parquet lisse, un coup portant sur la face palmaire de la phalange, en sont les causes déterminantes habituelles.
Profil externe.
Fig. 61. -
Bout.
Profil interne.
Métacarpien du pouce. (Farabeuf.)
Mécanisme. — La luxation simple incomplète est caractérisée par le déplacement suivant : la phalange s'est portée en arrière, abandonnant plus ou moins
complètement la surface cartilagineuse de la tête métacarpienne, mais les os sésamoïdes sont restés appliqués sur le bout du métacarpien. C'est cette position fixe des sésamoïdes qui maintient le déplacement. Elle n'est possible que si le métacarpien présente la configuration suivante : la surface cartilagineuse de la tête, au lieu de décrire une courbe assez régulièrement arrondie, ce qui est la disposition normale , offre une crête mousse transversale qui la divise en deux parties : l'une inférieure, en contact avec les sésamoïdes (territoire sésamoïdien, qui n'est jamais dépassé par les sésamoïdes dans l'extension normale ) , l'autre supérieure, répondant à la phalange (fig. Cl).
Lorsque cette ligne de partage existe, la luxation incomplète simple peut se produire. Voici comment : la sangle formée au-dessous de la tête métacarpienne par les deux ligaments métacarpo-sésamoïdiens, les os sésamoïdes et les liens
Ligament latéral Face palmaire, externe. (Sangle glénoïdienné).
Ligament latéral interne.
Fig. 62.
Ligaments de l'articulation métacarpo-phalangienne. (Farabeuf.)
(') Thiau, Thèse de Paris, 1887-1888.
(a) Longueval, Thèse de Lyon, 1887.
LUXATIONS DU POUCE. 151
fibreux inter-sésamoïdiens, est portée par le renversement du pouce en arrière, au-dessus de la ligne de partage transversale, elle la dépasse péniblement à frottement, obéissant à une force réelle. Une fois ce déplacement accompli, la luxation incomplète est constituée, car la sangle reste fixée au bout du métacarpien, à moins qu'une force antagoniste à celle qui a produit le renversement ne la ramène au-dessous de la ligne de partage (fig. 03).
Farabeuf a démontré que la persistance de cette subluxation était un phénomène sésamoïdien et nullement phalangien. de la manière suivante : il dépouille de son périoste l'extrémité supérieure de la phalange et la résèque « pour ne conserver que l'articulation métacarpe- sésa- no. «5. - Lu«u^topie incomplète, moïdienne, qui continua à se luxer et à
se réduire dans mes mains, comme lorsque la phalange était intacte. Finalement, je réduisis la pièce à sa plus simple expression, ne 'gardant que le métacarpien et la sangle gléno-sésamoïdienne, que je pus faire jouer à découvert par-dessus une ligne de partage bien nette, comme la jugulaire d'un casque joue à frottement passant et repassant sous le menton ».
Lorsque la subluxation succède à un traumatisme, deux conditions paraissent indispensables à sa production; il faut : 1° que les faibles attaches qui unissent le bord supérieur de la sangle gléno-sésamoïdienne au métacarpien soient rompues, et qu'une déchirure partielle plus ou moins étendue intéresse les ligaments métacarpo-sésamoïdiens. Celte dernière lésion donne à la sangle sésamoïdienne une laxité suffisante pour franchir la ligne de partage ; elle est ordinairement limitée au ligament métacarpo-sésamoïdien externe.
2° Il faut encore que le métacarpien du pouce, au moment où la violence se produit, soit placé en opposition, de manière que les muscles qui prennent insertion sur les sésamoïdes soient relâchées et permettent à la phalange renversée d'entraîner derrière elle la sangle sésamoïdienne par-dessus la ligne de partage. La tension des muscles carpo-sésamoïdiens, si la force surprend le pouce dans l'abduction, s'oppose au déplacement qui nous occupe.
Cette subluxation traumatique est la même que la subluxation volontaire ou musculaire que certains enfants « à ligaments relâchés et à conformation articulaire spéciale s'exercent à produire sous le nom de « chien de fusil », « cocotte » ou « tète de canard ». File en diffère par sa persistance, la subluxalion volontaire se réduisant dès que cesse la contraction musculaire. Elle en diffère aussi par ses lésions, telles que ruptures partielles du ligament métacarpo-sésamoïdien externe, éraillement et déchirure de quelques fibres du muscle sésamoïdien externe, rupture de quelques liens fibreux qui maintiennent le tendon fléchisseur entre les sésamoïdes et déplacement léger de ce tendon qui « a fait un pas en dedans ».
Symptômes. — Le pouce a la forme d'un Z mal fait, c'est-à-dire que le métacarpien et la phalangette font avec la phalange des angles obtus. La phalangette est donc fléchie, le métacarpien en opposition, la phalange redressée.
La flexion de la phalangette est imposée par le tendon du muscle long fléchisseur qui perd de sa longueur en se réfléchissant sur la saillie de la tète méta-
[CH. NÉLATON
LUXATIONS MÉTACARPO-PHALANGIENNES.
carpienne. L'opposition reconnaît pour cause la tension des muscles sésamoïdiens et phalangiens soulevés par cette même tête. La phalange reste dressée sur le métacarpien, parce que les sésamoïdes fixés au bout de cet os l'empêchent de reprendre sa position normale, et puis parce que les tendons extenseurs, et les expansions des muscles courts abducteurs et adducteurs du pouce, l'entraînent légèrement dans ce sens.
Examine-t-on la jointure, on constate en avant la saillie métacarpienne, formant « une tumeur vague et profonde, masquée par le tendon fléchisseur, les fibres plus ou moins éraillées du muscle sésamoïdien externe, le ligament glénoïdien et ses osselets qu'on sent en général assez facilement avec l'ongle ».
On ne voit point de sinus notable entre la face palmaire de la phalange et la saillie des os sésamoïdes. La phalange quelquefois légèrement inclinée en dedans « ri est jamais transportée ni dans un sens ni dans Vautre ». Elle est peu mobile.
La phalange étant rabattue, le pouce, mesuré depuis le trapèze jusqu'à l'ongle, ne présente point de raccourcissement.
Traitement. — Pour opérer la réduction toujours facile dans cette variété. Farabeuf conseille de saisir la phalange, et avec cet os agissant comme un instrument rigide, de déloger et de repousser les osselets collés sur la tête du métacarpien.