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ENTORSE DES DOIGTS

d'autre part sur l'extrémité libre de la phalangette, il imprima aux deux segments osseux ainsi coudés un mouvement de pression brusque dont le résulta! inévitable était la flexion forcée de l'articulation phalangino-phalangettienne. »

Scgond a depuis lors observé un deuxième cas absolument semblable au premier; Buscb, Polaillon, Delbet (') en ont signalé plusieurs. J'ai rencontré moi-même deux faits analogues, et mon ami Picqué en a observé un autre.

Expérimentalement, Segonda démontré que la flexion forcée delà phalangette sur la phalangine s'accompagnait, d'une lésion constante : l'arrachement des deux languettes d'insertion phalangettienne du tendon extenseur. Ces deux languettes tendineuses emportent en général avec elles une lamelle osseuse de quelques millimètres, mais sur les sujets âgés la parcelle osseuse est souvent beaucoup plus considérable.

Symptômes. — Les symptômes sont caractéristiques: au moment de l'accident le malade éprouve une douleur vive et immédiatement après il lui devient impossible d'étendre la phalangette; cependant, l'extension de la phalange et de la phalangine est parfaitement conservée. La phalangette reste donc tléchie à angle droit sur la phalangine étendue; le doigt a alors la forme d'un petit marteau. On peut redresser la phalangette et l'étendre, mais dès qu'on l'abandonne à elle-même elle retombe brusquement en flexion comme mue par un ressort. L'articulation légèrement tuméfiée présente quelquefois une petite ecchymose sur sa face dorsale. 11 existe un point douloureux très limité et très net au niveau de l'insertion phalangettienne de l'extenseur.

Dans les différents cas observés, le diagnostic s imposait. La contracture du fléchisseur ou la paralysie de l'extenseur ne pouvait expliquer la flexion de la phalangette en raison de la conservation des mouvements des deux autres phalanges et de l'état d'intégrité des muscles moteurs des doigts.

Le pronostic doit être réservé en ce qui concerne le retour des fonctions de l'articulation. Car dans le premier cas de Segond la malade n'ayant point voulu se soigner conserva la phalangette définitivement fléchie, et chez une de mes malades la raideur persista indéfiniment.

Le traitement consiste à immobiliser le doigt à l'aide d'une petite attelle; on aura soin de forcer légèrement l'extension de la phalangette de façon à obtenir la réparation de l'arrachement osseux.

Schwartz a fait dans ces derniers temps la suture de l'extrémité du tendon extenseur arraché à la phalangette. Deux fois il a obtenu ainsi le rétablissement, des mouvements d'extension (communication orale).

ENTORSE DES ARTICULATIONS P H A L A N G 0- IVI É T AC A R P I EN N ES ET PHALANGO-PHALANGIENNES

Le mémoire de Lagrange (2) qui traite de l'arthrite traumatique des doigts est le seul travail où se trouvent quelques indications relatives aux lésions qui

(') W. Busch, Centralblatt fur Chir., 1 88 1 , p. I. — Polaillon, art. Doigt du Dicl. encycl., p. 163. — Delbet, Société anat., 1890.

(*) L.VGn.vNGE, Revue de chirurgie, 1882, p. 100

[CH NÉLATON

ENTORSES EN PARTICULIER

accompagnent l'entorse de ces articulations; nous lui ferons de nombreux emprunts.

L'entorse métacarpo-phalangïenne ou phalange phalanginienne succède à des traumatismes qui ont pour effet d'exagérer le mouvement d'abduction des doigis ou bien de provoquer leur extension forcée.

Lagrange a cherché à établir par des expériences faites sur le cadavre quels étaient les désordres produits par ces mouvements anormaux. Voici ce qu'il a constaté : 1° après l'inflexion latérale forcée des doigts combinée avec une légère rotation, il y avait déchirure des ligaments latéraux. Cette déchirure ligamenteuse ne s'accompagne d'après lui d'aucun arrachement osseux; 2° en renversant le doigt dans l'extension sur la face dorsale de la main par une poussée brusque, un petit craquement se fait entendre et la dissection montre constamment l'avulsion par le ligament antérieur d'une bandelette osseuse, linéaire, transversale sur le bord de la cavité glénoïde phalangienne ou phalanginienne; les aréoles du tissu spongieux sont ainsi ouvertes.

L'entorse métacarpo-phalangienne du pouce diffère de l'entorse correspondante des quatre derniers doigts ; elle ne s'accompagne pas d'arrachement osseux. Farabeuf ('), qui avec Huguier croit cette entorse très fréquente, pense qu'elle peut se voir avec une simple éraillure ou une désinsertion du ligament métaearpo-sésamoïdien externe.

Symptômes. — La douleur vive au niveau de l'articulation forcée et le gonflement qui ne tarde pas à se produire sont, comme dans toute entorse, les premiers symptômes. La tuméfaction, en rapport avec l'abondance de l'épanchement sanguin, peut être considérable (Lagrange), les mouvements communiqués sont possibles mais douloureux; enfin, lorsque l'entorse succède à un mouvement forcé d'adduction ou d'abduction, l'inclinaison delà phalange ou de la phalangine peut être facilement exagérée du côté opposé à la déchirure ligamenteuse.

La douleur et le gonflement persistent en s'atténuant pendant plusieurs jours, et, au bout d'un septénaire, la jointure forcée peut avoir repris sa physionomie normale. Un peu de gêne ou de raideur articulaire subsiste seule et demande plusieurs semaines pour disparaître complètement.

Cette terminaison favorable serait exceptionnelle pour Lagrange qui, ayant dépouillé à ce point de vue cent observations, est arrivé à la conclusion suivante : « Pour un cas dans lequel les mouvements sont revenus à l'état normal, il en est environ cinq ou six qui se sont compliqués d'inflammation chronique articulaire ». Lagrange, il est vrai, étudie les suites de différents traumatismes, tels que contusion, entorse et luxation, et l'étendue plus considérable des désordres qui accompagnent les luxations augmente peut être la fréquence des phénomènes d'arthrite consécutive.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas rare, au bout d'un ou deux septénaires, de constater encore une tuméfaction douloureuse notable autour de l'articulation blessée. L'exploration attentive de la jointure permet aussi de retrouver : 1° un point douloureux très net, très localisé, que détermine la pression au niveau de l'insertion du ligament arraché; 2° des craquements articulaires secs qui éclatent dès que l'on imprime des mouvements à la jointure : ils sont quelquefois remplacés « par un choc unique, également très sensible, des deux surfaces articulaires » ; 5° enfin, et c'est là le symptôme sur lequel insiste tout particu-

(;) Farabeuf, Bull, de la Soc. de chir., 1876, p, 31.

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