II. — • REDRESSEMENT LENT
Le redressement lent a été employé par des auteurs très anciens à l'aide d'une instrumentation rudimentaire. Jusqu'à Fabrice de Hilden on se contente de suspendre des poids au membre fléchi. L'appareil ingénieux qu'imagina ce chirurgien marque une étape distincte dans l'histoire de la question ; car c'est sur son principe que sont construits le plus grand nombre des instruments modernes.
La traction continue, obtenue à l'aide de cet appareil, réveillait au niveau de
DES ANKYLOSES.
l'interligne articulaire de très vives douleurs, qui nécessitaient la suspension du traitement pendant des intervalles très prolongés. Dans ces cas-là le succès tut souvent compromis, et le redressement vainement attendu, parce que le malade, dans ces intervalles de repos, perdait facilement ce qu'il avait auparavant gagné.
C'est pour cette raison principale que les tractions articulaires n'eurent pas de laveur. Peu à peu même l'appareil de F. de Hilden fut oublié et nous voyons, en 1 S 1 *2, Richerand conseiller ouvertement de respecter les ankyloses qui ne cèdent pas aux bains lièdes et aux frictions.
Depuis, et surtout sous l'impulsion de Bonnet, la question a beaucoup progressé. Le redressement lent a été mis en usage par un grand nombre de chirurgiens qui en ont étendu la portée et perfectionné la technique instrumentale.
Les instruments dont on peut se servir doivent être divisés en deux classes :
A. Les instruments pratiquant l'extension, au moyen d'un mécanisme spécial fournissant une traction continue indépendante du malade.
B. Ceux qui sont disposés de manière à communiquer à la jointure ankylosée des mouvements progressifs que le malade peut alternativement modérer ou accélérer à son gré.
A. Appareils de traction continue. — Ces appareils ont été fort bien décrits par Gaujot (Arsenal de la chirurgie contemporaine), et nous ne manquerons pas de lui faire de nombreux emprunts.
Quelques chirurgiens ont mis en usage le mécanisme imaginé par Fabrice de Hilden. Stromeyer, Lutens s'en sont heureusement servis. Celui de Stromeyer est décrit dans le Schmidtfs Jahrbucher de 1855, t. VI, p. 17(1. Il consiste en une gouttière concave en tole s'adaptanl exactement au membre depuis l'ischion jusqu'au-dessus des malléoles. L'appareil est ouvert à la partie postérieure pour permettre la flexion. De chaque côté du creux poplité, une charnière permei le mouvement. En arrière de la cuisse se trouve une tige en fer munie d'un pas de vis à son extrémité inférieure. A la partie postérieure de la portion jambière est une tige également en fer, munie d'un trou où passe la vis. Ce sont les mouvements de celle vis qui produisent le redressement de l'arliculalion. Lutens a fait connaître dans, les Annales des sciences médicales de Bruxelles, 18-41, un appareil construit sur un modèle analogue dont la description peut être ainsi simplifiée. Il s'agit d'une attelle de chêne rembourrée à ses deux extrémités ; on étend sur celte attelle le membre au moyen d'un tourniquet, de telle sorte
qu'on agit par pression verticale et directe sur le genou. Rault, dans le Bulletin de V Académie de médecine, 1845, a conseillé l'application d'un appareil semblable. Les appareils articulés sont beaucoup plus compliqués et, disons-le, plus
Fie 1 i". — Appareil de Mathieu pour l'extension el la contre-extension du genou.
TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2" édit.
[F. LAGRANGE
DES ANKYLOSES.
Fig. Ii8.
Appareil du professeur Le Fort.
utiles. Ce sont surtout ceux-là qui ont été recommandés par Bonnet, Palasciano, van Hœter de Bruxelles, V. Duval. Deux parties principales dominent l'ensemble des dispositions de ces instruments. C'est : 1° l'existence d'une articulation
entre les portions jambières et fémorales; 2° la puissance à pousser le membre vers l'extension complète.
Pendant longtemps on s'est contenté de placer rarticulation fémoro-jambière sur les côtés de l'articulation du genou. Ferdinand Martin a eu le grand mérite de montrer que, pour être utile, cette articulation devait être placée plus en arrière, au niveau du centre du mouvement de l'articulation fémoro-tibiale.
La puissance qui sert au redressement des tiges jambières et fémorales peut offrir beaucoup de variétés. Il est facile de redresser avec les mains et de maintenir le redressement obtenu par divers points d'arrêt.
Les mécanismes qui réalisent celte puissance extensive appartiennent à plusieurs systèmes que nous ne pouvons tous décrire ici. Nous désirons cependant appeler l'attention sur deux appareils excellents, fréquemment employés dans les hôpitaux, et qui paraissent tous les deux bien remplir les indications du redressement.
L'un de ces appareils a été imaginé par un ingénieux orthopédiste, M. Mathieu; l'autre appartient au professeur Le Fort.
Le premier mérite la description suivante : Il se compose d'un cuissard moulé, et de deux attelles latérales articulées au genou, descendant jusqu'à la cheville, et munies pour la jambe de deux embrasses ou d'une jambière en cuir moulé. Une bottine à étrier est articulée à ces deux montants et peut s'enlever pour la nuit. L'extension et la contre-extension sont produites à l'aide d'une crémaillère placée en arrière de l'appareil et pouvant s'enlever à volonté.
Le professeur Le Fort utilisait fréquemment dans son service l'appareil que nous reproduisons ci-dessus. On en saisit immédiatement le mécanisme. Lavis double C peut s'appliquer en A ou en B, suivant le degré d'extension du membre. Cet appareil rend possibles à la fois l'extension et la flexion ; il permet, par conséquent, de rétablir les mouvements du membre; c'est un appareil de redressement ou un appareil de mouvement, selon le but que se propose le chirurgien.
L'application de cet instrument permet encore déjuger du degré de l'ankylose, d'apprécier exactement dans quelle mesure les mouvements sont perdus. La
Fig. 119.
Appareil à levier pour Iraction élastique.
DES ANKYLOSES.
difficulté, l'impossibilité de mouvoir la vis, ou la course qu'elle parcourra, seront pour le chirurgien des indices certains. De sorte que cet appareil, ainsi d'ailleurs que celui de Mathieu, excellent au point de vue thérapeutique, peut aussi servir au diagnostic de l'affection.
Malgré les avantages de ces appareils mécaniques à crémaillère, à vis et à pignon, les chirurgiens lyonnais se sont beaucoup servis, surtout dans ces derniers temps, de la force élastique des liens en caoutchouc. On comprend très bien que la pression fournie par les vis dont nous venons de parler puisse être remplacée par une traction qui étende la jambe sur la cuisse ou lavant-bras sur
le bras. Il suffit que le lien en caoutchouc s'attache en haut à la partie fémorale de l'appareil, en bas à la partie jambière, pour qu'il joue le rôle d'un tendon rotulien artificiel, amenant l'extension du membre. Ces tractions élastiques ont le grand avantage de se graduer avec facilité, d'être toujours égales à elles-mêmes, facilement supportées. Elles ont encore un deuxième avantage bien plus grand, c'est qu'elles peuvent s'adapter à un appareil beaucoup plus simple (pie ceux de nos fabricants, à un appareil construit extemporanément par le
chirurgien lui même. Appliquez un appareil silicaté sur la totalité du membre inférieur fléchi ; coupez-le circulairement autour du genou, adaptez solidement sur la partie fémorale, en avant, une première tige, une deuxième I ige sur la portion jambière , vous pouvez aisément
réunir ces deux tiges par des liens élastiques qui pratiqueront l'extension graduelle et continue du membre.
Delore (de Lyon) a fait un très grand éloge de cette méthode, dite des tractions élastiques, au Congrès de Lyon de 1864. 11 a décrit à ce sujet les ingénieux appareils imaginés par Blanc. Ces appareils sont essentiellement constitués, en ce qui concerne le genou, par des tuteurs latéraux à charnière fémoro-tibiale, supportant, en avant, des liges auxquelles s'attachent des liens élastiques.
Galante a modifié les appareils de Blanc (de Lyon) et a construit, d'après le même principe, un appareil applicable à l'ankylose du coude. Il est inutile d'insister sur le mode d'action de cet appareil ici fort nettement représenté.
B. Appareils de mouvement. — Nous nous contenterons de reproduire l'appareil de Bonnet. Le malade produit la flexion en agissant d'une main sur le
Fig. Io0. — Appareil pour le rétablissement des mouvements du genou el pour l'extension forcée et graduée de cette articulation.
[F LAGRANGE
DES ANKYLOSES.
manche qui s'attache au-dessus de la région tibio-tarsienne ; il produit l'extension en tirant de l'autre main sur la corde fixée à la partie inférieure des montants de la jambe. On comprend très bien qu'un appareil analogue puisse s'adapter au coude.
L'arc de cercle gradué, dont les deux extrémités sont soudées à la branche horizontale externe, sert à maintenir le genou dans une position déterminée et à limiter les oscillations. On peut mesurer les mouvements et constater les progrès de la cure.
Blanc, Desgranges ont modifié et simplifié le mécanisme de cet appareil. Pour rétablir les mouvements on a, de nos jours, très rarement recours aux machines; nous pensons qu'il est inutile de nous appesantir sur ces détails.
ill. REDRESSEMENT SUCCESSIF (VERDUC). — RUPTURE IMMÉDIATE