CHAPITRE IV
LÉSIONS TRAUMATIQUES. — RUPTURES
Nous avons déjà décrit les plaies des muscles en étudiant les plaies profondes du cou. Il ne nous reste donc à parler ici que des ruptures musculaires.
Ces lésions doivent être séparément étudiées chez l'adulte et chez l'enfant nouveau-né. Pendant les manœuvres plus ou moins violentes de l'accouchement, se produisent, en effet, dans le muscle sterno-mastoïdien, ou dans sa
gaine, des désordres qui se traduisent par une symptomatologîe toute spéciale (hématome des nouveau-nés).
1° Ruptures musculaires chez V adulte. — Les ruptures du sterno-mastoïdien (f) semblent être les plus fréquentes. Les symptômes observés dans la plupart des cas permettent de croire bien plutôt à des ruptures partielles, avec épanchement sanguin, qu'à des ruptures complètes (Jeannel).
On a signalé aussi des ruptures des muscles de la nuque chez les ouvriers chargeurs (*), des arrachements des attaches vertébrales du rhomboïde et de l'angulaire chez les cultivateurs (s).
2° Hématome du sterno-mastoïdien chez le nouveau-né. — Giovanni Mdchiori (4), en 4864, attira l'attention sur cette affection dont il avait recueilli 4 observations. L'année suivante, Dolbeau publiait un cas analogue. Les faits se multiplièrent bientôt et toujours la maladie était caractérisée par les mêmes caractères cliniques :
Une tumeur se développe quelques jours ou quelques semaines après la naissance, dans la région sterno-mastoïdienne, le plus souvent du côté droit, très rarement des deux côtés à la fois. Cette tumeur, de consistance ferme, élastique, de forme ovoïde, siège nettement dans la gaîne du sternomastoïdien et paraît faire corps avec le muscle lui-même, car on peut la déplacer transversalement avec le muscle.
Son volume est très variable; quelquefois grosse comme une amande, elle peut, dans certains cas, occuper presque toute la hauteur du muscle.
La douleur spontanée parait très légère ou nulle; la pression, les mouvements sont au contraire douloureux; la tête est inclinée en torticolis du côté malade.
Cette tumeur n'a aucune tendance à l'accroissement, ni à la suppuration; 0 n'y a jamais de phénomènes inflammatoires et toujours la mobilité de la peau témoigne de l'intégrité du tissu cellulaire sous-cutané.
Peu à peu, le volume diminue et toute tuméfaction finit par disparaître en quelques semaines ou quelques mois. En même temps que la tumeur s'efface, le torticolis diminue; mais, dans quelques cas, on a vu persister la déviation sous forme de torticolis permanent.
L'éliologie et la nature même de l'affection ont été l'objet de nombreuses discussions.
Il est cependant un point absolument hors de doute, c'est l'influence du traumatisme obstétrical. D'autre part l'absence de tout accident spécifique chez l'enfant, de tout antécédent chez les parents, et l'évolution même de la tumeur permettent d'éliminer nettement la syphilis autrefois invoquée comme cause par quelques auteurs.
Le sterno-mastoïdien peut être lésé de différentes façons pendant l'accou-
(') Traisnel, Contribution à la pathologie chirurgicale du sterno-mastoïdien. Thèse de doct de Paris, 1876, n° 274.
(*) Bourgougnon, Ruptures et contractures musculaires des ouvriers cliargeurs. Thèse de doct. de Paris, 1875, n° 274.
(5) Ricochon, De quelques ruptures musculaires professionnelles. Poitou wieci., 1888, p. 37.
(*) Giovanni Melciiiori, Induration du muscle ster no-clé ido-masloïdien chez les nouveau-né*- Gazette méd. ital.; prov. Sarde, 1861, cité par Gillette. Art. Cou. Dict. Dechambre. t. XXI. !'• partie, p. 358.