‹ Traite de chirurgie, publie sous la direction de MM. v.8, 1892 (volume 3)Chapitre 69 sur 108 · CORPS ÉTRANGERS ET CALCULS DES FOSSES NASALES · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS ET CALCULS DES FOSSES NASALES

certains cas à avoir un pouce trois quarts de long et un demi-pouce d^épaisseur (Mackenzie). Leur poids varie de 1 grammes à 13 gr. 65 (Brown) (*).

Les rhînolithes ont une couleur grisâtre ou noirâtre; leur surface, parfois lisse, est le plus souvent irrégiflière, anfractueuse, et dans ces dépressions il est commun de trouver une matière caséeuse, fétide, composée de cellules épithéliales et de globules de pus. Leur consistance est, dans la majorité des cas, très friable : elles peuvent cependant avoir une telle dureté qu'on est incapable de les broyer même avec un marteau (Clauder).

Quant à leur composition chimique, iVxmann a donné la suivante :

Matières animales 0,35

Phosphate de cliaux 0,8

Carbonate <Ie chaux 0,225

Carlionate de magnésie 0,125

- Avec des traces de muriate de soude, d'oxyde de fer, auxquelles Creswell Baber(*) a ajouté du carbonate de fer et du phosphate d ammoniaque.

Lorsqu'on coupe un de ces calculs, on reconnaît qu'il est constitué par une série de couches lamellaires, stratifiées; au centre, le plus souvent, se trouve le corps étranger. Parfois cependant, la partie centrale ne contient que du mucus ou une substance albumino-graisseuse. Ce sont ces cas, qui constitueraient les rhinolithes spontanées, primitives, dont on ne connaît que trois observations, deux de Mackenzie, et une de de Brun. Pour expliquer ces cas insolites on peut admettre, avec plusieurs auteurs, que le corps étranger a été résorbé ou s'est transformé, ce qui n'a rien d'impossible, car on a vu des calculs développés autour d'un caillot sanguin (Stocker) {^). On a encore invoqué comme cause prédisposante à celle formation sponUuiée, Télroitesse congénitale des fosses nasales et le coryza chronique; mais c'est surtout le coryza caséeux qui parait réaliser les conditions les plus favorables à leur <léveloppement : vu la sécrétion très abondante de mucus et la formation de croûtes nombreuses, on conçoit que si ces dernières ne sont pas expulsées, elles puissent devenir le centre de calculs, par le même mécanisme que les corps étrangers (Monnié). La pathogénie des rhinolithes secondaires est beaucoup plus simple. La muqueuse nasale irritée et enflammée par la présence du corps étranger donne lieu h une suppuration abondante; comme dans les cystites, il doit se produire, sous l'influence d'un micro-organisme, une décomposition des liquides contenus dans les fosses nasales, mucus] (Duplay); [pus] (Jamain et Terrier); [larmes] (Monnié), une précipitation des sels qu'ils renferment, et qui se déposent sur le corps étranger.

Quant à la muqueuse des fosses nasales, elle présente toutes les lésions de l'inflammation chronique; elle est rouge, tuméfiée, boursouflée, parfois au point de recouvrir le corps étranger, saignante et ulcérée par places; ces ulcérations sont parfois môme si profondes que les os sous-jacents se trouvent mis à nu et peuvent même se nécroser partiellement (Spillmann). Outre ces lésions destructives, on constate assez souvent, lorsque la rhinolithe est volumineuse, un refoulement soit des cornets, soit de la cloison qui se dévie.

(*) Brown, Êdimb. med. Journal, 1850.

(*) Creswell Baber, Brit. med. Journal, ocl. 1885.

(') Stocker, Brit. med. Journal, 1887.

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le refouler en arrière, en ayant le soin d'introduire son doigt dans le pharynx pour arrêter le corps étranger; celui-ci ne peut guère entrer dans le lar3'nx, mais il peut tomber dans T œsophage et être avalé (Hering, Heine] (*) ; cette déglutition est souvent sans danger; mais, comme par exception, on peut voir survenir des accidents, il vaut mieux essayer de les prévenir.

Quant aux lésions de la muqueuse, elles sont tout à fait accessoires ; dès que le corps étranger sera extrait, il suffira de faire des vaporisations ou des irrigations antiseptiques, pour en obtenir la disparition en un très bref délai.

Étiologie. — Les parasites, qui s'introduisent dans bs fosses nasales, sont le plus souvent des larves d'insectes appartenant à la tribu des mucides; on y a cependant rencontré, par exception, d'autres espèces animales, des oxyures (Hartmann) ("), des scolopendres (Maréchal, Lessona) (').

CoQi;£REL, Des larves de diptères développées dans les sinus frontaux. Arch. génér. de médecine, mai 1858. — Mo^iuin-Tandon, Éléments de zoologie médicale, p. 210. — Odriozola, Gusanera de las narices. Gaz. med, Lima, 1858. — Pierre, Thèse de Paris, juillet, 1888. — Hankin, Parasites des fosses nasales. New-York med. Rec.^ sept. 1888.

Dans nos pays, où les cas sont rares et en général bénins, c'est la mouche bleue de la viande {Callifora vomitoria) qui dépose ses œufs à l'entrée des narines, d'où ils sont transportés dans les fosses nasales. Dans le Mohilew, PokrasolT (*) signale aussi les larves du Sarcophila Wohlfarti, comme occasionnant des accidents fréquents chez les enfants qui dorment au dehors, couchés sur la terre.

Dans les pays intertropicaux, dans l'Inde, à Cayenne, au Pérou (Omellas), les cas sont beaucoup plus nombreux et excessivement graves. Ce sont les larves de la Lucilia hominivorax (Coquerel), qui, déposées à l'orifice des narines, sont entraînées par les mouvements inspiratoires dans les fosses nasales : y trouvant un milieu chaud et humide elles s'y développent avec la plus grande rapidité. Cette mouche s*atlaquc de préférence aux individus peu soigneux de leur personne, ou ayant un écoulement nasal purulent ou fétide; quoi qu'elle puisse chercher, même pendant le jour, à s'insinuer dans les fosses nasales (Coquerel), c'est surtout la nuit, pendant le sommeil, que cette mouche dépose ses œufs. C'est du reste, pendant les mois chauds, de juillet à septembre, c'està-dire au moment de la ponte, que l'on observe le plus grand nombre de cas.

Aucun âge et aucune race n'en sont indemnes; les nègres, qui ont des narines larges et relevées, y sont plus prédisposés.

(*) Hertng et Heine, in Czarda, loc, cit. {*) Hartmann, Berliner klin. Wochenschrift, janvier 1890. (?) Lessona, Acad. de méd. de Torino, juin 1884.

(•) PoKRASOFF, Histoire naturelle des mouches et larves qui causent des maladies chez l'homme et les animaux. Portcbinsky, 1875.

qu*incomplèle et, après l'élimination dos séquestres, il persiste des difformités parfois considérables.

Un traitement énergique doit être institué le plus tôt possible; il consistera en injections de liquides chlorurés, alumines ou mercuriaux, que Ton répète plusieurs fois dans la journée et (jui ont pour but de détruire les parasites. A Cayenne, Ton emploie surtout une solution de 5 centigrammes de sublimé pour 30 grammes d*eau; dans les Indes, on recommande des injections de tabac ou de térébenthine; au Pérou, on fait priser de la poudre de veratrum Sabadilla; enfln, le chloroforme en inspiration a donné un succès.

Mais le plus souvent ces injections sont insuffisantes, car elles ne pénètrent que très difficilement dans les sinus et elles ne peuvent entraîner que les larves contenues dans les méats. Il ne faut donc pas hésiter, si la maladie s'aggrave, à trépaner les sinus frontaux et maxillaires, ce qui permettra de faire de larges irrigations de toutes les cavités nasales. Cette intervention hâtive aura encore l'avantage de prévenir ou de limiter les destructions nécrosiquesdesos, et, par conséquent, dVmpécher ou de diminuer les difformliés consécutives

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