‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 2)Chapitre 12 sur 131 · B. EXOSTOSES · texte numérisé non relu

B. EXOSTOSES

Comme ailleurs, il convient de réserver ce nom aux productions anormales et circonscrites de tissu osseux, saillantes à la surface de l'os. Les accoucheurs du commencement de ce siècle les considéraient comme fréquentes et rattachent aux exostoses les cals difformes. En réalité, elles sont rares ; cependant on a exagéré leur rareté.

Étiologie et anatomie pathologique. — Chez l'adulte, elles reconnaissent pour causes, d'après Ravage, la scrofule, la syphilis, le rhumatisme, la goutte. Sur ô observations qu'il rapporte, 2 seulement se rapportent à des hommes, celles de Duplay {'), de Regnoli et Rognelta (-). Le traumatisme est la cause occasionnelle le plus souvent citée. Dans cette classe, quelques auteurs font rentrer les épines osseuses qu'on trouve sur les bassins rachitiques. Ces épines siègent surtout sur le pourtour du détroit supérieur, c'est-à-dire sur la crête du pubis, sur l'éminence ilio-pectinée et au niveau du promontoire. Généralement petites, acérées, en forme de dard, elles peuvent acquérir une longueur notable. Ainsi Léopold {') a vu une épine de 8 centimètres implantée sur la fosse iliaque interne. Les épines ne sont pas de vraies exostoses.

Chez les vieillards, et surtout chez les femmes, on rencontre une variété d'exoslose dont la cause intime est inconnue. Robert, Poulet et Bousquet, signalent au niveau de l'articulation sacro-iliaque des exostoses liées à l'arthrite déformante sénile.

Quant aux exostoses vraies qui sont les exostoses ostéogéniques, elles existent au bassin comme partout ailleurs ; elles sont souvent héréditaires. Braun (') a vu chez un jeune homme de dix-huit ans, une exostose cartilagineuse qui partait de l'épine iliaque antérieure et supérieure ; les autres pièces du squelette étaient indemnes. Legroux(^) signale une hypertrophie considérable de la crête iliaque dans un cas d'exostoses ostéogéniques multiples.

Maclean (") rapporte une belle observation d'exostoses multiples spongieuses héréditaires. Sur 4 enfants de huit à seize ans, il existait 79, 108, 83 et 10! exostoses. La plupart d'entre elles occupaient les os longs; mais l'os iliaque, particulièrement sa portion marginale, n'était pas épargné. Bessel-Hagen('), sur une jeune fille de quatorze ans, atteinte d'exostoses cartilagineuses multiples, et d'arrêt de développement des membres thoraciques et abdominaux, a trouvé sur le bassin de petites exostoses au niveau des épines iliaques postérieures. Sur un homme de cinquante ans, existait à côté d'autres lésions, de croissance, une grosse exostose du volume d'une pomme, dans la fosse iliaque

(') Duplay, Thèse de Havage, p. MO.

(-) RoGNETTA, Gazelle médicale de Paris, 1885, p. 239.

(^) LÉOPOLD, Arch. fiir Gynsek., 1872, t. IV, p. 336.

(*) Braun, Deulsche Zeit. fiir Cliir., t. XX.X, p. 190.

(») Legroux, Soc. méd. des hôp., séance du 4 juillet 1890.

(^) M-VCLE.\N, Multiple cancellous exostoses. Bristol med. chir. Journal, décembre 1890.

(') Bessel H.\gen, Arch. fiir klin. Chir. Berlin, 1891, t. XLI, p. 420 et suivantes.

[CJf. WALTHER]

externe, immédiatement au-dessous de la crête iliaque. Sur un jeune homme de quinze ans, porteur d'exostoses cartilagineuses multiples, de scoliose, d'anomalies de développement des côtes, des omoplates et de l'os iliaque, d'arrêt de développement et d'incurvation des membres, Bessel-Hagen a rencontré, en dehors de nombreuses exostoses, disposées le long de la crête iliaque, une presse exostose de la partie la plus reculée de la fosse iliaque externe, tellement volumineuse, que la saillie fessière correspondante était remplacée par une dépression profonde interposée à l'exoslose et à la région trochantérienne. Ces quelques exemples, qu'il serait aisé de multiplier, prouvent que lors d'exostoses multiples de développement, le bassin peut être envahi comme les autres pièces du squelette. jMais les exostoses limitées à l'os iliaque ou au sacrum chez l'adolescent sont rares, elles s'observent un peu plus tardivement que les exostoses des membres, ce qui est en rapport avec l'époque d'accroissement des épiphyses de la crête iliaque et des bords du sacrum.

Symptômes. — Les exostoses ostéogéniques occupent les points que nous avons indiqués plus haut. Quant aux exostoses de l'adulte, elles siègent surtout, suivant Havage, au sacrum, au pubis, et sont rares sur les parties latérales du bassin. Ce sont des tumeurs peu douloureuses, de consistance éburnée, généralement peu volumineuses. Cependant Kraus et Moreau en ont cité qui remplissaient toute l'excavation du bassin. On peut les diviser en extra-pelviennes et intra-pelviennes.

Les premières donnent lieu à des phénomènes de compression assez Vagues, elles peuvent gêner les mouvements de la cuisse ou d'inclinaison de la colonne vertébrale.

Dans le cas cité plus haut de Braun, le sujet semblait atteint d'une ankylose complète de l'articulation de la hanche. L'opération seule permit de reconnaître une grosse exostose, qui descendait de l'épine iliaque antéro-supérieure dans les muscles de la cuisse, atteignait une longueur de 9 centimètres et s'opposait à la plus légère flexion du fémur. L'ablation de l'exostose permit aussitôt les mouvements de la cuisse dans tous les sens.

Les exostoses intra-pelviennes engendrent des troubles fonctionnels sérieux. En outre de l'obstacle qu'elles apportent à raccouchement, elles provoquent parfois la rétention d'urine (John Lever, Boyer), l'ulcération de la vessie (Bouilly). Cette dernière complication se rencontre surtout dans les exostoses séniles du pubis chez les vieilles femmes, signalées par Robin et étudiées par Feré(')- Suivant ce dernier auteur, ces exostoses ne sont pas rares (t6 pour 100), elles se composent de deux épines développées aux dépens de la face postérieure de chaque pubis et séparées par un vestige du ligament interosseux.

Une complication tout à fait exceptionnelle a été signalée récemment par ]ilanley(-) : la fracture des exostoses pubiennes.

(') Feré, NoI.e communiquée à Havage. Tlit'se cilée, p. 50.

(-) Man'Ley, a unique case of fraelured exoslosu. Lancet, 28 septemljre 1889. Un jeune homme de dix-neuf ans, toujours bien portant, souffrant depuis un an d'une douleur peu vive dans la cuisse gauche, ressentit tout à coup une douleur très violente à la suite d'un effort pour soulever un lourd fardeau. Il dut cesser de travailler, s'alita et, au bout de seize jours, on constata un énorme phlegmon de la cuisse descendant jusqu'au genou et remontant dans l'abdomen. Aucun signe n'indiquait l'origine de cette collection. Après l'avoir incisé, Manley rencontra dans la partie supérieure de la poche, en avant de la branche horizonlale du pubis, un corps dur conique, de la longueur de la main, en rapport en dehors avec l'artère fémorale. Ce corps légèremenl mobile fut enlevé au bout de quelques

ENCHONDROJIES

Les chondromcs ont élé bien éludiés par Dolbeau(') en 1860. Ils constituent, après les sarcomes, les néoplasmes les moins rares des os du bassin. Aux 22 observations consignées dans la thèse de Havage, nous pouvons en ajouter quelques autres dues à Hille(-), Israël(^), Bergmann(*), Rouxf), Potter(°), Clark C), Billroth (^), Gussenbauer ('), etc., pour ne citer que les plus importantes.

Étiologie. — On sait peu de chose sur l'étiologie des enchondromes du bassin. Les hommes semblent atteints un peu plus souvent que les femmes. A l'inverse des autres chondromes, ils paraissent surtout fréquents chez les adultes, entre trente-cinq et cinquante ans.

Havage mentionne comme causes prédisposantes l'hérédité et les traumalismes ; il n'accorde aucun rôle à la grossesse.

Anatomie pathologique. — Des enchondromes, nés du fémur, peuvent envahir secondairement le bassin, soit en s'étalant sur sa face externe, soit en pénétrant par une des échancrures qui font communiquer le pelvis avec la cuisse. Ces tumeurs ne doivent pas nous occuper ici.

Au point de vue pratique, il faut, avec Desault et Dolbeau, diviser les enchondromes primitifs du bassin en deux catégories : 1" ceux qui prennent naissance sur la surface extérieure du pelvis ; 2° ceux qui se développent à la face interne du bassin.

Les enchondromes intra-pelviens seraient plus fréquents à gauche (Dolbeau); ils s'implantent ordinairement sur le sacrum ou l'os coxal, au voisinage de la symphj'sequi les unit; fréquemment aussi, ils partent de la fosse iliaque interne ou de la crête du même os ; parfois enfin, ils se développent au-devant du sacrum et des dernières vertèbres lombaires.

A cette classe appartient le cas de FichteC"), dans lequel la tumeur, née à la partie antérieure de l'interligne sacro-iliaque, s'étendait jusqu'aux côtes inférieures, avait gagné la fosse iliaque externe et entramé la disparition du tissu osseux. Souvent (Gussenbauer) ces tumeurs semblent plaquées sur la

jours; il semblait constitué par le pubis et sa branche descendante. Le malade mourut et l'autopsie permit de reconnaître que le pubis gauche était à sa place et parfaitement constitué. Mais sur la face antérieure de sa branche horizontale, au voisinage immédiat de la cavité cotyloïde, sous le psoas, existait une saillie dont la face libre présentait les caractères d'une fracture récente. Le corps étranger enlevé était donc une exostose.

(') Dolbeau, Mémoire sur les tumeurs cartilagineuses ou encliondromes du bassin. Journal du Progrès, 1859-1860.

(-) Mille, Ein Beitrag zur Lehre vom Enchondrom. Marburg, 1880.

{') Israël, Extirpation d'un ostéo-chondrome du bassin chez un homme de vingt-trois ans. Berl. klin. Worh., 12 juillet 1886.

(■') Bergmann, Extirpation d'un enchondrome du bassin avec ligature de l'artère et de la veine iliaques primitives. G^iérison. Deutsche med. Woch., n° 42, 1885.

(') Roux (de Lausanne), Résection complète, de l'os iliaque du côté droit pour chondro-sarcome. Congrès franc, de chir. Séance du 8 octobre 1889 (soir).

('') PoTTER, Un cas d' enchondrome du bassin. Westminster hosp. London, 1887, p. 170.

C) Clark, Enchondrome du bassin. Saint-Thomas hosp. Rep., 1887. London, 1889, p. 17.

(*) Billroth, Chondrome énorme du pubis. Wiener med. Woch., 1875, p. 20.

C) Gussenbauer, loco citato, observ. IV et VII.

('") FiCHTE, Ueber das Enchondrom. Tilbingen 1859, p. 58.

[CH. WALTHEIt.']

fosse iliaque interne. Il est rare de les voir s'implanter sur les parois de l'excavation pelvienne.

Les eucliondvomes extra-pelviens ont pour siège d'élection le pubis et la branche ischio-pubienne, d'où ils tendent à gagner la partie antéro-supérieure de la cuisse.

Les enchondromes du bassin ont un volume qui varie entre celui d'une noix et celui des tumeurs les plus considéraljles de l'abdomen. Ils peuvent acquérir des proportions véritablement énormes. On en a vu qui pesaient lô kilogrammes et mesuraient 1 mètre de circonférence (Holthaux)('), d'autres qui descendaient jusqu'aux genoux (Letenneur) (^).

Au début, l'enchondrome se présente sous forme d'une masse bosselée de consistance cartilagineuse ; parfois il se ramollit, sa consistance devient inégale, souvent même fluctuante, grâce à la dégénérescence kystique ou colloïde qui est le propre de ces tumeurs cartilagineuses.

Le contenu peut même être visqueux, couleur chocolat, et l'on comprend comment ces néoplasmes ont pu être confondus avec des tumeurs fibi'okystiques multiloculaires de l'ovaire (François) ('). Dans des cas plus rares, des éléments sarcomateux viennent modifier l'aspect et l'évolution de la tumeur (chondro-sarcomes). On cite aussi quelques faits de chondromes ostéoïdes (Forward) ('j et d'enchondromes malins accompagnés d'exostoscs cartilagineuses multiples (Virchow)(°).

Enfin les enchondromes ne sont pas toujours limités au bassin, mais peuvent en même temps occuper plusieurs os du squelette, le sternum par exemple (Gussenbauer).

Ces néoplasmes se propagent dans différentes directions; on les voit gagner le fémur, le canal rachidien, les ganglions lymphatiques de l'aine et de la fosse iliaque (Weber), pousser des prolongements dans les veines iliaques primitive et externe, dans la veine fémorale ("). En outre, ils peuvent infecter à distance les systèmes lymphatiques et veineux, et se généraliser comme les autres chondromes (MichalolT) (") ou récidiver sur place (Vartman)(*).

Symptômes. — Les enchondromes extra-pelviens se présentent sous forme de tumeurs quelquefois iliaques, plus souvent inguinales. Verneuil(') en a donné une bonne description : « On voit, dit-il, que la tumeur, née d'ordinaire sans cause connue, soulève d'abord le pli inguinal au-dessus, au-dessous ou en arrière de l'arcade crurale ; ciue de là elle s'étend vers l'abdomen, la fosse iliaque, la cavité pelvienne, le triangle de Scarpa; que, fixe et fortement adhérente dès l'origine, elle conserve une dureté très grande tant qu'elle est d'un volume médiocre; qu'elle offre, au contraire, des bosselures ramollies quand elle acquiert des dimensions considérables; que, circonscrite ou étendue, sa surface est toujours inégale, mamelonnée, rugueuse ; que presque indolente pendant toute

(') HoLTiiAUX, The Lancet, 1856, t. II, p. 600.

(-) Letexxeur, Mém. de Dolbeau, observ. XII, p. 35.

(^) Fr.vnçois, Contribution à l'étude de l'enchondrome du bassin. Thèse de Paris, 1876.

H Forward, Philadelphia med. Times, 1881-1882, t. XII. p. 558.

(=*) ViRCHOW, Charité Ann., 1878. Berlin, 1880, p. 750.

{'')■ Société anatomique, 1861 el 1866.

{') MiCHALOFF, Thèse de Genève, 1882.

(S) Vartman, Thèse de Strasbourg et de Bàle, 1880.

(^) Verneuil, art. Aine du Dictionnaire encyclop., t. II, p. 515.

sa durée, elle ne détermine que des troubles mécaniques conséquents avec ses rapports et la direction dans laquelle elle progresse : gêne dans les mouvements de la cuisse, œdème, etc. »

Les enchondromcs intra-pelviens ressemblent à toutes les tumeurs du grand et du petit bassin, lis peuvent rester longtemps méconnus, car, indolents par eux-mêmes, ils ne provoquent que des phénomènes de compression peu accentués, quelques douleurs dans les lombes, les fosses iliaques et une certaine gène de la marche. L'œdème, la névralgie sciatique, les accidents médullaires, si fréquents au cours de l'ostéo-sarcome, ne sont que très exceptionnellement observés dans le chondrome.

Ces néoplasmes ont une marche lente, une longue durée; quand ils ont acquis un volume considérable, ils s'accompagnent de la cachexie ordinaire des grosses tumeurs abdominales.

D. FIBROMES

On sépare, assez arbitrairement du reste, du groupe des fibromes des parois abdominales ou tumeurs fibreuses péri-pelviennes, quelques faits isolés de fibromes périostiques(') qui ne diffèrent des vrais fibromes pariétaux que par des caractères tout à fait secondaires, tirés du siège qu'ils occupent. Ils constituent, si l'on veut, un groupe intermédiaire aux fibromes nettement pariétaux et aux fibromes manifestement développés aux dépens des parties molles du bassin. Leur histoire est encore à l'état d'ébauche.

Nicaise(^) en a relaté quelques cas au niveau de la crête iliaque, dans la fosse iliaque, dans les points où les aponévroses se fusionnent avec le périoste. Ils contiennent souvent des foyers ramollis ou de véritables kystes. Nicaise rapporte un cas dans lequel le néoplasme inséré sur la partie interne de la tubérosité sciatique faisait saillie en avant de l'anus.

Chez une femme à laquelle il dut appliquer les forceps, Depaul(') a trouvé une tumeur fibreuse de 1260 grammes, prise pour un fibrome de la paroi postérieure de l'utérus et implantée dans les trous de conjugaison des deux dernières vertèbres lombaires gauches et dans le deuxième trou sacré gauche.

Sur un enfant de dix-neuf mois, un gros fibrome, parti du périoste de la branche ischio-pubienne, était interposé entre la vessie et le rectum (Smith) (*). Dans un cas très intéressant de Tillaux(^), chez un homme de quarante-sept ans, une volumineuse tumeur de la fosse ischio-rectale droite provoquait des troubles de miction et de défécation. L'ablation permit de reconnaître l'existence d'un fibro-myxome relié au coccyx par un pédicule de la grosseur du doigt. Riedinger (") a observé un fibrome de la crête iliaque faisant saillie dans la fosse iliaque. Des cas analogues de fibromes sacrés et sacro-coccygiens sont relatés par DowellC) et Gomez Paneo(*).

(') Salesses, Thèse de Paris, iSTô.

(-) Nicaise, Revue mens, de méd. et de chir., iSlS, p. 752.

(=) Depaul, BuU. de la Soc. de chir., -1877, p. 741.

C") Smith, Analyse, in Arch. gén. de méd., 1874, t. XIV, p. 560.

(=) TiLLAUx, Bull, de la Soc. de chir., 1875, p. 884.

C) Riedinger, Chir. klin. am. Julius hosp. Wurzburg, 1879, p. 52.

{') Dowell, Med. Press Cire. London, 1882, p. 291.

(^) Gomez Paneo, Ann. de chir. Madrid, 1822, p. 179.

TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2« édit. — VII. 4

ICH. WALTHER.J

Tous ces fibromes parlent du périoste et ont les mêmes caractères cliniques, la même marche que les fibromes péri-pelviens supérieurs, que les fibromes pariétaux.

Les myxomes sont les plus rares des tumeurs du bassin. P. Berger(') en a rapporté, en 1897, à la Société de chirurgie, un très bel exemple et, à ce propos, a rassemblé les quelques observations éparses dans la littérature dans un mémoire auquel sont empruntés les éléments de ce court chapitre.

Le malade de Berger portait une énorme tumeur occupant toute la fosso iliaque gauche, tout le flanc, plongeant dans l'excavation pelvienne en soulevant les vaisseaux iliaques et le nerf crural et ayant déterminé une paralysie du nerf crural. Au cours de l'opération, très laborieuse, alors qu'il était impossible de mobiliser cette énorme masse. Berger put reconnaître qu'elle s'implantait sur une surface assez limitée de la partie postérieure de la fosse iliaque. La section de ce pédicule permit de faire basculer et d'extirper la tumeur sans léser les vaisseaux iliaques ni le nei'f crural. Le malade guérit et la paralysie du nerf crural disparut. L'examen histologique montra qu'il s'agissait d'un myxochondrome.

A la suite de cette observation. Berger cite le cas de Tillaux, déjà rapporté plus haut (voy. fibromes), de fibro-myxome de la fosse ischio-rectale ; un cas do Ciani(-), myxome delà grosseur d'un œuf sorti du bassin par l'échancrure sciatique, mais dont on ne put préciser le point de départ; un cas de Tansini(^), myxome du triangle de Scarpa rattaché par un pédicule à la branche ascendante de l'ischion; enfin, une observation de myxome, en dégénérescence lipomateuse, occupant la région des adducteurs et s'insérant par un long pédicule à la branche ischio-pubienne, tumeur opérée par Lejars et présentée par Isidor('') à la Société anatomique.

Dans toutes ces dernières observations, la tumeur était rattachée au bassin par un assez grêle pédicule. Dans le cas de Berger, au contraire, un très court et large pédicule fixait solidement la tumeur sur la fosse iliaque au voisinage de la symphyse sacro-iliaque et la surface osseuse était, au point d'implantation, hérissée de rugosités ostéophytiqnes, qui furent enlevées au ciseau et au maillet.

r. KYSTES HYDATIOUES

Anatomie pathologique. — Le bassin est un des sièges d'élection des kystes hydatiques osseux. D'après Havage, le bassin vient immédiatement après le tibia. Sur 52 cas rassemblés par Gangolphe(^), le bassin et l'humérus sont pris H fois, le tibia et le péroné 8 fois seulement.

(') P. Berger, Des myxomes du bassin. Bull, et mém. de la Soc. de chir., 1897, p. 330.

(-) CiANi, Su un Caso di mixoma migrante. Nuovo giorn. inlernaz. d. se. med. Naples, t. I, f. &, et CentraWlaU fiir Chir., 1878, n" 59, p. 660.

(">) Tansini, Fibroma eolossak delta pelvi exporlato cul felice exito. Giorn. d. r. Acad. d. med. di Torino, I88I, n° 1.

(') IsiDOR, Myxome à implantation sur le pubis. Bull, de la Société anatom., 29 juin 189i,

(■'■) Gangolphe, Des kystes hydatiques des os. Thèse d'agrégation, 1880.

La tumeur occupe suiioul l'ilion et le voisinage de la cavité cotyloïde; l'ischion et le pubis plus rarement.

Le kyste acquiert le volume du poing et même au delà, mais jamais il n'atteint les grosses dimensions de certaines poches hydatiques du foie; il renfermait cependant 2 litres t/2 de liquide chez un malade de Réczey('). Le contenu. paraît s'altérer rapidement, souvent il est purulent, mélangé à des débris d'hydatides. Ces kystes paraissent le plus souvent multiloculaires et envahissent rapidement le tissu osseux voisin. Dans un cas de Fricke(-), toute une moitié du bassin était détruite par une tumeur hydatique multiloculaire. Il en était de même dans le cas de Réczey. Les parois kystiques sont formées alors par les tissus ambiants et non plus par une coque osseuse. Les masses

FiG. 16 — Kyste hydatique du bassin (Réczey, Knoch^n ecliinococcen, Deutsche Zeilschrift fur Chirurgie, t. Vil, pi. XII, fig. 1.)

musculaires sont le plus souvent envahies; dans le cas de Fricke, le psoas était converti en un tissu épais comme du cuir. La bourse synoviale du psoas peut ôtre remplie d'hydatides. Les lésions d'ailleurs ne se bornent pas à l'os primitivement atteint, qui d'abord est boursouflé, se fragmente et disparaît enfin par résorption. Les échinocoques font irruption dans la hanche, dans l'articulation sacro-iliaque, dans le fémur, dans les vertèbres, dans le canal sacré. On a vu la cavité cotyloïde détruite permettre la pénétration de la tète fémorale dans la cavité pelvienne. Dans le cas de Réczey, on trouva à l'autopsie un kyste hydatique du poumon, peut-être produit par une véritable embolie parasitaire (Gangolphe).

Étiologie. — Ces kystes hydatiques constituent une maladie de l'adulte, aussi fréquente dans les deux sexes. Le traumatisme est fréquemment signalé comme cause occasionnelle (Viertel) [').

(') RÉCZEY, Ueher Knochenechinococcen. Deutsche Zeil. fiir Chir., 1876, t. VII, p. 285. (-) Fricke, Hamburger Zeit. fiir die ges. Med., 1838, t. VII, p. 583. (5) ViEKTEL, Arch. fiir klin. Chir., 1875, t. XVIII, p. 476.

[CH. WALTHERri

y2 MALADIES DES OS DU BASSIN.

Symptômes. — Le nombre des kysLes hydatiqucs du bassin osseux est actuellement encore trop faible pour qu'on puisse tracer avec précision la symptomatologie de l'affection.

C'est à la suite d'un accouchement, d'un traumatisme, et quelquefois sans cause appréciable que le kyste débute. Il est rare de constater à la période initiale les douleurs brusques et lancinantes mentionnées dans l'observation de Réczey. En général, l'indolence est complète. Même à une période ultérieure, les accidents fonctionnels sont rares; ce n'est qu'exceptionnellement qu'on trouve signalées des douleurs aiguës, de la dysurie, de l'ischurie, des compressions variées.

C'est la collection liquide qui, dans la plupart des cas, révèle les altérations osseuses (Gangolphe). Tantôt uniques, tantôt multiples, les tumeurs oscupen les régions iliaque, pubienne, inguinale, fessière, sacrée; elles sont molles, fluctuantes, souvent réductibles, indolentes à la pression et en imposent très fréquemment pour un abcès froid.

Souvent on observe de l'impotence fonctionnelle, des attitudes vicieuses du membre inférieur, et le tableau clinique simule à s'y méprendre celui d'une coxalgie. Et, en effet, il faut insister sur une particularité caractéristique : la fréquence avec laquelle est envahie l'articulation de la hanche. Cette fréquence est telle que, sur 10 cas (Fischer) (') de kystes hyda tiques du bassin osseux, 8 fois la cavité cotyloïde a été trouvée détruite, ou perforée en plusieurs points (^). Dans deux faits seulement, la jointure était indemne; ce sont ceux de Stanley(^) et de Bardeleben(*). Dans celui de Stanley, le kyste s'étendait sur la région fessière et la partie postérieure de la symphyse sacroiliaque; l'ilion et le sacrum étaient détruits, les hydatides avaient fait irruption dans le canal rachidien; quelques muscles du dos et un des ovaires étaient envahis. Dans le cas de Bardeleben, une cavité profonde était creusée dans l'ilion et il était même étonnant que l'acétabulum ne fût point perforé.

Les kystes hydatiques du bassin marchent lentement et leur durée se chiffre ordinairement par années (jusqu'à treize et dix-neuf ans). Quelquefois, cependant, ils prennent les allures des néoplasmes malins et, dans le cas de Réczey, il avait suffi d'une période de dix-huit mois pour détruire toute la charpente osseuse de la fosse iliaque.

Malgré cette lenteur d'évolution, le pronostic est grave, car l'afl'ection a une marche essentiellement envahissante. Souvent d'ailleurs, le kyste suppure rapidement sous des influences encore mal déterminées ; la santé s'altère et la mort survient par septicémie, soit spontanée, soit provoquée par des interventions opératoires (ponctions, cautérisations). Tous les malades atteints de kystes hydatiques du bassin sont morts, à l'exception d'une femme de vingttrois ans, opérée par Bardeleben.

(') Fischer, Deulsc/ie Zeil. fur Chir., 1891, chap. xxxi, p. 211.

(-) Ces 8 cas, en dehors de ceux de Fricke, Viertel, Réczey, que j'ai déjà cités, sont dus à Rokitansky [Lehrh. d. palh. Anat-, t. Il, p. 141), à Gurlt (Gelenkkrankh., 185-5, p. 450), à Dcnonvilliers {Bull, de la Soc. anat., 1856, p. 119, ce cas est le seul dans lequel le puijis ait été envahi à l'exclusion de l'ilion), à Pihan (Bull, de la Soc. anat., 1860, p. 263) et à Trendelenburg (Verhandl. de Gesel. fiir Chir., 1881, p. 00)

(■') Stanley, Diseases of llie Bons, 1849, p. 180.

('•) Bardeleben, Berl. klin. Woch., 1883, p. 825.

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