‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 2)Chapitre 120 sur 131 · FONGUS BÉNIN · texte numérisé non relu

FONGUS BÉNIN

spermaliques étalés au-devant du scrotum. Or, bien qu'on la décrive depuis cinquante ans, cette variété de tumeur, si elle existe, n'est guère fréquente.

Lawrence adopte l'opinion prétendue de Bertrand! et essaye de démontrer par l'examen de 15 cas que la tumeur, toujours consécutive à l'ulcération de l'albuginée, n'est qu'une « protrusion » du parenchyme à travers la perte de substance. Il avait constaté la présence des tubes sous les bourgeons charnus et cette preuve lui suffisait. Cependant il existait dans la science des observations où les bourgeons charnus ont pour base, non les tubes séminifères expulsés, mais l'albuginée elle-même. Les premières en date, celles de Fabrice de Hilden, n'étaient-elles pas des exemples de cette variété? Une ascitè se fraye un passage à travers les bourses ; le scrotum s'ulcère et avec la sérosité s'échappent les testicules; leur albuginée se recouvre de bourgeons charnus. Donald Monro avait vu des glandes, herniées après l'incision pour le traitement de l'hydrocèle, « se recouvrir de chair et d'une nouvelle peau » . Callisen citait des faits semblables.

Malgré l'existence avérée de ces cas, on accepte l'opinion de Lawrence : le fongus se développe sur le parenchyme glandulaire et quelquefois sur l'albuginée. Brodie est plus exclusif : l'affection, presque constamment tuberculeuse, est due à l'ulcération de l'albuginée qui livre passage aux tubes séminifères. Telle est encore l'opinion de Curling et de Syme : pour eux, la tumeur procède d'une fissure de la membrane fibreuse et de l'épanouissement sur le scrotum des canalicules bientôt recouverts de bourgeons charnus. La conception d'A.

Cooper est un peu différente : l'albuginée est ulcérée comme le veut Lawrence, mais le fongus ne contient que des bourgeons charnus; les tubes ont été détruits par un abcès qui s'est vidé par une perte de substance de l'albuginée et des bourses. Puis, des parois de la collection purulente, naissent des bourgeons qui comblent la cavité, sortent par la fistule et s'étalent sur le scrotum.

Il faut retenir cette pathogénie; elle explique la formation d'une des variétés admises à notre époque.

En 1849, paraît le premier travail français, le mémoire de Jarjavay. L'auteur est éclectique : il admet le fongus superficiel de Fabrice de Hilden, dû au bourgeonnement de l'albuginée hors des bourses, et le fongus parenchy milieux formé par les tubes séminifères recouverts d'une couche granuleuse selon la

Hernie du testicule consécutive à une tuljerculose primitive des bourses. (Reclus.)

doctrine de Lawrence. Le granulome de A. Cooper, né des parois d'un abcès central, n'est pas admis par Jarjavay. Survient alors le beau mémoire de Deville. Lawrence s'est trompé aussi bien que Cooper ; le fongus n'est point la végétation exubérante des parois d'un abcès glandulaire; il n'est pas la « protrusion » par une fissure de l'albuginée du parenchyme devenu granuleux; il s'agit toujours d'une hernie du testicule dont le scrotum livi'e passage à la glande recouverte encore de sa membrane fibreuse. La tuberculose génitale d'abord, puis des inflammations violentes, la gangrène, les traumatismes peuvent ouvrir les bourses et permettre l'issue du testicule.

Bientôt les documents s'accumulent : en 1865, Hennec[uin démontre que la théorie trop exclusive de A. Cooper répond à certains faits : il donne une observation où, au cours d'une inflammation, apparaît un sphacèle des bourses et du testicule; la plaie se déterge et, sur le moignon de la glande, se développent des bourgeons charnus qui s'étalent au-devant du scrotum. Le travail de Rollet sur le fongus syphilitique établit l'existence d'une tumeur granuleuse provoquée par la vérole, et dont l'importance égale celle du fongus tuberculeux. En 1876, nous essayons de mettre un peu d'ordre dans cette Cfuestion. Avec Jarjavay et Deville, nous admettons une première forme : le fongus. albuginique, le fongus superficiel, la hernie du testicule, issue de la glande hors des bourses effondrées par un traumatisme, une inflammation, une gangrène, la tuberculose. Avec A. Cooper, Hennequin, Romano, nous décrivons une seconde espèce : le fongus profond ou parenchymateux, la tumeur granuleuse, le granulome, dû à la production de bourgeons au sein de la glande après ulcération de l'albuginée et des bourses, et à leur épanouissement à la surface du scrotum. Plus tard, nous avons pu préciser la pathogénie de la hernie du testicule dans la variété la plus fréquente, la tuberculose : nous avons montré que la destruction du « suspensoir » scrotal est due, non à une dégénérescence de la glande, comme le sousentendaient tous les auteurs, mais à une tuberculose primitive des bourses.

Voici les principales causes qui peuvent produire le fongus : le traumatisme, — accidentel, comme un coup de pied de cheval, un coup de pierre, une chute à califourchon, le rapide glissement d'une corde, un coup de canne, l'action d'être traîné sur un chemin par un animal emporté, — ou opératoire, comme les mouchetures, les débridements, les excisions pour cause de hernie ou d'hydrocèle, de pachyvaginalile ou de varicocèle; les inflammations et les gangrènes; toutes les orchites, toutes les vaginalites graves dans les cas de déchéance organique, dans les mauvais états constitutionnels, dans toutes les infections, ou bien dans la destruction des bourses par une injection malencontreuse de teinture d'iode dans les infiltrations urineuses; la tuberculose, qui provoc[ue le plus grand nombre de fongus, enfin la syphilis. Le traumatisme ne produit que la hernie du testicule, tandis cjue les inflammations, la gangrène, la tuberculose, la syphilis, ont comme conséquence soit la hernie, soit le fongus parenchymateux :

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