‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 2)Chapitre 124 sur 131 · KYSTES · texte numérisé non relu

KYSTES

Nous réunissons, sous ce titre général, un grand nombre de tumeurs qui prennent naissance sur l'épididyme, le canal déférent, le cordon spermatique et les vésicules séminales.

1» KYSTES DE VËPIDIDYME

On en distingue plusieurs variétés : les ■petits kystes que, d'après leur volume, nous nommerions volontiers kystes lenticulaires, et les grands kystes qui se subdivisent eux-mêmes en kystes spermatiques et en kystes séreux.

a. KYSTES LENTICUL.\1RES

On rencontre, au hasard des autopsies, de petites collections qui, à la surface de l'épididyme, soulèvent le feuillet de la vaginale; elles sont étalées, arrondies, et comme comprimées entre le tissu glandulaire et la séreuse. Lorsqu'on les pique, le liquide est projeté avec force, la cavité se vide et dessine une fossette peu profonde. Parfois la saillie, plus marquée, est hémisphérique comme la moitié d'un pois; parfois elle se pédiculise et reste appendue comme un grain de groseille. Son volume est médiocre. On en rencontre deux, trois, quatre et même plus, d'ordinaire sur la surface convexe de la tête, mais aussi sur le corps, sur la queue et en plein ti'ssu glandulaire; pour être exceptionnels, ces

[P, RECLVSi

l-2:iO CORDON SPERMATIOUE ET VESICULES SÉMINALES.

kystes inLra-parenchymateux existent, et Gosselin a tort de les nier. Ils sont remplis par un liquide transparent qui contient peu de sels et de matière organique. D'autres fois ils sont troubles, blanchâtres, nacrés, opalins. Cet aspect laiteux est dCi à des éléments épithéliaux en régression. Le contenu peut encore être épais, comme crayeux et parfois de teinte rouillée. Il est inexact de dire qu'il n'y a jamais de spermatozoïdes; Dolbeau, Kocher, nous-niême, avons trouvé des cavités du volume d'un pois où fourmillaient les animalcules; Lewin en a rencontré 8 fois sur 100 testicules. La structure de ces kystes n'est connue que depuis les travaux de Monod et Arthaud.

Ils n'ont pas d'histoire clinique : lorsqu'ils sont gros comme une lentille, le doigt ne peut les percevoir à travers les enveloppes des bourses; lorsqu'ils sont comme un pois, ils donnent au tissu une résistance noueuse. Exceptionnels chez les enfants, bien que Verneuil en ait trouvé, ils sont rares chez les adultes et deviennent plus fréquents chez les vieillards ; après soixante ans ils se rencontrent 1 fois sur 2 ou sur 5. Leur tension peut être grande et ils se rompent; Gosselin a vu la poche affaissée, ouverte dans la vaginale. Morgagni croyait que la sécrétion des parois de ces kystes déchirés était la source de certains hydrocèles.

Pour Gosselin, ces kystes se développent sous la séreuse qui prendrait, vers cinquante ou soixante ans, une sorte d'activité formative; plus tard, il s'est rattaché à la théorie wolffienne et les kystes seraient dus à la dilatation des canaliculcs, débris épars du corps de Wolff. Outre le vas abernms de Haller, outre l'hydatide « sessile », le corps de Wolff laisse encore dans l'épididynie quelques canalicules isolés et reconnaissables au microscope. Follin les a rencontrés près de la tête de l'épididynie ; ils ont pour analogue le corps de Giraldès, petit amas situé sous la séreuse, vers le bord supérieur et interne de l'épididyme, au point où le cordon se dégage de la glande; mais, s'il est toujours placé en avant du groupe antérieur des vaisseaux du cordon, tantôt il est presque au contact de l'épididynie, tantôt il s'en éloigne de 1, 2 et même 5 centimètres, et alors la formation kystique, si elle se produit, appartient au cordon et non à l'épididynie. Ce sont des tubes enroulés; parfois le calibre du canal est presque cylindrique, parfois il présente des diverticules digitiformes et des varicosités. Verneuil et Follin, Broca, Giraldès, Gosselin ont considéré ces débris comme le point de départ des petits kystes.

Une objection se dressait déjà : la rareté de ces kystes dans l'enfance, dans la jeunesse et même chez l'adulte; ils sont l'apanage presque exclusif des vieillards; or pourquoi ces canalicules n'entreraient-ils en activité qu'aussi tardivement? Les recherches de Monod et Arthaud ont ruiné l'hypothèse wolfienne; les petits kystes ne sont pas indépendants du tissu épididymaire, et c'est par un artifice de dissection qu'on les sépare du tube enroulé; la tumeur se développe aux dépens du canal. Lorsqu'on examine au microscope la membrane limitante du kyste, elle n'est pas, malgré son extrême minceur, formée seulement, comme le veut Gosselin, par le feuillet viscéral de la vaginale, mais on y trouve encore « une couche constituée par une gangue conjonctive englobant les conduits épididymaires, les uns dilatés, les autres atrophiés, — c'est le tissu propre de l'épididyme altéré, puis une couche de tissu conjonctif dense ou paroi propre du kyste ».

Ces constatations expliquent la dureté, la condensation de l'épididynie, la multiplicité des kystes qui forment un semis à la surface de l'organe, leur appa-

KYSTES SPERMATIOUES. 4231

rition chez les vieillards à l'époque où commencent les dégénérescences séniles, leur existence au milieu d'un tissu sclérosé. Les restes du corps de Wolff n'ont plus aucun rôle à jouer dans les petits kystes. Tout au plus l'hydatide sessile et le vas abermns de Haller subissent- ils, eux aussi, le même travail de sclérose; ils deviennent kystiques par desquamation de la couche épithéliale, accumulation des débris cellulaires, exsudation d'un liquide albumineux et colloïde. Mais la question reste, de savoir si les kystes sclérosiques sont toujours lenticulaires, comme l'affirme Gosselin, ou si, comme le pense Kocher, ils peuvent grandir et ne sont qu'un premier degré des grands kystes séreux ou spermatiques.

Voici que, dans un travail récent, Poirier divise ces kystes en deux variétés : les kystes de régression d'Arlhaud et Monod, placés sur la face convexe de la tête de l'épididyme, puis les kystes séreux qui ne sont pas plus fréquents chez les vieillards que chez les adultes; ils siègent dans la séreuse et le tissu sousséreux et abondent aux points de soudure de l'épididyme avec le testicule.

Cette soudure est tardive : « elle se fait par de fortes adhérences qui s'avancent assez loin sur la surface de l'organe et

cloisonnent l'espace compris autrefois entre la glande et son conduit, enfermant ainsi de larges surfaces séreuses », origine de ces kystes particuliers; ils sont tapissés, non par un épithélium vibratile, mais par des cellules pavimenteuses. D'après Poirier, ces kystes peuvent grandir et seraient l'origine des kystes spermatiques.

FiG. 285. — Kysles épidiclj'maires dus à la coalescence de la séreuse de l'épididyme avec celle du leslicule. (Paul Poirier.)

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