‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 2)Chapitre 50 sur 131 · CHAPITRE Xï DU REIN MOBILE · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xï DU REIN MOBILE

La mobilité anormale du rein peut provoquer des phénomènes douloureux qui deviennent justiciables des moyens chirurgicaux; c'est à ce titre que le rein mobile trouve ici sa place.

Rayer, Maladies des reiKS. Paris, 1841. — Keppleb, Archiv. klin. Chir., 1879, t. XXIII, ]1. b20.

— Landad, Berlin, 1881. — Hahn, Cenlr. fiir Chir., 1881, p. 449. — Martin, Berl. klia. Woch.. 1882, p. 154. — Braun, Correspondenzblait des allgem. àrzll. Vereins von Thûringen, ISS.ô. — Brenner, Wiener med. T'I''of/î., 1885, p. 985. — Brodeur, Thèse de Paris, 1880. — Agxew. Med. Neios, 1887. — Fischer Benzon, Dissert. Kiel, 1887. — Lindner, Berlin, 1887. — Zuelzer, Berliner klin. Woch., 1887, p. 574. — Duret, Acad. de méd. belge, 1888. — Le Cuzr.\T, Thè.çe do Paris, 1889. — Lloyd, Praelitioner. London, 1887. — Vaneufville, Thèse de Paris. 1887.

— Stiller, Wiener med. Woeh., 1889. — Tuffier, Éludes expérimentales sur la chirunjie du rein. Paris, 1889. — Keen, Annals of surc/ery, 1890, t. XII, p. 81. — Sulzer, Deutsche Zeil. fiir Chir., 1891, p. 500. — DucHÊNE, Thèse de Paris, 1892. — Stifler, Milnch. med. Woch , 189.5, p. 491. — TiiiRiAR, Mercr. med., 12 octobre 1895. — Schmitt, Neiu-York med. Bec, 22 octobre 1895. — Edebohls, Amer. Journal of med. Scien., mars 1893. — Kofmann, Wien. klin. Woch., 17 avril 1895. — Willi.«i W. Stuart, Le rein mobile. Étiologie. Traitement. Medir. Record, 1895, vol. XLVII, n° 6, p. 161. — M. Guidé, Rein en ectopie pelvienne. Soc. anat. 7 juin 1895. — Kuster, Lindner, Berliner klin. Woch., 20 mai 1895. — Legueu, Soc. anal., juillet 1895. — Fbanks, Brit. med. Journal, 12 octobre 1895. — David Newmann, Rein mobile provoquant de vives douleurs par torsion du pédicule. The Glasgoiu med. Journal, juillet 189G, t. II, p. 11. — Octave Pasteau, AnomaUe rénale et rein flottant. Soe. anat., mars 1897.

— Cramer, Opération du rein mobile hydronéphrotique. Cenlralbl. f. Chir., 1897, n° 21, p. 585.

— VoLKOFF et Delitzise, Pathogénie du rein flottant. 1 vol. (en russe.) Saint-Pétersbourg, 1897. — GLANTENAvet GossET, Soc. anat., 5 mars 1897.

Dès 1561, Mesnié lui consacre un chapitre que l'on croirait écrit de nos jours; Rayer en rapporte des exemples intéressants, mais ce n'est qu'en 1878 avec Martin (*) de Berlin, qui fit la première néphrectomie pour rein flottant et surtout avec Hahn (^) qui, en 1880, exécuta la fixation de la glande déplacée, que la question entra dans le domaine chirurgical.

Toutefois si la symptomatologie se complétait, la thérapeutique n'était point fixée sur les indications opératoires et ses résultats éloignés. Les travaux de Glénard (^) sur l'entéroptose et les études de Tuffier (') montrèrent alors que le rein mobile douloureux n'était souvent qu'un épiphénomène de l'entéroptose ou mieux d'une déchéance organique de tous les tissus, et l'on put ainsi établir la cause de l'affection et lui opposer une thérapeutique rationnelle et pathogénique(=). En même temps les travaux de Landau ("), de Newmann, Terrier et Baudouin établissaient la relation entre la mobilité du rein et l'hydronéphrose intermittente, apportant de nouveaux faits à l'actif de la thérapeutique conservatrice.

(!) M.^RTIN, Berl. klin. Woch., 1882, p. 154. (=) Hahn, Centralblalt fiir Chir., 1881, p. 499.

(5) Glénard, Lyon médical, 1885, t. XLVIII, p. 449, et t. XLIX, p. 8.

(*) Tuffier, Congrès de chirurgie, 1889, p. 563, et 1891, p. 577. — Tuffier, Sur une maladie générale caractérisée par le relâchement des tissus. Bull, de l'Acad. de méd., 1898. i'-^) Charrin, Des déplacements du rein. Ann. de méd., 5 sept. 1894. Landau, C.entr. fiir Chir., 1881, p. 745.

J'emploierai ici, comme synonymes, les termes de rein mobile et de rein flottant. Les chirurgiens anglais réservent le terme de mobile à la glande dépourvue de péritoine, le rein flottant étant recouvert d'une séreuse et pourvu d'un mésonéphron : cette distinction ne peut tenir devant les faits cliniques, et elle a été condamnée par la Société pathologique de Londres elle-même. J'éliminerai de cette description les ectopies fixes du rein qui sont des anomalies de développement constatées en général à l'autopsie. De môme, je ne m'occuperai pas de la mobilité rénale consécutive à la présence cVune tumeur, distinction que l'ait déjà Mesnié au xvi'= siècle, en insistant sur la descente du rein devenu le siège d'un néoplasme et que Riolan, en 1682, avait bien précisée en disant que tous les reins atteints de tumeurs « flottent et ballottent ».

Étiologie. — Causes prédisposantes. — La mobililé rénale ainsi précisée est fréquente, mais les statistiques diffèrent à cet égard, puisque Ebstein, sur les 5698 autopsies de la Charité de Berlin, ne relève que 5 reins mobiles et Neumann 11 sur M 000, tandis que Skorckewsky (') en trouve 52 sur 1422 malades. Cette différence tient tout simplement à ce que les premiers ont examiné des sujets post morteni alors que le dernier examinait des vivants et qu'il faut des déplacements considérables pour qu'ils soient appréciables à l'autopsie. Sans tomber dans l'opinion peut-être excessive émise par Lindner (-), qui voit un peu trop souvent le rein mobile, mes recherches me font pencher vers le maximum de fréquence signalé par Skorckewsky, car il est rare, en examinant les malades d'une salle d'hôpital prises au hasard, de nepas trouver une ou plusieurs femmes dont le rein est anormalement mobile. S'il existe des divergences sur la fréquence absolue, les auteurs sont unanimes sur la fréquence relative suivant le sexe et le côté. Les femmes sont infiniment plus souvent atteintes que les hommes : Lancereaux trouve 55 femmes et 9 hommes. Landau 275 femmes et 41 hommes {'). Le côté droit est le siège d'élection dans la proportion de 4 contre 1, alors que les deux côtés seraient atteints 14 fois sur 514 cas : Stifler(') a observé, sur 100 cas, 75 fois le rein mobile à droite, 15 fois à gauche et 10 fois des deux côtés.

C'est en général à l'âge moyen de la vie, pendant la période sexuelle, de vingt à quarante ans, qu'on observe cet accident. Ma pratique, qui porte sur plus de 500 cas, me conduit à cette conviction que le rein droit est atteint 95 fois sur 100 et, dans les 5 autres cas, les deux sont mobiles. J'en ai vu plusieurs cas chez des jeunes filles de 12 à 18 ans et même chez des enfants. Le rein flottant peut être congénital ou acquis; mais nous verrons que le rein mobile congénital est rarement le siège de douleurs vives et qu'il regarde plutôt la tératologie que la chirurgie ; c'est une trouvaille d'autopsie, ou une découverte sur un malade qui est examiné pour une affection toute différente, et qui ne se doute pas qu'il porte un rein flottant. Mais la disposition anatomique qui facilite sa production peut être congénitale.

Causes déterminantes. — Les causes déterminantes nous sont mal connues. Toutefois, comme pour le mécanisme des hernies, il faut incriminer, ou la pression abdominale exagérée, ou Vinsuffisance des moyens de contention.

(') Skorckewsky, in Morris, p. 27.

(') LiNDNEK, Ueber die Vanderniere der Frauen, 1887.

(^) Mathieu {Bull, de la Soc. méd. des hop., 8 déc. 1893) a trouvé 86 reins mobiles sur 506 femmes, l,'' Stifler Muneh. med. Woch., 1892, p. 491. -

La pression abdominale peut agir sur le rein par l'intermédiaire du foie; c'est là une cause indéniable. Les tuméfactions hépatiques s'accompagnent d'un abaissement du rein(*) : j'en ai cité plusieurs exemples. Lorsque le foie revient sur lui-même, le rein peut rester mobile. Cette pression s'établit encore pendant les efforts, surtout pendant l'effort thoraco-abdominal, effort d'expulsion, et nombre d'observations démontrent l'efficacité de cette cause. Elle agit surtout pendant l'accouchement, alors que la paroi abdominale distendue et ramollie va subitement se relâcher, en même temps que le plancher pelvien devient insuffisant. Que, dans ces circonstances, la femme soit obligée de se lever trop tôt et de se livrer à des efforts répétés, toutes les causes de prolapsus rénal seront réunies et on comprend pourquoi les femmes pauvres de certaines régions d'Autriche et du Holstein, obligées de travailler immédiatement après l'accouchement, donnent une proportion de 10 pour 100 de néphroptoses. Cette cause est plus efficace encore, si plusieurs grossesses se succèdent à court intervalle. Mais si la grossesse est une cause de mobilité rénale, elle peut devenir un agent curateur, quand elle réduit, par son volume, la glande déplacée et susceptible de rester fixée dans sa loge. — Il ne faut pas cependant exagérer ces causes, et, à la vérité, rein et foie sont mobiles sous la même influence. Un effort passif est consVûné par la constriction lombo-costale due au corset (Cruveilhier) (^), aux liens, quels qu'ils soient, appliqués sur la région (Bartels) ('). Les controverses ont été nombreuses sur ce point. Il est certain que le corset peut provoquer un trouble dans la situation et dans l'équilibre des viscères abdominaux, mais de là à en faire un facteur univoque, il y a bien loin, et le nombre des corsets trop serrés est heureusement bien plus élevé que celui des reins flottants. Pour ma part, j'ai vu que, chez la très grande majorité de mes malades, cette cause ne pouvait être incriminée. Enfin les traumatismes de la région lombaire et les chutes sur le siège ou sur les pieds sont des causes actives indéniables, témoin cet officier qui tombe de cheval sur les pieds et se relève avec une double luxation du rein (Henoch) ('). J'ai vu un fait bien net : un jeune homme de 15 ans saule du haut d'un portique, tombe sur les pieds et ressent une vive douleur dans le rein droit: on constate un rein flottant qui résiste à tous les moyens de contention. Un an après, je pratiquai la néphropexie au cours de laquelle je trouvai un rein normal, mais si augmenté de volume que je le crois unicjue. Il est certain que là encore il y avait une cause probablement anatomique qui facilitait ce déplacement. C'est en exerçant ainsi une traction active sur le rein que les hernies du csecum, lié à la glande rénale par son ligament supérieur, entraîneraient la néphroptose, ainsi qu'une observation de Rayer {') en fait foi. Quant à la traction exercée sur le rein par le péritoine rétracté par une péritonite, je n'en connais que l'exemple cité parLancereauxC). Dans tous ces cas, je croirais que la hernie et la néphroptose dépendent l'une et l'autre de l'insuffisance de leurs moyens de fixité. J'ai vu un grand nomhve àa hernies du gros intestin s,' SiCCompagnant de néphroptose.

IS insuffisance des moyens de contention peut permettre à elle seule le déplacement de l'organe, créant une variété pour ainsi dire passive. Le rein est

(') Le Gexdre, BuU. de la Soc. méd. des hôp., 12 déc. 1895.

(-) Cruveilhier, in Rayer, loc. cit.

p) Bartels, in Le Dentu, p. 575.

(') Henoch, cité par Morris, p. 59.

(^) Rayer, loc. cil.

if) Lancereaux, art. Rein du Dict. Dechambre.

maintenu un peu par sa capsule fibro-adipeuse et par son pédicule, beaucoup par le péritoine pariétal, et surtout par la sangle abdominale agissant par l'intermédiaire de l'intestin. Dans leur étude récente sur le « Fascia péri-rénal d, MM. Glantenay et Gosset(') ont montré qu'il fallait accorder à cette membrane une importance plus grande qu'on ne l'avait cru jusqu'alors, dans la fixation de la glande rénale. Leur mémoire confirme en même temps, en le précisant, un point de la pathogénie du rein mobile, à savoir la direction et leslimites dans lesquelles cette mobilité peut s'exercer. Le fascia propria sous-péritonéal, en touchant le bord externe du rein, se dédouble en deux lames : lame antérieure ou feuillet prérénal ; lame posténeure ou feuillet rétro-rénal dont l'ensemble constitue le fascia périrénal [yo^. fig. 76 et 111).

Sur une coupe transversale, ces deux feuillets ont le trajet suivant (fig. 76, p. 256) : Le feuillet postérieur ou feuillet rétro-rénal s'insinue entre le rein et le muscle carré lombaire revêtu de son aponévrose, tapisse le psoas dont il renforce la gaine celluleuse et vient sur les parties latérales de la colonne vertébrale s'insérer sur les corps vertébraux et les disques intermédiaires, immédiatement en dedans des attaches du psoas, sans cependant franchir la ligne médiane et sans se réunir avec le feuillet rétro-rénal du côté opposé. Le feuillet

antérieur ou feuillet prérénal, plus mince, continue à doubler le péritoine dont il suit exactement le trajet. C'est dire qu'il passe en avant du rein, en avant de son bile et de son pédicule, puis en avant de la colonne vertébrale et des gros vaisseaux prévertébraux, pour venir finalement au delà du plan médian se continuer avec le feuillet correspondant du côté opposé. Vue sur

(') Glantenay et Gosset, Annales des mal. des org. génito-urin., février 1898.

Fig. Ul. — Coupe verticale du rein droit vue par la partie antérieure. (D'après Volkow et Delitzine.)

C, capsule propre du rein. — Ca, côlon ascendant. — D, diapliragme. — F, loie. — Fr, fascia renalis. — Fq, fascia propria du carré des lombes. — FI, fascia lombo-dorsalis. — Gr, capsule adipeuse du rein. — Gp, capsule graisseuse pararénale. — P, péritoine. — PI, plèvre. — Q, muscle carré des lombes. — I, os iliaque. — MI, muscle iliaque. — XI, 11* côte. — XII, 12' côte.

une coupe transversale, la loge rénale est donc fermée à sa partie externe, tandis qu'en dedans elle communique largement, au-devant de la colonne verlébrale, avec la loge du côté opposé. La conséquence clinique qui en découle, c'est que, dans le sens transversal, le rein ne peut se déplacer que vers la ligne médiane.

Sur une coupe verticale anléro-postérieure (fig. 111, p. 575), il est facile de constater que le trajet des deux feuillets diffère beaucoup de celui que les recherches de Sappey ont rendu classique. Les deux feuillets prérénal et rétrorénal, au lieu de se réunir l'un à l'autre au niveau du pôle supérieur du rein, comme le décrivait Sappey, continuent leur trajet ascendant, l'un en avant, et l'autre en arrière de la capsule surrénale, et c'est seulement au niveau de l'extrémité supérieure de celle-ci qu'ils viennent opérer leur fusion et contracter de solides adhérences avec la face inférieure du diaphragme. Les adhérences avec le diaphragme constituent un solide moyen de suspension pour les fascias rénaux et fournissent une meilleure interprétation du rôle prépondérant qu'il faut aujourd'hui accorder à l'enveloppe fibreuse dans la fixité du rein,. Au-dessous de cet organe les deux feuillets ne se fusionnent pas : le feuillet prérénal continue de descendre en doublant le péritoine, tandis que le feuillet rétrorénal se divise en lamelles celluleuses qui se perdent insensiblement dans le tissu cellulo-graisseux de la fosse iliaque. Vue en coupe verticale, la loge rénale est par conséquent fermée à sa partie supérieure, déhiscente à son extrémité inférieure.

La loge rénale qui contient non pas seulement le rein, mais à la fois le rein, le pédicule rénal, l'uretère et la capsule surrénale, est fermée en dehors le long du bord externe du rein, fermée aussi à la partie supérieure au niveau des adhérences avec le diaphragme, tandis qu'en dedans et en bas elle est largement ouverte. En dedans, c'est une communication réelle, et à peu près directe au-devant de la colonne vertébrale. En bas, c'est plutôt un canal tout préparé pour la descente du rein, un espace virtuel entre deux feuillets celluleux qui se touchent sans se fusionner et qui sont bien disposés pour s'écarter sous la poussée du rein. Dans bien des cas — et c'est là une considération importante, — les deux lames ne restent pas seulement accolées. Elles échangent au niveau de l'extrémité inférieure du rein une série de feuillets celluleux qui les relient et les fusionnent et dont l'ensemble constitue une sorte de coussinet destiné à recevoir et à soutenir le pôle inférieur des reins. Le rein est ainsi tiré vers le diaphragme par les adhérences supérieures du fascia péri-rénal et soutenu au niveau de son pôle inférieur par les lames unissantes jetées entre les deux feuillets de ce fascia. L'on conçoit combien l'absence ou le peu de développement de ces travées celluleuses peut nuire à la fixité de la glande rénale.

Lorsque le rein s'abaisse, deux directions seulement lui sont permises, imposées l'une et l'autre par le trajet anatomique des fascias : il peut se porter en dedans vers la colonne vertébrale, ou en bas vers la crête iliaque. Mais un second facteur intervient pour modifier le sens du déplacement, c'est le pédicule rénal. Attaché aux gros vaisseaux prévertébraux, le rein ne peut se mouvoir qu'en décrivant un segment de cercle autour du point cl'implantation de ses vaisseaux comme centre. Il descend d'abord verticalement, utilisant la faculté que lui laisse sa loge anatomique de se déplacer vers la crête iliaque, et il descend jusqu'au maximum d'élongation que peuvent fournir les vaisseaux. Dans un second temps, amarré par son pédicule, le rein ne peut plus descendre et se tvcuve porté vers la ligne médiane, en même temps que son orientation change

DU REIN MOBILE. TmS

et que le bord convexe devient inférieur, le hile regardant en haut et en dedans. Le péritoine pariétal et la sangle musculaire sont en général en défaut simultanément. La paroi est molle, flasque, le ventre est trilobé, il existe fréquemment des hernies, des prolapsus des organes génitaux ou une déviation utérine (Tuffier). Les moyens de fixité de l'intestin sont également insuffisants.

En résumé, les efforts et les traumatismes- d'une part, Vinsuffisance des moyens de fixité du rein d'autre part, telles sont les deux grandes causes du rein flottant, mais c'est à l'insuffisance de ses moyens de contention qu'il est dCi le plus souvent.

Pathogénie. — Si nous voulons maintenant établir la pathogénie de ce déplacement et chercher la valeur relative de ces deux facteurs, les observations nous prouveront qu'il existe deux variétés de rein flottant : l'une, véritable hernie de force, luxation rénale préparée par une insuffisance probablement congénitale des ligaments du rein et qui se manifeste par une vraie luxation traumatique ; l'autre, vraie hernie de faiblesse, dépendant de la débilité de la paroi abdominale et de l'insuffisance des tissus. Si l'on examine de près les malades, on trouve que leur estomac et leur intestin sont dilatés, le foie est abaissé ; ils portent des varices ; leur système nerveux est altéré ; ils présentent des signes de neurasthénie; si bien que l'enléroptose, comme la mobilité du rein, ne sont que des expressions localisées d'une véritable affection générale, caractérisée par une mauvaise nutrition, une déchéance vitale, une véritable dystrophie spéciale, portant sur la majorité des tissus (Bouchard, Tuffier). dette forme passive est plus fréquente que la première. Tous ces faits que la clinique m'avait démontrés ont été l'objet de confirmations anatomiques et expérimentales dans un mémoire très intéressant et très complet de deux anatomistes russes, Volkoll'et Delitzine (').

Ces recherches ont consisté dans l'étude, sur le cadavre, de toutes les conditions pouvant avoir une influence quelconque sur le déplacement des reins. Pour étudier la forme de la fosse rénale, les auteurs se sont servis de moulages. Voici les résultats de ces recherches qui confirment les données cliniques déjà acquises. Lorsque le cadavre est dans la position horizontale, les reins déplacés reprennent leur place normale; on ne doit donc étudier leur mobilité qu'en mettant le sujet dans la position verticale. Lorsque le corps est dans la position verticale, l'ouverture de la paroi abdominale détermine un abaissement considérable des glandes rénales. On peut en conclure que la néphroptose peut exister sans qu'il y ait allongement des ligaments ou des vaisseaux du hile, ni diminution de la résistance du péritoine, ni augmentation du poids ou du volume des reins, ni disparition de la couche adipeuse péri-rénale. La mobilité du rein dépend, par contre, de l'état de l'équilibre intra-abdominal. En étudiant la mobilité des reins sur un cadavre normal, les auteurs ont constaté qu'il existe un certain degré de déplacement physiologique pouvant être aussi bien prononcé à droite qu'à gauche, chez l'homme que chez la femme, chez les gens maigres que chez les sujets ayant de l'embonpoint. Si l'on élimine la couche musculeuse de la paroi abdominale, les reins se déplacent en bas et en aA'ant par leurs pôles inférieurs. Si l'on produit une solution de continuité dans le péritoine, on provoque un déplacement des organes contenus dans

(') VoLKOFF et Delitzine, Rerherches expérimentales sur les causes du rein flottant. Société des médecins russes de Saint-Pétersbourg, 12 décenilare 1897.

sa cavité, mais ce déplacement est alors moins prononcé que celui du foie, par exemple, tandis que l'ablation de la couche musculaire déplace plus les reins que le foie. Le mécanisme de la néphroptose semble être sans rapport avec l'état des ligaments péritonéaux, ni avec celui du poids et du volume de l'intestin. Par contre, l'évacuation rapide d'un liquide contenu dans la cavité abdominale (ponction) la favorise éminemment. A ce point de vue, le rôle attribué aux grossesses répétées est pleinement confirmé. De même, le déplacement du rein est favorisé par l'introduction d'air dans la plèvre et les mouvements imprimés au tronc pendant la respiration artificielle. Par contre, la ptôse de ces glandes semble être sans aucun rapport avec l'état du foie. Les expériences relatives à l'augmentation du poids de l'estomac et à sa dilatation ont donné également des résultats négatifs. L'augmentation du poids des reins, obtenue à l'aide d'injections mercurielles par les uretères, produit inévitablement la chute de l'organe. L'ablation des II"-' et \1 côtes ne joue pas un rôle constant sur la situation des reins. Les traumatismes des régions lombaires^ peuvent exercer une certaine influence en ce sens qu'ils peuvent chasser les reins de leur loge. Au point de vue de l'influence du corset, celui-ci diminue, à proprement parler, la mobilité des reins en les maintenant dans leur fosse; mais comme il est généralement mis pendant que le corps est dans la position vicieuse, il ne fait que fixer le rein dans une position anormale, et, en modifiant, à la longue, la forme du segment inférieur du thorax, le corset rend la réduction du rein très difficile. L'étude faite sur des moulages de fosses rénales démontre que, chez la femme, elles sont plus superficielles et plus ouvertes en bas que chez l'homme; les reins se portent directement en bas au lieu d'être inclinés en bas et en avant. Si les reins sont déplacés, le corps étant dans la position verticale, les fossettes rénales sont petites et cylindriques, tandis que, chez l'homme, elles sont pirifoi'mes et se rétrécissent en bas. Sous l'influence du corset, les loges rénales deviennent tout à fait superficielles, mais ne se modifient plus avec le changement de position du corps.

En résumé, l'équilibre des reins fait partie de l'équilibre intra-abdominal en général. L'abdomen peut, dans son ensemble, être considéré comme formé do trois cavités concentriques emboîtées : l'une, externe [sphincter abdominal externe), est exclusivement musculaire; par ses contractions, la paroi de ce sac régularise le v'olumedu contenu. Dans la cavité musculaire s'en trouA'C une autre formée par le péritoine pariétal; enfin ce dernier contient une troisième cavité, celle de l'intestin, pourvue également d'une enveloppe musculaire contractile (sphincter abdominal interné). Grâce à leur inclusion hermétique, l'intestin et les autres organes contenus dans le sac péritonéal peuvent, au point de vue d'équilibre général, être considérés comme faisant un tout unique. Le sac musculaire agit donc, d'une part, sur les organes inclus dans ce sac péritonéal, et, d'autre part, sur les reins et les autres organes exlra-péritonéaux. Les modifications qui peuvent survenir du côté de la paroi abdominale influeront beaucoup plus sur la position des reins cjue sur celle des organes intra-péritonéaux. La forme des loges rénales joue aussi un rôle des plus importants sur la situation normale des reins. En cas d'insuffisance anatomique de ces loges, insuffisance plus fréquente chez la femme et du côté droit, le rein ne peut être maintenu dans sa position normale que tant que l'équilibre intraabdominal n'a pas été rompu. La mobilité du rein étant la conséquence d'une insuffisance anatomique, conséquence qui devient plus évidente en cas d'altéra-

tion de l'équilibre intra-abdominal, il n'y a donc rien d'élonnanl à ce que cette anomalie se rencontre chez plusieurs membres d'une même famille et qu'elle puisse être héréditaire. J'ai développé ces différentes notions dans mes cours de 1895 et de 1890 à la Faculté de médecine et dans les thèses de mes élèves. Faraggiet Lévy Braun.

Anatomie pathologique. — Les autopsies (') de malades atteints de rein flottant constaté pendant la vie sont très rares (-) et de nouvelles recherches seraient utiles à cet égard. Morris nous dit que la capsule adipeuse peut être trop large pour le rein ou qu'elle peut être mobile avec l'organe; enfin le rein jouerait dans sa capsule et cette dernière serait mobile sur le péritoine. Rarement la capsule et l'organe s'encapuchonnent dans la séreuse. Cependant cette disposition était nette dans quelques cas, et elle a empêché la décortication du rein et sa fixation. On a même vu le péritoine adhérent à ce niveau aux organes voisins. En général la capsule est franchement adipeuse. Si elle présente une consistance fibro-lipomateuse, si elle est indurée, il faut de suite penser à une lésion infectieuse du rein, et c'est un point qu'il ne faut jamais perdre de vue dans les interventions sur le rein mobile. Le rein lui-même est normal : sur une soi.ïantaine d'opérations où je l'ai examiné sur le vivant, trois fois je l'ai trouvé allongé et aminci ; il s'agissait de lésions symptomatiques, de dilatations rénales, d'accidents d'hydronéphrose intermittente, ou môme de simple gène dans la déplétion du bassinet. Je n'ai rencontré que deux fois une coudure de l'uretère. Au contraire, les vaisseaux étaient allongés dans un grand nombre de cas, à tel point que le rein pouvait descendre verticalement sans pivoter autour de son rayon vasculaire. J'ai même vu un rein droit dont la veine rénale, qui n'a ordinairement que 5 centimètres, était assez longue pour permettre à l'organe d'être attiré à travers une plaie lombaire, jusqu'à la fesse du malade, c'est-àdire à plus de 10 centimètres. Legueu a fait l'autopsie d'une femme dont les vaisseaux rénaux mesuraient 11 et 15 centimètres de long; la graisse périrénale manquait. On comprend facilement que, si, dans ce déplacement, l'uretère reste fixé en un point, il pourra se couder brusquement, et cela sans aucun tii-aillement vasculaire (^). La direction suivant laquelle se fait le déplacement, est commandée par les vaisseaux et leur insertion à l'aorte et à la veine cave. Ils exécutent une rotation autour d'un rayon donné par ces vaisseaux. La veine se coude la première dans cette rotation. J'ai reproduit expérimentalement ces déplacements, et j'ai vu l'uretère courbé ou coudé (voy. Hydronéphrose intermitlente, p. 520 et suivantes).

Symptômes. — Il est un grand nombre de reins mobiles qui ne donnent lieu à aucun trouble fonctionnel et c'est par hasard que le malade ou le médecin en constatent la présence. Il est probable qu'il s'agit là de déplacements congénitaux, et on a voulu se baser sur ces faits pour admettre que le déplacement passe en général inaperçu, et que c'est à propos d'un traumatisme ou d'un effort que le prolapsus rénal est reconnu et devient le siège de douleurs. Voici comment les choses se passent en général : Une femme jeune, à la suite d'un effort, ressent une douleur vive dans le flanc droit; la douleur aiguë cesse et fait place

{') Legueu, Sur l'anatomie pathologique du rein mobile. Soc. anat., 12 juillet 1805. (-) Ch.wannaz, Un cas d'ectopie rénale observé pendant la vie et vérifié à l'autopsie. Journal de méd. de Bordeaux, 9 oct. 1892.

P) TuFFiER, Comptes rendus du Congrès franr. de chir., 1891, observ. VII, p. 387.

r.78 DU REIN MOBILE.

à un endolorissement continu, exagéré par la station debout ou la marche. On l'examine et on trouve, au-dessous des fausses côtes droites, le rein mobile et ballottant, réductible dans la fosse lombaire. Si l'examen porte sur l'ensemble des organes, on trouve qu'il s'agit d'une femme neurasthénique, à ventre flasque, aj^ant une ectasie gastrique, un intestin distendu, un foie légèrement abaissé, un utérus en flexion ou version et souvent quelques varices crurales ou des hémorroïdes. Souvent, chez l'homme, un varicocèle accompagne cet état. Avec une ceinture bien faite, la grande majorité de ces malades sera soulagée et on évitera ainsi les crises douloureuses.

Au point de vue clinique, le début des accidents se présente sous deux aspects aljsolument distincts : il est subit ou lent et insidieux. Dans le premier cas, à la suite d'un traumatisme, après une chute sur les pieds, ou beaucoup plus souvent pendant un e/fori violent et instantané, une femme ressent une douleur vive dans le flanc ; quelquefois c'est une sensation de déchirure, de rupture, de décrochement. Puis à l'acuité des phénomènes douloureux fait suite un endolorigsement continu, sorte de pesanteur exagérée par la station debout, la marche, l'effort. Ce mode de début est le plus fréquent dans le rein mobile simple douloureux. Dans les cas où le début est lent et insidieux, il passe inaperçu. C'est une simple pesanteur lombaire, une sensation de tiraillement, qui ne difl'ère que par son siège un peu plus élevé de ces douleurs sacro-lombaires vagues, si fréquentes dans certaines métrites. Le plus souvent, ces douleurs sont mises sur le compte des troubles digestifs qui les accompagnent généralement, et quelquefois les précèdent.

Quel que soit le mode de début, le déplacement effectué se caractérise par des signes fonctionnels et des signes physiques.

Symptômes fonctionnels. — Ils portent : 1° sur le rein déplacé; 2" sur l'ensemble des organes et au premier chef sur le système digestif.

La douleur se présente sous deux formes : endolorissement continu ou cnses aiguës rappelant la colique néphrétique. La première est une pesanteur continue, sorte de tiraillement dans le flanc : la malade a une sensation qu'un organe pend à ce niveau; ou bien c'est un endolorissement indéfinissable. Ces accidents douloureux acquièrent une certaine acuité dès que le malade marche ou fait un effort ; j'ai vu ainsi des femmes clouées par ces douleurs dans le décubitus dorsal pendant des mois. Il en est d'autres qui ne peuvent faire un effort du côté du rein déplacé; le simple mouvement d'élévation du bras droit détermine des douleurs dans le flanc. Ces sensations continues subissent des exacerbations, sous forme de crises, qui durent quelques heures ou quelques jours et rappellent par leur intensité une véritable colique néphrétique. Ces crises surviennent quelquefois sans cause appréciable, parfois après une fatigue prolongée, une digestion difficile, souvent au moment de la menstruation. Ce sont souvent de véritables accès névralgiques, s'irradiant autour du thorax, dans le pli inguinal et dans la cuisse, sur le trajet du crural ou du sciatique. Ces douleurs sont parfois assez violentes pour faire prendre aux malades les positions les plus bizarres ; en général la flexion forcée du tronc les soulage. Elles s'accompagnent de vomissements avec douleurs épigastriques, sur lesquels Mathieu a de nouveau insisté, et qui, joints à une céphalalgie violente, constituent, pour Newmann, de vrais signes d'urémie. Les mictions deviennent fréquentes et impérieuses et cependant la quantité d'urine éliminée peut diminuer. Cette crise se termine brusquement ou lentement ; souvent le malade la fait cesser en prenant certaine position ; sa défer-

vescence est suivie quelquefois de l'émission d'une quanlilé considérable d'urine pâle et limpide. J'ajouterai que ces douleurs peuvent s'accompagner d'une augmentation de volume du rein qui reprend ses dimensions après l'accès. Ces états douloureux ont été diversement interprétés. Considérés autrefois comme la conséquence d'un état congestif, on les regarde aujourd'hui comme des phénomènes cVhydronéphrose intermittente par coudure de l'uretère, due à la luxation du rein ('). Les deux opinions me paraissent devoir être conservées. J'ai même insisté sur l'importance de la coudure veineuse dans ce cas, et peut-être la torsion du pédicule pourrait-elle se rapprocher de celle des kystes de l'ovaire car elle provoque les mêmes accidents. Quand l'augmentation de volume de la glande et sa diminution sont en rapport avec l'émission des urines, pendant et après la crise, on peut mettre ces différences sur le compte d'une rétention temporaire du liquide dans le rein; mais quand cette corrélation fait défaut, nous sommes obligés d'admettre une congestion rénale avec accidents névralgiques, le tout suivi de cette polyurie abondante qui suit toutes les crises névropalhiques. Le fait de Nové-Josserand(-) en est une preuve : il s'agit d'un rein en ecfopic congénitale ayant donné lieu pendant la vie à des crises douloureuses prises pour de l'hydronéphrose intermittente; or, à l'autopsie, il n'y avait pas d'hydronéphrose. Ces accès se répètent plus ou moins souvent, tous les quinze jours, tous les mois, et ils peuvent par leur gravité constituer des indications opératoires.

En dehors des crises douloureuses et passagères qui provoquent des troubles gastriques réflexes, il existe souvent dans le rein mobile des accidents gantrointestincmœ, qui sont dus à des lésions concomitantes. L'ancienne dyspepsie flatulente, la dilatation de l'estomac avec son cortège habituel, clapotement, lenteur des digestions, tympanisme, éructations, congestion de la face, l'atonie intestinale et la constipation qui en est la conséquence, accompagnent souvent le rein flottant. Certains auteurs, poussant peut-être un peu loin les théories mécaniques, ont voulu voir la cause de cette ectasie stomacale dans la compression du duodénum par le rein déplacé. Bien plus, on a trouvé un rapport entre l'appendicite et le rein mobile. Le mémoire d'Edebohls (^) me paraît contenir, à cet égard, une erreur clinique qui consiste à prendre les douleurs du rein mobile pour des accidents d'appendicite et à appliquer une thérapeutique peu recommandable, qui guérirait l'appendicite chronique par la néphropexie. Je crois que s'il évalue à 60 pour 100 le nombre des malades chez lesquels le rein mobile est associé à une appendicite, c'est parce que l'cctasie caîcale et par suite même une appendicite chronique peuvent être, comme la néphroptose, le résultat d'une véritable insuffisance physiologique des tissus. On a constaté les mêmes accidents quand le rein gauche se déplace; il est donc certain que ce n'est pas là une cause univoque : nous en verrons d'ailleurs plus loin la pathogénie. En tous cas cet accident est fréquent, et les médecins de Carlsbad avaient déjà remarqué que nombre de malades, qui leur étaient adressés comme dyspeptiques, avaient des reins mobiles. J'ai insisté dans plusieurs publications sur les diverses altérations organiques qui accompagnent le rein mobile. Tout d'abord,

(') Voy. Vigneron, Ann. des org. gén.-urin., janvier 189'2. Congrès français de cliirurgie,

(^) NovÉ-JossERAND, Lyon méd., 28 février 189'2, et Ann. des mal. des org. gén.-urin-, 1892,

('') Ededoiils, Centralblatl fiir Gynxk., 1898, n° 40.

le rein gauche suit souvent le rein droit dans son déplacement, mais il est moins prolabé. La dilatation de l'estomac, Fectasie caecale et colique, l'entérite muco-membraneuse, la constipation sont l'apanage de l'entéroptose; le foie est abaissé et souvent mobile et je ne crois pas à une relation quelconque de cause à effet entre ces états. La preuve nous en est fournie par d'autres accidents éloignés tout aussi fréquents, tels que les hernies ou pointes de hernie, la flaccidité du ventre, sa forme trilobée, que Malgaigne décrivait déjà; aucune de ces altérations organiques n'est sous la dépendance du rein mobile. Bien plus, les déviations de l'appareil génital chez la femme, flexions ou versions portant sur le corps utérin, souvent prolapsus utérin avec ou sans cystocèlo, sont si fréquentes que Thiriar voyait encore là une relation entre ces deux états, le rein déplacé provoquant une congestion utérine chez la femme ou un varicocèle chez l'homme ('). C'est là une erreur d'interprétation dont j'ai fait justice : déviations et néphroptose constituent des éléments d'un même étal général, caractérisé par une insuffisance des moyens de fixité du rein et de l'utérus. Le varicocèle, alors si fréquent chez l'homme, n'est qu'une expression de plus du mauvais état de la trame organique. Les varices des membres inférieurs et du rectum, qui coïncident fréquemment avec le rein mobile, en sont une nouvelle preuve. Il n'est pas jusqu'au système musculaire qui ne soit insuffisant et qui, chez les jeunes gens, provoque une scoliose ou un pied plat d'ori-. gine musculaire. On comprend à quelles erreurs on serait exposé, si on ne tenait compte que de chacune de ces altérations organiques, et cette erreur est malheureusement fréquente. Les médecins voient la dilatation de l'estomac et l'entérite glaireuse; les gynécologues portent toute leur attention sur la déviation de l'utérus ou sur son prolapsus, et le chirurgien est consulté pour une tumeur abdominale, pour un varicocèle ou une scoliose. Dans un nombre de cas plus restreint, on peut constater toute la série des troubles fonctionnels qui caractérisent le nervosi&me ou la neurasthénie. L'abolition du réflexe pharyngien et la diminution du champ visuel sont fréquents; des plaques d'anesthésie, des névralgies ovariennes, des bizarreries de caractère et jusqu'aux attaques liystériformes typiques, peuvent être obsers'ées, ainsi que j'en ai signalé des exemples.

Formes. — La prédominance de chacun de ces signes fonctionnels peut faire décrire trois formes cliniques du rein mobile (^) :

L Le rein mobile simple, douloureux, est une véritable luxation du rein, une hernie de force. Le rein est déplacé, tout le reste de l'organisme est intact. Le plus souvent, c'est à la suite d'un traumatisme ou d'un effort que la lésion s'est produite et elle revêt la forme douloureuse;

IL Le rein mobile avec hydronéphrose intermittente ou crises aiguës congestives ;

III. Le rein mobile symptomatique d'une maladie générale caractérisée par une insuffisance des tissus avec la débilité souvent extrême qui en est la cause.

Symptômes physiques. — En présence d'un malade qui accuse des douleurs lombaires ou des troubles dyspeptiques, il faut faire l'exploration rénale et rechercher : 1° si le rein est à sa place; 2° s'il est mobile. Pour cette explora-

(') TinRi.\R, ConQ. de gynécol. de Bruxelles, ISD2. H TuFFiEK, Sem. méd., 16 sept. 1891.

tion, je préfère aux' méthodes de Glénard(') ou d'Israël(*), la palpation biraanuelle dans le décubitus dorsal aidée de la recherche du ballottement.

Dans l'inlervalle LVime crise, Texamen est facile, ^'inspection de la région lombaire, le malade étant debout ou assis, permet quelquefois de constater un méplat ou même une dépression, un amincissement de la région costo-iliaque, la forme du ventre aplati d'avant en arrière ou le thorax très long simulant la forme du corset. La percussion dénote une sonorité plus étendue de la région, surtout à gauche. L'examen de l'abdomen, dans les cas où le sujet est maigre et le déplacement considérable, permet quelquefois de constater la présence d'une tuméfaction.

Le palper bimanuel pratiqué dans le décubitus dorsal à plat sur le lit (voy. Exploration du rein, p. 146) révèle au-dessous du rebord costal, ou même dans l'échancrure iléo-costale ou la fosse iliaque, une tumeur arrondie, lisse, oblongue à grand axe vertical ou oblicjue en bas et en dedans, échancrée légèrement et sans bords abrupts en son milieu, où l'on .peut sentir battre une artère. Suivant l'étendue du déplacement, la tumeur peut être circonscrite en entier, ou elle est seulement appréciable par son extrémité inférieure; elle paraît un peu plus grosse qu'un rein normal. Elle est quelquefois indolente ; plus souvent sa compression détermine une douleur soit locale, soit irradiée vers le pli inguinal ou même vers le méat. Elle est mobile spontanément et avec les mouvements respiratoires. Elle est mobilisable dans une étendue variable, en général des fausses côtes à l'ombilic, mais on peut exceptionnellement la voir passer d'un côté à l'autre de la ligne médiane et se laisser déplacer du pli de l'aine jusqu'au thorax. Le caractère principal de cette tuméfaction est d'être réductible dans la fosse lombaire; elle fuit entre les deux mains ouvertes en haut et disparaît complètement. Souvent alors il faut : ou mettre le malade dans la station verticale ou le secouer vigoureusement ou même lui faire prendre des positions bizarres qu'il vous indique généralement lui-même pour faire apparaître de nouveau la tumeur. Le volume de la tuméfaction est quelquefois constant, mais il peut varier; au moment des crises douloureuses ou à l'époque de la menstruation, l'organe peut doubler de volume. Dans certains cas légers, ce n'est que par le palper sous-costal avec l'aide du ballottement qu'on sent l'extrémité inférieure seule de l'organe. La percussion fait entendre une sonorité intestinale très nette à la face antérieure de la tumeur. Cette sonorité disparaît par la réplétion du gros intestin suivant la méthode de Minkowsky et Naunyn (voy. Exploration rénale, p. 1-47), mais souvent cette réplétion réduit le rein dans sa loge. Il faut bien savoir que les douleurs et les symptômes fonctionnels ne sont nullement en rapport avec l'étendue du déplacement rénal.

Diagnostic. — i" La lésion à froid peut être prise pour une tumeur du foie, de la rate, du mésentère et de l'épiploon. Je ne puis revenir ici sur le diagnostic différentiel de ces diverses tumeurs que j'ai étudiées (voy. Exploration rénale, p. 147, et Tumeurs du rein, p. 357). La clinique enseigne que ce sont généralement des vésicules biliaires distendues (7 sur 15, Lawson Tait) (=), des kystes ovariens avec longs pédicules et enfin des tumeurs du pancréas qui ont donné lieu à des erreurs de diagnostic. La vésicule biliaire distendue forme bien une

(') Glén.4.ri>, loc. cit.

(-) Israël, Ueber Palpation gesunder und krankerNieren. Berl. klin. Woch., 1889, p. 125 et 156.

(') Lawson Tait, Brit. med. Journal, 1889, t. II.

zn DU REIN MOBILE.

tumeur arrondie, descendant vers l'ombilic, elle peut être recouverte à sa partie inférieure par l'intestin sonore, mais elle est plus franchement ronde, irréductible, peu mobile et surtout il n'existe aucune zone de sonorité entre elle et la matité hépatique. Ce caractère distingue le rein flottant des tumeurs du foie, à moins qu'il ne s'agisse de ces cas tout à fait exceptionnels de kystes pédicules de sa face inférieure, ou de lobe flottant coïncidant avec un rein mobile (Pichevin('), Langenbuch(-). Du côté gauche, la néphroptose est rare. Les tumeurs de la rate sont mates, accolées à la paroi thoraco-abdominale : leur bord inférieur est tranchant ; elles présentent une échancrure à angles vifs.

Les tumeurs du mésentère sont médianes, mobiles, sonores à leur face antérieure, mais elles ne sont pas franchement réductibles (Guyon, Le Dentu), avec cet échappement subit, qui annonce la fuite dans la loge lombaire. Elles sont Gxées en haut. C'est encore cette réductibilité lombaire parfaite qui manque dans les cas de kystes ovariens à longs pédicules, kystes dermoïdes, peu volumineux, mobiles au milieu des anses intestinales sonores, et pouvant se loger en partie sous les côtes; on sent alors que la tumeur est reliée à la partie inférieure de l'abdomen.

Les tumeurs du pancréas, nous dit Bœckel ('^), sont médianes et mobiles; on détermine par la percussion au-devant d'elles un son hydro-aérique (Le Dentu). Toutefois c'est toujours là un diagnostic difficile : une ponction exploratrice pourra être indiquée. Dans les cas où le diagnostic n'est pas net, on emploiera la méthode de Minkowsky et Naunyn qui, par la distension gazeuse de l'estomac et la réplétion du côlon par de l'eau, permettra de faire un diagnostic anatomique plus précis.

2° Pendant une crise d'étranglement, de torsion ou d'hydronéphrose, l'examen est des plus difficiles. Le malade est contracture, il immobilise son flanc et l'échancrure iléo-costale est souvent encore diminuée par l'inclinaison du thorax de ce côté. J'ai trouvé, dans trois de ces examens, la tumeur arrondie, volumineuse, douloureuse, irréductible; mais je ne l'ai jamais trouvée absolument immobile. Lorsque, pendant cet examen, on arrive à réduire la tumeur, la crise disparaît subitement. Le diagnostic peut flotter ici entre une colique néphrétique, une colique hépatique, une névralgie lombaire, une appendicite, voire même une obstruction intestinale e\ xme ptérilonite quand les vomissements sont répétés et l'abdomen un peu distendu. J'ai insisté ailleurs sur ces divers états douloureux. Ce sont les antécédents, la présence d'une tumeur dans le flanc droit, sa disparition brusque après la crise, la diurèse abondante consécutive qui formeront la base du diagnostic (voy. Hydronéphrose intermittente).

Ô" Le rein flottant étant reconnu, il est nécessaire de rechercher avec le plus grand soin si \e parenchyme est sain ou altéré. Pour cela le volume et la forme de l'organe, les antécédents du malade et l'examen répété de l'urine permettront de savoir s'il n'y a pas de ce côté une tumeur ou une pyélo-néphrite. J'insiste sur ce point, parce que si une tumeur peut se développer dans un rein primitivement mobile, nous savons que l'augmentation de volume du rein s'accompagne très souvent de néphroptose, et les observations intitulées : rein mobile cancéreux ou kystique ne sont souvent que des tumeurs d'un rein normal

{') PiCHEViN, Progrès méd., 1888, t. VIII, p. 253. . (-) LANGE^'B^JCH, Centr.fur C/wV., .1890. {'} BoECKEL, Kystes du panc7'éas. Paris, 1891. ...

devenu mobile. Si cette cause d'erreur a été évitée, il ne reste plus qu'à rechercher si le rein mobile est siviple on compliqué. Dans le premier cas, un traumatisme antécédent, l'intégrité parfaite de la sangle abdominale et des viscères voisins lèveront les doutes. Au contraire, les signes d'entéroptose, la bilatéralité du déplacement et les prolapsus viscéraux multiples dont nous avons parlé, démontreront la nature de l'affection Dans tous les cas, il faudra, par un examen détaillé, établir le bilan exact des accidents imputables à chacun des organes déplacés, pour éviter de mettre sur le compte de la mobilité rénale des accidents uniquement imputables à l'appareil digestif.

Marche. — Pronostic. — Complications. — L'évolution de ce déplacement est variable suivant qu'il est simple ou compliqué. Dans le premier cas, le prolapsus du rein peut rester limité ; il a quelquefois une tendance à augmenter, mais le rein seul est en cause. Dans certains cas rares, l'affection guérit par un processus naturel, à la suite d'une grossesse, d'une péritonite, d'une périnéphrite, à la suite d'une reprise d'embonpoint; le rein déplacé se fixe en un point de l'abdomen ou même dans sa loge et y reste. Au contraire, s'il s'agit d'une népliro-enléroptose au début, on constate bientôt la descente de l'autre glande, des signes de dyspepsie, la dilatation de l'estomac, une chute du rectum, un abaissement de l'utérus. Chacun de ces déplacements précède, accompagne ou suit la descente du rein ; cet état complexe devient alors grave par les troubles de la santé yénérale, la perte des forces. Vimpotence fonctionnelle qui l'accompagnent, et sans comporter un pronostic fatal, il constitue une maladie qui nécessite une thérapeutique, heureusement efficace. En dehors de ces faits, le déplacement en lui-même peut provoquer dans l'organe une altération et une destruction du tissu par hydronéphrose intermittente . Quand l'affection s'aggrave, les crises douloureuses se répètent plus souvent, elles sont plus intenses et plus persistantes, elles s'accompagnent d'anurie, exceptionnellement d'une légère hématurie. Le rein devient de plus en plus volumineux pendant les crises douloureuses et témoigne ainsi de ses altérations progressivement croissantes. Mais cette évolution est lente ; c'est après des années qu'elle devient appréciable. Souvent même la glande ne reprend plus ses dimensions dans l'intervalle des accès, et il reste une tumeur volumineuse, indice d'une hydronéphrose devenue permanente. Cette dernière complication n'est pas fatale, et j'ai vu des malades qui présentaient depuis dix ans des crises douloureuses aiguës survenant à des intervalles irréguliers de quelques mois, et dont le rein reprenait son volume entre les accès. L'accident le plus grave est en somme l'infection, assez fréquente, de ces hydronéphroses qui deviennent alors des pyonéphroses avec le pronostic grave qu'elles comportent. Quant à l'occlusion intestinale par compression d'une anse de l'intestin, l'œdème des jambes dû à l'oblitération de la veine cave, le varicocèle symptomatique et les accidents d'urémie par coudure des deux uretères, ce sont des complications qui sont heureusement exceptionnelles.

Traitement. — En somme, le rein mobile ne compromet que bien rarement la vie, mais il peut, par la continuité des accidents qu'il détermine, devenir une cause perpétuelle de souffrances et de déchéance organique qui conduisent les malades à .réclamer une intervention radicale. Je considère cette intervention comme rarement indiquée.

Le chii'urgien est appelé à intervenir contre le rein mobile dans deux circon-

stances : le malade présente des accidents aigus (hydronéphrose intermittente, étranglement, congestion), ou bien des accidents moins bruyants, remontant à un certain temps déjà, plus ou moins long, qui sont, en un mot, chroniques, habituels.

1° En présence d^iccidenls aigus, le devoir du chirurgien est de s'abstenir de toute intervention sanglante. Sa conduite doit se borner à calmer la douleur, à réduire Vorgane et à maintenir cette réduction. Les bains, les fomentations chaudes, le décubitus horizontal, la morphine à petites doses rempliront le plus souvent la première indication : calmer la douleur.

2» La réduction s'effectue soit par la position horizontale avec le siège élevé, soit par la pression de la main. Elle est quelquefois assez difficile et souvent le malade indique lui-même le mode de réduction, et il l'exécute par une série de manœuvres dont la plus fréquente est la flexion forcée du thorax. Chez certains malades, cette réduction s'accompagne d'une détente immédiate, absolument comme après la réduction d'une hernie. Ce résultat est obteiiu par le maintien du sujet dans le décubitus horizontal, le siège élevé, et le soulagement consécutif indique bien la part du déplacement rénal dans l'ensemble des phénomènes observés. En tous cas la réduction est une manœuvre indispensable comme épreuve thérapeutique dans le rein mobile. Cette réduction ne peut être effectuée lorsque le rein est anormalement fixé en un point de l'abdomen. o" Maintenir la réduction. — Pour cela nous avons à notre disposition un moyen qui réussit dans la très grande majorité des cas. W. Stuarl('), en effet, a publié 17 observations qui plaident en faveur du bandage. Le plus simple

appareil consiste en un ressort muni d'une pelote et soutenu par une ceinture élastique (fig. 112). Cet appareil m'a rendu les plus grands services. Il est basé sur le même principe que le bandage ombilical de Dolbeau. On pourra également employer les ceintures munies de pelotes à air. Quel que soit l'appareil, la pelote doit être large, elle doit s'appliquer en avant de l'échancrure costoiliaque, le ressort doit présenter une élasticité bien calculée sur la résistance à vaincre et sur l'épaisseur de la paroi abdominale ; et c'est là une difficulté sérieuse, car si son élasticité est trop faible, il ne maintient plus la glande, si elle est trop forte, il n'est plus toléré. La courbure, l'inclinaison, la forme de la pelote doivent être également variées suivant les sujets. L'appareil est placé pendant que le malade est dans le décubitus dorsal, le rein étant préalablement réduit. Enfin on doit examiner si, sous l'influence des mouvements ou des efforts, l'organe passe au-dessous du bandage. Tout ce qu'on peut demander à de tels appareils c'est de maintenir le rein, la réduction complète n'étant pas possible. Les malades en retirent souvent un bénéfice notable et quelquefois les accidents disparaissent complètement. Mais il ne faut guère espérer une guérison permettant à un moment donné de se passer de moyens de contention. Depuis dix ans j'ai vu un très grand nombre de reins mobiles et j'en ai opéré de moins en moins, les appareils de contention abdominale

Fio. 112. — Bandage pour reiu mobile.

(') W. Stu.\rt, Wig. Med. Reo., 1895, 47, p. ICI.

m'ayant donné des résultats parfaits, surtout en y joignant le traitement habituel de l'ectasie gastx'o-intestinale.

2° En présence d'accidents chroniques , de douleurs, d'amaigrissement progressif, restés rebelles aux moyens non sanglants que je viens d'énumérer, le chirurgien se verra souvent dans l'obligation de recourir à l'opération : la néphrorraphie ou fixation opératoire du rein, dont la technique sera exposée plus loin, consiste essentiellement à provoquer des adhérences entre la glande et la paroi lombaire et, en somme, à maintenir la réduction. Elle doit être faite à froid, dans l'intervalle des crises (p. 408).

Les résultats opératoires qu'elle a donnés sont les suivants :

Nombre d'opérés 175

Guérisons opératoires 168

Morts 8, soit i,oi pour 100.

Résultat inconnu 1

(dans ma statistique personnelle qui porte sur 72 opérés ('), dont 55 pour rein mobile simple et 17 pour rein mobile compliqué d'hydronéphrose, j'ai eu un mort par tétanos au trentième jour et un par broncho-pneumonie grippale); c'est donc là une intervention essentiellement bénigne et qui soutient la comparaison à cet égard avec la cuVe radicale des hernies. C'est une opération facile, dont j'ai à envisager ici les résultats fonctionnels immédiats et éloignés. Ses résultats immédiats sont satisfaisants (échecs 1 sur 20). J'ai publié (^) les résultats éloignés, vraiment thérapeutiques, de 10 observations, et, à cet égard, j'ai relevé l'état des malades avant et après l'opération au triple point de vue : douleurs, troubles dyspeptiques, neurasthénie. Les douleurs ont disparu chez 7 malades, les troubles dyspeptiques et la neurasthénie dans la moitié des cas. La fixation sous-costale était toujours parfaite (^). Il suffisait de mettre les malades dans la position genu-pectorale, pour s'en assurer. C'est donc là une opération efficace et qui mérite d'être conservée, si l'on en juge par la statistique suivante :

Guérison absolue 86 soit 55 pour 100.

Amélioration persistanlo 25

Résultats satisfaisants '24

Amélioration temporaii-e 8

Insuccès (") 20

La néphrectomie, pratiquée par la région lombaire ou par la voie abdominale, donné 27 pour 100 de mortalité; c'est donc là une intervention meurtrière et qui n'est pas justifiée. D'ailleurs le nombre de ces opéi'ations a notablement diminué, et c'est bien plus vers ses indications que vers le choix du procédé lombaire ou abdominal que doivent tendre les recherches.

INDICATI0^'s ET CONTRE-INDICATIONS. — En préseucc d'un rein mobile, la thérapeutique varie suivant qu'il s'agit de la variété simple ou compliquée.

Rein mobile compliqué. — Toute opération est contre-indiquée à moins que le déplacement du rein ne soit la seule cause des accidents, ce que la symptomatologie permet d'établir. La paroi abdominale s'effondre, il faut venir à son

(') TuFFiER, Congrès de Moscou, 1897.

(-) TuFFiER, Congrès de chirurgie, 1891, p. 377. ■ (') YoY.RiDEL,Berl.klin. Woch., 1893,;p.686.— Rillmann, Z)euiscfteZeit./'.C/iiV., 1892, t. XXXIV, p. 627. — Malecot, Congrès de chir., 1893. A. G. U., 1893, p. 386 — Jeannel, Congrès méd., 1895, t. II, p. 315. — RoscH, Boston med. and surg. Journal, 26 mai 1892.

(') Delagenière. Thèse de Paris, 1892.

TRAITÉ DE CHIRURGIE, 2= édit. — VII. 25

ITUFFIER.J

secours : souvent le maintien et le relèvement des viscères, en plaçant les deux mains sous le ventre de la malade, la soulagent immédiatementet dictent la thérapeutique à suivre. C'est à une ceinture avec pelote rénale qu'il faut recourir. Si, malgré ces appareils, les accidents persistent, si le rein ne peut être maintenu, la néphrorraphie est indiquée comme adjuvant, mais le port de la ceinture reste nécessaire. Si le rein mobile est bUatércd, c'est encore à la prothèse qu'il faut avoir recours sous forme d'une ceinture ou d'une double pelote rénale. Mais ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que ces malades présentent des signes de neurasthénie et des symptômes d'ectasie gastrique nécessitant un traitement spécial. Plein mobile simple. — Le port d'un bandage approprié avec pelote rénale devra être tenté tout d'abord. S'il est insuffisant ou mal toléré, le chirurgien doit s'enquérir minutieusement des causes de l'échec, et si les accidents sont bien sous la dépendance du seul déplacement rénal, il peut proposer la néphrorraphie qui répond seule à l'indication, fixation du rein. Cette opération peut être indiquée plus tôt quand les signes d'hydronéphrose intermittente apparaissent. La hilatéralité des lésions n'est plus alors une contre-indication et j'ai opéré aA^ec succès une malade atteinte de double néphroptose, il y a 7 ans. Tansini, de Palerme, et nombre d'autres auteurs ont publié ultérieurement des faits semblables ('). Les indications delà néphrectomie seraient les échecs successifs de la fixation par l'opération et la persistance des accidents. Avant de tenter cette ablation, il faudrait es.sayer de nouveau le traitement médical et le port de nouveaux bandages. Ce n'est que dans les cas d'altération notable du rein par une pyonéphrose qu'elle peut être primitivement tentée. Dans les cas d' hydronéphrose même accentuée, on doit toujours commencer parla fixation de l'organe. Enfin, si au cours de l'intervention on constate une coudure urétérale réductible, son redressement par fixation du rein est indiqué; en cas d'irréductibilité, sa résection avec transplantation de l'uretèr-e ou l'anastomose urétéro-urétérale doivent être tentées avant toute ablation de l'organe (voy. p. -462 où ces différentes opérations sont décrites).

Page 1