‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul Reclus (volume 5)Chapitre 156 sur 250 · PLAIES · texte numérisé non relu

PLAIES

Les plaies du cou ne sont pas frécjuentes ilans la pratique civile. Fisciier en a relevé 50 cas sur 0508 malades traités de 1860 à 1870 dans les salies de Billroth ; Jarjavay, 7 cas sur 6100 malades traités par lui à l'hôpital Saint- Antoine et à l'hôpital Beaujon. Elles sont plus fréquentes en Angleterre qu'en Allemagne et en France (Peyrot). En effet, Legoyl(') a montré que sur 1000 suicidés, 555 emploient les armes blanches en Angleterre, 76 en Allemagne, 65 en France. Dans la statistique des blessures de guerre, les plaies du cou sont plus nombreuses; sur 408 072 blessés, Otis a trouvé 4895 plaies du cou, soil 1,2 pour 100. Tous les chilTres que nous venons de citer sont sans doute au-dessous de la vérité, car les plaies qui intéressent les gros vaisseaux peuvent provoquer immédiatement ou très rapidement la mort, et cela surtout sur les champs de bataille.

Division. — Comme toutes les plaies des autres régions, les plaies du cou ont été divi.sées, d'après la nature de l'agent vulnérant, en plaies par inslritmenlf^ piquantH, par instruments tranchants, par instinonents contondants ou par j»-ojectiles d'armes à feu; la fréquence de rintervcntion chirurgicale dans cette région, a permis de faire aussi une place à part aux plaies opératoires; ces dernières présentent en effet un grand intérêt, à cause des lésions vasculaires souvent considérables que nécessite l'acte opératoire.

La distinction en plaies superficielles ou sus-aponévrotiques et plaies profondes est très utile, caries plaies superficielles sont ordinairement simples, n'entamant que des vaisseaux ou des nerfs de peu d'importance ; tandis que les plaies profondes sont le plus souvent compliquées, atteignant des organes « dont la blessure peut compromettre la vie, altérer une fonction ou déterminer quelque symptôme particulier »(-).

Enfin, quelques auteurs se fondent sur les lésions de l'œsophage ou de la trachée, pour diviser les plaies du cou en pénétrantes et non jténétrantes.

Étiologie. — Les plaies du cou sont rarement accidentelles (chute sur un fragment de verre, sur une lame de métal, sur une tige de fer ou de bois, etc.); elles sont le plus souvent le résultat d'une tentative de meurtre ou de suicide; les plaies de guerre, autrefois dues pour la plupart h des instruments pi(piants ou tranchants (coup de baïonnette, coup de sabre), comprennent surtout aujourd'hui des plaies par projeciiles plus ou moins volumineux, balles, éclats d'obus, etc.

Les seules conditions écologiques spéciales aux plaies du cou peuvent donc se résumer en deux groupes de faits : plaies de guerre, tentatives de mcurlre ou

(') Legoyt. ai'l. Si'icinE du Diit. eiiri/rl. des sr. mcd., r>- strie, 1. XIII, p. 242. ("-) KoLLiN et Dii'L.vY, Palhciloijie externe, t. V, p. 8.

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LKSIONS TIUUMATinUES.

de suii'ido. Nous n'avons pas à insisler ici sur les autres causes de c(^s plaies et à refaire rénuni6ration de tous les corps vulnérants, étiologie banale de toutes les ])laics en général. Nous reviendrons, au cours de notre description, sur les conditions qui peuvent, dans certains cas, leur imprimer un caractère spécial.

1° PLAIES SUPEBFIClELlESi

La division des plaies en superficielles et profondes répond, nous l'avons dit, à d'importantes différences anatomiques et cliniques.

Les plaies superficielles ne divisent que la peau, le tissu cellulaire sous-cutané et le peaucier; elles ne peuvent atteindre par conséquent qiu' des branches du plexus cervical superficiel ou des veines du réseau superficiel.

Les piqûres sont généralement insignifiantes; laites avec un instrument septique, elles peuvent provoquer des accidents communs à toutes les plaies infectées.

Les coupures, très varia!)les dans leur direction, leur étendue et leur forme, présentent quelques caractères particuliers. Le plus souvent elles sont perpendiculaires ou obliques à la dii'ection des fibres du peaucier; il en résulte un écartement parfois considérable des bords de la plaie qui ont tendance à se recroqueviller en dedans. Quelquefois une coupure curviligne détache un véritable lambeau, à base plus ou moins large, qui se rétracte de façon à laisser une assez grande surface dénudée; dans d'autres cas, il y a véritablement jue/'/e de substance, par détachement complet du lambeau cutané ; cette dernière variété seule offre quelque intérêt au point de vue de la réparation primitive ou secondaire.

La blessure des veines du réseau superficiel n'offre en général aucune gravité ; l'hémorragie s'arrête facilement par une légère compression; cependant, comme on a pu quelquefois observer l'entrée de l'air dans les veines, à la suite de plaies incomplètes de la jugulaire antérieure, il sera toujours bon d'exercer une compression sur le bout central des veines superficielles avant de les couper au cours d'une opération (voy. Plaies des veines).

La mobilité extrême du cou rend compte de la possibilité de l'introduction d'air dans le tissu cellulaire sous-cutané; cet emphysème très rare, limité, passager, ne saurait être confondu avec l'emphysème diffus et persistant qui succède aux plaies pénétrantes des voies aériennes.

Ces plaies, bien soignées, ne présentent plus le caractère de gravité qui leur a été jadis attribué. Dieffenbach (') s'était attaché à montrer que les plaies superficielles du cou peuvent être suivies d'accidents sérieux, érysipèles, phlegmons, etc., souvent mortels. Il est certain que l'inflammation se propage facilement et rapidement dans la couche celluleuse lâche du cou, mais on ne peut plus insister, comme l'ont fait jusqu'ici les auteurs classiques, sur ces accidents justiciables d'un traitement approprié et siirement évités par un pansement antiseptique appliqué ù temps. Lors donc qu'on se trouvera en présence d'une plaie superficielle récente, on ne devra pas hésiter, après l'avoir soigneusement désinfectée, à faire des sutures, quelle que soit sa forme, quelle que soit son étendue; le pansement devra être appliqué de façon à immobiliser aussi bien que possible la tête et le cou pour ne point laisser tirailler et désunir les lèvres de la plaie suturées.

(') Beobarhlumjeu iihcr llnlswuuden. RukI's Mfjgnzin, t. XLI, p. 305, 1S,"4.

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