ÉPANCHEMENTS SANGUINS DE L'ORBITE — HÉMATOMES
Les épanchements sanguins de l'orbite résultent de la rupture des vaisseaux de cette cavité. Dans des cas exceptionnels, ils sont fournis par les vaisseaux des cavités voisines (fosse temporale, fosses nasales, cavité crânienne).
Ils siègent soit entre le périoste et les os, soit dans le tissu cellulaire de la
LESIONS TRAUMATIQUES DE L'ORBITE. 511
loge orbitaire et de la gaine du nerf optique, soit dans la cavité virtuelle de la capsule de Tenon.
Étiologie. — Les hématomes île l'orbite sont f^pontanés ou traumatiquea .
Les hématomes spontanés, très rares, se produisent sous l'influence d'une altération de la santé générale, cessation des régies (Fischer), maladie de Bright (Wharlon Jones), dyspepsie avec dilatation stomacale (Panas, Hématomes spontanés de l'orbite, etc. Arch. cfoplUalm., 1888, t. VIII, p. 155). Ils reconnaissent quelquefois pour cause occasionnelle un efTort tel que celui qui résulte d'un accès de toux.
L'hématome traumatique, sans avoir la fréquence que lui a attribuée Carron du Villards, est moins rare que le pense Berlin, qui ne l'a noté que six fois sur 55 576 observations. Il résulte de l'action de corps piquants ou contondants agissant sur le contenu de l'orbite, de la pénétration de grains de plomb, d'interventions opératoires, telles que l'énervation de l'œil et parfois de l'opération du strabisme. On l'observe aussi chez le nouveau-né à la suite de la pression exercée sur la tète par le bassin rétréci ou par le forceps.
Anatomie pathologique. — L'hématome traumatique sous-périostique reconnaît pour cause une fracture des parois de l'orbite. L'hématome spontané occupe la cavité de Tenon ou la loge orbitaire postérieure.
Hôlder a vu l'épanchement sanguin constitué tantôt par de très petits extravasats disséminés dans le tissu cellulo-graisseux de l'orbite, tantôt par de larges collections communiquant avec une collection semblable dans l'épaisseur des paupières. Dans un cas, un foyer intra-orbitaire se prolongeait vers la fosse temporale par la fente sphéno-maxillaire.
Le sang est habituellement coagulé. Dans quelques cas, on le trouve liquide, noirâtre et décomposé (Panas).
Symptômes. — L'exophtalmie avec suffusion sanguine sous la conjonctive bulbaire est le signe caractéristique de la formation d'un épanchement sanguin dans l'orbite.
L'exophtalmie n'est pas toujours directe. Lorsqu'elle est latérale, on a quelques raisons de croire que l'épanchement sanguin provient du périoste orbitaire déchiré par une fracture de la paroi.
La conjonctive soulevée autour de la cornée par l'épanchement du sang forme quelquefois un bourrelet saillant, de couleur rouge ou violacée. D'autres fois il n'y a qu'une simple ecchymose. Celle-ci n'apparaît pas toujours immédiatement après le traumatisme. Elle se forme alors lentement, se montre d'abord au niveau du cul-de-sac conjonctival et envahit à la fois le tissu conjonctival bulbaire et la conjonctive palpébrale.
On sait l'importance que l'apparition tardive de cette ecchymose sous-conjonctivale a pour le diagnostic des fractures de l'étage antérieur de la base du crâne.
Au moment où se forme l'épanchement intra-orbitaire, si la source de cet épanchement est abondante, on voit parfois le sang s'écouler par l'une des cavités voisines, les fosses nasales, la bouche, le pharynx. C'est qu'alors une fracture étendue a permis la communication des deux cavités.
Les mouvements de l'œil sont plus ou moins gênés par la présence de l'hématome. Ils sont en même temps douloureux et quelquefois tout à fait abolis.
[E. DELENS.J
Le déplacement du globe de l'œil entraîne la production de la diplopie. Ce signe, néanmoins, n'est pas constant. On trouve la pupille dilatée, immobile et la vision plus ou moins altérée. Dans quelques cas, elle est abolie dès les premiers instants. Le plus souvent, l'amblyopie ou l'amaurose résultent d'une atrophie ultérieure de la papille.
Dans les premiers temps, l'examen ophtalmoscopique montre des troubles circulatoires des vaisseaux rétiniens, des hémorragies ou une ischémie rétiniennes. Plus tard, il permet de suivre les différents stades de l'atrophie papillaire.
L'épanchement de sang, dans bon nombre de cas, se résorbe sans que ces troubles graves du côté de la vision se produisent. La résorption se fait en trois ou quatre semaines. Quelques auteurs pensent encore que le sang peut aussi s'enkyster et se transformer en tumeurs.
Berlin a signalé la phtisie du globe de l'œil lorsque, par suite d'un épanchement volumineux, l'œil se trouve soumis à une compression excessive.
Le pronostic de l'épanchement sanguin de l'orbite est, comme on peut le voir par ce qui précède, extrêmement variable.
Le traitement de l'hématome devra rarement être actif. Le plus souvent, on se bornera à appliquer un pansement compressif pour diminuer la saillie de l'œil et favoriser la résorption du sang.
Même avec les précautions antiseptiques, on s'abstiendra d'inciser pour évacuer le sang; car, dans le cas de fracture, l'existence d'une plaie extérieure constituerait une situation dangereuse.
De Wecker rejette aussi l'aspiration, parce qu'elle est inefficace, le sang étant généralement coagulé. Dans le fait de Panas, elle a permis cependant d'évacuer un sang liquide, noirâtre, évidemment décomposé. Il s'agissait, il est vrai, d'un hématome spontané.
Employée le plus souvent comme moyen d'exploration, la ponction aspiratrice peut donc devenir un mode de traitement.