‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 16 sur 260 · C. — ULCÉRATIONS SYPHILITIQUES · texte numérisé non relu

C. — ULCÉRATIONS SYPHILITIQUES

La conjonctive n'est que très rarement le siège d'ulcérations syphilitiques. On y a observé cependant des accidents primitifs, des lésions secondaires et même des lésions tertiaires.

Le chancre de la conjonctive occupe le plus souvent le bord de la paupière. Dans quelques cas, il siège exclusivement sur la conjonctive bulbaire et au voisinage du cul-de-sac conjonctival. Il se présente sous l'aspect d'une ulcération à fond pultacé, reposant sur une base indurée et parcheminée. Au pourtour de l'ulcération existe une injection de couleur violacée. Le ganglion pré-auriculaire est constamment engorgé (Touchaleaume, Étude sur le chancre syphilitique de la conjonctive^ Thèse de Paris, 1889).

Les érupjtions secondaires de la syphilis sont encore plus rares que l'accident primitif sur la conjonctive. Le professeur A. Fournier (Savy, Des éruptions de la conjonctive. Thèse de Paris, 1876) y a observé le développement d'une papule de couleur cuivrée, de 5 millimètres de diamètre de forme circulaire, présentant une légère saillie et coexistant avec une éruption de papules à la face. Desmarres a vu un cas de syphilide tuberculeuse de la conjonctive.

Les gommes sont tout à fait exceptionnelles. De Wecker en a observé un cas. La tumeur avait le volume d'une fève et siégeait près du limbe de la cornée, à la partie extprne. Elle était de couleur rouge violacé, de consistance élastique, avec injection de la conjonctive à son pourtour. Elle avait été prise pour un épithélioma, et s'en distinguait seulement par une élasticité particulière et la diaphanéité de ses bords.

Dès que le diagnostic d'une lésion primitive, secondaire ou tertiaire, est établi, le traitement anlisyphilitique doit être institué sans relard.

Li:SlUNS NON INFLAMMATOIRES DE LA CONJONCTIVE. 107

m. — Lésions non inflammatoires de la conjonctive.

ŒDÎ'JME SOUS-CONJOXn 1 1 1 /,

Toutes les inflaninialions de la conjonclivc s'accompagnent d'un certain degré d'infiltration, mais le rhéniosis uiflamnialuire ne doit pas être décrit à part. Il fait partie intégrante des phénomènes habituels de l'inflammation.

On observe aussi un chémosis sé)-eux lorsqu'il se développe une inflammation aux paupières, telles que le furoncle, l'orgelet.

Enfin, chez les malades atteints d'affections cardiaques ou rénales, l'œdème de la conjonctive existe quelquefois au même titre que les autres hydropisies.

h'œdèiue essentiel de la conjonctive est, au contraire, extrêmement rare. On le rencontre chez des personnes anémiques ou arthritiques, chez des femmes principalement dont les urines ne renferment pas de traces d'albumine. Dans ces cas, dont la cause échappe, on doit se borner à un traitement local tel que l'application d'un bandeau compressif. Si l'œdème prenait des proportions excessives, il y aurait lieu d'y pratiquer des mouchetures.

Dans le cas où l'œdème se rattacherait à la diathèse arthritique, il y aurait indication de prescrire le salicylate de soude à l'intéi'ieur.

XÈROPHTALMIE — XÊ ROSIS

Hermanowicz, De la thérapeutique de la blépharite ciliaire et des altérations anatomopathologiques de la xérophtalmie. Thèse de Paris, 1873. — Tixier, De la xérophtalmie. Thèse de Paris, 1875. — FnuGER, De la xérophtalmie. Thèse de Pari#, 1880.

Sous le nom de xérosis, xéroplitalmie, on décrit, depuis les travaux de Schmidt (1805) et de Von Ammon, un état de sécheresse avec atrophie de la conjonctive et lésions concomitantes de la cornée qui aboutit ordinairement à la perte à peu près complète de la vision. Le xérosis complique souvent les lésions du symblépharon.

Étiologie. — L'étiologie du xérosis est encore mal connue. On ne l'observe pas dans la jeunesse. Chez l'adulte, on le voit succéder quelquefois à une conjonctivite granuleuse ou diphtéritique. Souvent aussi, il se développe sans cause appréciable, ou bien il coïncide avec le psoriasis ou le pemphigus d'autres régions.

Bitot, Villemin, Netter ont noté la présence de petites plaques de xérosis épithélial sur la conjonctive oculaire des sujets atteints d'héméralopieu idiopathique (Lecœuvre, Sur une épidémie dliéméralopie avec xérosis épithélial ^^hè^Q de Paris, 1895-1896).

Pathogénie et anatomie pathologique. — L'atrophie de la glande lacrymale ne suffit pas à produire le xérosis, car la lubrifaction de la muqueuse oculaire est assurée par la sécrétion des glandes spéciales qui existent dans la conjonctive surtout au voisinage de ses culs-de-sac. L'ablation de la glande lacrymale ne produit pas, en effet, de xérosis.

L'idée d'une lésion primitive de l'innervation émise par Vidal est rationnelle, mais n'a pas jusqu'ici été vérifiée anatomiquement. Celle d'une lésion conco-

[E DELENS."]

lO.s MALADIES DE LA CONJONCTIVE

mitante de la capsule de Tenon, soutenue par Warlomont et Tcslelin, manque également de preuves.

Kuschler et Xeisser ont décrit un bacille particulier à la xérophtalmie, mais on a reconnu qu'il existe normalement dans les sécrétions de la conjonctive (Leber).

Les seules lésions certaines de cette affection consistent dans une atrophie de la conjonctive dont les papilles, les glandes et les vaisseaux même ont été trouvés atrophiés.

Symptomatologie . — Ce qui frappe tout d'abord, lorsqu'on examine un œil atteint de xérosis, c'est la sécheresse et le changement de coloration de la conjonctive. Cette membrane, dans sa portion bulbaire, est devenue grisâtre, a perdu son brillant et sa transparence. Quelquefois elle a une teinte brunâtre. Son épithélium desséché forme comme un dépôt furfuracé à sa surface, et constitue, dans les degrés avancés, de véritables squames. La conjonctive tend de plus en plus à prendre les caractères de la peau ; il y a une sorte de cutanisation de la muqueuse. Des plis se forment sur la portion bulbaire et parfois entourent circulairement la cornée. Les culs-de-sac conjonctivaux s'effacent ou présentent des brides; ils arrivent à être presque de niveau avec le rebord palpébral. Dans ces conditions, on comprend que des troubles graves se produisent du côté de la cornée.

Cette membrane perd, en effet, de bonne heure, son aspect brillant et sa transparence. Sa couche épithéliale s'épaissit et devient grisâtre; on l'a comparée, pour l'aspect, à une baudruche. Elle est recouverte dune sorte de poussière épithéliale ou de petites écailles grises qui, en se mélangeant au peu de sécrétion qui persiste, forment une émulsion mousseuse sur le bord des paupières.

Du côté des paupières, on observe souvent du trichiasis, et toujours une gêne plus ou moins marquée des mouvements. Lorsque les culs-de-sac de la conjonctive sont détruits, tous les inconvénients du symblépharon se produisent, les mouvements d'occlusion sont gênés ou impossibles, et le défaut de rapprochement des bords palpébraux augmente encore la dessiccation de la cornée en la laissant en permanence exposée au contact de l'air.

En même temps, on constate que la caroncule lacrymale est détruite, les points lacrymaux oblitérés et que le sac lacrymal participe à l'atrophie générale de la conjonctive.

La cornée a perdu non seulement sa transparence, mais sa sensibilité, comme on peut s'en assurer en promenant à sa surface l'extrémité d'un stytet.

La sécrétion lacrymale n'est même plus provoquée par les' excitations de la pituitaire.

La vision est affaiblie en raison du degré d'opacification de la cornée: par les progrès de la maladie le patient arrive à n'avoir plus qu'une perception quantitative de la lumière et devient incapable de se conduire.

Phénomène remarquable, à moins de complications, la maladie évolue sans douleur, à ses différentes périodes.

Diagnostic. — Le xérosis vrai a un aspect caractéristique. L'absence de toute sécrétion donne à lœil une apparence de sécheresse qui ne permet pas de confondre cette affection avec les opacités de la cornée, ou les adhérences du symblépharon, qui gardent toujours un aspect brillant et humide.

Dans les affections typhoïdes graves, dans linanition, dans le choléra, la

cornée perd sa IrniispariMice et la conjonctive se dessèche quelquelbis dans les })aiiies exposées au conlacl de lair. Mais cet état n'a rien de commun avec le xérosis vrai.

De Wecker a décrit sous le nom de xérosh épitliélidl une altération partielle de la conjonctive dont une variété occupe le limbe conjonclival et se reproduit quelquefois d'une manière périodique chez le même individu. Cette forme de xérosis s'accompagne souvent d'héméralopie, coïncide avec des troubles de la nutrition générale et constitue évidemment une alTcclion distincte du xérosis proprement diL

Pronostic. — Le pronostic du xérosis est fort grave et sa durée illimitée. Le traitement n'a que peu d'action sur la marche de cette atTection et elle se termine ordinairement par la perte de la vision.

Traitement. — On ne connaît pas de traitement efficace du xérosis. On peut atténuer les ctTets de la sécheresse de la conjonctive en faisant entre les paupières des instillations répétées d'une solution faiblement alcaline, ou de quelques gouttes de glycérine. La vaseline déposée en petite quantité dans les culs-de-sac permet momentanément un glissement plus facile des paupières. Mais ce ne sont là que des moyens palliatifs.

Ollier a préconisé la suture temporaire des paupières. Nous l'avons vue donner un résultat d'abord satisfaisant chez un malade auquel nous avons laissé les paupières suturées pendant six mois. Mais l'affection s'est reproduite néanmoins quelques semaines après la désunion. De Wecker conseille d'administrer à l'intérieur le fer. l'arsenic ou l'huile de foie de morue.

PTL'RYGIOX

BoLDOCLY. Du plérygion. Thèse de Paris, 1877. — Larrooue. Étude sur le ptérygion. Thèse lie Paris, 1877. — Carrassan, Du ptérygion. Thèse de Paris. 1888. — Darrigade. Du ptéryifion et de son traitement par la méthode dite de Lenroulement. Thèse de Paris, 1884-1885. — G. CouRTEV, Étude sur le ptérygion. Thèse de Paris, 1893-1894.

Le ptérygion consiste en un épaississement membraneux de la conjonctive bulbaire en forme de triangle, dont la base répond à la périphérie et le sommet à la cornée sur laquelle il s'avance et qu'il tend à envahir.

Le ptérygion siège presque toujours du côté nasal et sa base répond à l'insertion du muscle droit interne. On le voit parfois se développer au côté externe. Il est absolument exceptionnel qu'il occupe un autre point.

Habituellement il n'y a qu'un ptérygion. mais souvent on en observe un sur chaque œil. symétriquement placé au côté interne. Béer a vu trois ptérygions sur un seul œil et Velpeau en aurait observé cinq. Le docteur ^lalgat (de >sice) a observé un garçon de seize ans qui portait sur les deux yeux quatre ptérygions formant une croix de Malte (thèse de Courtey).

Étiologie. — Le ptérygion ne se rencontre pas chez les enfants et chez les jeunes gens. On l'observe chez l'adulte ou chez les gens âgés et surtout chez l'homme. Guttierez-Ponce a signalé un cas d'hérédité du ptérygion dans une même famille pendant trois générations.

[£. DELENS.J

MALADIES DE LA CONJONCTIXi:.

On io dil fréquenl dans les pays chauds, à Madère, au BicsH, au Gabon. Les professions qui exposent les yeux à Taclion des poussières irritantes, du (eu ou d'un grand soleil y paraissent plus sujettes. Telles sont celles de macjon, de meunier, de palefrenier, de batelier. L'existence antéi'ieure d'une pinguécula prédispose au développement du ptéryg-ion.

Arlt a soutenu que l'apparition du ptérygion était précédée d'une ulcération de la cornée, mais l'observation n'a pas confirmé cette opinion et le plus ordinairement le ptérygion se développe en dehors de toute inflammation.

Anatomie pathologique. — Lorsque le ptérygion forme une membrane mince, blanchâtre et semi-transparente, il est désig-né sous le nom de ptérygion ténu {pterijgium tenue). Quand il constitue un repli plus épais, plus vasculaire il est appelé charnu, sarcomateux {pterijgium crassum). Mais dans l'un et l'autre cas il ne renferme que les éléments normaux de la conjonctive, en proportion variable. Testelin avait signalé ce fait. Schreiter n'a trouvé, en efl'et, qu'une

FiG. 42. — Coupe d'un plérygion. (Panas.)

En b on voit la couche épilhéliale de la conjonctive qui fournit des prolongements profonds pénétranl dans le slroma corncen dissocié. En a. amas de substance vitreuse dont il existe sur la pièce plusieurs autres groupes analogues dont les deu.x supérieurs apparaissent granulés.

hypertrophie conjonctivale avec pullulation polypeuse dans le ptérygion sarcomateux. L'épithélium conjonctival nonnal se prolonge jusqu'au sommet et quelquefois entourant complètement celui-ci, s'adosse à l'épithélium cornéen.

Le ptérygion sarcomateux est le seul qui ait de la tendance à progresser sur la cornée.

Poucet a signalé l'existence de vibrions accumulés entre la cornée et le ptérygion. Mais ces vibrions ne paraissent jouer aucun rôle dans le développement de ce dernier. Fuchs {Archiv. fur Ophthalmologie, 1892, t. XXXVIII, 2, p. \) ne les a pas rencontrés. Pour lui, le ptérygion est toujours précédé par une pinguécula.

Symptomatologie . — • Le ptérygion débute sans douleur, sans phénomènes -inflammatoires. Ordinairement il est déjà constitué lorsque les malades remarquent son existence.

Il se présente alors sous l'apparence d'une membrane triangulaire plus ou moins épaisse. On y distingue le rorpi<, le col et la tête ou sommet. Un léger rétrécissement se voit quelquefois au-dessous du col. Les bords du ptérygion au niveau du corps et du col ne se continuent pas insensiblement avec les parties voisines de la conjonctive ou de la cornée; on peut les soulever avec

Page 1