‹ Traité de chirurgie publié sous la direction de Simon Duplay [et] Paul ReclusChapitre 208 sur 260 · KYSTES MUOUEUX DU SINUS MAXILLAIRE · texte numérisé non relu

KYSTES MUOUEUX DU SINUS MAXILLAIRE

Il se forme dans le sinus maxillaire des collections de liquide qui, par leurs qualités physiques et chimiques, rappellent le mucus.

Deux théories sont en présence, pour expliquer ces accumulations de mucus dans l'antre d'Highmore.

Pour Jourdain, Deleschamps, il s'agit d'une véritable hydropisie du sinus par suite de l'oblitération de son orifice normal. Certains faits semblent donner raison à cette pathogénie; c'est ainsi que, dans un cas de Verneuil (Soc. de chirurgie, 1852), le sinus maxillaire était complètement rempli par un liquide visqueux, filant, très dense, très adhérent à la muqueuse, sans trace de paroi kystique; c'était une rétention de mucus, dans la cavité même du sinus (^).

D'après une opinion généralement adoptée depuis les recherches de Giraldès(^), de Marchant (^), ces collections liquides sont dues à la dilatation kystique d'une des glandes du sinus, par suite de l'oblitération de son canal excréteur. Cette conception pathogénique s'appuie sur ranatomie, qui démontre l'existence, dans la muqueuse du sinus, de nombreuses glandes en grappe, sur les vérifications nécroscopiques, qui ont permis à Giraldès de prouver la fréquence des dilatations kystiques de ces glandes.

Anatomie pathologique. — Nous

distinguerons avec Giraldès deux variétés de kystes : 1° les kystesmiliaires, formés par la dilatation d'une partie périphérique du canal excréteur; ils sont transparents, du volume d'un grain de millet et remplis d'une matière épaisse ressemblant à la substance du cristallin ; 2" les autres, plus considérables, sont constitués par la dilatation de tout le corps folliculaire; leur nombre, leur volume et leur coloration n'ont rien de constant. Tantôt on trouve un kyste volumineux, tantôt on en trouve plusieurs, jusqu'à

(*) Il n'y avait pas, dans le cas de Verneuil, d'oblitération de rorifice normal du sinus; l'hypersécrétion de la muqueuse du sinus lui sembla devoir être rapportée à une irritation causée par l'évolution d'une dent de sagesse.

(-) Giraldès, Recherches sur les kystes muqueux du sinus maxillaire. Paris, 1860.

(^) Marchant, Sur les kystes du sinus maxillaire. Strasbourg, 1868.

FiG.

— Coupe transversale du sinus maxillaire. B, C, kystes glandulaires. (Giraldès.)

IGÉRARD-MARCHANTl

vingt et au delà. Les uns sont transparents, les autres plus ou moins opaques, et ces différences lienrient à la nature très variable du liquide qu'ils contiennent. Leurs parois sont généralement minces, vasculaires ou non, recouvertes par la muqueuse quelquefois altérée et fongueuse. Le contenu du kyste est ordinairement viscpieux, filant, transparent, assez semblable au mucus normalement sécrété par la muqueuse; parfois aussi il est plus épais, opaque et diversement coloré. Des globules sanguins altérés, des globules graisseux, quelques cellules granuleuses, des débris d'épithélium, mais surtout une grande quantité de cristaux de cholestérine, tels sont les éléments que le microscope a permis d'y reconnaître (Duplay).

Par leur accroissement excentrique, ces kystes finissent par remplir le sinus maxillaire et le distendre; la multiplicité de ces kystes facilitera toujours leur diagnostic anatomique.

Symptômes. — Ils ne deviennent appréciables que lorsque la collection liquide est suffisante pour dilater le sinus, car, dans la période prémonitoire, les douleurs irradiées du côté des dents ou du nerf sous-orbitaire ne peuvent permettre d'établir aucun diagnostic.

A la période de distension du sinus, le kyste peut refouler une paroi (cas le plus fréquent) ou écarter simultanément toutes les parties limitantes du squelette du sinus. Si la paroi antérieure cède, une tumeur apparaît au niveau de la joue ; le soulèvement du plancher de l'orbite et l'exophtalmie traduisent le refoulement de la paroi supérieure : lorsque le kyste affaisse la paroi inférieure, on constate l'abaissement de la voûte palatine, l'élargissement de l'arcade dentaire et la chute des dents; enfin la projection en dedans de la paroi interne s'accompagne de la déviation du nez et de l'obstruction de la narine.

Tous ces symptômes, toutes ces déformations coexisteront avec des variantes, lorsque l'effort excentrique du kyste portera sur l'ensemble, ou sur plusieurs des parois.

La distension du sinus n'est possible que par suite de l'amincissement, de la transformation en feuille osseuse sans résistance, de Vime ou de ses parois; aussi la tumeur arrondie, lisse, d'abord dure, devient élastique, dépressible ; c'est à ce moment qu'il est possible de percevoir la sensation parcheminée.

Enfin, dans une dernière période, la tumeur a résorbé la paroi osseuse; elle devient sous-cutanée, ou sous-muqueuse sans intéresser en rien les téguments, et s'accompagne d'une fluctuation évidente.

Comme le fait remarquer Duplay, on n'a jamais signalé dans la symptomatologie de cette affectio» ni larmoiement, ni tumeur lacrymale, contrairement à ce qu'on observe dans les tumeurs solides du sinus, où ces accidents surviennent fréquemment, par suite de compression sur le canal nasal.

Diagnostic. — Le kyste du sinus maxillaire ne peut être diagnostiqué que lorsque la dépressibilité, la fluctuation le rendent évident.

La marche des abcès du sinus est bien différente (voy. Abcès du sinus), et au besoin une ponction exploratrice lèverait les doutes.

Le diagnostic avec un néoplasme en voie de ramollissement est plus difficile, et nous avons vu commettre cette erreur ; mais si on tient compte de Vâge (les kystes apparaissent dans la jeunesse, tandis que les néoplasmes se montrent de préférence chez les gens âgés), de V accroissement rapide de la tumeur, delacolo-

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