‹ Traité de chirurgie (volume 3)Chapitre 178 sur 218 · RUPTURES DE LA RATE. — ÉT10L0(,IE · texte numérisé non relu

RUPTURES DE LA RATE. — ÉT10L0(,IE

Étiologie. — A un degré de plus la contusion de la rate est susceptible de produire une véritable rupture, c'est-à-dire une déchirure qui intéresse à la fois l'enveloppe el le (issu vasculaire de l'organe. Cet accident s'observe dans les grands traumatismes du thorax; une roue de voiture fracasse plusieurs côtes, la rate est atteinte comme le foie, le rein ('), etc. On signale encore cette complication à la suite de chutes d'un lieu élevé (^), d'un coup de pied dans l'hypocondre, d'un coup de pierre (^), de coups de pied de cheval, d'un choc par limon de voiture (^), etc. Dans ces différents exemples, la violence du traumatisme est suffisante à nous expliquer l'importance de la lésion et la rupture peut être réellement qualifiée de traumaiique. 11 en est tout autrement dans d'autres cas, la rupture est survenue après une contusion légère ou même insignifiante (^), ou bien encore à la suite d'un effort, d'un accès de toux ou de vomissement. Parfois, enfin, c'est d'une façon absolument spontanée qu'elle s'est produite. Dans tout ce dernier groupe de faits, une nouvelle condition pathogénique intervient, l'altération préalable de la rate. Il y a donc des ruptures de rates saines et des ruptures de rates malades. Les altérations de la rate qui prédisposent le plus à la rupture sont, en première ligne, celles qu'on observe dans Tinfection paludique, plus rarement dans la fièvre typhoïde. Aussi les ruptures spontanées ont-elles été spécialement étudiées dans les pays à fièvres. E. Gollin C) en fait 0 autopsies, en Afrique. Dans l'Inde, Playfair (') a pu en réunir plus de 20 cas dans l'espace de deux années et demie.

Anatomie pathologique. — On trouve généralement dans la cavité abdominale un épanchement de sang considérable {^). Cette quantité de sang a été fréquemment évaluée à plusieurs litres. La rate est entourée de caillots qui la masquent, et ce n'est qu'après les avoir détachés qu'on peut s'assurer de l'étendue, de la déchirure et de l'état du tissu splénique. On note dans les observations des déchirures de i centimètres et même de 12 centimètres de long (•).

La rupture pourrait être sous-capsulaire d'après Barallier, celle-ci consisterait en une destruction du tissu splénique par un foyer hémorragique, avec intégrité de la capsule épaissie; on doit tout au plus, au point de vue pathogénique, considérer de pareils cas comme un premier stade pouvant conduire à

(') ZiEMBicKi, Soc. anat., 1872 : Un charretier est renversé par une grosse voiture qui lui passe sur le corps el lui fracture sept côtes; il meurt quatorze heures après. On trouve à l'autopsie une vaste déchirure du foie, des reins et de la rate qui était réduite en bouillie. — \o\. aussi H.WAGE, Soc. anat., 1880.

(-) C.WBEL, Gazette des kôp., 18i0.

(5) SoTis, Gaz. méd., 18i0.

(*) Verger, Gaz. méd., 1845.

(^) C'est là une circonstance intéressante au puini de vue médico-légal. — Voy. Corhe. cité plus haut.

C") E. CoLLi>f, Mém. de méd., rhir. et pharm. milif., I^m.

(•) Cité par Meunier. — Voy. également B.\RALLiEn, Lor. cit., et Corre, Arrh. de ranthmjt. criminelle, 1889.

(*) Mayer, Barallier, Arch. de méd., 1888. — Goubaux cite l'exemple d'un cheval, dans lefjuel on trouva 18 litres de sang dans la cavité abdominale.

('•') La déchirure aflecle dilïérenles directions et différents sièges; on l'a observée sur la face externe, sur la partie antérieure, le long delà scissure, et sur la face interne, etc.; elle est tantôt longitudinale, tantôt transversale.

IQUÉKUJ

la déchirure complète, mais ce ne sont pas là de véritables ruptures. J'omets à dessein d'insister sur les altérations spéciales de la rate dans le paludisme, la fièvre typhoïde, etc.; je dois seulement mentionner la réaction du péritoine vis-à-vis du liquide épanché; cette réaction sera évidemment dans un rapport direct avec le degré et la nature de l'infection splénique. Dans un cas ('), on trouva dans l'abdomen du sang mélangé à du pus; la rate qui s'était rompue renfermait à son extrémité supérieure un abcès du volume du poing.

Symptômes et diagnostic. — On décrit, au point de vue symptomatique, une forme suraiguë et une forme aiguë à la rupture de la rate (-) : dans la première, la mort est foudroyante, le malade pâlit subitement et succombe sans avoir eu parfois le temps ou la force de pousser un cri; chez d'autres, la vie se prolonge quelques heures; ainsi le malade du docteur Cayrel (^), qui s'était rompu la rate dans une chute sur la poitrine et sur le ventre, ne mourut que deux heures après l'accident.

Dans la forme aiguë, la survie peut se compter par jours et permettre au médecin appelé de se poser la question du diagnostic et de l'indication thérapeutique. Un malade de Barallier fait une chute le 14 janvier et ne succombe que le 26, la rupture était, il est vrai, sous-capsulaire; mais, dans le cas de Chaumel (*), la rupture était bien complète et la survie fut de douze jours; le malade se trouvait dans un état satisfaisant, avait prétendu quitter l'hôpital, et c'est en franchissant le seuil qu'il s'affaissa tout d'un coup dans une syncope {^). Dans cette forme prolongée des ruptures de la rate, aux signes d'hémorragie interne du début succèdent les symptômes d'une splénite et d'une périsplénite plus ou moins intenses; le flanc et l'hypocondre gauche sont le siège d'une vive douleur irradiée ou non, la respiration est gênée, le pouls est petit; la réaction du péritoine se traduit par de la fièvre, l'altération du faciès, des nausées, des vomissements, du ballonnement du ventre, etc. Barallier insiste en outre sur la teinte ecchymotique, localisée à l'abdomen et à la région lombaire. Malgré tout, le diagnostic restera généralement incertain; E. Collin avoue n'avoir jamais pu que le soupçonner et Besnier fait judicieusement observer que ce qu'il est permis de reconnaître, c'est moins la rupture de la rate elle-même que les lésions spontanées ou traumatiques qui précèdent cette rupture. On devra néanmoins y songer lorsque, chez un paludéen à rate grosse, on aura assisté à la succession des phénomènes dont nous avons présenté plus haut l'esquisse.

Le pronostic est donc d'une gravité exceptionnelle. En regard de loi cas réunis par Vincent et tous terminés par la morl, cet auteur ne trouve que 5 cas de guérison appartenant à d'Arcy Poover, Gunther, ^Mïiller, Descout, Vincent. Un sixième de Kernig est douteux. Mais il est probable qu'un certain nombre de cas légers passent inaperçus ; Vincent démontre en efïet que les ruptures superficielles sont susceptibles de guérison et d'hémostase spontanée.

En présence de cas aussi graves, que la péritonite ait fait ou non son appari-

('-) Cité par Mayer.

(-) Meunier.

(^) Gazette des hôpitaux, 1810.

('') Cité par Meunier.

(•''') Déchirure de 4 ou 5 centimètre-; péritonite partielle.

lion, nous pensons qu'un chirurgien serait autorisé à obéir aux indications générales de la chirurgie, c'est-à-dire à faire l'hémostase et l'antisepsie du foyer de l'upture. Je crois donc que Mayer a raison de ranger les ruptures de la rate au nombre des indications de la splénectomie, tout en ne m'illusionnant en aucune manière sur la fréquence des cas où l'on pourra mettre à profit cette opération (').

A l'heure actuelle, nous relevons déjà quelques tentatives opératoires. Laissant de côté la compression directe par un tamponnement à la gaze iodoformée: la suture des lèvres de la plaie essayée sans succès par Vincent pour remédier à une déchirure de la rate provoquée an cours d'une laparotomie (suture qui échouera presque constamment si la rate n'est pas sclérosée par suite de la friabilité du tissu splénique normal); la ligature des vaisseaux spléniques; la cautérisation au thermocautère (procédés qui ne trouveront leur application que dans les ruptures superficielles) : c'est à la splénectomie qu'il faut en arriver. Cette opération dont Adelmann, dont Vincent après lui, n'avaient relevé aucune observation, vient d'être exécutée trois fois par deux chirurgiens, avec trois succès opératoires : Pitt et Ballance (^), en 1896, chez un enfant de 10 ans, puis chez une femme de 25 ans, une troisième fois chez un homme de 50 ans. ont enlevé, avec une énorme quantité de caillots, la raterupturée. Il est à noter que dans ces trois cas on signale dans les suites l'hypertrophie des ganglions du cou, de l'aine, de l'aisselle chez l'un; des troubles généraux momentanés chez l'autre; des troubles généraux pendant trois mois chez le dernier. Enfin l'on peut être appelé, lorsque l'hémostase s'est faite spontanément, à pratiquer secondairement une laparotomie purement évacuatrice pour enlever le sang épanché dans le péritoine, ainsi que l'a fait avec succès Vincent.

Consultez : LieffPxIng, Thèse de Paris, 1893-189i. (Tlièse riche en faits.) — Darfeuille. Thèse de Paris, 1894. — Bureau, La torsion du pédicule dans l'ectopie de la rate. Thèse de Paris, 1895-1890. — Hartmann, Congrès français de chirurgie, 1893-189i. — Du même, Bull, de la Soc. de chir., 1895. — Pilliet, Bull, de la Soc. de biol.. 1895. — Hartmann et \ aouez, Bull, de la Soc. de biol., 1897. — Rydigier, Arch. f. Min. Chir., 1895. — Zykow, Vratch., 7 sept. 1895, et Sem. méd., 1895. — Plucker, Centralblalt fiir Chir., 1895. — Petzorno, Biforma Medica, 27 juin 1890. — Giordano, Biforma Médira, 1896. — Kower. Wiener klin. Woch., 2i oct. 1895. — Heydenreicii, Semaine méd., fév. 1890.

Historique. — II est peu de chapitres de la chirurgie abdominale qui aient pris aussi brusquement un pareil développement. Il suffira, pour s'en convaincre, de rappeler que notre première statistique de 1892, qui comptait quelques rares cas opérés, se trouve actuellement élevée à 50 observations, et cela dans l'espace de quatre ans. Longtemps cette affection fut considérée comme une curiosité anatomo-pathologique; on en comptait encore les rares exemples de Riolan (1(372), (le Morgagni, de Ruysch, de Home, de Gruveilhier, de Kurns, de Roki-

(i) Adelmann ne signale dans ses tables, portant sur 54 observations, aucun cas de splcnectomie pour rupture.

(2) Pitt et Ballance, The Lancet, 22 fév. 1896.

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9o0 AFFECTIONS CHIRURGICALES DE LA RATE.

lansky, etc., tous réunis par Kuchenmeister en ISOi, lorsque la rate mobile fit son entrée dans la chirurgie, grâce aux accidents qu'elle détermina, occlusion intestinale, péritonisme, pour lesquels on intervint.

Sans doute, le premier succès opératoire appartient à Paccarello en 1549, selon Fioravanti, mais c'est en réalité avec Martin (1877), avec Gzerny, A. Savona (1878), Albert (1885) que commence la période chirurgicale. A partir de 1886, les opérations se multiplient assez rapidement et, en 1895, Dandolo comptait 17 splénectomies pour rate déplacée. Plus récemment, on a étudié les complications qui résultent de la torsion du pédicule. Hartmann chez nous et à diverses reprises insista sur celte complication si importante, dont la thèse de Bureau cite 20 exemples. Les lésions de la rate mobile ont fait l'objet d'une étude de Pilliet. Les modifications du sang, consécutives à la splénectomie pour eclopie de la rate, ont été recherchées par Vaquez. Enfin, à l'heure actuelle, un mouvement apparaît sous l'impulsion de Rydigier. de PUicker, etc., qui tend à substituer la splénopexie à la splénectomie.

Sous le terme de déplacement de la rate on peut comprendre les ectopies congénitales, mais celles-ci n'intéressent pas le chirurgien, et les ectopies acquises qui seules seront en vue dans ce qui va suivre. Ces ectopies acquises sont couramment appelées rate mobile, bien que la mobilité de l'organe ne soit souvent que temporaire et fasse place à l'enclavement ; les expressions de rate voyageuse, de Wandermilz, de rate migrante, milza migrante, n'indiquent pas non plus la fixation secondaire que provoque si souvent un processus de péritonite adhésive.

Étiologie et pathogénie. — Cette question est encore à l'étude. Parmi les causes prédisposantes générales, il n'y a d'établi que l'influence incontestable du sexe. C'est à peine si l'on relève chez l'homme une dizaine de cas de cette afteclion; toujours il s'agit de femmes, femmes de dix-huit à quarante ans; c'est-àdire à l'âge de la vie sexuelle. Parfois la malade y semble congénitalement prédisposée lorsque tous les tissus fibreux de l'économie elles appareils de suspension sont insuiTisants à leur tâche. C'est la ptôse généralisée, la plose splénique associée à l'entéroptose, à la néphroptose, etc.; mais déjà ces faits cessent de ressortir à la chirurgie opératoire.

Localement, on a invoqué comme cause l'insuffisance des moyens de fixité de l'organe d'une part, l'augmentation de volume et de poids du viscère d'autre part. Et de fait, la très grande majorité des rates déplacées sont hypertrophiées, qu'il s'agisse d'ailleurs de mégalosplénie essentielle ou plus souvent d'hypertrophie malarique. Kuchenmeister a insisté particulièrement sur la grossesse.

Quant à la cause déterminante, elle nous échappe encore le plus souvent. On parle de déplacement de force : c'est la luxation de la rate que provoque subitement un effort, une chute, un traumatisme. Le déplacement de faiblesse, qui est de beaucoup le plus fréquent, est celui qui s'installe insidieusement et passe souvent méconnu jusqu'au jour des complications.

Anatomie pathologique. — La rate déplacée est ordinairement augmentée de volume et celte hypertrophie peut être antérieure ou consécutive au déplacement. A cet égard, les cas les plus remarquables sont ceux de Ruysch (i livres), de Morgagni (5 livres), de Home (5 à G livres), de Casini (5 kilog. 100). La moyenne est de 000 à 900 grammes. Comme siège la rate occupe la fosse

DEPLACEMENTS DE LA RATE. iKA

iliaque gauche le plus souvent ou môme se porte à droite (cas de Manfredius, de Coomans, etc.); en bas elle descend parfois dans le petit bassin où on la confond facilement avec un fibrome (Riclielot). Là, elle habite le cul-dc-sac recto-vésical (Malacarne), l'espace vésico-utérin (Klein), s'applique contre l'utérus ou môme s'égare dans une hernie inguinale. Mol)ile au début, elle devient fixe bientôt par les adhérences qui ne manquent pas de s'organiser autour d'elle pour peu qu'il y ait des poussées de périsplénite. Ses connexions se font avec le péritoine pariétal, l'intestin, l'utérus et les organes pelviens, par l'intermédiaire d'adhérences filamenteuses ou fasciculées, en nappe ou en éventail, si souvent consignées dans les observations et qu'il faut laborieusement détruire dans l'extirpation ; adhérences molles ou dures ou crétacées selon leur ancienneté. Le pédicule, que la rate étire derrière elle lorsqu'elle quitte sa loge, est l'objet d'une grande attention de la part de l'opérateur. Extrêmement variable dans ses dimensions, dans son épaisseur et sa longueur, il renferme dans l'intérieur des ligaments gastro-splénique et pancréato-splénique, qui lui forment enveloppe, soit de petites rates supplémentaires (fait exceptionnel), soit plus souvent la queue du pancréas (cas de Helm,deKlob, deRunge), sur laquelle on a dû parfois faire porter la section, pancréatotomie par nécessité ; enfin constamment des vaisseaux anormalement développés. Ainsi l'artère splénique atteint le volume du pouce, la veine celui d'une anse grêle (Lawrason), c'est-à-dire que la ligature du pédicule peut être malaisée et réclame grand soin. C'est pourquoi la ligature fasciculée, plus sûre que la ligature en masse, tend à prévaloir. I\Iais la particularité la plus frappante du pédicule, c'est sa torsion, d'où résulte pour la rate des lésions secondaires, œdème, infarctus, thrombose, lésions régressives, dégénérescence graisseuse, etc. Le sens de la rotation est indifférent: le nombre de tours de spire atteint !2 tours 1/2 (Korte), 5 tours (Babesiu et Blaud Sutton). La torsion a souvent déterminé la thrombose des vaisseaux (Kôrte, Hartmann) et l'oblitération porte soit sur les veines seules (Gersuny), soit sur les artères (Quinqucrez), soit sur les deux. La rate elle-même, indépendamment de lésions primitives de nature malarique en général, devient turgescente et congestionnée, parsemée d'infarctus hémorragiques; finalement, elle subit la transformation scléreuse et la dégénérescence graisseuse. Si elle est simplement congestionnée, elle est susceptible de diminuer notablement de volume dès qu'elle reprend un siège normal. Autour d'elle, de la péritonite adhésive se môle ou non àdelascite (Albert, Gersuny), ascite que l'examen bactériologique a démontrée stérile dans le cas de Hartmann.

Histologiquement, Pilliet a trouvé des lésions analogues dans l'ectopie sans torsion ou avec torsion du pédicule. Elles consistent en atrophie des corpuscules de Malpighi, en transformation scléreuse de la pulpe, en dégénérescence graisseuse avec thromboses vasculaires, endartérite généralisée et foyers hémorragiques. Cet auteur rapproche ces altérations de celles qu'on observe dans l'athérome de l'artère splénique, d'où analogie avec la rate sénile. De ces lésions découlerait l'absence de troubles à la suite de la splénectomie. Toutefois, on ne peut arguer de cette constatation en faveur de la splénectomie comparée à la splénopexie, car, dans certains cas, on a vu la rate, notablement hypertrophiée, reprendre ses dimensions premières el les lésions rétrocéder partiellement une fois l'organe remis en son siège normal.

Symptômes et diagnostic. — Un certain nombre de déplacements de la rate

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affectent une forme latente ; beaucoup demandent à être recherchés attentivement pour être découverts. Les cas ne sont pas rares où le premier symptôme consiste dans une attaque d'occlusion intestinale. Plus souvent l'affection se traduit par un ensemble de symptômes assez nettement accusés. Ce sont des douleurs variant en intensité, depuis la simple gêne, avec sensation de tiraillement et de déplacement, jusqu'à des souffrances intolérables. Il n'est pas toujours possible de reconnaître à ces douleurs une prédominance dans le flanc gauche et les irradiations se font souvent fort loin. Ailleurs, ce sont les troubles digestifs, vomissements, constipation, qui dominent, ou bien encore la note dominante consiste dans des troubles nerveux, hystérie, hypocondrie, excitation mentale. Enfin la scène devient parfois plus alarmante : la pâleur de la face, la petitesse du pouls, le météorisme, le hoquet, les vomissements porracés, de violentes douleurs abdominales, de la constipation constituent un cortège qui relève de la péritonite ou seulement du péritonisme. La compression mécanique de l'estomac ou de l'intestin, tout particulièrement les tiraillements du plexus solaire, sont des facteurs importants à mettre en cause; aussi l'amélioration ne tarde pas à s'accuser sous l'influence du seul repos dans le décubitus dorsal, alors que la fatigue, la marche amènent une exagération de tous ces troubles. Dans le cas de Blaud Sutton, dans celui de Glascow par exemple, la malade cessait de souffrir dès que la tumeur était réduite. Suivant la prédominance de tel ou tel symptôme, on pourrait décrire une forme douloureuse, une dyspeptique ou digestive, une nerveuse, formes qui ont comme point commun de mener à la cachexie. Mais il n'y a dans tout cet ensemble rien de bien tranché et en particulier les signes se présentent identiques dans le rein mobile. Seuls les signes physiques pourront quelquefois, et avant la période de fixation adhésive, mettre sur la voie et diriger l'attention vers la rate. On trouvera une tumeur réductible dans Vhypocondre gauche, ayant la forme allongée et arrondie de la rate et bordée d'incisures sur son bord antérieur. Besnier conseillait de rechercher une diminution de volume sous l'influence du froid, de Télectricité, du sulfate de quinine.

On soupçonnera" la torsion du pédicule si les accidents revêtent une allure intermittente et paroxystique, si chaque poussée coïncide avec une exagération de volume de la tumeur, mais seule l'intervention donnera sur ce point les renseignements exacts.

On conçoit que la confusion ait pu être faite avec toutes les tumeurs de l'abdomen, surtout celles du plancher et de la paroi postérieure de l'abdomen. Le rein flottant, notamment, est fort difficile à distinguer de la rate mobile; aussi faudra-t-il explorer avec soin la région lombaire et rechercher le ballottement rénal suivant les minutieux et utiles préceptes que nous a donnés Guyon. Le pronostic est toujours à réserver, vu les complications graves qui peuvent survenir : torsion du pédicule, occlusion intestinale.

Traitement. — Certains déplacements de la rate ne sont pas justiciables d'un traitement sanglant, en particulier ceux qui s'associent à des ptôses généralisées. Dans certains cas, par exemple, on peut recourir avec fruit au port d'un bandage approprié; ainsi une malade de Hartmann a bénéficié de ce simple traitement. Pour peu, cependant, qu'une rate déplacée ne puisse être contenue par les bandages, pour peu qu'elle s'accompagne de quelque accident de nature à faire craindre une des complications envisagées plus haut, ou même une complication moins soudaine et moins immédiatement menaçante, telle que l'inanition et la

cachexie, il y a lieu de s'adressera la chirurgie opératoire. L'opération employée jusqu'ici, et considérée encore presque partout comme l'opération de choix, est \-A>^[)lénectomie. Cette opération a fait ses preuves, en efTet, et dans notre tableau 50 splénectomies n'ont donné que 5 morts immédiates. Elle rallie d'autant plus les suffrages que, contrairement à la rate non déplacée, al rate mobile se pédiculise et du fait de sa migration se laisse souvent extraire plus facilement que la rate en situation normale au fond de l'hypocondre gauche. D'autre part, on a fait valoir, en faveur de l'extirpation, cette considération que la valeur fonctionnelle de l'organe enlevé est notablement restreinte. Enfin on a mis en avant que les tentatives de réintégration de l'organe splénique dans sa loge échouent, ce qui tient à la difficulté de passer des fds dans ce parenchyme friable. Peut-être est-on allé trop loin dans cette manière de voir. Sur un organe sain, disions-nous en 1892, nous serions tentés de pratiquer une splénopexie. C'est qu'en effet on trouvera dans notre relevé des extirpations de rate peu ou pas altérées et pour celles-là, au moins, il eût été plus rationnel, sinon plus facile, de remettre l'organe en place avant d'en venir à l'exérèse. D'autre part, on a vu la rate peu altérée reprendre ses dimensions normales lorsqu'elle était réintégrée à sa place. En réalité, aujourd'hui, la splénopexie se pose franchement en parallèle avec la splénectomie pour un certain nombre de cas, et si la fixation n'a pas été plus souvent mise en pratique, c'est qu'il paraissait peu commode de placer des fils dans le tissu friable de la rate pour la remettre au fond de sa cavité, sous la coupole diaphragmatique. Or, nous avons maintenant des procédés qui répondent à ce desideratum. Si les o premières tentatives de splénopexie ont été suivies de 5 échecs (Glascow, 1890, Jaboulay, Blaud Sutton), c'est parce que, aussi, dans ces cas on se borna à remettre l'organe en place sans le fixer. La première et bonne fixation appartient à Rydigier (1895). Ce chirurgien ramena la rate à sa place, puis forma une poche au niveau des 9% 10" et ll'^ côtes, en décollant par en bas, après section transversale, le péritoine pariétal, puis il arrêta le fond de cette poche par quelques points de suture. Dans cette poche il plaça ensuite la rate, enfin il fixa le bord de la poche à l'épiploon gastrosplénique. Au besoin il conseille de faire une deuxième poche en sens inverse de la précédente pour loger l'extrémité supérieure de la rate. Trois mois après cette opération, le résultat s'était maintenu. Bardenheuer, cité par PHïcker, fit une laparotomie latérale gauche sur la ligne axillaire allant de la crête iliaque au rebord costal, puis une incision perpendiculaire à celle-ci fut menée à l'extrémité supérieure de la première. Dans le fond de ces incisions, le péritoine pariétal fut décollé, puis ouvert sur une longueur juste suffisante pour laisser passer la rate, qui fut amenée à l'extérieur; suture du péritoine pariétal, dont l'orifice fut préalablement rétréci, au hile de la rate; accrochcment de l'organe par un fil à la 10^ côte ; fermeture des différents plans au-dessus delà rate devenue ainsi extra-péritonéale. Expérimentalement. Zykowatenté d'emprisonner la rate dans un réseau de catgut. En résumé, la splénopexie n'a été faite encore qu'un petit nombre de fois par Rydigier (1895), Kower ("2 fois), Bardenheuer (1895), Giordano (1896). M. Tuffier(') a rappelé que, en 1882, dans un cas de rein flottant, il eut aussi l'occasion de fixer la rate. Dans tous ces cas, l'opération fut couronnée de succès. Donc la splénopexie mérite d'être conseillée.

(') Tl'i-fier, Congrès français de chirurgie, 1895.

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