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II. — CHOIX, APPLICATION ET PORT DES BANDAGES

On ne doit pas laisser au bandagiste le soin de désig-ner le bandage qui convient à une heniie déterminée ; le médecin lui-même doit, autant que possible, spécifier non seulement l'espèce d'appareil correspondant à la variété de hernie, mais la forme, les dimensions, la situation exacte de la pelote, la force du ressort.

Le bandage étant choisi ou fabriqué sur mesure, ce qui est préférable surtout quand il s'agit de bandages français, il faut procéder à son application ; pour cela, le malade étant couché, la hernie est réduite et la ceinture du bandage est placée autour du corps au niveau où elle doit s'appliquer; on s'assure avec le doigt que la réduction est complète et que l'orifice herniaire est libre, et Ion assujettit la pelote, qu'on fixe aussitôt en y rattachant la courroie et le sous-cuisse.

On fait alors lever le sujet, on le fait tousser, faire etfort, marcher, et l'on s'assure que, pendant ces actes, la pelote reste bien à sa place et que la hernie ne s'échappe pas au-dessous d'elle. On doit répéter les mêmes essais le malade étant accroupi ; on peut même essayer de lui faire soulever de terre un fardeau les jambes étant écartées ; mais il est bien peu de bandages qui supportent victorieusement des épreuves de ce genre; il est vrai qu'il n'est pas nécessaire d'aller aussi loin pour que la contention puisse être considérée comme suffisante.

Ces essais doivent être renouvelés au bout de quelque temps pour constater ([ue le bandage ne s'est pas déformé, que le malade sait le placer comme il convient et que la hernie continue à être exactement contenue.

Le bandage ne doit être porté nuit et jour que quand on cherche à obtenir, par une contention permanente, la guérison de la hernie, ainsi qu'on peut l'espérer chez les jeunes sujets ; ou bien encore quand une circonstance particuculière, telle qu'une ali'ection de l'appareil respiratoire ou des voies urinaires expose le malade, même la nuit, à des efforts fréquents sous l'influence desquels la hernie pourrait sortir et s'étrangler. Il n'est cependant pas mauvais, dans les premiers temps d(> l'application d'un l)andage, de recommander au sujet de le porter constamment, parfois même de garder le repos au lit quelques jours, surtout (juand la hernie ressort très aisément sous le bandage : on voit assez souvent une hernie, contenue de la sorte, diminuer rapidement de volume, avoir une tendance de moins en moins grande à sortir et le traitement ultérieur n'en devient que plus facile.

Dans les conditions ordinaires, le bandage doit être appliqué le malin, avant le lever, pour n'être retiré que quand le malade se remet au lit. Des soins de propreté scrupuleux seront prescrits pour maintenir l'intégrité de la peau qu'il convient de saupoudrer d'un peu de poudre de lycopode ou de talc. Si la pres-

[P. BERGERJ

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sion de la ceinlure ou de la pelole était douloureuse ou faisait rougir la peau en un point, on interposerait entre elle et cet endroit un peu d'ouate.

On recommandera d'ailleurs à ceux qui font usage de bandages de s'abstenir le plus possible d'exercices pénibles ou d'elïorls violents. L'équitation, l'escrime, divers exercices du corps peuvent être permis h condition qu'on se soit assuré que la hernie est bien contenue quand le malade s'y livre. J'ai vu des gens atteints de hernies volumineuses qui pouvaient continuer à exercer un métier des plus fatigants, porteurs aux halles, hommes de peine, boulangers, lorsqu'ils étaient pourvus d'un bon bandage.

Les inconvénients et les dangers auxquels sont exposés ceux qui sont astreints au port d'un bandage, sont les suivants :

a. Gêne et douleurs, variables surtout suivant les dispositions individuelles; elles tiennent le plus souvent à la fabrication défectueuse de l'appareil, à la pression trop forte qu'il exerce sur un point délimité ; elles sont à craindre notamment quand on applique un bandage puissant sur une hernie partiellement irréductible; l'incommodité qui résulte de l'oc/e?//' du bandage altéré par la sueur, peut être évitée grâce à des soins de propreté.

b. Il en est de même de Vérythème, de Veczéma, des excoriations qui se montrent au niveau des points de pression; presque tous les hernieux présentent une coloration ardoisée, sorte d'érythème chronique de la peau, au niveau du point d'application de la pelote. Des applications de poudres isolantes et astringentes, à base d'oxyde de zinc ou de bismuth, rendent des services ; quand ces inconvénients sont trop prononcés, il faut retirer le bandage et conseiller au malade de garder le lit jusqu'à guérison complète de la lésion cutanée.

c. Les ulcérations peuvent se développer sous la pelote d'un bandage ; nous avons cité des cas où cette complication avait été suivie d'une péritonite herniaire mortelle; j'ai plusieurs fois observé des eschares superficielles déterminées par un bandage mal fait ; cet accident est à craindre chez les enfants ; on l'évite avec un peu de surveillance. Gosselin l'a vu se compliquer de tétanos et causer la mort.

d. Contusion, inflammation de la hernie ou des orgaties connexes. — Pott (*) rapporte un cas où le froissement produit par un bandage avait déterminé une épiploïte terminée par gangrène ; Scarpa, dans les mêmes conditions, trouva une anse intestinale ecchymosée et plus de o livres de sérosité dans le sac. La pression du bandage peut aussi déterminer une hématocèle du sac herniaire. Mais ce sont surtout les organes voisins de la hernie qui sont exposés aux chocs produits par le bandage dans un mouvement violent ; le testicule, le cordon spermatique, les ganglions de l'aine sont parfois le siège d'inflammations qui doivent être rapportées à cette cause.

A ce propos, nous ne pouvons que mentionner les obstacles, souvent invincibles, que diverses lésions du voisinage, adénites et engorgements ganglionnaires, abcès chauds ou froids, varices, peuvent apporter à la bonne contention des hernies.

e. Il n'est pas rare, lorsqu'une hernie est depuis peu de temps bien contenue, de voir une autre hernie présenter un développement ou un accroissement lapide chez le même sujet; le fait s'observe fréquemment chez les adultes ou les vieillards qui sont atteints de hernies de faiblesse.

(') P. Pott, Clnnirgiral Worics, 1808, p. 146, obs. I, II et III. (*) Sr.ARPA, toc. rit., p. 198.

/". Enfin l'accident le plus grave, contre lequel le bandage le mieux fait et le mieux appliqué ne saurait assurer d'une manière certaine, est la sortie et Yétrangleiiienl de la hernie, étranglement d'autant plus grave que celle-ci était mieux contenue d'ordinaire. C'est cette menace permanente, au moins autant que les inconvénients inséparables du traitement palliatif par le bandage, qui a (le tous temps poussé les chirurgiens à rechercher dans une opération la cure radicale de cette infirmité.

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