‹ Traité de chirurgie (volume 3)Chapitre 5 sur 218 · EXCROISSANCE FONGUEUSE DE L OMBILIC · texte numérisé non relu

EXCROISSANCE FONGUEUSE DE L OMBILIC

Encore appelée fongus ombilical des nouveau-nés (Dugès), Vexcroissayice fongueuse de Vombilic (Nélaton) se rencontre chez les jeunes sujets dans les jours qui suivent la chute du cordon. Cette affection, qui se présente cliniquement sous un aspect unique, toujours semblable, comprend cependant deux variétés anatomiques distinctes : le granulome et Vadénome.

Historique. — Dugès est le premier qui ait fait mention du fongus ombilical des nouveau-nés (') ; P. Dubois en parlait dans ses cliniques et Nélaton leur a consacré un excellent chapitre (-).

Depuis 1860 ont paru en Angleterre des travaux ou des articles de Condée, de Cooper Forsler, Holmes; en Allemagne, un chapitre important de la pathologie des tumeurs de Virchow qui distingue : 1° le granulome. '2" une variété qu'il classe dans les nsevi.

C'est en 1877 que Kûstner décrit, à côté du granulome, une variété nouvelle, Vadénome (''), dont Kolaczek avait déjà rapporté en 1876 un examen complet et deux faits antérieurs du professeur Fischer, 1871 et 1874 (^).

Citons encore en 1879 une note de Féré sur les fongosités de l'ombilic chez les nouveau-nés (^), les articles de Johann Steiner (1880), de la Pathologie infantile de Descroizilles (1884), d'Ed. Owen (1885), et un mémoire très intéressant dû à la collaboration de Lannelongue et Fremont, publié en janvier 188-i dans es Archives de médecine (^).

Symptômes. — L'excroissance fongueuse de l'ombilic apparaît au niveau de la cicatrice ombilicale sous la forme d'une petite tumeur rouge, à surface lisse ou mamelonnée, saignant assez facilement, pédiculée, présentant le volume et l'aspect d'une petite fraise.

Elle est ordinairement entourée d'une sorte de rougeur eczémateuse humide, qui occupe toute la cicatrice ombilicale.

Les guérisons spontanées paraissent rares.

Il faut donc intervenir, soit en excisant et cautérisant au thermo-cautère, soit en liant la tumeur à sa base.

(') Art. O.MBiLic du Dict. de méd. en 15 vol., 1834, t. XII. p. 159.

(-) Traité de pathologie externe, 1857.

(^) Virchoiifs Arcliiv, 1877.

(*) Arch. fur klin. Chir., t. XVIII, 1875, p. 540.

(^) Bull, de la Soc. anal., séance du 25 août 1879.

(«) Consultez également un mémoire de Chandelux. Arch. de physiol., 1881.

Anatomie pathologique. — Des deux variétés anatomiqucs indiquées plus haut, l'une est plus fréquente, c'est le granulome de Vircliow; l'autre est plus rare, Vadénome.

Le granulome n'est pas autre chose qu'une sorte de bourgeon charnu volumineux. On y trouve au centre des cellules fusiformes, à la périphérie des cellules plus arrondies ; il n'y a généralement pas d'épiderme ; les vaisseaux sont fins et nombreux.

h'adénoriic, comme nous l'avons dit plus haut, avait été entrevu avant Kùstner par Kolaczek, qui l'avait décrit comme une sorte de tératome intestinal divertie ulaire.

La thèse de Villar en renferme 1 1 observations.

Ces tumeurs sont constituées par une couche de cellules intestinales sans plateau, de grosses glandes tubuleuses, et au centre des fibres musculaires lisses et des vaisseaux.

Il est probable que ces petits tératomes se développent aux dépens des restes du conduit omphalo-mésentérique.

Peut-être faut-il, avec Villar, en rapprocher un cas d'adénome stomacal rapporté par Tilmanns (').

FiG. 6. — Adénome intestinal. (D'après Villar.) 1, glandes en tube. — 2, flbres musculaires lisses. — 5, follicule clos.

Les tumeurs malignes de l'ombilic sont plus fréquentes que les tumeurs bénignes; pour 10 cas de tumeurs bénignes, Villar a relevé dans sa thèse 25 cas de cancer primitif et 18 cas de cancer secondaire. La prolifération des cellules épithéliales englobées dans la cicatrice ombilicale, et l'irritation de la région ont été mises en avant par Waldeyer et Blum comme causes de cette fréquence relative.

Les cancers, de Vomh'ûie sont primitifs ou secondaires. On les observe surtout chez les adultes de quarante à soixante-dix ans.

Les cancers primitifs ne sont autre chose que de véritables épithélioma de la cicatrice ombilicale. Les anciennes observations intitulées cancers colloïdes, cancers encéphaloïdes, doivent être laissées de côté. Ces cancers se présentent

(*) Deutsclie Zeitsclirift fiir Cliirurgie, 1885, Bd. XMII, Heft i et ii.

[P. MICHAVX.-i

SOUS l'aspect crime plaque rougeàlre indurée, parfois enveloppée d'un bourrelet de peau saine et se prolongeant plus ou moins dans la profondeur. L'absence d'engorgement ganglionnaire mérite d'être notée.

Le cancer secondaire de Vombllk est tout différent. — Pendant que j'avais l'honneur d'être l'interne de Damaschino, j'ai observé deux tumeurs de ce genre; les observations en sont rapportées dans la thèse de Villar avec un certain nombre d'autres faits de Virchow, d'Heilly, etc.... : la tumeur ombilicale n'est plus alors que la continuation, l'expansion d'une tumeur cancéreuse de l'intestin, de l'estomac ou de l'épiploon; elle fait corps avec elle; parfois cependant elle n'est reliée que par quelques tract us blanchâtres suivant les vaisseaux du ligament suspenseur du foie (Damaschino, P. Michaux).

Ces tumeurs secondaires ne sont que très rarement opérables; il n'en est pas de même des tumeurs primitives, lorsqu'on est consulté à temps.

Une ablation large suivie de suture analogue à une suture de laparotomie peut dans ce cas donner de bons résultats.

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