‹ Traité de chirurgie (volume 4)Chapitre 115 sur 162 · TROUBLES DE LA SENSIBILITE GENERALE ET SPECIALE · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA SENSIBILITE GENERALE ET SPECIALE

Lucas Championnière (i?u//. de la Société de chirurgie, 1888, p. ol2) est intervenu lui aussi chez quatre anciens blessés de tôle, pour remédier par le trépan à des céphalalgies localisées. Les résultats obtenus sont d'autant plus brillants que les accidents sont moins anciens. « Il est bien remarquable que dans ces cas, même si l'on ne constate aucune lésion, la trépanation peut amener la disparition de tous les accidents. Ces interventions sont encore évidemment très empiriques. Il est difficile de déterminer exactement la cause de leur succès : il est probable quelles suppriment une irritation locale méningée ou qu'elles amènent une décompression (hi cerveau, un desserrement de cet organe à létroit. » (Championnière.)

L'origine de ces cépliolées est le plus souvent une contusion, avec ou sans plaie du cuir chevelu, mais leur palhogénie n'est pas encore établie et reste incertaine dans bien des cas (fait de Pcyrot, Soc. de chir., 125 avril 1890). Des névromes du cuir chevelu, des )iévriles du tronc nerveux, ont été invoqués sans preuves; l'ostéite condensante est plus probable, lorsque surtout on trouve au cours de ï intervention un épaississement de Fos (') : les nerfs de la -dure-mère, sous-jacente à l'ostéite, joueraient im certain rôle dans la production de ces crises douloureuses (Tillaux, Soc. de chir., observation de Dupuvtren). Dans certains cas, une lésion méningée ou encéphalique cause les accidents.

Duplay signale aussi des fourmillements, des engourdissements dans un ou plusieurs membres, une analgésie plus ou moins étendue, à la suite des plaies de la tête.

Avant d'entreprendre une opération, il faudra épuiser toutes les ressources médicales dirigées contre les névralgies rebelles ; s'assurer que le sujet en observation n'est pas un hystérique, dont la céphalée s'est développée à l'occasion d'un traumatisme (cas d'hystéro-traumatisme) (-). L'examen des fosses nasales, de l'œil, de l'oreille, ne sera jamais négligé.

Si la pathogénie reste obscure, si l'affection résiste à tous les moyens médicaux employés avec persévérance et discernement, on est autorisé à recourir à une intervention.

Elle peut se borner tout d'abord à l'incision des téguments jusqu'à l'os, opération autant curative qu'exploratrice. L'incision simple ou combinée avec l'excision de la cicatrice du cuir chevelu a quelquefois fait cesser les crises.

La trépanation sera la dernière ressource à tenter et on n'hésitera pas à y recourir, car cette opération a amené des guérisons inespérées. Le siège de la douleur guidera l'opérateur.

(*) V. Horsley a insisté au Congrôs do Berlin (1890) sur ces cas, ou après un Irauma sur le crâne, sans qu'une lésion organique soit constatée, il persiste une céfthalalgie. intolérable, empêchant tout travail, rebelle à tous les médicaments. ■< Je crois, dit-il. que la cause anatomi(|ue en est dans une altération de l'os. J'y insiste, parce que malgré d'assez nombreux laits publiés depuis une quinzaine d'années, je ne pense pas qu'on prèle une attention suftîsante aux cas de ce genre. Je ferai remarquer qu'ici, il n'y a souvent aucun des troubles sensitil's ou moteurs comme on en observe dans la neuresthémie traumaticpie ou l'hystéro-lraumatismo; que d'autre part l'opération ne moditie pas seulement la douleur, mais aussi l'état mental du patient.

Horsley cite à rai)pui de sa thèse, quatre observations des i)lus proJjantes que nous ne pouvons (jue signaler : dans le premier fait, il trouva comme lésion, le crâne érodé par un corpuscule de Pacchioni.

(*) P. Berbez, De rhystéro-lrauinalisine. Revue générale in (l<iz. des lnJ])., 0 avril 1887, et Thèse de Paris.

556 ACOIOENTS CONSÉCUTIFS AUX LÉSIONS TRAUMATIQUES DU CRANE. B. — TROUBLES DES ORGANES DES SENS

A. TuOlBLES DE LV VISION DANS LES PLAIES DE LA TÈTE. — « Ils résulteilt de

lésions soit du cerveau, soit de la portion intra-crûnienne des nerfs optiques. Dans la pratique môme, ces lésions, en l'absence de désordres cérébraux immédiatement mortels, surviennent par suite de l'action directe d'un projectile sur l'écorce des lobes occipitaux, exceptionnellement sur le chiasma et les parties voisines des bandelettes ou des nerfs optiques. Ces derniers organes seront plus souvent comprimés par un épancbement de sang à leur base, ou intéressés par une méningite basilaire, et c'est là le mécanisme habituel de production des troubles visuels qui nous occupent. Quant aux autres parties des voies optiques (racine des bandelettes optiques, corps genouillés externe, pulvinar, tubercules quadrijumeaux antérieurs, expansions cérébrales optiques), elles participent à des lésions cérébrales, dont les manifestations symptomatiques masquent souvent leur existence.

Ces désordres de l'appareil optique, dans sa portion intra-crànienne, retentissent sur l'œil, et s'y traduisent à la longue, d'ordinaire par la venue d'une atrophie papillaire, indice de la dégénération centrifuge du nerf, atteint dans son centre d'origine ou dans ses racines. Mais d'emblée, dès que les symptômes cérébraux provoqués par le traumatisme permettent l'examen subjectif de l'acuité visuelle du blessé, on constate soit une hémianopie, soit une aml)lyopie, parfois même une amaurose.

Vhémianopie homonyme résulte d'une lésion du lobe occipital ou de la bandelette optique du côté opposé à la lacune du champ visuel. Pratiquement il est possible dans certains cas, au moins, de préciser la partie atteinte, abstraction faite des données fournies par le siège même de la blessure. L'héinianopie due à la lésion de l'hémisphère n'est pas absolument typique; elle consiste plutôt en des scotomes symétriques où existe encore un certain degré de vision; de plus la pupille a conservé ses réactions. Dans l'hémianopie liée à l'altération d'une bandelette optique, le trouble visuel est typiipie et complet; de plus la lésion a coupé la voie du réflexe pupillaire, en sui)primant la communication de l'œil avec le tubercule quadrijumeau antérieur; la mydriase persiste complète. En outre, l'atrophie de la pupille est alors i)lus rapide.

En raison aussi de la participation possible des nerfs basiiaires à la lésion de la bandelette optique, on constate parfois des paralysies de ces nerfs du côté opposé à l'héniianopie, tandis (pic si le lobe occii)ilal esl allcinl, il est possible d'observer de Ihémianesthésie, ou de l'hémiplégie du côlé correspondant à la lacune du champ visuel. Comme exemple d'hémianopie homonyme typique d'origine cérél)rale, nous connaissons un cas de Kecn et Thoinj^^on. cl le rapport allemand donne deux oljservalions (Cohn-Iîerlhold), où le désordre visuel fut alliibué à une lésion du chiasma. Dans ces cas, il ne s'agissait pas d'hémianopie homonyme lypiipie, et l'on comprend qu'alors il soit difficile de préciser le siège de la lésion inira-crànienne, qui che/ l'un des blessés aurait été une fracture de la base, et chez l'autre un épanchement de sang.

En l'absence d'observations cliniques, nous nous bornerons h rapi)elcr <iu"en présence d'une hémianopie hétéronyme on devra admettre que le chiasma est

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