CONTUSIONS
qu'elle se forme à elle-môme, il est rare <jiie la ronlusion alleif^nc le second degré cl iiue le sang- se collecte de manière à former une bosse sanguine. Il y en a cepentlant des exemples. L'évolution de ces bosses sanguines ne présente rien là de particulier : tantôt elles se résorbent en quelques jours, en (pielques semaines ; tantôt elles persistent plus longtemps, deux mois dans un cas de Vclpeau('). formant des tumeurs dures, dans lesquelles la lluctualion est difficile ou impossible à sentir et qui, n'étaient les commémoratifs, pourraient dérouter le diagnostic. S'il survient quelque infection secondaire, les hématomes s'cnnamment et suppurent. Cette terminaison s'observe surtout chez les nourrices, lorsque par suite de la rupture des canaux glandulaires le lait s'est mêlé au sang.
Quant à l'organisation de ces hématomes et à leur transformation directe en tumeur, elle n"a plus qu'un intérêt historique. Personne ne l'admet aujourd'hui.
Parmi les suites éloignées de la contusion, il faut signaler les douleurs persistantes. Velpeau insiste sur ces faits. « On rencontre des femmes qui, avant reçu un coup, continuent de souffrir et de se plaindre des mois entiers après disparition de toute trace matérielle de contusion ». Ces faits s'observent surtout chez les femmes névropathes et rentrent dans l'étude des mastodynies.
Les autres suites éloignées, qu'on observe parfois après les contusions les plus légères, et aussi après les contusions chroniques, présentent beaucoup plus d'intérêt. Ce sont des phénomènes inflammatoires, à peine accentués très insidieux, très lents, tout à fait chroniques même, que Velpeau désio-ne sous le nom d'engorgement simple, d'engorgement partiel, et qui rentrent dans la classe aussi intéressante que mal connue des mastites chroniques. Tantôt il s'agit d'un coup même très peu violent, tantôt de pressions répétées, comme celles qui sont dues à un corset mal fait. Les douleurs persistent après le choc, et, au bout d'un temps variable, le malade constate l'existence d'une grosseur dans son sein. A l'examen, on trouve un ou plusieurs noyaux durs, ou l)ien un gâteau aplati, une plaque résistante, et cela plusieurs mois, plus dune année même, après le traumatisme. On pourrait croire à une tumeur, et cependant il suffit de la compression pour que tout disparaisse. Je signale ici ces faits, j'y reviendrai en étudiant les mastites chroniques.
A côté des ecchymoses traumatiques, on observe aussi dans le sein des ecchymoses spontanées.
Ecclii/moses spontanées. — Ces ecchymoses surviennent, comme leur nom l'indique, sans aucune cause traumatique appréciable. Elles sont rares, exceptionnelles, et des chirurgiens expérimentés ont pu fournir une longue carrière sans en rencontrer. Ceci n'est pas pour mettre en doute leur existence, elles ont été trop bien décrites par Cooper (-) pour que personne ait le droit de les nier.
Velpeau dit en avoir vu et les compare aux ecchymoses sous-conjonclivales mais il n'en cite qu'une observation explicite.
D'après Cooper, « elle survient ordinairement chez des jeunes filles, qui sont
(•) Velpe.\u, Loc. cit., p. 204.
(-) CooPEP, Œuvres chirurgicales. Traduites par Chassaignac et Richelol. Paris. 1837 p. 555. ' '
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dans la plui)arl, des cas au-dessous de vingt-deux ans ». Velpeau les croit plus fréquenles « vers l'âge de retour, chez les femmes à menstruation pénible ou irrégulière ».
C'est au moment des règles qu'elles apparaissent, et elles peuvent se reproduire à plusieurs menstruations successives. Leur apparition se fait suivant deux modes très dilTérents. Tantôt elle est précédée de vives douleurs dans la mamelle avec irradiation dans le bras. Il en était ainsi dans les cas que Cooper a observés, ce qui l'a conduit à considérer ces ecchymoses comme une sorte de complication de la névralgie de la mamelle. Le sein se gonfle, se tend, et la tache sanguine apparaît un peu avant ou au moment môme des règles. Tantôt recchymose se produit d'une manière tout à fait indolente, et c'est par hasard qu'on la remarque. Ainsi, dans le cas de Deville rapporté par Velpeau, la femme n'avait ressenti aucune douleur. « Sa poitrine ayant été découverte par hasard, on aperçut une ecchymose d'un jaune verdâtre à la partie supérieure et interne du sein gauche. »
La production des ecchymoses spontanées est toujours en relation directe avec la menstruation. Mais tantôt les règles apparaissent et la rupture vasculaire qui amène rinfiltration du sang paraît n'être qu'une simple exagération du travail congestif qui se produit dans les seins de beaucoup de femmes à cette époque, tantôt au contraire les règles n'avaient pas encore paru, ou bien encore elles venaient de s'arrêter brusquement lorsque l'ecchymose s'est développée. Il semble alors qu'il s'agisse d'une sorte de menstruation vicariante. Le mécanisme de ces poussées congestives qui se produisent dans les seins en rapport avec la menstruation normale ou troublée est tout à fait inconnu ; on ne sait pas davantage comment elles peuvent entraîner des ruptures vasculaires.
La tache ecchymolique apparaît en un point quelconque de la mamelle. Souvent autour d'une tache plus largement développée et plus sombre on en trouve d'autres plus petites, moins prononcées. Leur couleur est plus ou moins sombre, rappelant « l'ecchymose qui succède à l'application des sangsues », ou bien « la tache résultant de l'extravasalion sanguine sous-cutanée qui survient quelquefois à la suite de la saignée ».
La partie ecchymosée est toujours très sensible au toucher. IMais, ainsi que je l'ai déjà dit, tantôt elle est indolente spontanément, tantôt elle s'accompagne de douleurs qui s'irradient dans le bras et jusque dans le petit doigt.
L'affection ne présente aucune gravité. Le sang infiltré dans le tissu cellulaire subit les modifications habituelles, et la tache disparaît en un temps plus ou moins long après avoir passé par diverses nuances ou colorations successives. Velpeau fait quelques réserves sur le pronostic, mais elles sont fort timides : « Il ne serait pourtant pas impossible, dit-il, que les ecchymoses devinssent le point de départ, l'origine de certaines maladies sérieuses ». Tripier (') va plus loin, et pense qu'on doit toujours porter un pronostic réservé. Il appuie son opinion sur une observation de Cooper. Cette observation, Cooper l'a bien publiée dans son petit mémoire sur l'ecchymose dusein(-),
(') Tripier, Diction, encycl. des sr. mcd., 2= série, t. IV, p. 582. (*) CooPEn, Lor. cit., p. 536, obs. 41)2.
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m.iis c'est en queUino sorte par méf^arde, car il n'y esl pas queslion d'ecchvmose, mais bien d'écoulenicnl de saut;' par le mamelon, écoulement qui fût, comme cela arrive parfois, le premier symptôme d'une tumeur. Nous pouvons dire de l'eccliymose spontanée du sein ce que Cooper en disait lui-même : 0 Celte afVection est tout à l'ait exemi)tc de daufror ».
Quant au traitement, il doit être fort simple. Les sangsues qu'on employait libéralement autrefois sont au moins inutiles. Quelques onctions calmantes, s'il y a de la douleur, un peu de compression pour favoriser la résorption du sang, et cela suffit. Mais il ne faut pas manquer de remonter à la cause du mal, d'examiner les organes génitaux ; et c'est le plus souvent de ce côté que le véritable traitement devra ôlre dirigé,