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IV. — Prophylaxie générale

Le fait que, clans les pays chauds et tempérés, les fièvres sont d’autant plus fréquentes que les localités sont plus humides et marécageuses, a conduit à l’idée logique de procéder à de grands dessèchements. Le piincipe est bon, mais il est le plus souvent au-dessus des ressources humaines. On modifie parcellairement une localité, on ne change pas un climat.

Une preuve manifeste a été l’impuissance des Romains à modifier le climat de la campagne de Rome.

Tous les travaux de canalisation, de dessèchements, de culture, de viabilité (via Appia, canal d’Auguste) etc., opérés en tous sens dans les marais Pontins, n’empêchèrent pas que, même aux temps les plus prospères, la fièvre ne fut la maladie dominante à Rome, en été surtout. Horace s excusait un jour, auprès de Mécene, de ne point l’aller voir, craignant trop de prendre la fièvre, s’il quittait Tivoli, pour traverser la plaine, pendant la saison chaude. A son époque, Rome vouait ün culte spécial à la deesse Fehris, cjui avait ses temples, ses autels et les ex-voto de ses nombreux

dévots.

Mais d’ailleurs, le fait local et accidentel, dit marécage, ne constitue qu’une infime portion de la surface des contrées où régnent les fièvres rémittentes et interminentes, de toute forme et de tout type. Les marais ne sont presque rien dans l’immense étendue des régions à fièvres. Il y a même des contrées où ils font absolument défaut. Il n’y a pas de marais dans les sables des déserts africains, où les fièvres par insolation sont tant redoutées des Arabes, qui les appellent Emma, Bakla et El-Ouram ! et contre lesquelles ils emploient le quinquina. Notre témoignage est corro

boré de celui du tebib Ben-Chaoua (U.

Enfin par contre-partie nous nous bornons à poser aux intoxicationnistes cette dernière objection : les contrées marécageuses de l’hémisphère sud, notamment celles de Taïti, des iles Marquises, de la Nouvelle-Caledonie, n’engendrent pas les fièvres d’accès. Le même fait négatif se produit dans l’Amérique du sud, notamment sur les bords de la Plala et sur la côte occidentale à Valparaiso. Ce fait inexplicable pour l’intoxicationnisle, s’explique tout naturellement par la douceur plus uniforme de ces

climats

D’autre part, les contagionnistes ont conseillé les quarantaines en lazarets, pour les individus soupçonnés dêtre contaminés de malac îes

réputées plus ou moins contagieuses.

Nous serons bref à cet égard : le dédain des Vera-Ci uziens, pai exemp e, pour toute espèce de précaution personnelle ou publique, a enai 1 voisinage, du contact, et même de la cohabitation avec les malades attein

(1) Alger, 1843-I8t5 et suiv.

CONCLUSIONS G K. N KRALES .

de fièvre jaune; le même dédain des Égyptiens, des habitants du Caire, notamment, par rapport aux pestiférés, qu’ils gardent et soignent eu famille, devraient rendre les Européens plus réservés, sur les prétendus bénéfices d’une séquestration aus^i illusoire et vaine qu’elle est onéreuse et préjudiciable, nous ne citerons pour preuve à l’appui que la rentrée de l’armée de Crimée.

Cette héroïque armée était notoirement entachée de typhus. Or elle aurait péri toute entière dans les lazarets, si on avait fait autre chose que des semblants de quarantaine, qui équivalaient, pouvons-nous dire, à l’entrée en libre pratique. On ne fit que des semblants de quarantaine, pour avoir l'air de rassurer les populations timorées du midi, mais en somme, on a procédé par un rapatriement rapide, à la dissémination d’une centaine de mille hommes, à travers la France.

Des cas de typhus ont eu lieu dans divers hôpitaux, mais la France n’a pas eu le typhus.

Mais d’ailleurs, soyons donc conséquents avec nous-mêmes : en temps de guerre, arrêterons-nous, à la frontière, les ambulances d’une armée colportant le typhus et le choléra? Ferons-nous faire quarantaine aux équipages et aux troupes de nos flottes atteintes des mêmes fléaux, ou ayant eu la fièvre rémittente bilieuse appelée fièvre jaune? Arrêterons-nous à Wr débarquement les corps de troupes appelées d’Algérie, ayant souffert de la fièvre rémittente bilieuse, laquelle est bien la congénère et la sœur et de la fièvre ictérique du Sénégal, et de la fièvre rémittente à bubons d’Egypte? Séquestrons-nous nos malades atteints de fièvres éruptives, de scarlatine et de variole, d’angine couenneuse, de fièvre typhoïde, de typhus, de choléra? Ne les traitons-nous pas et dans nos hôpitaux ordinaires et en famille? Et la science, par des scrupules exagérés, continuerait à donner la main à la peur, pour renouveler et continuer les barbaries du moyen-âge ! Allons, allons, soyons logiques, et surtout soyons humains, il en est temps ! La dissémination des malades, les soins dévoués de tous à tous, voilà la loi de philanthropie, imposée quand même à notre époque.

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