‹ Traité de correspondance commercialeChapitre 105 sur 118 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

nSTEBS, ARRAIIOBIIEIITS, FAUiXiITES.

Quand on se f ronve dans la triste nécessité de faire à ses créanciers l'aveu de son impuissance à payer ses engagements^ et qu'on est réduit i leur demander da temps ou quelque diminution sur sa dette^ il convient de prendre dans ces lettres pénibles et importantes le langage simple et naturel, sans aucune recherche de style, qui s'y trouverait déplacée, ni sans la prétention d'émouvoir ses créanciers, ce qu'on ne pourrait atteindre que bien difficilement.

Outre que le ton pathétique que les débiteurs malheureux sont naturellement disposés à prendre, approche souvent du ridicule lorsqu'il n'est pas touché avec mesure, quel espoir raisonnable peut-on avoir d'apitoyer sur son sort des gens prévenus et troublés par le premier avis d'une perte qui vient tout à coup les frapper? Atteints dans leurs intérêts essentiels, leur propre malheur, quoique relativement plus léger, les rend insensibles à celui des autres ; et la difficulté serait grande d'éveiller en eux des sentiments de commisération dans ce premier moment, où ils sont en proie à des passions toutes contraires.

Il faut donc écrire ces lettres avec naturel et simplicité, dire sans réserve les revers et les échecs qui nous ont acca*

BEYERS, AERANaSMENTS, CAHUTES. 395

blés; heureux 8i Tévidence des faits vient disculper de tout reproche d'imprudence ou d'incapacité^ et si Ton peut attribuer sa chute à l'une de ces révolutions subites, de cas crises commerciales» à ces circonstances enfin extraordinaires qu'il n'est pas donné à la prudence humaine de pré* voir ou d'éviter.

Cette pénible ouverture une fois faite, ce premier ooup porté, il convient de proposer de suite le remède et de présenter les arrangements qu'on a jugés convenables^ ùu s'appliquant à faire ressortir leur efficacité, non pas au point de vue du débiteur, qu'il faut oublier, mais dans l'intérêt seul du créancier, dont on doit se montrer uniquement préoccupé»

n est à croire qu'une lettre écrite dans ce sens, et faisant appel aux intérêts raisonnes du négociant plutôt qu'à ses sentiments de générosité ou d'indulgence, atteindra plue généralement son but, que de vaines doléances; insensible i un langage qu'on ne peut se permettre qu'avec un véritable ami, il prêtera l'oreille à des propositions utiles, il les acceptera peut-ètrei si l'on a su les lui rendre plausibles; mais, dans tous les cas, le créancier irrité se sentira retenu dans son premier mouvement et combattu dans son penchant naturel aux voies de rigueur par lès dédommagements dont on lui fait l'offre et l'espoir entrevu d'alléger promptement sa perte.

Dans tous les cas, on doit, dans ces lettres, s'exprimer dignement et avec le respect de soi-même^ sans descendre au ton humble du suppliant.

Mais, d'un autre côté, il ne faut jamais employer ce ton d'ironie ou de cynisme qui va si souvent contre son but en provoquant la rigueur du créancier, qui préfère alors au e^in de ses vrais intérêts la satisfaction de punir tant d'inconve» nance (1).

(I) Oa ea voit un €X€m{>lc Uans la dixième l6ttre,pa^ 9ii$, o% le d^Miear dfisnsÂè avec menace et revient sans ménagement sur certaines circonstances fatales aux enésnciera et '4ioat il ]»arto de profiter, si Voa n'aceepie pas rarrangement qu'il impose.

296 GOR&SSPOKBANGS GOHMSRCULtI.

LorsquHl s'agit de répondre i de semblables lettres^ un négociant ne doit jamais laisser échapper d'expressions offensantes pour son débiteur ; le droit de le poursuivre judiciairement qu'il tient de la loi ne l'autorise point à le blesser de ses injures. Ce serait d'ailleurs frapper un homme à terre et encore s'exposer à une réplique toute de représailles, de la part d'un débiteur aigri déjà par l'adversité.

Au surplus la colère et l'aolmosité ne rencontrent généralement que le blâme, et l'on doit parler avec égard au malheur. Le négociant, toujours calme, n'en surveille que mieux ses intérêts, et c'est agir avec convenance et dignité que de ménager un collègue renversé qu'on avait honoré de sa confiance et qui faillit sous le poids d'un malheur, dont, au surplus, on peut être un jour frappé soi-même.

Bien que la loi ne reconnaisse pas d'arrangements amiables, certains négociants se sont fait un système de ne pas repousser les ouvertures de cette espèce, instruits par l'expérience qu'il vaut mieux prêter appui à l'honnête homme qui chancelle que de précipiter sa chute par des poursuites actives, menant droit à Tabime de la faillite où tout va s'engloutir sous l'énormité des frais et les désastres forcés des ventes à tout prix.

Plus soucieux de leurs intérêts , ils préfèrent les réalisations sans frais et sans cet éclat qui tue non-seulement l'avenir du débiteur, mais qui porte encore atteinte au crédit du créancier; ils comprennent bien que leur perte sera moindre en laissant le débiteur réaliser lui-même un actif dont personne ne connaît mieux les^ressources et ne peut tirer un meilleur parti.

C'est sous l'empire de ces idées et sans doute aussi de la nécessité, qa'après la révolution de février, on fit fléchir la rigueur de la loi devant les circonstances de cette crise, en introduisant par un décret, dans notre législation, la liquidation judiciaire, terme moyen moins sévère et moins désastreux que la faillite. Supprimée depuis, cette innovation, par le seul fait de son apparition et de son emploi

RETEItS, ARRÀNaEMSNTS^ FAILimSS. 297

temporaire, semble donner raison à ce système d'arrangements amiables, auquel on a fait précédemment allu-* sion.

Les Anglais et les Américains poussent plus loin que nous Tesprit de résignation et de tolérance en matière de faillite ou de revers. Leurs intérêts se trouvent-ils compromis dans une chute commerciale? tout résignés, ils s^accusent euxmêmes et se reprochent seulement de s'être mépris sur la solvabilité d*un correspondant qu'ils avaient cru solide. Devenus plus prudents ils ne songent qu'à de nouvelles affaires, et loin de s'acharner contre leur débiteur en poursuites stériles, ils acceptent sans trop de difflcultés les pre« mières offres d'arrangements qui leur sont faites.

C'est un usage admis de prévenir ses correspondants des symptômes précurseurs d'une faillite, de la suspension de payement d'une maison, ou d'annoncer la catastrophe aussitôt qu'elle éclate, en désignant les maisons de commerce les plus gravement compromises et dont le crédit doit en souffrir : c'est donner à son correspondant le moyen d'éviter, s'il en est temps encore, ou du moins d'atténuer les conséquences fâcheuses de l'événement.

Lorsqu'on donne un pareil avis, on doit dire, si cela est vrai, qu'on est sans intérêt dans cette faillite; c'est la phrase consacrée, et l'on exprime le vœu qu'il en soit de même pour les amis auxquels on écrit.

Paris, le... 18..

Messieurs,

C'est avec la plus profonde affliction, qu'après vingt années d'une existence commerciale laborieuse et lionorée. Je me Tois réduit à tous faire l'aveu de mon impuissance actuelle de payer mes engagements souscrits pour la fin du mois.

J'ai pensé qu'il était dans votre intérêt de vous prévenir avant l'événement et de fixer dès aajourd'tmi votre attention sur la triste position de

S98 GOBBESrOSDAITCE COUMERGIALB.

mot ofTairet ; elle n'ett cependant pu sans remède, si, avec un courage soutenu d'une part et une généreuse confiance de l'autre^ il inlerYient, entre mes créanciers et mol, qoelqn'arrangement amtable qat, tout en sauTegardanl leurs intérèlSy me permette de me Touertout entier à l'allégement de ItMs perles*

La révolnliM qui tient d'ésialer d*ant uMiittfe û tmpfftiie et 1m crise Anandère qal l^i suirle, ont fait tomber soa e u ss l vemeot, ymm le aatea, les premières malsops de nos tilles marittmH, sur lesqaelleo J'atnls à reesiH trer des remises importantes protenaat de mes armemests^

D*un autre côté, de nombreux rembeunemeata aont tenus fondre k la fois sur moi pour des sommes si eonsidérables qu'ils me mettent dans l'impossibilité absolue» mais peut-être momentanée, de faire face à tant de désastres.

Péniblement affteté de cette démarche, ]e tiens tons prier d'assister soit par tous«même, toit par nn fondé de pontolr, à l'assemblée de mes créandcn qal a«m Uea le td de ce mois, clies Mesdeors T. et S. qui, gratement «empromls eax-mémes» me eoosertent, malgré ces dreenstanees de forée majeure, leur estime et leur amititf ; daoe cette rénnion Je fierai oonaattm toutes les ressources de mon acUf, et mjm oefitalaene, llemie«n» qne loit ce qu'il sera bumainemeat possible de fiMre pour diminuer aejoiirdiiai le pr^udice que je tais intolontaireotent tous causer, Je rafieompUral ssM réserte, atee la plus grande abnégation, trop heureux si Je puia» par ma persévérance, tous en indemniser intégralement un Jour.

Rccetez, MettieurSy l'assuranoe de mou entier dévouement,

à. LEGRAHO.

Rouen, le... 18..

Monsieur Lcgrand, à Paris.

Je ne saurais tons exprimer toute ma surprise à la lecture de votre lettre du 17 courant, qui m'apprend ce que J'étais loin de soupçonner.

Je désire que la tlte part que Je prends 4 totra malheur puisse enadoneir ramertume.

Mes lotérôts en péril ne me font pas changer d*opinlon sur totre compte, et je me hâte de tous dire qu'en perdant totre fortune tons ates eonserté mon estime.

Je tous ai toujours tenu pour im n^jgocîaat int^^ et Je fuis cootaioco

qa'un homme de votre earaelère peut bien derenir malheareux, mais jamais improbe ni ineapable.

C'est assez voas dire que Je suis twil disposé à to« Iftjasor à la tète do TOI» aifairegj gérer voUe actif pour le mieux de nos intérêts^ et croyex qv'ii ne dépendra pas de moi que dans la réunion où Je tiens k aller moi-m6me^ tous les autres créanciers ne suivent mon exemple et ne vous témoigoent^ en celte circonstance grave« la confiance dont je vous crois digne^^

Armez-vous donc de coars^e et n'oubliez pas que bien d'autres que fOus ont fléchi, qui se sont plus tard heureusement relevés.

Jo TOI» rcnoQfalle TASsoranee 4e mon «oUtié siocàre.

PÉLISSIEIt.

Dijon, le... lâ.« MMiieiir D. B., à Pftrls.

le reçois une lettre de convocation ponr assister & l'assemblée des créan« ciers de la maison A. L. de votre ville, qui se dit réduite à suspendre ses payements à la fin de ce mois, par suite de la crise actuelle. Il parait quo cette réunion a pour but de procéder à un arrangement amiable hors de la présence du tribunal.

QaolqM compromis pour om lonma najenra, je eonsials eepeodant fort peu personneUemeoi Monsieur A. L..., avec lequel Je me suis trop légère* ment engagé sur le bien qu'on m'en a dit. Je viens vous prier de me fixer eor son compte et sur les véritables causes de sa chute.

Aussitôt ces renseignements reçus, Je vous adresserai une procuration à l'effet de me représenter dans cette affaire, avec une instrucUon particulière, oi toutefois vous touIcs bien accepter le soin de mes intérêts.

Autant Je répugne à persécuter un homme honnête et naliieufeux, aussi peu je soiiiiispoié à lav«riief lescalciili dei'asUice ou f}e l'improbUé.

lleiiy m féaéral, mea prioelpes sont d'éviter l'éclat et les f raia d'une faU* Ilte, et de me montrer facile avec les débiteurs de bonne (éU

Dans Pattenle de vos reBwi|;ii€meBla» vwniei agréer mm Me» ulfcc-

tueuses salulattone.

TAVEHillEIL

800 COBBBSPOlIBÂirca gomueeciàus.

Parte, le... 18.»

M oMicor TtTirnter, à Dijon.

VoQB me priei, par la lettre que tous m'arei fait l'honnear de m'éerire le 17 courant, de flxer votre opinion aor le compte de M. A. L...» qui Yooa a fait part de la néoesaité où il te trouve de auspendre les payements et de rauembler lea eréanciers peur prendre un parti sur eet événement.

Je vala aallsfaire fc votre détir et je eoniena volontiers à voue représenter dans celte affaire qui m*est parraitemeiit connue.

Je puis vous dire avec certitude que M. L... Jouit généralement de la réputation d*bonnète homme, et qu'il a toujours dirigé, quoique Jeune, ses affaires avec sagesse, intelligence et capacité ; il passe sans contredit pour on des négociants lea plus habiles de notre place.

Sea malheurs sont exactement tels quMl vous les a dépeints, et fout le monde ici s'en trouve affligé ; il mérite donc les ménagements avee lesquels TOUS voulea qu'on traite le commerçant qui ne doit sa dlsgrftce qu'à cet événements extraordinaires qu'il n'est donné à personne d'éviter*

Les créaociers lont parfaitement disposés en sa faveur et à tout concéder pour le maintenir. Je n'ai pas besoin de vous dire que moi-même, avec l'opinion que vous me connaisses, Je signerai pour mon compte avec con« fiance son arrangement, et j'ajouterai que, pour vous. Je ferai absolument comme pour moi-même.

Agrées, Uonsieuri la non? elle anorance do notre entier dévouemenU

DAYAIW&

Montlofon^loM. 18..

Honsleor,

Tous sayes, sans doute, que J'ai en le malheur d'être dédaré en faillife^ par jugement du 8 courant, et que met eréanciera sont convoqués pour le 28 de ce mois.

J'ai rintentlon do leur faire ee Jour-là des propositions en rapport avee ma malheureuse position ; Je donnerai des garanties. Je viens donc voua prier. Monsieur, d'adresser immédiatement une procuration à une personne de votre confiance, à l'effet de prendre part à cette réunion et de signer au besoin le eoncordat que J'espère obtenir. J'ai la eonvictlon que, prenant part à mon malheur, vous ne ferei pas obstacle à ce concordat; au surplus,

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