SAVONS
Les savons sont obtenus par la combinaison des acides gras avec les bases, soude et potasse.
Il est difficile de déterminer lepoque précise de la découverte du savon. Pline attribue aux Gaulois l'honneur de sa découverte. Ils le préparaient avec des cendres et du suif et s'en servaient pour teindre les cheveux en blond. Les Romains connaissaient aussi l'art de le fabriquer, puisqu'on a découvert dans les ruines de Pompeï, un atelier complet de savonnerie avec ses différents ustensiles et des baquets remplis de savon en bon état.
La valeur antiseptique du savon a été diversement appréciée. D'après les expériences de Koch, en 1881, le savon posséderait un pouvoir antiseptique réel. Il arrêterait le développement du bacillus anthracis. Par contre Kuisl (1885), ne reconnaît aux solutions savonneuses aucune action bactéricide ; ses observations portent sur le bacille charbonneux, le bacille typhique et le vibrion du choléra. Behring en 1890 expérimente quarante variétés de savon. Il conclut que celui-ci a un réel pouvoir désinfectant, et que son efficacité, liée à la quantité d'alcali libre qu'il contient, est d'autant plus grande que son alcalinité est plus élevée. Selon lui, toute addition d'antiseptique au savon est inutile. Nyland (1893), Jolies (1898), Beyer (1896), Reithoffer (1896), reconnaissent au savon une sérieuse valeur désinfectante. Telle n'est pas l'opinion de Conradi (1902) qui refuse au savon simple toute propriété antiseptique ; d'après cet auteur les substances aromatiques, seules, incorporées au savon, augmentent son pouvoir désinfectant.
Ces résultats si divers, doivent tenir sans doute aux conditions dissemblables des expériences faites et aussi à la qualité des savons dont l'alcalinité peut être très variable.
Plus récemment, M. Rodet de Montpellier.(1905), a repris ces expériences avec le savon blanc commun, dit savon de Marseille, sans alcali libre décelable à l'analyse chimique, et conclut à la valeur antiseptique de ce produit ; il l'a expé-
rimenté sur le bacille typhique et le staphylocoque. A doses très faibles, 0,2 à 0,3 pour 1000, le savon gène le développement des cultures. Le bacille d'Eberth, qui n'est pas influencé par la solution à 3,33 pour 100, est détruit par celle à 5 pour 100, et en moins d'une minute, si elle est élevée à la température de 39°. Le staphylocoque est plus résistant et nécessite une solution à G, 66 pour 100. Celle de savon pur détruit ces deux microbes. M. Rodet a observé en outre « que l'effet des solutions savonneuses est très influencé par la température : à 35° et mieux encore à 37°, il s'est montré plus énergique qu'à 20-25° ».
De nombreuses expériences ont été faites pour tâcher de déterminer le pouvoir bactéricide des savons additionnés de substances antiseptiques. Ici encore, les opinions diffèrent. Plusieurs auteurs prétendent que les antiseptiques, tels que l'acide phénique, le lysol, l'acide salicylique, incorporés au savon, non seulement n'ajoutent rien à sa valeur, mais perdent eux-mêmes une grande partie de leur puissance. Nocht, Henle, Hueppe ont obtenu cependant des résultats satisfaisants avec les savons au crésol. Forster a constaté que des linges contaminés et trempés pendant six heures dans une solution à 10 p. 100 de ces savons, (une partie de crésol pour une partie de savon), étaient parfaitement désinfectés. Le savon à l'aniodol à 2 p. 100 est préconisé par le Dr Sedan de Marseille.
M. le professeur Rietsch, également de Marseille, a constaté (1901), que le savon additionné de formaldéhyde avait un pouvoir microbicide supérieur à celui du savon ordinaire.
En résumé, le savon peut être considéré comme un agent de désinfection qui n'est pas négligeable. Son action est, sans nul doute, variable suivant les espèces microbiennes ; mais elle paraît certaine sur les microbes peu résistants, comme celui de la fièvre typhoïde. Les savons de soude seraient un peu moins actifs que les savons de potasse.
Le lavage et le brossage des mains avec une solution savonneuse sera, à défaut d'autre antiseptique, un moyen prophylactique d'une certaine valeur pour les personnes appelées à soigner des malades atteints d'affections contagieuses.