PALPATION DES ARTÈRES
556. La palpation des artères a, relativement â ces vaisseaux, la même importance que la percussion pour le cœur. On appelle pouls (pulsus), la sensation que donnent les battemens de l'artère explorée par le toucher.
557. Les médecins , depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à r époque du diagnostic anatomique , dépourvus de la percussion et de l'auscultation ^ privés d'ailleurs d'un grand nombre de signes phy^ siologiques, avaient, à force d'observations, de patience et de temps, tiré un grand parti de ce
240 PÂLPATION DEE AUTÈrES (pOULs).
mode d'exploration. Bien qu'ils fussent encore loin de la minutie des médecins chinois, et qu'ils eussent marché dans une bien meilleure direclion que ceuxci, cependant ils étaient arrivés à des subtilités sur le pouls qui seraient à peine comprises de nos jours, des hommes graves et ^'iin grand talent, les Solano de Luques, les Fouquet, les Bordeu, riches de faits et de recherches , firent , sur la palpation des artères, des travaux que d'habiles praticiens de notre époque, tels que MM. Landré Beauvais, Double, surent largement utiliser, et qu'on lit encore avec fruit. Dans ces derniers temps, M. le docteur Ménière a fait, sur le pouls , une dissertation remarquable , mais dans laquelle il paraît ôter un peu trop d'importance à quelques-uns des signes fournis par le pouls.
558. Beaucoup de médecins praticiens, peu versés dans l'étude des moyens nouveaux de diagnostic , tirent encore de l'examen du pouls de grands avantages et y puisent des indications capitales dont il est difficile de révoquer en doute la solidité.
539. Ajoutez à ceci que les gens du monde euxmêmes attachent au pouls une grande importance; et à coup sûr, le médecin qui dans la ville sortirait d'auprès du lit d'un malade sans avoir palpé l'artère radiale, serait, aux yeux du public, considéré comme léger et inattentif.
540. 11 faut donc étudier le pouls , et le faire avec soin ; mais il est bon de se rappeler que l'examen de l'artère n'est que d'un intérêt secondaire, et, qu'en général , le diagnostic repose sur des données bien autrement positives.
PALPÂTION DES ARTERES (pOULS). 211'
541. En définithe, les inductions qu'on tire de la palpation des artères dérivent de l'une des sources suivantes :
1° De la connaissance anatoniique de ces vaisseaux; de leur siège ; de leurs rapports ; de leur structure ; de la distance où ils se trouvent du cœur; de leur volume aux divers âges; dans les sexes difFérens et dans les diverses constitutions. Aussi , pour bien étudier le pouls, il faut peut-être plutôt lire VAnatomie générale de Bichat, de Béclard, de Meckel traduite par M. Breschet , que consulter les recherches de Fouquet , Borde u , etc.
542. De l'appréciation des fonctions des artères; de leurs rapports d'action avec le cœur, les veines, les capillaires et les divers organes ; de l'élude des influences que la pesanteur, les pertes de liquides, etc., peuvent exercer sur elles. Aussi , faut-il autant méditer sur la Physiologie de Haller , de M. Magendie, étudier dans le travail étendu de M. Adelon , dans la Physiologie de MM. Richerand et Béclard , et consulter les Expériences de M. Bourdon, et peut-être les miennes sur la circulation , que méditer sur les ouvrages d'Anatomie générale.
543. 3° De l'appréciation des faits cliniques, et c'est ici qu'il faut tenir compte des observations des anciens comme de celles des modernes; n'oublions pas qu'on trouve dans Galien des faits , quelquefois beaucoup plus utiles en pronostic qu'on ne pense, et que les ouvrages des Fernei , des Sydenham , des Baglivi, etc. , ainsi que les ouvrages sortis de l'école de Bordeu, doivent être consultés. Ce qui convient
24 2 PALPÂTÏON DES ARTERES (pOULs).
surtout, c'est de fréquenter les malades et les hôpitaux , d'apprécier avec soin l'état du pouls , de rallier ses caractères aux diverses modifications de l'organisme ou ils ont lieu; c'est de juger avec discernement, de ne pas croire à tout ce qu'on trouve écrit; mais non plus de ne pas tout nier avec cette légèreté qui accompagne trop souvent un demi-savoir.
544' I^^s temporales de chaque côté du front; les carotides au-dessous des sterno-mastoïdiens qu'on écarte en dehors, la tête étant fléchie; la brachiale au bras ou au pli du bras , placé aussi dans la demiflexion; la radiale au poignet et sur le radius; la crurale au pli de l'aine, les cuisses étant fléchies sur le bassin; la tibiale postérieure et la pédieuse, sont les principales artères sur lesquelles on peut explorer le pouls. C'est à tort qu'en général on se borne à l'examen de l'une des radiales; quelquefois ceux qui se bornent à ces examens superficiels seraient bien embarrassés de dire ce qu'ils ont observé, et quelles sont les inductions qu'ils ont tirées de cette observation. Ce n'est pas machinalement qu'il faut explorer l'artère, mais avec sagacité et jugement. Pour obtenir des résultats précis , il ne faut pas examiner un seul vaisseau , mais plusieurs. Le plus souvent on peut se borner à l'exploration des deux radiales, mais dans quelques autres, celle-ci ne suffirait pas.
545. Comme les règles applicables à la palpation d'une artère peuvent être appliquées au toucher des autres vaisseaux du même ordre, on se bornera ici à établir le procédé qu'il faut suivre pour la radiale. Les connaissances anatomiques que doit avoir l'explo-
PROCÉDÉ OPERATOIRE. 213
rateur lui permettront d ajouter, pour les autres artères, ce qui manquerait dans Thistoire de la paipation pratiquée à Favant-bras.
546, Le malade est assis ou couché, circonstance qu'il faut noter, car, suivant la remarque de Dehaên, vérifiée par M. Double, le pouls est plus vite dans la station que dans Tattitude horizontale. La main du malade ne doit être ni trop élevée ni trop abaissée, car nous verrons bientôt combien ces variations de position influent sur la force du pouls. Les doigts de l expiorateur seront préalablement échauffés ; le con-
' tact d'un corps froid serait en effet désagréable pour la personne qu'on examine, et pourrait; dans certains cas, avoir de graves inconvéniens. Si les circonstances étaient très urgentes, et si l'on n'avait pas â sa disposition le temps nécessaire pour élever la température de sa main, on placerait entre celle-ci et le tégument une étoffe mince et mauvais conducteur du calorique; celle-ci permettrait de sentir distinctement les battemens artériels, et préviendrait les effets du refroidissement. On évitera qu'aucune ligature ou qu'aubune pression ne soient faites entre le cœur et le point du vaisseau qu'on examine.
547. 11 faut songer, avant de palper le pouls, aux variations anatomiques que l'artère peut présenter, et se rappeler que, dans certains cas, comme Tulpius l'a vu deux fois, elle ne passe pas sur le côté antérieur de l'extrémité inférieure du radius, mais qu'elle se contourne sur le poignet. Dans un cas, Dance éprouva beaucoup d'embarras dans l'explo-
241 PALPATION DES ARTÏiRES (pOULs).
ration du pouls parce que, des deux côtés cette disposition anatomique existait.
548. L'observateur se place en général du côté du bras qu'il veut examiner. Si c'est la radiale gauche qu'il explore, il se sert de la main droite ; si c'est la radiale droite, il palpe de la main gauche. Il plact alors la paume de la main près du poignet, sur h partie postérieure et inférieure de l'avant bras. 1! maintient cette partie dans une extension modérée, la place même dans une demi-pronatîon pour qu'elle ne vacille pas, et la fait appuyer par son bord cubital sur un corps quelconque ou sur son autre main. L'observateur applique alors la pulpe des quatre derniers doigts de la main qui explore, sur le trajet connu de l'artèrC: Les doigts sont placés parallèlement les uns aux autres, et de telle sorte que l'index soi le plus rapproché du poignet du malade.
549. Les doigts seront appuyés avec des degré de forqe variés, suivant les qualités du pouls qu l'on cherchera à apprécier. On peut dire, comme rl gle générale, qu'il faut presser assez fort pour senti les battcmens de l'artère quelques profonds qu'il soient, et pas assez pour effacer le pouls, même le pic débile.
550. En général l'examen doit être fait pendant u temps assez long; car il arrive souvent que, dans le premiers temps de l'exploration, le malade est asst ému pour modifier le pouls, et d'ailleurs ce n'est qu'e palpant l'artère pendant quelques minutes qu'on s'i perçoit de certaines irrégularités ou de quelques ii tcrmittences que les battemens présentent. Il est bon