‹ Traité de diagnostic et de séméiologie (volume 2)Chapitre 78 sur 142 · APPLICATIONS PRATIQUES · texte numérisé non relu

APPLICATIONS PRATIQUES

ne pensons pas que ion puisse déterminer d'une manière rigoureuse et à priori, la quantité de sang que Ton doit soustraire à un malade; pour nous, dont la formule est en général celle-ci : proportionner ia saignée à son influence actuelle sur la circulation , nous regardons les recherches diagnostiques précédentes comme fréquemment indispensables , et nous en recommandons l'emploi à nos confrères et à nos élèves.

65 k II est à coup sûr des cas où il faut tirer beaucoup de sang, et ce n'est que par une telle pratique qu'on guérîl; promptement certaines phlegmasies ou certaines congestions; mais pour ôser faire des sai-gnées de deux ou trois livres et même plus , il faut savoir ce que l'on fait; examiner à chaque instant soQ malade et ne pas le faire périr d'anencéphalohémie ( absence de sang dans le cerveau ) , alors qu'on a pour but de guérir la maladie pour laquelle on est appelé. Les expériences précédentes sur les artères^ 6o5 et suiv. ), sur les veines (n** 643 et suiv.) et les considérations qui vont suivre sur les capillaires et sur le sang^ serviront à inspirer une confiance hardie et une sage circonspection.

652. L'indicatioQ de l'alimentation et des toniques pourra ressortir aussi de faits du même genre.

653, Signes physiologiques. La manière dont s'exécutent les actions ou les fonctions dont les veines sont chargées , donne lieu aussi à des considérations diagnostiques du plus haut intérêt.

654- Les veines sont quelquefois le siège d'un sentiment douloureux de gêne ou de dis tension ^ et ceci

a lieu lorsque beaucoup dé sang les distend. Vous observerez ce fait dans les veines qui se tuméfient au dessous d'une ligature placée sur un membre, ou encore dans certains cas de varices. Ce sentiment général et vague de plénitude se fait quelquefois remarquer dans la polihyperhémie (pléthore). Mais c'est surtout dans l'inflammation des veines qu'un sentiment douloureux se prononce dans toute l'étendue du rameau ou de la branche veineuse atteints de phlogose. Avant même que l'inspection démontre en aucune manière la lésion dont il s'agit, la douleur se fait sentir toutes les fois qu'il y a lieu de penser qu'une des portions de l'arbre veineux peut être enflammée. Il faut donc questionner le malade sur la douleur qu'il peut ressentir dans le trajet de la veine, et rechercher si la pression n'est pas douloureuse sur quelques-uns des points qui correspondent à ce tra^ jet. Cette précaution est d'une très grande utilité, et jamais on ne doit la négliger, surtout après la saignée, lorsque la piqûre faite par la lancette devient douloureuse, ou encore lorsque les plaies sont compliquées du contact de virus ou de celui de substances putrides.

655. L'absorption étant en très grande partie sous l'influence veineuse, il en résulte que dans toute hydropisie du tissu cellulaire ou des membranes séreuses , il faut songer qu'elles peuvent être symptomatiques de la maladie d'une veine ; les recherches de M. Bouillaud, sur ce sujet, doivent être toujours présentes à l'esprit. Ainsi, il faut se rappeler que dans l'œdème des extrémités inférieures, les veines

crurales peuvent être oblitérées ; que dans ce cas , les veines hypogastriques peuvent être comprimées , soit par l'utérus devenu cancéreux , soit par un ventre volumineux.

656. Il faut encore examiner les veines superficielles de Fabdomen qui, comme dans des cas signalés par M. B.eynaud, sont dilatées à la suite de l'oblitération de la veine cave inférieure. Dans deux cas , j'ai vu la compression de la veine cave inférieure, déterminer ce symptôme , et dans un assez grand nombre d'autres , j'ai vu aussi les veines principales des membres inférieures oblitérées , causer une hydropisie cellulaire des extrémités inférieures. Chez le malade cité ( n° 63o ) , il y avait œdème de la face , des mains , et hydropleurie. Les extrémités inférieures ne s'œdématièrent que beaucoup plus tard. Dans trois cas, dont l'un a été rapporté par Corvisart, l'autre a été cité par M. Bouillaud , et le troisième par M. Reynaud, et dans lesquels la veine cave supérieure était aussi rétrécie , il y avait œdématie de la face. L'usage d'un brayer trop serré, fut suivi, sur un homme de soixante ans, du développement d'un hydrocèle. Des considérations du même genre, sont applicables aux hydarthroses. Tel était le cas de la parente d'un élève de la plus grande espérance, M. Chanut. Cette je une dame portait une hydarthrose du genou droit , qui datait de dix-huit mois. Cette affection se déclarait peu à peu, augmentait ensuite, formait tumeur de chaque côté et au dessus de la rotule, ainsi qu'au creux du jarret. La fluctuation était évidente. La pression étant exercée brusquement

sur la rotule 5 le membre étant étendu et les muselés relâchés, on entendait le bruit que faisait la rotule en frappant contre les condyles du fémur et du tibia» La tumeur devenait bientôt douloureuse ; elle s'enflammait, puis diminuait, et finissait par disparaître graduellement. Il y avait six jours de calme et trois jours de maladie. On s'était beaucoup préoccupé d'une cause interne que l'on accusait d'avoir produit cette affection qui était évidemment le résultat d'une lésion des veines. En effet , nous ne tardâmes pas à trouver une cicatrice de cautère à la partie interne du membre , et à quatre travers de doigt au dessus de l'articulation. Au dessous d'elle, huit oU dix troncs veineux variqueux , s'étendaient jusqu'à l'articulation qu'ils ne dépassaient pas. La largeur de l'espace qu'ils occupaient, était d'un pouce à peu près, et ils s'arrêtaient brusquement h la cicatrice sans la dépasser. Si l'on cherchait à pousser le sang de bas en haut, il s'élèvait jusqu'à la cicatrice; mais il était impossible de la lui faire dépasser. Il était évident que le cautère et l'inflammation qu'il avait causée, avaient détruit quelques veines articulaires, et que le retour des Hquides déposés dans la synoviale n'avait lieu qu'incomplètement. De là i'hydarthrose qui ne se dissipait momentanément qu'au moment où l'inflammation, suile de l'accumulation du liquide, ranimait la circulation. Nous avons proposé l'excision de la cicatrice , à l'effet de chercher à faire aboucher les veines dont il s'agit , avec celles qui sont situées au-dessus de cette cicatrice, et dans l'espoir aussi d'oblitérer quelques artérioles. Ainsi

on parviendrait peut-être à établir l'équilibre entre Fexhalation et Fabsorption. Il est évident que dans ce cas l'exaiTien des veines et la connaissance de leurs fonctions ont seuls conduit à se former une idée juste sur un fait qui, jusqu'à présent, me parait unique dans les fastes de la science.

667. Agens de retour du sang noir, les veines éprouvent-elles quelque obstacle dans leur circulation, les capillaires se tuméfient, rougissent ou plutôt prennent une teinte brune et deviennent livides; de là des congestions par cause^ mécanique , des colorations variées des tégumens , des membres ou de la face, des inflammations fort graves, etc. Nous reviendrons bientôt sur ces faits à l'occasion de l'examen des capillaires. Dans la phlébite, et lorsque des caillots gênent la circulation, l'œdème douloureux se manifeste au dessous et constitue, suivant M, Cruveilhier, un des signes caractéristiques de la pblébîte. Cet œdème est généralement proportionné au trouble de la circulation veineuse. {Dict» îiiéd. prat.^ t. 1 2 , p. 658.)

658. Le retour du sang devient-il impossible par suite de l'oblitération de quelques veines principales? Bientôt il y a afflux continuel du sang artériel, engorgement por5;é très loin , et mort partielle ou gangrène qui, dans ce cas, est aussi humide c/u elle était sèche dans l'oblitération des artères principales d'un membre. J'ai eu deux fois l'occasion d'observer, à la Salpêtrière, des gangrènes des orteils qui s'étendaient bientôt aux membres, et qui étaient le résultat de l'oblitération des veines, atteintes doblitéra-lion par suite de phlébite.

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