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FORME ET MATIÈRE DES VOMISSEMENTS

Le vomissement est d'autant plus Tacile que le sujet est plus jeune, plus faible ou plus impressionnable. C'est ce que F. Hofmann avait remarqué : Infantes prœ aduUis^ feminœprœ viris, et viri laxioris habitus.

Le moment de rapparilion des vomissements est une chose importante à noter, car il dépend souvent de la cause et de la nature du phénomène. 11 a lieu au début des maladies inOammatoires comme accident sympathique; il est régulièrement ou irrégulièrement intermittent s'il est lié à une affection organique du cerveau, à une maladie des voies biliaires, etc.; d'autres fois il est chronique, et se reproduit à chaque instant : c'est lorsquMl dépend d'une maladie nerveuse ou organique.

Le vomissement n'amène presque jamais la mort par lui-même, eicepté dans certains cas de grossesse ou de nervosisme chronique (1); il cesse avec la maladie principale s'il est sympathique ; avec la lésion organique qui le produit s'il est symplomatique.

Il faut encore étudier le vomissement sous le rapport des matières vomies, de leur quantité, de leur qualité.

Ces matières sont plus ou moins abondantes ; elles varient depuis quelques cuillerées jusqu'à plusieurs livres, et Ton y trouve un grand nombre d éléments hétérogènes. Ce sont :

1* Des aliments^ plus ou moins bien digérés: dans l'indigestion, dans le cancer du pylore, dans l'ulcère chronique de l'estomac;

2* Des mucosités neutres, ordinairement acides, plus ou moins filantes, ressemblant à un blanc d'œuf non cuit, quelquerois striées de sang rouge ou noir: dans la gastralgie, la gastrite, dans h développement anomal des follicules de l'estomac chez les buveurs, dans l'hypertrophie de la muqueuse gastrite, etc.;

3* Des matières bilieuses jaunes ou vertes porracées : dans les affections aiguës commençantes, dans la gastrite, dans la péritonite, etc. ;

4* Des matières blanches, dites cholériques, avec leurs grains blancs, semblables à une décoction d'orge ou de riz ;

5* Des matières stercorales, jaunes, liquides, infectes : dans les hernies de l'intestin, dans les invaginations, etc. ;

6* Des matières ensanglantées, depuis quelques filets de sang jusqa*à 300, 400 et môme 1000 grammes de sang pur: dans les hémorrhagies supplémentaires, dans le scorbut, dans la fièvre jaune, dans l'ictère grave ou atrophie jaune aiguë du foie, dans la rupture de vaisseaux artériels ou veineux provenant de l'estoniac, du foie, de l'épiploon, etc.;

7* Des matières noiresy semblables à du marc de café, à de 1 1 terre ou

(1) E. Bouchut, Dd Mrvommt, Paris, 1877.

ÔÔi TROUIILES DE L^ArPAREir. DIGESTIF.

(le la suie délayek' dans l'eau : dans certaines ^^aslralgies, dans la lièvre jaune el dans les cancers ulcérés de reslomac ;

8' Du pfis: dans la suppuration des parois de l'estomac, dans les al)c»'> du foie, des reins ou d'un autre orijcane s'ouvrant à l'intérieur de restoinac :

\y' Des fausses meinbraues : dans la irastrite pseudo-membraneuse, dans rœsopliatiite cou»'iineuse, dans les aphlhes;

10' Des cariix rt ramiers, provenant de l'intérieur, soit des vers, iU< kystes à échinocixjues, etc. ; provenant de l'extérieur, des ball^^s, de> Tourchettes, des aiizuilles, etc.;

11*" \U^i> parasites i^{ parliculièiement de la .S(7rc///é' que j'ai décrite dans le chapitre consacre au parasitisme. Les matières vomies sont acides, alcalines ou neutres : acides, lorsiju'il y a inflammation de restoinac, au début de lièvres graves ; alcalines dans les affections chroniques, les déirenérescences oiiianiques, neutres dans la u:astrorrhée ou pituite, dans la <lysj)e{)sie, etc.

Ai; Tir. LE IV

NATlUi: IT VnMI<SKMENT

Vi\ des iHiinls les plus importants de l'Iiisîoire du vomissement, c'est le diaLrnoslic dilTerentiel des causes (jui le produisent.

Pour v arrivrr, il hut enviNa-ier le vomissement sons le point de vue I»^ plus ireneral, considérer s'il existe avec ou sans lièvre : dans le [ireniirr cas. il peut élre symptomati(|ue d'une gastrite, ou se trouver sous la dépendance d'afléclions aiirues commençaîites. Si le vomissement est sans lièvre, il faut examiner la nature el la (jualite des matièi'es vomies, le moment uîi se produit le phénomène ; clierclier s'il y a quel(]ue lésion organique à re[)ii:aslre ou dans le voisina^^': si les fonctions diirestives, circulatoire-, i'ncephaliijues, ne sont pas lioublées: s'il n'y a pas d'altération dans les sécrétions; si la peau a conserve sa coloration normale; s'il y a une melaslase i:«»utleuse iliumatiMnale ou dartreuse: s'il y a des coliques hépatique^ ou nephréli(jues: s'il y a alTeclion de l'utérus ou iîrossesse. Ou s'informera iMU'ore (les hahiludes du malade, de son fienre de vie, de sa nourriture, etc. \a' n^sullal de ce^ recInM'clies et les antécédents du malade indiqueront la cause du pheiunnène morbide el les moyens d'y remédier.

Dans le^ alVc lions orjanicjues du cerv(»au, par exemple, le vomissement est souvent le |)remier indice de l'alleration cérébrale, et ce sonl les phénomènes conconiilanls et la cei'cbroscopie (]ui donnent toute la certitude et toute la j)recision désirables au diairnostic. Ainsi, dans l'exostose syphilitique, les antécédents, les douleurs nocturnes, indiquent le traitement à prescrire. Si la tumeur e>t cancéreuse, les vomissements quelquefois opiniâtres dureronl depuis loiiglemps: on j)ourra observer la couleur jaune paille caraclcristique de la [)t\ui, un clianuement d'humeur dans iVspril du maladi', quclquo dt»uleurs nevraL'i.]ues, de la migraine, de la fiarahsie, elc. Si la tumeur ou si la maladie eslluberculeuse, il y aura peut-être

des tubercules de la choroïde, mais partout rophthalmoscope devra aider le diagnostic. Comine je l'ai démontré, on trouve alors les traces d'une névro-rétinite caractéristique de la maladie cérébrale, et le fait que j'ai rapporté plus haut en est la preuve.

Si, après le vomissement, la peau devient jaune, ictérique, ainsi que les conjonctives et la face inférieure de la langue; s'il y a tension et douleur à rhypochondre droit avec des urines ictériques, les vomissements sont un des signes de l'affection calculeuse de la vésicule biliaira Lorsqu'en même temps il y a de la fièvre, il faut craindre une hépatite et un ictère grave ou atrophie jaune aiguë du foie.

Si le vomissement est lié à une disposition rhumatismale, on le reconnaîtra aux antécédents du malade, à l'absence de réaction fébrile, à Tépigastralgie s'exaspérant par la pression, à la nullité d'influence du régime alimentaire, et à l'augmentation ou à la diminution des douleurs par suite de certaines conditions atmosphériques^ S'il est de nature dartreuse, les antécédents, la disparition de dartres coïncidant avec l'apparition des vomissements, qui cesseront sous l'influence d'un régime antistrumeuX| faciliteront le diagnostic.

Les sympt<)mes nerveux concomitants, la coïncidence d'une névralgie, un trouble dans quelques sécrétions, des urines claires, citrines, abondantes, la constipation, etc., la faculté de reprendre de la nourriture peu de temps après avoir vomi, etc., tous ces symptômes sont caractéristiques des vomissements nerveux.

Quelquefois cependant les vomissements existent sans que rien puisse les expliquer. Roux vit une jeune fille affectée de vomissements muqueux et alimentaires, elle succomba au bout d'un mois, et à l'autopsie on ne put rien trouver pour en expliquer la cause. Pinel (1) rapporte un fait analogue chez une femme de trente-sept ans, qui, à la suite de chagrins domestiques, fut prise de vomissements opiniâtres auxquels la mort seule mit un terme. A l'autopsie, on trouva l'estomac sain, le pylore un peu rétréci^ mais sans augmentation d'épaisseur. J ai vu h. la Pitié, dans mon service, mourir une jeune fille de vingt-deux ans, à la suite de vomissements incoercibles, et chez laquelle la nécropsie ne me fit rien découvrir de matériel dans les tuniques de l'estomac ni dans aucun des autres organes, tels que l'utérus, le cerveau, etc.

Si les vomissements sont sanguinolents, il faut chercher à reconnaître s'ils sont produits par une exhalation de la muqueuse stomacale sans lésion matérielle, ou bien s'il y a rupture de quelques gros vaisseaux artériels ou veineux. Quelquefois on a vu des malades vomir du sang qu'ils buvaient en cachette pour faire croire à une maladie.

Si le vomissement de sang est produit par exhalation, sans lésion appréciable, il y presque toujours des phénomènes précurseurs. Tantôt l'hématémèse est supplémentaire, d'autres fois elle est sous la dépendance d'un

(I) Hnel, Not. phil., t. lii.

TmO THOUDLÏÏS de l'appareil DK.ESTIF.

étal nerveux très prononcé. Dahnas raconle avoir vu, en 1821», à la Charité, une jeune 11 lie d'un tempérament nerveux exagéré, qui, effrayée an moment de ses régies, fut prise subitement de vomissements de sang; (Vn vomissements se répétaient sous Tinfluence de la nioindre émotion, d'un reproche, d'un retard à obtenir ce qu'elle demandait. D'autres fois enroiv. il y a hémalémésedans le cours de maladies aiguës ou chroniques, dan> la fièvre jaune, dans le scorbut. Dans ces deux derniers cas, on peut ranivr rhéniaténièse dans la classe des hémorrhagies asthéniques ou passives.

Lorsque le vomissement a lieu sans phénomènes précurseurs, il est presque toujours le résultat d'une rupture des vaisseaux artériels ou Neineux. Dans ce cas, rhémalémèse peut se reproduire avec la plus grande facilité; elle dure pendant quel(|ues heures, pendant quelques jours et même pendant quelques mois. Dricheleau a observé à Necker, en 1854, un cas assez curieux d'hémalémiîse répétée, causée par l'ouverture des veines de l'estomac. I/autoj)sie du sujet, âgé de quarante et un ans, démontra que « les parois du viscère n'étaient le siège d'aucune alléralioii de nature cancéieiise, mais que dans l'épaisseur de ces parois rampaient des veines varicjueuses, plus volumineuses sur la face postérieure. Sur cette partie, on observait plusieurs cicatrices d'ulcérations anciennes, paraissant avoir intéresse la mu([ueuse seulement: l'une d'elles, de date toute récente, conduisait dans la cavité d'une veine volumineuse située sur la partie médiane de la face postérieure de ce viscère. »

Le diagnostic est plus obscur (juand le nialade vomit des mucosités filantes. V a-t-il gastiorrhée? \ a-l-il gastrite chronKjue et vers intestinaux*' ulcère de la muqueuse? H (^sl difficile de se prononcer d'une manière formelle: cependant les antécédents du malade, son genre de vie habituel, pourr(»nt facilittM* le diagnostic.

On se rappelleia (jue, dans la i:astrorrliée, le llux muqueux plus ou moins abondant (de 30 à l(H)Ogr.)a lieu b' j)Ius souvent le malin à jeun, quel([uelois immeiliatemeni après le repas, sans matières alhnentairt'< : que gént'ralement les digestions sont bonnes, tandis que, dans la gaslrilt cbumicjue, il y a eu souvent une gastrite aigue pour point de dépari; que les digestions sont pénibles, que 1 epigaslre est souvent douloureux, et qu'après un ceitain temps la constitution du malade se détériore, que la peau devient souvent t<M*ne, p:ii«\ mollasse, et/.

ARTHJ.K V

l'UU.\(JSTIC I»U \OMISSKMENT

Les vomissements sont plus ou moins graves, selon la nature de leut causj sympathique ou symplomati(|ue. Quebjuerois cependant ils persistent avec une opiniâtreté désespérante, el peuvent, à eux seuls, en dehois de toute alTection organi(|ue, se terminer par la mort sans qu'une lésion grave puisse faire pressentir celte issue funeste.

TllKRAPEUTIQUE DU VOMISSEMENT

Selon que les vomissements compliquent une maladie, annoncent ou constituent la maladie elle-même^ ils réclament un traitement spécial.

Tels sont les vomissements produits par les maladies du cerveau, par les fièvres éruptives, par les maladies du foie, des reins, etc.

Si le phénomène est purement gastrique et ne tient point à une affection inflammatoire de Testomac, on emploiera avec succès les opiacés, les narcotiques, les antispasmodiques et le lavage de Testomac. Les opiacés seront administrés à doses répétées, assez fortes et longtemps continuées ; à Textérieur, les mouches d*opium, la morphine par la méthode enJermique, les emplâtres de thériaque, etc. Ces médicaments calment l'éréthisme nerveux et facilitent la tolérance des mucosités gastriques.

Les antispasmodiques sont aussi administrés avec avantage dans ce dernier cas; mais leur action, plus prompte, est aussi plus fugace. On prescrit l'éther sulfurique, la liqueur d'Hoiïmann, les perles d*éther, le Colombo, etc.

D*autres fois, il faut relever les forces de Torgane affaibli ; on aura recours aux toniques, aux spiritueux, au quinquina, aux vins d'Espagne, aux infusions amères et aromatiques, à la quassia amara, à la menthe, à la gentiane; s*il y a chlorose, aux ferrugineux, aux préparations ferro-manganiques, etc. Les boissons froides réussissent souvent; le bouillon gras froid et dégraissé, les gelées de viande, la gelée de lichen au quinquina, rendent parfois de grands services. Dans les vomissements cholériques, on conseille la glace pilée, les préparations gazeuses, Teau de Seitz, la potion de Rivière. On applique quelquefois heureusement à l'épigastre la <;lace pilée et conservée dans une vessie.

SMI y a acidité des voies digestives, on prescrira Teau de chaux coupée avec le lait, l'eau de Vichy, Teau de SeItz, la poudre d'yeux d'écrevisses, la magnésie anglaise pure ou associée au sous-nitrate de bismuth.

Le sulfate, le valérianate de quinine sont heureusement employés dans certains vomissements intermittents, mais s'il y a des lombrics ou un lienîa, c'est à la santonine ou aux ténifuges qu'il faut s'adresser.

Mais s'il y a une insuffisance du suc gastrique ou pancréatique, comme dans des dyspepsies nerveuses ou inflammatoires chroniques, il faut donner la pancréatine, la pepsine animale et surtout la pepsine végétale ou papaîne qui a une action énergique très favorable.

Aux vomissements opiniâtres qui se développent pendant la grossesse on opposera l'extrait de belladone appliqué sur le col de l'utérus. On a cité quelques succès par l'usage du lait clair à petites doses : ce moyen bien simple a réussi plusieurs fois entre les mains du docteur Jolly (de

558 TUOUBLES DE l'aPPAREIL DIGESTIF.

Cliritcau-Thierry). Dans des cas semblables, Ameuille(l)(lil avoir einploy avanla'reiiseinenl les boulettes de viande crue hachée, pilée el tamisée.

D'autres fuis le vonnsseinent est |)rovo(|ué dans un but thérapeuliqut. Le vomissrment (jxiérit le vomissement {vomitus vomitu curatur). Il piiit arriver qui! y ait altération dans la sécrétion des sucs gastriques; quel- (jues doses létrères d'ernéticiue peuvent rétablir les sécrétions. Barras (i i a vu un capitaine de la ^arde royale atteint de vomissements fréqueHl>, revenant par accès avec nausées continuelles; il se mettait les doigts dans la bouche pour se soulager. Les antiphlogistiques, les révulsifs, les opiacés, les antispasmodiques, avaient été employés inutilemenL Le tartre stibié fit disparaître les accès. J'ai vu plusieurs cas de ce genre.

Rien n*est si bizarre que le traitement du vomissement nerveux. Si le> vomissements disparaissent souvent avec la cause qui les a produits, hvomissement nerveux résiste quelquefois avec une rare opiniâtreté au traitement rationnel. l>arras en a cité de nombreux exemples. Ici, c'est un moxa à l'épigastre qui amène la guérison, là c'est le repos pris dans un bain prolomjé (de 7 à 8 heures); ce sont les bains de vapeur aqueuse, le suc d'aliments grossiers, lorsque les aliments les plus légers n'étaient pas tolérés.

Si le vomissement est le résultat d'un vice humoral, on lâchera de neutraliser ou de combattn^ par des remèdes spécifiques le principe niurhid'' fixé sur Testomac. On prescrira un traitement antirhuinatismal, antigoulteux, antisyphilitique ou antidartreux : les révulsifs, les vésicaloires, etc.. et tout ce (ju'on emploie généralement contre ces diathèses, dont les manifestations très mobiles sont si dangereuses. Enfin, dans tous les cas ou le vomissement est chroni(jue, souvent répété, il faut faire le lavatje 'le restomac avec la sonde de Faucher et y injecter de l'eau légèrement alcaline.

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