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LES LOIS PROPRES AUX LIVRES

manière de la vapeur, l'électricité, lo poudre, sous un faible volume matériel, après déflagration et déhanchement, produit dans le cerveau une expansion de force considérable. Le mérnmsmi- du livre réalise le moyen de former les réserve» de {orcea intellectuelles: c'est un accumulateur. Extériorisation du cerveau lui-même, il te développe au détriment du cerveau, comme l'outillage se développe au détriment du cotps. Dan» son développement l'homme, au lieu d'acquérir de nouveaux sens, de nouveaux organe* (par ex. trois yeux, six oreilles, quatre nez), a développé son cerveau par l'abstraction, celle-ci par le signe et le signe par le livre, (I)

L'histoire de l'humanité montre m marche progressive pour matérialiser et objectiver le» idées. Les étapes sont celles-ci ; I. intelligence qui conçoit; 2. langage: 3. écriiutc; 4, livre; 5, modelé, b, transformation technique par laquelle les chone» deviennent ménagées et déterminées selon une fin huma ne, elles aussi deviennent des expressions de l'abstrait.

Le livre-signe a ceci de spéeiii'iue qu'il es! le moyen d'enregistrement intégral de la pensée en vue de sn transmission : au delà il est une notation ou inscription intégrale de la réalité.

El comme instrument intellectuel le livre sert r.rn seulement à énoncer des théories, mais à les construire ; non seulement à traduire la pensée, ma<s à la former. Et il voit s'ouvrir maintenant devant lui toute la brillante destinée de la transcription mécanique.

3. Le Livre, œuurc inleJleciucfJe. — Il est trois points tir- vue différents sous lesquels peut être appréciée l'œuvre intellectuelle. 1" L'artiste peut voir dans le livre la diversité des oeuvres, < la source et la fin, pour ainsi dire divine, des choses; l'alpha et l'oméga de l'univers ». 2 Le savant peut être surtout préoccupé de construction intellectuelle cohérente et logique, d'élaboration des principea et des méthodes, 3e Le sociologue peut s'intéresser surtout à la manière dont le* œuvres contribuent à constituer l'équilibre mental de la société, à assurer à tous les esprits une même hiérarchie des connaissances, tin enchaînement de problèmes systématisés auxquels il aura été répondu par un certain nombre de livres capitaux. Deux fois dans le passé I Jitinuiuilé a connu semblable

(1) Signe ci figure. — Le ligne (mol abstrait, ou symbole abstrait) a sur la figure (représentation concrète) trois avantages marqués : 1" Le signe est plus compréhensif. Ainsi le mot triangle, (ou son signe quand il existera par convention) représentera toutes les espèces de triangles, tandis que la figure ne peut représenter qu'un triangle d'une espèce déterminée, équilatéral. isocèle ou «-alêne. 1° Le signe est plus flexible. Ainsi les mots couleur ou grandeur permettent de séparer ces qualités de tous objets. 3" Le signe est plus précis. Ainsi placer trois cent douze figures L'une a côté de l'autre est plus confus que d'écrire leurs chiffres abstraits le nombre 312.

équilibra mental : avec le polythéisme homérique, dans l< Grèce *n tique; avec le système catholique dans la Cbrétieimeté du moyen âge. De nos jours la production de* livres tend peut-être à reconstituer snus des ftjfmâi nouvelles le bel équilibre que tant de (acteur* étudiés > Miilnorut à qualifier de toujours temporaire. |l)

4 Le Linre, instrument d'illusion. — - L'homme vît largement d'illusion; elle joue un trop grand rôle dans Ir* mobiles de ses actions pour qu il lui snit possible d'exister sans elle, «■ Une humanité à Inquelle on enlèverait toutes ses croyances, dont on br.serait tout idéal et qui verrait nettement la réalité des choses serait Im-n mdamnée k périr » (Gustave Lehon.) Le Livre, celui de In littérature, est largement un instrument gfast râleur d'illusions. Le Livre ainsi réprmd à un besoin profond r!r- l'être humain.

5. (.e Livre, instrument d'unité, de liberté, d'égalité sacra/es, — L'homme peut être ramené à trois éléments : pensée* sentiment, action. Ces trois éléments coexistant . 'li.uinenl simultanément. Par suite, la vie psychique — le moi intérieur Ou mental de chaque tndlv.du — est essentiellement représentation ou tendance. D' nuire part, diverses entités humaines semblables coexistent : elles ont de» rapports entr'elles, soit & l'occasion de» choses utiles qui sont en nombre limité, soit à î" occasion des personnes susceptibles également d'utilité, et en nombre réduit. Lt société est fondée sur le mulualisme ou le parasitisme, mais, dans lés deux cas, avec au centre des buta, des organes et des moyens mis à leur disposition. C'est dans ce situ* et ce processus que prend place le Livre-Dom ment. C'est essentiellement une machine a produire dr:» paroles et des Images, et par conséquent une machine à reproduire la réalité. Son rôle se précise lorsqu'on 1" intègre dans le cycle des opérations sociales qui se développe <\~ la manière suivante !

D'abord apparaissent les choses «entes (1* Réalité) Puis, n leur égard, et pour obtenir ce qu'ils se proposent. les hommes y ajoutent l'extériorisation d'eux-mêmes et ri- leur intention, d'une part l'indication ou geste et la démonstration par l'exemple, d'autre pari le» exposés et les injonctions exprimées par la parole. Ensuite iuler vient le document, écrit et image qui dédouble les choses et dédouble les intentions des hommes rV leur égard Finalement des objets matériels se créent et des instilu lloni sont établies, qui, les unes et les autres vont soir comme de nouvelles causes. Or, voici que notre temps donne au aociol un rang et une place qu'il n'a jamais connu dans les états de civilisation intérieures Notre temps est celui de la guerre, de la révolution, de la crise, trait grands maux qui atteignent chaque individu et tur lesquels, isolément celui-ci ne peut rien. Et la guerre a réalisé une concentraton de forces extraordinaires à base

(I) G. Tarde. — Psychologie économique, p. 95,

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