‹ Traité de géognosie. Ou, Exposé des connaissances actuelles sur la constitution physique et minérale du globe terrestre (volume 2)Chapitre 44 sur 46 · DES FILONS · texte numérisé non relu

DES FILONS

ou gîtes de formation postérieure.

Gœnge ( filons) des Allemands.

L^s gîtes, que tout indique être de formation postérieures à celle du terrain qui les renferme , sont des fdons, ou des modifications de filons.

§ 402 . Les filons sont des masses minérales qui coupent presque toujours les strates des terrains qui les renferment , et qui sont formés d 'une matière distincte de celle de ces terrains.

On s’en fera une idée très-exacte , en se les représentant comme de grandes fentes qui se sont opérées dans les roches, et qui ont été ensuite remplies de matières minérales.

Ils diffèrent essentiellementdesèouches, comme nous l’avons déjà remarqué, en ce qu’ils ont été formés postérieurement à la roche qui les entoure , et qu’ainsi ils en coupent presque toujours les strates. Nous disons presque toujours , parce qu’il est fort possible qu’une fente se soit faite , en tout ou en partie , dans le sens de la stratification : lorsqu’elle sera remplie de matière minérale, elle présentera un gîte qui sera, en tout ou en partie , parallèle aux strates , quoiqu’elle soit de formation postérieure, et par conséquent

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un vrai filon. Werner cile des exemples de ce cas pris aux environs de Freyberg.

Nous allons traiter succinctement de filons considérés en eux- memes, en faisant connaître la nomenclature de leurs diverses parties , les particularités que présen te leur volume et la masse qui les compose ; nous les considérerons ensuite par rapport à la roche qui les entoure, et aux divers filons qui se rencontrent dans un même terrain; nous ferons de courtes observations sur leur mode de formation, et nous terminerons en jetant un coup-d’œil sur quelques gîtes particuliers qui n'en sont que des modifications. Ce que je vais dire ici, étant en quelque sor te le résumé méthodique de mes nombreuses observations sur ces gîtes , je citerai peu d’exemples à l’appui; on en trouvera d’ailleurs un grand nombre dans la Théorie de la formation des filons , par TV »mer , ouvrage qui est entre les mains de tous les minéralogistes ; ainsi que dans l’article Filon àuNouveau Dictionnaire d histoire naturelle , article rédigé par M. de Bonnard.

a ) Filons en eux-mêmes.

§ 4o3. D’après l’idée que nous avons donnée des filons , on peut se les représenter comme de grandes plaques, présentant diverses inflexions , et coupant la roche sous diverses inclinaisons.

Les deux faces de cette plaque sont les sal-

Des diverses parties d’un filon, et de leur nomenclature.

GITES DE MINERAIS.

bandes ( saalbœnder , en allemand ) du filon, et les deux parois de la fente qui le renferme en sont les épontes. Lorsque le filon est incliné , ce qui est presque toujours le cas, celle sur laquelle il repose en est le mur ( liegendes ) , et celle qui le recouvre, c’est-à-dire qui est en contact avec la salbande supérieure, en est le toit ( hangendes ).

Le bord supérieur du filon en est la tête , et lorsqu’il n’est pas recouvert de roche , et qu’il se montre par conséquent à la surface du sol , il prend le nom d'affleurement. Les autres bords sont les extrémités.

L’épais seur du filon , c’est-à-dire la distance d’une de ses salbandes à l’autre, en est appelée la puissance ; comme si c’était de cette partie que dépendît principalement sa grandeur et quelques autres de ses particularités.

Ordinairement un filon s’amincit vers ses extrémités, et il se termine en forme de coin ; ou bien encore il se ramifie et s’éparpille en une multitude de petits filets qui se perdent également dans le rocher.

I^on-seulement àsesextrémités,mais encore dans l’étendue de son cours, il se divise quelquefois en plusieurs branches qui courent dans la roche jusqu’à une certaine distance , pour se rejoindre et reformer ensuite le filon. Lorsqu’au lieu de se diviser de la sorte , il pousse seulement une branche qui suit son cours en cheminant parallè-

FILONS

lement, il en résulte une branche accompagnante : quelquefois elle se perd dans la montagne, d’au très fois elle rejoint le tronc , et enferme entre elle et lui un massif de roche.

On fixe la position d’un filon comme celle d’un plan , par deux lignes tracées sur ce plan. Une d’elles sera une ligne horizontale, menée sur une des salbandes ; c’est la ligne de direction : et en apposant une boussole près d’elle , on verra l’angle qu’elle fait avec la méridienne; c’est l’angle de direction , ou simplement la direction du filon . Une seconde ligne menée sur la salbande , perpendiculairement à la première , donnera la ligne de plus grande pente ou (Y inclinaison , et l’angle qu’elleferaavecune ligne horizontale ( imaginée dans le meme plan vertical), sera l’angle d’inclinaison ou simplement Y inclinaison du filon. Il est superflu de dire qu’il faut bien avoir soin de ne pas confondre la direction ou rinclinaison générale d’un fdon, avec les directions ou inclinaisons partielles de ses parties : lorsqu’on prend la direction d’une rivière ou d’une route, on fait abstraction des sinuosités: on en usera de meme à l’égard d’un fdon.

Quand un pareil gîte éprouve peu de variations en direction, en inclinaison et en puissance, en un mot , lorsque sa forme reste suffisamment plane, on dit que son allure est régulière, ou qu’il est bien réglé.

GITES DE MINERAIS.

Grandeur.

Les variations ou inflexions en direction et inclinaison sont en général peu considérables ; et les filons se propagent assez directement en ligne droite vers un point : les déviations ne sont ni grandes ni de longue durée ; cependant il se présente quelques exceptions : j'ai vu à Poullaouen un filon qui formait un arc , au moins dans la partie exploitée. Quant à la puissance, elle est sujette à de fréquentes variations ; quelquefois elle devient fort petite, et le filon est comme étranglé; plus loin elle sera considérable et donnera lieu à un ventre , ou renflement.

§ 4o/h Les filons éprouvent les plus grandes variations en grandeur. En général leur étendue paraît dépendre principalement de leur puissance ; si celle-ci n’est que de quelques lignes, 1 étendue ne dépassera guère quelques mètres; mais si elle est de un ou deux mètres , alors le filon se prolongera jusqu’à de grandes distances , quelquefois jusqu’à des lieues entières.

Un filon , au moins en Europe , passe pour être déjà fort considérable lorsqu’il a un mètre de puissance et mille mètres d’étendue. On en connaît cependant de bien plus longs e t plus puissants ; on rapporte qu’à la Croix-aux-Mines, en Lorraine , on en a reconnu un sur une longueur de treize mille mètres. A Freyberg, une exploitation de quatre siècles en a ouvert un sur une longueur de 36oo mètres , et une profondeur de 58o métrés :

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le plus considérable de ceux qu’on y a reconnus a 6200 mètres de long et deux mètres de puissance moyenne. Aux célèbres mines de Schemnitz , en Hongrie , le filon principal , le Spitalergang , a jusqu'à quarante mètres de puissance en quelques points. On cite comme le plus grand de l’Allemagne, le Mordlauer , en Franconie, qui est exploité sur une longueur de 18000 mètres , et dont la puissance est de 10 à 12 mètres. Mais le plus considérable , comme le plus riche des filons connus, est la T^eta Madré , près de Guanaxuato, au Mexique ; d’après M. de Humboldt , sa puissance est de 4o à 43 mètres , il est exploité sur une longueur de 12700, et sur une profondeur de 5i4 : on en retire annuellement pour trente millions de francs d’argent.

A l’autre extrémité de la progression que présente la grandeur des filons, nous en trouverons quelques-uns qui n’ont que quelques pouces d’épaisseur et quelques mètres de longueur. Nous ne parlons pas ici des petites ramifications ou filets que les filons poussent habituellement dans la roche qui les encaisse , et qui n’ont souvent que quelques pieds de long et quelques lignes de large.

§ 4o5. La masse des filons, avons-nous dit, est distincte de celle qui constitue les roches environnantes. Ce n’est pas que quelquefois ces masses ne soient de meme nature, c’est-à-dire qu’011 ne

Masse et structure des filons».

CtITES de minerais.

trouve des filons de granité dans des montagnes de granité ; mais encore, dans ce cas, leur matière diffère de celle de la roche dans la texture et la grosseur du grain , etc. En général, elle est plus épurée , et présente les indices d’une combinaison plus intime et d’une formation plus tranquille : généralement parlant , on peut dire que la substance qui compose les filons , est plus pure et plus cristalline que celle des roches environnantes ( § 169).

Ce sont des matières pierreuses qui constituent ordinairement la masse des filons ; et la plupart de ceux qui existent sont entièrement formés de granité , de porphyre , de quartz , de spath calcaire, de diabase , de grès et d’argile. Mais comme aussi les substances métalliques se trouvent habituellement dans cette sorte de gîte , ce sont elles qui les ont principalement rendus importan ts aux minéralogistes et aux mineurs , et c’est aussi comme gîtes de minerais que nous allons en traiter dans ce qui suit.

Tous les métaux se trouvent en filons, et la plupart y sont en plus grande abondance que dans toute autre espèce de gîte ; mais ils n’en forment point , sauf quelques cas assez rares , la masse entière et même la masse dominante. Elle est composée de matières pierreuses qui sont principalement le quartz, passant souvent au silex corné et au jaspe , la chaux carbonatée tantôt

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pure, tantôt chargée de fer et de magnésie (formant le spath calcaire et le spath perlé), la baryte sulfatée et la chaux sulfatée : on les nomme gangues (du mot allemand gang , filon), et quelquefois matrices. Ce dernier nom est celui qu’or\ leur donnait autrefois, dans ridée où l’on était que les métaux s’engendraient au milieu d’elles. Assez souvent même on a des filons composés de matières terreuses ou d’argile , ou d’un limon gras prenant quelquefois la texture schisteuse , et que les mineurs allemands nomment letten. Ces filons terreux, qu’on appelle filons pouris , sont quelquefois stériles, d’autres fois ils contiennent une grande quantité de substances métalliques : c’est ainsi que les plus riches de ceux qu’on exploite au Pérou, sont en grande partie composés d’une matière terreuse et ferrugineuse nommée paco dans ce pays, et Colorado dans le Mexique.

Les parties métalliques sont dans les filons, tantôt en masses , rognons, ou grains plus ou moins gros disséminés dans la gangue , tantôt alternant par couches avec elle, tantôt sous forme de veines. De quelque manière que le minerai s’y trouve, il est loin d’être uniformément répandu dans toute l’étendue du gîte : le plus souvent il n’y est que dans certaines parties qui forment comme de larges bandes ; et, pour arriver de l’une a l’autre, il faut traverser des bandes intermédiaires, dépourvues de minerais , et par conséquent stériles.

GITES DE MINERAIS.

J’en ai donné des exemples en décrivantles fdons de Poullaouen et de Huelgoat en Bretagne (i). M. de Humboldt observe que ce n’est que sur une bande de 2600 mètres de large , que le fameux filon de la T^eta Madré est d’une grande richesse.

Les diverses matières, gangues et minerais, qui composent les fdons, ne présentent le plus souvent entre elles aucun arrangement régulier. Cependant , dans lès endroits 011 elles sont en nombre considérable , et où , en même tems , tout indique que la formation n’a été ni troublée ni gênée , et qu’elle s’est faite en pleine tranquillité, leur disposition réciproque , c’est-à-dire la structure du fdon , est vraiment digne de remarque. Elles sont disposées par couches parallèles aux salbandes ; et , à partir de chaque salbande , en allant vers le milieu du fdon , on a , de part et d’autre , des couches pareilles. Par exemple, si, à compter d’une des salbandes , on a successivement des couches de quartz, galène, spath calcaire , blende, quartz, blende, etc. ; à compter de l’autre salbande , on aura, dans le même ordre, quartz, galène , spath calcaire , blende , quartz , blende , etc. ; en un mot, le fdon, dans sa coupe, présentera deux moitiés parfaitement symétriques, chacune composée de bandes pareilles en nombre , en nature , en disposition réciproque , et même en largeur.

(1) Journal des Mines , tom. XX et XXI.

FILONS. 63g

Quoiqu’il ne faille pas prendre à la rigueur géométrique ce que nous venons de dire , je puis assurer cependant avoir vu un fdon composé de couches de baryte sulfatée, et de chaux fluatée, diversement colorées , et disposées avec une si exacte symétrie de part et d autre , qu’avec la règle et le compas on n’aurait pu faire mieux (i). Je dois remarqure que cette structure dans un filon est exactement ce quelle aurait été, si la fente qui le contient eût été remplie d’une dissolution ou de diverses dissolutions qui auraient successivement déposé sur ses parois différents précipités. La coupe de certains tuyaux de conduite dans lesquels les eaux ont fait des dépôts successifs, et celle de certaines géodes allongées, présentent des faits analogues.

Lorsque la matière composant les précipités ou couches dont nous venons de parler , a montré une grande tendance à se former en cristaux , soit parfaits, soit imparfaits, tels sont le cristal de roche, l’améthyste, le spath calcaire, etc. , on remarque que la pointe des cristaux de forme pyramidale est toujours tournée vers l’intérieur du filon , le cristal étant à-peu-près perpendiculaire aux sal bandes : chaque couche prend , en conséquence, sur celle de ses faces tournée du côté de la salbande , 1 empreinte des cristaux de la couche

(i) Des Mines de Frejrberg, tom. I, pag. 5/j.

GITES DE MINERAIS.

adjacente , tandis que les cristaux qu’elle porte sur l’autre face, semblent enfoncer leur pointe dans la couche subséquente. Enfin, les cristaux des deux couches du milieu se présentant leurs sommets, s’engrènent les uns dans les autres, et, en croissant, ils finissent par remplir le filon.

Il arrive assez souvent que les deux couches intérieures ne se joignent pas, et qu’elles laissent ainsi un vide entre elles. De là les cavités que l’on voit dans les filons, et dont les parois, ordinairement tapissées de cristallisations , portent le nom de druses , et de fours ou poches à cristaux : elles sont presque toujours oblongues, parallèles aux salbandes, et se trouvent le plus souvent dans les parties où le filon, par une augmentation de puissance , présente un renflement considérable. Ce sont évidemment les restes d’une fente qui ne s’est pas entièrement remplie.

Les cristaux qu’on voit dans les druses, montrent quelquefois un fait extrêmement remarquable. Leur moitié supérieure (celle qui est tournée vers le zénith) est recouverte d’autres cristaux plus petits , tandis que la partie inférieure n’en porte aucun. Dans le cabinet de minéralogie de Freyberg , on a de gros fragments de druses , dont les cristaux de quartz ou de spath calcaire sont recouverts, sur une moitié seulement, de petits cristaux de pyrite , de fer oxidulé et de plomb sulfuré. Dans un grand nombre de mines , j’ai vu le dessus

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de Cristaux de quartz qui s’avancaient dans les druses, garnis de cristallisations de spath calcaire , ou de spath perle'; elles ont été manifestement produites par un liquide qui , venant d en haut , les a déposées à la surface des parties saillantes sur lesquelles il tombait.

La masse des filons offre encore quelquefois une particularité dont nous devons faire mention. Entre elle et la roche adjacente , tantôt du côté du toit ou du mur, tantôt des deux côtés, et sur une étendue plus ou moins considérable, on a une mince couche d’argile ou de limon. Les Allemands donnent à cette lisière le nom de besteg (i).

Les filons renferment souvent des fragments de la roche adjacente , qui sont comme empâtés dans leur masse ; leur nombre est quelquefois assez considérable pour que le tout présente l’aspect d’une brèche. Leur forme anguleuse et 1 identité parfaite de leur substance avec celle de la roche voisine ne laissent aucun doute sur leur origine. Quelquefois le métal s’est porté de préférence autour d eux , et il les a enveloppés d’une mince couche. Les mines du Hartz présentent un pareil fait ; le minerai , plomb sulfuré , y porte le nom de

(i) Cette argile , dans des filons que tout indique être antérieurs à la formation des terrains secondaires et même intermédiaires , me parait i res-remarquable L’argile serait - elle quelquefois de formation primitive, et non une production de la destruction des roches feldspathiques ?

GITES DE MINERAIS.

ringertz ( minerai en anneau) : j’en ai observé un semblable dans la mine d’Huelgoat, et la montagne de Bleyberg nous en a montré un autre. On dirait que ces fragments , entourés d’une mince couche de galène, comme par une sorte d’affinité, ont décidé la précipitation des parties métalliques à se faire sur leur surface.

Non-seulement on trouve dans les filons des fragments de la roche adjacente et de leur propre masse , mais encore on en voit quelquefois , quoique rarement , qui appartiennent à des roches étrangères ; on y voit meme des galets ou vraies pierres roulées. J’ai observé à Altenberg en Saxe , dans une roche de gneis , des cailloux de quartz absolument semblables à ceux qu’on trouve sur les bords des rivières. Werner et tous ceux qui ont vu beaucoup de filons rapportent des faits semblables. M. Schreiber a décrit des filons près des Chalanches en Dauphiné , qui étaient entièrement remplis de pierres roulées. On en exploite en Cornouailles , qui ne sont composés que de gravier. Au reste , ce que rapportent les auteurs au sujet de ces matières doit être examiné avec discernement : souvent on a pris pour des galets des masses qui, par un effet de leur formation primitive, avaient acquis une forme arrondie, et nous avons vu combien cette forme était frequente dans le règne minéral (§ 118). Elle lest egalement dans les filons ; celui de Huelgoat en ollre

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des exemples : j’y ai vu en quelque sorte les filets de quartz qui composaient sa masse , se replier sur eux-mèmes , et former des boules que l’on a confondues avec des pierres roulées.

On cite encore quelques filons qui contiennent du bitume » des coquilles et autres débris de très organisés : ces exemples sont très-rares.

Les différences que les filons présentent dans leur composition, ont porté Werner à les diviser en diverses formations. Il regarde comme appartenant à une meme formation tous ceux qui ont une seule et même origine , tant sous le rapport de 1 epoque a laquelle ils ont été formés , que sous celui des substances qui les composent; quelles que soient d’ailleurs les contrées dans lesquelles on les trouve.

b ) Des filons , par rapport à la roche qui le $ renferme.

§ 4o6. Nous avons dit que les filons coupaient Rapport des presque toujours les strates des roches qui les p°3itioas‘ renferment, et que les exceptions à cette règle étaient peu nombreuses. Elles ont lieu lorsque la fente , devenue filon par le remplissage , s’est faite dans le sens des couches, ou lorsqu’elle s’est opérée entre deux terrains de nature différente : à la première espèce , on rapporterait le fameux filon de Guanaxuato , que M. de Humboldt croit parallèle aux strates du schiste phyllade qui l’en-

64 £ GITES DE MINERAIS.

caisse ; et le filon de Aillefort , dans la Lozère , qui court entre le granité et le schiste micacé, fournirait un exemple de la seconde. Au reste , les mineurs ayant habituellement donne le nom de filons à tous les gîtes de minerai , sur-tout lorsqu’ils approchaient de la verticale , auront souvent cité comme filons des gîtes qui sont de vraies couches ; et quelquefois même les observateurs les plus expérimentés sont embarrassés de savoir à laquelle des deux classes ils doivent rapporter un gîte qui se présente à eux.

Ordinairement les strates se correspondent exactement de part et d’autre du filon; cette correspondance est frappante, lorsque la roche contient des assises de nature différente ; par exemple un banc de quartz dans du gneis. Mais souvent aussi , d’un des côtés du filon , principalement à son toit, elles sont plus basses que celles qui leur correspondent de l’autre côté (i). La cause de ce fait proviendra de ce qu’à l’époque de la formation de la fente qu’occupe le filon , une des deux portions du terrain qui ont été séparées , aura éprouvé un affaissement Nous avons déjà traité de cet objet ( § 266 ) en parlant des failles ou filons qui traversent les terrains houillers.

, (,) On peut voir dans l’allas de la Richesse minérale , par M. Héron de Viliefosse , planche a3 , des exemples de pareils dérangements produits par des filons de cobait , aux mines de Riegelsdorff, eu Hesse , et à celles de Bieber , près de Hanau.

FILONS

§ 4°7* La masse du filon est ordinairement bien distincte de celle de la roche; elle en est même assez souvent séparée par une lisière d’argile, ainsi que nous l’avons observé. Cependant, il arrive quelquefois que l’adhérence entre les deux masses est intime , et Werner remarque que cette circonstance a principalement lieu lorsque les filons sont d’une formation presque contemporaine à celle de la montagne. Quelquefois même on voit des filons tenir à la roche adjacente par une multitude de petits filets qui la pénètrent; les exploitations de Clausthal et d’Àndi easberg , au Hartz , ont présenté de fréquents exemples de ce fait à M. Héron de Villefosse.

La roche est assez souvent altérée à son contact avec le filon ; tantôt son tissu est relâché , et elle est en partie décomposée , tantôt elle est même un peu dénaturée. C’est ainsi qu’à Freyberg, dans le voisinage de quelques filons , le gneis prend un aspect verdâtre et devient savonneux comme s’il était plus stéatiteux.

Fréquemment encore , la roche , dans le voisinage du filon , est imprégnée de sa substance , et renferme même quelques parcelles de minerai; et cela au point qu’elle devient quelquefois un objet d’exploitation. Ce fait est une suite naturelle du mode de formation des filons : la dissolution, qui a déposé leur masse à l’époque où elle remplissait la fente , aura pénétré les parois

Circonstances au contact.

GITES DE MINERAIS

Rapport le nature.

de ce récipient, dans toutes les parties où de petiles fentes (produites peut-être lors de la formation de la grande), des fissures et un relâchement de tissu lui permettaient de s’insinuer ; et elle y aurait déposé une partie des substances pierreuses et métalliques qu’elle contenait

Une semblable pénétration de la substance du filon doit avoir eu lieu, à plus forte raison , sur les fragments de la roche qui sont tombés dans la fente au milieu de la dissolution. Aussi, ai-je vu des morceaux de gneis , retirés des filons de Freyberg , contenir jusqu’à trente pour cent de plomb sulfuré ; et le filon de Poullaouen m’a montré, à chaque pas, des fragments de schiste pénétrés de la matière quartzeuse et métallique qui constitue ce gîte.

§ 4o8- Les mineurs étaient trop intéressés à connaître les rapports qui pouvaient exister entre les roches et les filons qui les contiennent , sous le rapport de leur nature, afin de pouvoir se diriger dans leurs recherches et dans leurs exploitations , pour n’avoir pas étudié ces rapports. Mais, de leurs observations, on peut presque conclure que chaque espèce de roche contient , ou est susceptible de contenir toute espèce de filons ; et que de cequi a lieu dans un pays , on ne peut guère en inférer ce qui sera dans un autre.

Un filon traverse indistinctement toutes les

FILONS. 647

roches et tous les bancs de la contrée dans laquelle il se trouve , sans éprouver de changement , soit dans son volume , soit dans la richesse. Tel est le fait général , et les exceptions sont peu nombreuses. On cite , en exemple de pareilles exceptions , les liions d’Audreasberg , qui, traversant un terrain composé de bancs de pbyllade et de schiste siliceux, sont ordinairement plus larges dans les premiers que dans les seconds. Les fdons de plomb qui sont, en Angleterre, dans le calcaire à encrines (§ 25 1 ), lequel contient des bancs d’amphiholite (toadslone) , sont étranglés et quelquefois entièrement coupés par ces bancs; on dit même qu'ils se reproduisent ensuite au-dessous, et cela à diverses reprises ; mais ces faits demandent un nouvel examen. Quelques fdons, en traversant des bancs d’une nature différente, sont plus riches dans les uns que dans les autres : c’est ainsi qu’aux célèbres mines d'argent de Kongsberg , en Norwége , les fdons sont riches , lorsqu’ils traversent certains bancs contenant beaucoup de pyrites et de zinc , et qui portent le nom de faalbœnder dans le pays ; et ils sont souvent stériles dans le reste de la roche ( schiste micacé ). Ces faits sont encore purement locaux, et ne peuvent donner lieu à une conclusion générale.

Dans mes observations, j’ai été frappé du peu de rapport qu’il y a entre la nature des fdons et celle des roches qui les contiennent; par exemple, dans

GITES DE MINERAIS.

les montagnes de gneis de Freyberg, si riches en filons de spath brunissant et d’argent sulfuré, on ne trouve pas la moindre parcelle de ces substances dans les couches. Ce fait est répété presque par-tout; et quoique les auteurs cilent des exemples de montagnes où la meme subslance se trouve tantôt en couches , tantôt en filons, il n’en est pas moins vrai qu ils sont rares.

On a peut-être également trop généralisé les observations faites dans certains pays, lorsqu’on a dit que les montagnes de gneis, de schiste micacé et de phyllade, étaient les plus riches en filons; que le granité et le porphyre étaient peu métallifères; qu’il en était de même des montagnes très-escarpées , ou dont la stratification était irrégulière ; que la direction la plus générale des filons dans une contrée , était parallèle aux grandes vallées voisines. Ces faits, généralement vrais en Saxe, ne le sont plus en Amérique , où l’on voit les porphyres et les calcaires renfermer les plus riches des filons qui nous sont connus , où on voit ces gîtes à des hauteurs de quatre mille mètres.

b) Rapport des filons entre eux.

§ 409. Rarement un filon est-il seul dans une contrée ; en général ces gîtes se trouvent comme par groupes dans lesquels ils sont quelquefois parallèles ; mais le plus souvent ils se croisent.

Dans la même région , les filons d’une même

FILONS

formation sont ordinairement parallèles : c’est ainsi qu’a Freyberg on voit les principaux filons de plomb diriges du nord au sud ; et qu’à Ehrenfriedersdorff , les filons d’étain sont diriges de l’est à 1 ouest, en affectant un parallèlisme remarquable.

Mais ceux de formation differente, et quelquefois ceux de même formation, se joignent, se croisent, en présentant dans leurs jonctions et intersections des phénomènes qui sont d’un grand intérêt dans 1 exploitation des mines, et sur lesquels nous allons nous arrêter un instant.

§ 4 10. Lorsque deux filons se croisent , il y en a un qui, sans éprouver aucune interruption, traverse l’autre, et le coupe ainsi en deux parties. Le filon coupé existait déjà lorsqu’il s’est fait , dans la montagne, la fente qui, remplie ensuite de matière minérale, a formé le filon coupant; de sorte que celui-ci est le plus nouveau , et que le filon traversé est le plus ancien. En partant de ce principe , et en combinant les observations sur les divers filons de la contrée de Freyberg., W erner est parvenu , de la manière la plus ingénieuse , à déterminer l’âge relatif de chacun d’eux.

Quelquefois le filon coupant , aux approches de l’autre , se ramifie ou s’éparpille en petites veines, lesquelles se rejoignent et présentent de nouveau ce filon au-delà du filon coupé.

Intersection des filons.

65o gîtes de minerais.

Il arrive très-souvent que lorsqu’un filon en traverse un autre , il le dérange et le jette hors de sa direction; c’est-à-dire que les deux parties du filon coupé , au lieu de rester en ligne droite, sont portées sur deux lignes parallèles plus ou moins éloignées les unes des autres : ce fait est vraisemblablement produit par 1 affaissement ou l’écartement d’une des deux parties du terrain séparées par la nouvelle fente. Les observations sur le rejet des filons, sont du plus grand intérêt pour le mineur; elles lui indiquent la marche qu il doit suivre pour retrouver un filon qui s’est perdu, à la rencontre d’un autre filon ou même d’une simple fissure. Si le filon coupé a été simplement jeté hors de sa direction , on voit, d’après ce qui vient d’être dit, qu’il faudra suivre le filon traversant, et qu’à une distance plus ou moins considérable , on retrouvera le filon perdu : l’expérience a appris qu’il fallait se diriger du côté de l’angle obtus formé à l’intersection des deux filons ; mais ces observations sont locales. C’est en voyant comment un même filon ou des fiions de même nature , dans la même contrée , ont été dérangés par les diverses espèces de veines ou fissures qui les traversent, que l’on peut, par induction, conclure la conduite qu’il faut tenir lorsqu’on viendra à reperdre ce même filon ou des filons de même nature.

D’autres fois on voit, dans le même encaisse-

FILONS

ment et à côté l’un de l’autre , deux fdons de nature entièrement différente : j’ai été à meme d’observer auprès d’Annaberg , des fdons de wacke à côté de fdons de quartz et argent ; à Zinnwald, des filons de vacke à côté de fdons d’étain, et sans que leur matière se mélangeât en aucune manière : vraisemblablement un des deux était déjà consolidé lorsque l’autre s’est formé.

Un fdon , en en joignant un autre , se propage quelquefois dans sa masse ; il en suit la direction jusqu a une certaine distance , pour reprendre ensuite celle qu’il avait d’abord.

Les intersections des fdons sont souvent les points les plus riches en minerai : c’est ainsi qu’aux mines de Baygorri ( dix lieues au sud de Bayonne), l’intersection de trois fdons a été un point d’une grande richesse. Ce fait, dont il est difficile d’entrevoir la cause , paraît cependant n’ètre pas un simple effet du hasard; il en sera de meme du suivant : toutes les veines qui rencontrent un fdon sous une certaine direction, l’enrichissent, et il est appauvri par celles qui le joignent sous une autre direction. De pareils faits, souvent observés par les mineurs, leur servent de règle : mais encore ici ils sont dépendants des localités , et il serait imprudent de conclure de ce qui a lieu dans une contrée , ce qui doit se passer dans une autre.

GITES DE MINERAIS.

Diverses

hypothèses.

d) De la formation des filons.

Les filons sont si importants pour le mineur, si intéressants pour le géologiste, ils se distinguent tellement de tous les autres gîtes de minéraux, qu’ils ont fixé, d’une manière particulière, l’attention des savants, lesquels ont cherché à expliquer et les faits particuliers qu’ils présentent, et leur mode de formation. Je n’entrerai pointdans le détail de toutes les hypothèses qui ont été faites à ce sujet : on peut en voir l’exposition et la victorieuse réfutation dans l’ouvrage de Werner déjà cité.

§4X Parmi les hypothèses complètement réfutées, je citerai, i° celle dans laquelle on regarde les filons comme les branches d’un énorme tronc placé dans le sein de la terre; 2° celle qui les représente comme des portions de la roche, qui, sur quelques bandes , ont été transmutées par l’action de certains menstrues qui les auront pénétrées; 3° celle dans laquelle on considère les filons comme des fentes qui se sont faites dans les roches , et qui ont été remplies de matières terreuses que les eaux pluviales, filtrant à travers les roches, y ont conduites , et qui ont été ensuite changées en gangues et minerais par 1 influence du soleil, ou par l’action de l’air, ou par des exhalaisons \enues de l’intérieur du globe. Aucune de ces théories ne présente le moindre degré de vraisemblance aux yeux de celui qui a seulement vu quelques filons.

il eu est de même de celle qui a été reproduite , en dernier lieu, par Lamétherie, et dans laquelle on regarde ces gîtes comme formés, en même tems que les montagnes qui les contiennent , par un effet de l’affinité de leurs molécules. Pendant que la matière des roches, en se précipitant et cristallisant , formait les strates de la montagne , celle des filons, en se réunissant de son côté, aurait produit comme des traînées de substance métallique. Lorsqu’une force d’affinité réunit des molécules similaires au milieu d’une dissolution ou d’une masse molle, elle en forme des cristaux, des masses globuleuses ou tuberculeuses,

TILONS.

et peut-être quelques géodes, mais non des plaques minces et allongées, composées de substances différentes, renfermant des cavités , coupant les strates de la roche , etc.

Werner réfute encore, d’une manière qui me paraît péremptoire, l’opinion de ceux qui considèrent les filons comme des fentes qui se sont remplies par l’effet de divers agents fluides , lesquels, ayant pénétré dans les roches, y ont dissous ou pris certaines substances, les ont entraînées avec eux dans les fentes, où ils les auront déposées sous forme de précipités chimiques , et ont ainsi successivement produit la masse du filon. Dans cette opinion, on attribue, comme Ton voit, aux filons une formation pareille à celle des géodes. Quoiqu’il y ait bien quelques rapports entre elles cependant , on ne peut admettre une même origine ; très-souvent il n’y a pas la moindre ressemblance entre la matière du filon et celle de la roche : à Freyberg , celle-ci ne contient pas un atome de baryte et de plomb , et les filons en présentent une immense quantité. Lorsque, dans une contrée, on voit tous les filons qui ont une certaine direction, contenir un métal , et que ceux qui ont une autre en contiennent un absolument différent; par exemple, lorsqu’à Ehrenfriedersdorff, on voit les filons argentifères dirigés du nord au sud, coupant les filons d’étain qui sont dirigés de l’est à l’ouest , il est difficile de penser que l’argent et l’étain étaient originairement contenus dans la roche ; que le premier n’a été porté que dans les filons septentrionaux , et le second dans les filons orientaux. Ou peut voir dans i’ouvrage de Werner un grand nombre d’autres objections à cette hypothèse.

§ 4*2. A ces diverses théories, Werner en substitue une qu’il établit ainsi qu’il suit : Les filons sont des fentes produites dans les roches, et qui ont été ensuite remplies , par le haut , de diverses substances . il regarde les fentes comme faites dans les roches après leur dépôt, soit à l’époque ou leur masse , en se desséchant ou en se consolidant, a eprouyé un retrait, soit

Théorie de Werner,

GITES DE MINERAIS.

Observation.

par suite des affaissements que les masses des montagnes Ont éprouvés , et qui ont été infiniment plus nombreux et considérables dans les tems voisins de leur formation qu’aux époques subséquentes. Quant à la masse des filons , Werner la croit produite par une dissolution qui couvrait les terrains renfermant les fentes, et qui par conséquent pénétrait dans leur intérieur; car elles étaient alors ouvertes par leur partie supérieure. Cette dissolution , dit-il , dont la nature a souvent varié , a successivement déposé , sur les parois de ces fentes , différents principes, et elle les a ainsi remplies en tout ou en partie : comme elle y était beaucoup plus tranquille, ses produits y ont été plus cristallins et plus purs que ceux qu’elle déposait ou pouvait déposer à la superficie du sol, sous forme de couches.

Certainement cette théorie explique de la manière la plus satisfaisante ia plupart des phénomènes que présentent les filons, notamment ceux de Freyberg, dans leur structure , leurs intersections, etc.; mais elle ne rend qu’imparfaitement raison de quelques faits qui se présentent dans la nature. La partie de cette théorie qui regarde les filons comme formés dans des fentes préexistantes, me paraît hors de tout doute: depuis longtems elle est généralement admise parmi les minéralogistes. Mais il n’en est pas exactement ainsi de celle qui concerne le remplissage des fentes opéré uniquement par le haut ; et Werner même admet une classe de filons, les veines ( § 4oi ), qui ne sont plus dans ce cas. Le remplissage par le haut est absolument incontestable pour les filous qui renferment des galets, des pétrifications pour les filons de grès , de sable , etc. ; il l’est pour les filons de basalte dont nous avons parlé (§ 382); il l’est, à mes yeux, pour un grand nombre des filons métalliques que j’ai observés : mais l’est-il également pour tous? Je n’oserais l’affirmer. Qu’on me permette l’observation suivante.

Lorsque , dans une contrée de cent lieues d’étendue, composée uniquement de roches de texture grossière, grès et phyl-

filons. 655

kde ( grauwackenschiefer ), par exemple, je voîs de nombreux filons de galène et de quartz bien cristallins ; lorsque , dans des montagnes de gneis d’une étendue aussi grande, je trouve une multitude de filons d’argent et de spath, et que je ne vois pas le moindre indice de ces substances dans la masse de ces montagnes , il m’est bien difficile de concevoir que ces filons soient le produit d’une dissolution qui, couvrant la contrée, pénétrait dans les fentes , et y déposait les matières dont elle était chargée. N’aurait - elle donc déposé ses précipités que dans ces fentes ? Ou bien aurait-elle déposé des masses de gneis à la superficie du sol et des masses de spath et d’argent dans les fentes de ce même sol ? On conçoit bien qu’un précipité, fait, dans un lieu avec plus de tranquillité, puisse donner un produit plus cristallin; mais non qu il puisse former des corps entièrement différents , par exemple , du feldspath et du mica dans un lieu , du plomb sulfure et du spath calcaire dans un autre ; ce serait admettre la transmutabilité de la matière, celle de principes regardés comme simples et que tout nous indique être tels. Je ne dirai pas que la transmutabilité , ou plutôt la conversion de plusieurs de ces corps les uns dans les autres , par l’addition ou la soustraction de quelque principe incoercible , soit impossible à la nature ; car tous ses moyens sont loin de nous être connus; la pile galvanique vient de nous en découvrir dont l’existence n’était pas même soupçonnée ; et la formation des aérobies met sous nos yeux des faits qui semblent tenir à un ordre de choses dont nous n’avons pas même une idée. Mais, comme en bonne logique nous ne devons baser nos raisonnements que sur des faits positifs , et qu’aucun ne peut nous porter à croire que jamais les éléments du feldspath, différemment combinés , puissent produire du plomb sulfuré, il serait absolument chimérique de baser une théorie sur le principe de cette transmutabibté , quoique je convienne d’ailleurs que la considération des filons était bien propre à en faire naître l’idée.

GITES DE MINERAIS.

Je renvoie au traité de Werner pour la discussion et V etablissement des divers points de sa théorie, et des théories sur les filons en général : qu’il me suffise d avoir fait connaître les faits généraux qu'ils présentent.

Filons § 4i3. Les filons, comme les couches, en se en amas. renflant considérablement, c’est-à-dire en prenant une grande épaisseur , peuvent donner lieu à de grosses masses ou amas qui diffèrent de ceux provenant du renflement des couches , en ce qu’ils coupent la stratification des roches qui les entourent, au lieu que les autres sont parallèles à cette stratification. Werner nomme cette sorte de gîte stehende sslock (bloc ou amas debout ) , par opposition aux amas couchés , qui sont les amas proprement dits. M. de Bonnard a traduit par amas transversal la dénomination allemande. Cette sorte de gîte est fort rare, je n ai pas été à même de l’observer , et je n en trouve même pas d’exemple bien positif dans les auteurs.

On pourrait y rapporter le gîte que quelques anciens minéralogistes français ont appelés mine en sac ; il se trouve dans les montagnes calcaires et consiste en grottes ou cavernes qui ont été remplies par les filtrations de minerai de fer hydraté , et principalement de la variété connue sous le nom de mine en grains.

Filons épais § ^4. Il a dû quelquefois arriver , et il est efforme$.C fectivement arrivé, que les fentes qui se sont faites dans les montagnes ont été beaucoup plus larges

filons.

dans leur partie supérieure , et qu’en allant en diminuant à mesure qu’on s’enfonce, elles se terminent en coin : lorsqu’elles sont remplies de matières minérales , elles présentent l’image d’une grande masse cunéiforme. Werner donnait autrefois le nom de putzenwerk à ce gîte ; mais il parait quedepuisill’aplusparticulièrement donné

aux mines en sac.

On cite, comme exemple, le gîte de Marin-Loretta , près Fatzebaie en Transilvanie , lequel , d’après la description de Born , consiste en une fente cunéiforme , remplie de grès en couches horizontales, et contenant une quantité d’or assez considérable pour être l’objet d’une exploitation importante. On cite encore le gîte de Joachimstal en Bohême : c’est une grande masse cunéiforme de wacke , au milieu d’un phyllade : elle coupe les couches de la roche, et traverse plusieurs liions sans changer leur direction : elle s’enfonce à une profondeur de plus de 4oo mètres : sa largeur, à la superficie du terrain , excède cent mètres; et à 3oo mètres au-dessous , elle n’est plus que de vingt mètres : elle renferme des pierres de diverses espèces et des débris d’êtres organisés ; on y a trouvé des arbres entiers, avec leurs branches et leurs feuilles; ils étaient demi-bituminisés : les habitants du pays les nomment (sündjluth holz} bois du déluge , comme si c’était le déluge universel qui les eût portés et enfouis dans cette fente.

Filon en stockwerk.

658 FILONS

M. Héron de Villefosse rapporte aux amas dont nous parlons, la grosse masse de fer spathique du Stàhlberg ( montagne d’acier ) , dans le pays de Nassau-Siegen , d’où l’on retire annuellement cinquante mille quintaux de minerai que Ton convertit en acier. Elle n’a point de forme déterminée ; sa longueur est de 200 mètres , sa largeur de 5o, et la profondeur, reconnue jusqu’à 100 mètres, n’atteint pas la fin du minerai. La roche environnante est une grauwacke.

§ 4i5. Si, lorsque le terrain s’est fendu , au lieu de s'y faire une seule fente , il s’y en est produit une grande quantité dont l’ensemble , occupant un espace étendu en longueur sur une petite épaisseur , ait une direction bien marquée, il en résultera , après le remplissage en minerai , un filon composé d’une multitude de petits filons et filets : c’est, en quelque sorte, un filon en stockwerk.

Le gîte de Poullaouen fournit un exemple de ce mode de formation.

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