‹ Traite de geognosie, ou expose des connaissances actuelles sur la constitution physique et minerale du globe terrestre. Par J.F. D'Aubuisson de Voisins ... Tome premier 3 Tome 3Chapitre 1 sur 38 · TRAITE · texte numérisé non relu

TRAITE

DE

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-, • • , - * SÉRIE DES TERRAINS IGNÉS

]Nods avons indiqué précédemment (introduction géologique) sur quels principes reposaient la distinction et la classification des terrains ignés : il nous reste à développer ces principes en décrivant la série de ces terrains, ainsi que nous avons décrit la série sédimentaire.

Les terrains ignés et les terrains sédimentaires, difFérenls sous le rapport de leur composition, de leur forme, de leur distribution géographique, ne peuvent, avons -nous dit, .être classés par les mêmes considérations. La stratification , point de départ de toute retjierche, base de toute classification dans la série sédimentaire , u’existe plus dans les terrains ignés; niais, en revancbe, la comjjosition et l’ensemble des caractères minéralogiques,

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qui n’ont été jusqu’ici que des moyens d’appréciations si vagues, deviennent le guide le plus rationnel et le plus certain. Les formes qui .avaient été restreintes au type commun de la sédimentation, sont variées et assujetties à une suite de modifications, d’où résultent des lois et des caractères distinctifs. •

Dans les terrains sédimentaires, les roches d’une formation n’étaient généralement que les modifications des roches préexistantes; de sorte qu’ayant une fois ,admis une période première ou pritnitive, dont nous ne pouvons pénétrer les détails géogéniques, mais dont les produits sont très-caractéristiques, toutes les roches engendrées par l’action des eaux pendant leurs migra tionssuccessives, concordent avec les transformations mécaniques ou chimiques que nous pouvons prévoir: (sauf une seule exception , qui est l’accroissement rapide des principes calcaires, dont l’origine paraît due à une cause indépendante de ce svstème de modifications successives). Cette condition^» dans laquelle se trouvent les dépôts sédimen-*' taires, a déterminé l’ordre de bas en haut que nous avons suivi dans leur description : il n’en est pas ainsi dans la séi'ie des terrains ignés.- L’origine ignée d’une roche qui est refroidie, dont les agents atmosphériques ont altéré les formes, dont la composition a subi des n^p- ^ difications, celte^origine ne peut plus être ^ attestée que par la liaison dts masses subsis-

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tantes avec celles que nous voyons foi;mées SOUS nos yeux pai' les volcans actifs. Mais cette liaison ne peut être établie que de proche en proche. Quel rapport y a-t-il entre telles masses de granile, de sy.énites ou de^porpliyres, et les laves qui descendent des flancs du Vésuve ou de l’Etna? ces rapports sont loin d’être évidents pour un espri^qui n’a pas encore étudié lesphénomènes et les roches ignées; ils ressortiront de la manière la plus frappante, lorsqu’on remon^tei’a successivement des laves actuelles aux basaltes, aux tra- * .chyles, aux trapps, aux mélaphyres, etc...^ . »

Ainsi, pour marcher du connu à l’inconnu, il faut ici partir des faits de l’époque actuelle et remonter toute la série jusqu’à celte époque où il n’existait, avons-nousftut, aufcun équilibre,^ et où les deux principes générateurs produisaient avec toute l’énergie et tout le désordre d’une première action.

La description des terrains sédimentajres nous a laissés dans lesphénomènes del’çpoque actuelle. Nous allons en continuer l’examen, relativement aux phénomènes ignés. On voit quecetteclassiûcàtion a non-seulement l’avantage de toujours procéder du connu à l’inconnu; mais aussi celui de ne point ihterrompre la série des âges gédgnosliques que nous venons de descendre, en suivant les migrations successives des eaux, depuis l’époque de feur précipitation sur le globe, jusqu’à la

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distribution actuelle, et que nous allons remonter, en étudiant les émissions de roches ignées, depuis cellesqui on t eu lieu de mémoire d’homme, jusqu’aux époques les plus reculées que nous indique la géogénie.

Les subdivisions géognostiques seront ii]|diquées dans la série ignée, de même que dans la série sédimentaire, par les dénominations de terrain , pour les plus tranchées, et de formation, pour les moins saillantes. Un terrain comprendra plusieurs formations, qui ellesmêmes pourront se subdiviser en plusieurs termes.

Le nombre des volcans actifs est d’environ Caraciàrts deux cents, et comme les parties non explorées du globe sont celles où ils sont les moins eu trois forfréquents, il est probable que ce nombre n’excède point trois cents; (désignant par volcan actif non point une simple bouche volcanique, mais un centre d’éruption, qui peut avoir plusieurs orifices, et qui a eu des éruptions "

de mémoire d’homme). Ces divers centres volcaniques constituent des contrées plus ou moins étendues, généralement montagneuses, et' les roches ignées dont ils sont composés, peuvent, sous le rapport de la composition minéralogique ej: de la forme des massifs, se subdiviser en plusieurs classes: i.° les roches laviques provenant d’éruptions en grande partie contemporaines des temps historiques; roches de composition assez variable (pyroxéniques, feldspalbiques ou ampliigéniques) , mais généralement cai-actérisées par une tex-

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ture cellulaire et un peu spongieuse, par des minéraux accidentels particuliers, et surtout, par les formes sous lesquelles elles se présentent (montagnes coniques à cratère, ayant rejeté et rejetant par ce cratère ou par des bouches latérales, des scories, des cendres, des pozzolanes, des vapeurs, et déversant des •coulées de lave en bandes longues et étroites) ; 3.° les roches basaltiques ; roches pyroxénlques, dont le basalte est le type; auxquelles l’abondance du pyroxène, la texture compacte, la fréquence du péridot, la structure nette et pseudo-régulière, donnent une physionomie toute spéciale: les foi’mes de nappes étendues, de filons, de masses isolées, indiquent des circonstances d’éruptions, diflférentes de celles qui ont présidé à la génération des roches laviques, et, en effet, les scories, les pozzolanes, les cendres, sont plus rares, et les cratères, lorsqu’il y en a, diffèrent souvent des cratères laviques; 3." les roches trachytlques, roches feldspàtbiques très-variées, dont les détails minéralogiques sont très-caractéristiques, accompagnées de peu de déjections ( trachytes scorifiés, ponces), accumulées en groupes de montagnes, constituant des cimes élevées, sans cratère d’éruption et dont les circonstances d’émission sont difficiles à pénétrer, mais certainement encore distinctes de celles des roches basaltiques ou laviques.

Ces distinctions, que la descriptioti du ter-

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rain rendra faciles à apprécier, sont d’autant plus positives quelles concordent avec les subdivisions purement géognostiques, c’est-àdire, de superposition; de telle sorte que les phénomènes laviques, basaltiques et trachytlques , constituent des périodes successives très-distinctes. En effet, partout où il y a contact des trois classes de roches, les trachytes sont recouverts par les basaltes qui, eux-mêmes, sont inférieurs aux produits laviques.

Ainsi, d’un côté ces trois classes de roches appartiennent à un même terrain, parce qu’il y a association géographique, développement simultané de leurs gisements; d’une autre part, en vertu des divergences minéralogiques, physiques et géognostiques, elles constituent trois formations, que nous désignerons par les dénominations de lavique, basaltique et trachjrtique.

Ces lois sont sujettes à quelques exceptions, dont les causes sont d’ailleurs faciles à déterminer. Ainsi, sous le rapport du développement simultané, M. Beudant a observé qu’en Hongrie les trachytes étaient isolés des basaltes, et que ces deux formations semblaient se repousser mutuellement.* Sous le rapport de l’ordre de superposition, les Canaries et la France centrale offrent plusieurs exemples d’alternances de roches trachytiques et basaltiques; de plus, certaines éruptions modernes ont amené des laves, 'dont ies carac-

tères minéralogiques se rapportaient assezbien à ceux des basaltes. Nous pouvons prévoir d’avance que celte apparence de répulsion entre les Iracbytes et les basaltes de Hongrie, résulte de l’obstrue lion complète desfractures • et des orifices d’éruption des roebes trachytiques, et quant aux alternances, elles n’infir- , ment en rien les subdivisions indiquées} les produits ignés de deux formations qui se suivent immédiatement pouvant alterner dé même que nous avoïft! vu alterner les dépôts caractéi’istiqucs d’une formation sedimentaire alterner d’abord avec les dépôts de la formation précédente, puis s’isoler peu à peu et dominer exclusivement.

Les changements de formes dans les roebes ignées nerésultent pas seulement de modifications dans les conditions de résistance, ils dépendent aussi de la nature des matières émises, et par cette double» considération ils servent aussi bien que les caractères minéralogiques, à étayb^la distinction des périodes et des formations. Il y aura donc des alternances des caractères de formes, de même que des alteif , nances des caractères minéralogiques, et, exf/î effet,dfebasaltes*ont souvent usurpé les formes'" de cônes à cratères, de coulées longues et . étroites des volcans laviques, de même qu’ils ont alfecté quelquefois les formes massives des traebytes. Dans la formation- actuelle., toutes les fois que les laves émises furent en

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terrain volcanique. •*9

quelque sorte basaltiques (laves pyroxcniques avec péridot, de Lancerote et de Jorullo), les circonstances de leur éruption semblèrent s’écarter des lois générales auxquelles paraissent assujetties les éruptions laviques.

Pour bien comprendre les difierences qui existent entre les formations volcaniques et généralement entre les diverses formations ignées, sans perdre jamais de vue la liaison qui les réunit, il faut se représenter la masse du globe comme formée par des couches successives de matières fluides et distinctes; lesquelles tendent à se consolider de haut en bas par la déperdition graduelle du calorique.

Si l’on suppose en outre une force expansive, qui tend à l'ejeter au dehors la couche fluide quiest immédiatementau-dessous de la croûte consolidée, il en résultera que les couches qui constituent le globe, apparaîtront successivement à la surface, à mesure que la solidification fera des progrès, et que l’on pourrait suivre ces progrès et constater la composition intérieure en classant les masses émises d’après leur ordre de sortie. Chaque période,' pendant laquelle sortiront des roches analo- » gués, constituera un terrain ou une formation; mais comme, lorsque la solidification va passer d’une roche à une autre, il y aura un moment où la zone fluide qui tend à être projetée au dehors, et que l’on doit supposer nécessaire- • ment d’une certaine épaisseur, sera composée

de deux espèces de laves; il en résulte qüe dans une même contrée la matière émise pouvant indifféremment être prise un peu plus haut ou un peu plus bas, il pourra y avoir alternance des roches caractéristiques des , deux formations. Cette alternance constitue la liaison géognostique; mais il y aura, indépendamment, la liaison minéralogique, qui résultera des mélanges qui pourront avoir lieu de la roche qui va bientôt cesser de paraître au jour avec celle qui* commence ses éruptions. Enfin , la solidification pouvant marcher plus vite en certain»points du globe que dans les autres parties, il en résultera que la série des roches émises sera beaucoup plus avancée dans telle contrée que dans telle autre.

Cette hypothèse est dans un accord parfait avec tous les caractères des formations ignées; mais comme cette concordance subsiste encore, si l’on suppose le globe composé d’une seule et même matière, laquelle se modifierait à.mesure que la solidification avance, par suite des circonstances de pression et %’émission, l’on est maître de se laisser guider * par l’une ou l’autre, jusqu’à ce que l’étude des faits ait permis de faire un choix.

Formation lavique.

Volcan# L’action volcanique de l’époque actuelle de l’Europe, J. pas ^issujettie, dans toutes les contrées

oùellese manifeste, à des lois idenliquesj mais assez généralement les éruptions d’un même centre suivent une marche constante. Ce qui a lieu pour la forme, est également vrai sous le rapport de la nature minéralogique des matières rejetées. Les laves sont indéfiniment va- • . riées, lorsque l’on embrasse celles de tous les . volcans connus; mais ces variations sont concentrées dans des limites souvent y ès-resserrées, lorsqu’on n’en considère p^us qu’un seul.

IN’ous aborderons la description détaillée des phénomènes et des produits volcaniques, en suivant d’ordre géographique des gisements» ainsi que nous l’avons fait pour les terrains * sédimentaires. Commençons par les volcans de la Méditerranée, qui sont les mieux étudiés et qui ont été long-temps regardés comme le type de tous, (i)

Le Vésuve, dans la haie de Naples, est un IuU«des volcans les plus actifs de notre époque, et c’est en même temps le plus varié dans seS' # • produits et le plus étudié : c’est une montagne conique, assez régulière, dont l’inclinaison # varie entre 35,4o et 45 degrés, et dont là hau^

(1) Nous ne nous altrciuilrons pas à donner rhistoirc*%onipUte de . tous les volcans, pas même à les énumérer tous, notre cadre étant beaucoup trop circonscrit pour cela; mais nous clioisirons les descriptions de manière qu*aucune particularité ne soit ouiisc. Les travaux de tant de géologues se rapportent à cette matière, que nous ne pouvons les nooinier tous, l.es recherches de MM. de Humboldt, de Buch, Brongniart, Poulett, Scrope et Daubeo^, résument toutes les notions sur les volcans.

13 TERRAIN TOLCANIQDE.

leur est de 1198 mètres au-dessus du niveau • delà mer; il est environné vers l’ouest par une

montagne demi-circulaire, appelée la8omma, qui semble la moitié d’un vaste cratère, dont le cône actuel occuperait le centre. Les flancs > du cône sont principalement composés de

scories, de pozzolanes, de cendres meubles et incohérentes, de laves diverses, plus ou moins scorifiées.,Parvenu au sommet, l’on trouve un cratere dont la profondeur est très -variable, et dont le plus grand diamètre est ordinairement de 5oo mètres. Sur ses pentes se trouvent

• en saillie les coulées des diverses époques,

* formant des bandes longues et étroites, souvent ramifiées. Depuis quelques années la lave

t coule presque continuellement, et les lignes

suivantes, extraites du Journal des Deux-Siciles, 1854, indiquent très-bien la disposition qu’elle affecte.

^ ■„ Le Vésuve'continue, dit-il, à*nous offrir # tin spectacle curieux, qui réjouit les regards de l’observateur. Dans les soirées brumeuses,

• lorsque le brouillard empêche de discerner les contours du volcan, le courant de lave qui s’en échappe, se présente de loin comme une traînée ^e feu en l’air, ou comme un ruban d’un rouge ardent, effilé par le bout. Dans les nuits claires et sereines, la lave se dessine surleflanc delà montagne, comme ces fleuves qui se divisent à leur embouchure en w^mbreux canaux, subdivisés eux -mêmes eipnps-

TERRAIN VOLCANIQÜE. , l5

seaux plus petits encore; enfin la lave, dans son ensemble, offre tout-à-fait l’apparence d’un grand arbre déraciné et privé de ses rameaux. ”

La première éruption historique du Vésuve est celle de 79, qui amena la destruction des villes d’Herculannm , de Pompéia et de Stabia, D’autres éruptions avaient évidemment eu lieu avant cette époque; car la ville de Pompéia était pavée et en partie bâtie de roches laviques, et l’on a reconnu au-dessous de son sol trois courants délavés amphigéniques;mais la tradition n’avait consëll^é aucun souvenir de ceséruptions;il est probable qu’elles étaient antérieures aux temps’ historiques, et que le Vésuve pouvait être considéré , ^vant 79, comme un volcan lavique éteint.

Quelle était alors sa forme ? Le mont Somma était-il, ainsi qu’on l’a souvent répété, le cratère préexistant, d’où avaient été déversées les laves amphigéniques, ou bien le cône du Vésuve était-il dçjà représenté? Cette question est tout-à-fait restée dans le vague; toujours est-il que cette.prefmière éruption des temps historiques fut accompagnée de circonstances particulières; car ce ne sont point des laves qui ont englouti les trois villes romaines; l’apparence tufacée de ces matières, leur compositiop hétérogène et même bréchiforme, les fon.t%H|àrder comme des matières volcaniques délaj^^y boueuses, et, eu effet, la manière

l4- ^ TERRAIN VOLCANIQÜE.

dont ces matières ont pénétré dans les édifices, dans les temples, ont moulé les statues sans les altérer, démontre que leur fluidité devait être aqueuse. Ce sont des cendres blan- ' châtres qui recouvrent immédiatement le pavé d’Herculanum; puis vient un tuf plus ou moins fin, composé de matières feldspathiques, ponceuses, amphigéniques, bitumineuses, qui, cependant, ont dû être douées d’une certaine chaleur, puisqu’en beaucoup de points les boiseries, les papyrus, ont été plus ou moins carbonisés. On a expliqué la formation'^de ce tuf parla supposititm d’un cratère lac, dont la Somma représenterait encore les bords, au milieu duquel se serait faite l’éniption; mais cette supppsitlon peut être con^attue en ce que le Vésuve lui- même a déversé plusieurs fois par son cratère des amas incohérents de cendres, de pnzzolanes, de diverses laves triturées, de mâTOres encore en fusion qui descendaient assez rapidement, et que des eaux échappées des flancs du volcan ou tombées de l’atmosphère, réduisaient à l’état de boue plus ou moins pâteuse. ■.

• A partir de cette première éruption, le Vésuve eut des périodes très-inégales d’activité, et ses éruptions jusqu’à nos jours furent trèsnombreuses (i). Depuis 1760, lorsque la lave ne coulait pas en quelque point, il était facile

plus bas, à l’arttcle de l'Elna, le tableau chroAolo|^ue dM^^ruptious du Vésuve of des volcans voisins. ^

.TERRAIN VOLCANIQUE. l5

de recoanaitre l’état d’activité du volcan aux dégagements gazeux presque continus (vapeur d’eau, acide sulfureux, acide hydrochlorique», etc....), aux explosions qui projetaient des scories autour du cratère, et ont formé souvent dans l’intérieur de ce cratère un autre petit cône à cratère, enfin à l’oscillation de la lave, qui bouillonnait au fond de cet entonnoir où elle se mouvait^, tantôt à de grandes profondeurs, tantôt s’élevant jusqu’à le remplir presque entièrement. Mais avant cette époque il eut delonguespériodes d’inaction. Ainsi, il n’y eut aucune éruption de 1109 à i3o6 J le cratère s’était couvert de végétation, on y voyait des bois et plusieurs lacs, ^yès l’année i638, il y eut un siècle de repos absolu, qui fut interrompu par la violente éruption de i63i. Les éruptions de la période de fréquence sont beaucoup moins violentes que celles de ces temps de longue intermittence, et l’on a observé qu’il y avait en quelque sorte proportion entre la violence d’une éruption et le temps qui la sépare de l’éfuption précédente.

Les éruptions du Vésuve ne diffèrent guère les unes des autres que par des détails peu importants. On aura une idée exacte de ces éruptions, après avoir lu la relation suivante d’une des plus fortes et des plus complètes, qui ’ eut lieu le i5 Juin i794< qui détruisit la • ville de Torre- del-Greco. Cette relation est

l6 TERRAI^ VOLCANIQUE.

composée d’après celles que publièrent Hamil ton, Breislack, le duc de la Torre, etc — Vers les premiers jours de Juin 1794 la grande fontaine de Torre-del -Xireco dx?nna moins d’eau, et les puits de la ville éprouvèrent des perlurbalioDS analogues. Le 7, une explosion gazeuse entrouvrit le sol dans le lieu même où sortit, par la suite, le torrent de le plus considérable; le 8, des explosions analogues se firent entendre, et l’on éprouva lin tremblement de tei're sensible; le 13, la terre trembla à Résina, des bruits souterrains se firent entendre, et le soir, à 1 1 heures, le tremblement de terre se manifesta jusqu’à Bénév^t et Ariano. A Naples, on sentit une violente secousse, qui dura trente secondes. Le i5, à 10 heures du soir, eut lieu un nouveau tremblement de terre, plus violent que tous les autres, et au même instant on vit jaillir du sommet du Vésuve un torrent de lave et des gerbes de matières embrasées, que les explosions gazeuses lançaient à de très-grandes hauteurs. .Bientôtaprès on put distinguer quinze » autres bouché disposées eu ligne droite à des intervalles inégaux^ sur une fissure qui coupait toute la montagne sur une longueur d’un mille et demi dans la direction de Résina et Torre-dèl-Gre<^; des torrents de layes jaillissaient de toutes ces bouches; ils se réunirent en une vaste coulée, qui se précipita en cascaTle sur les pentes de la montagne, et tomba « enfin dans la mer.

L’éruption semblait à son terme; mais le 1 6, à deux heures du matin, le cratère du Vésuve se couvre de cendres et de fumée, qui s’amoncellent au-dessus de lui sous la forme d’un pin. De ces nuages épais, des flammes semblent se dégager de temps en temps, et au point du jour la teinte rouge qui leur est communiquée par la réverbération, signale près du cratère une nouvelle bouche, qui vomit un nouveau torrent de lave du côte d’Ottajano. Cette coulée parcourut trois milles en quelques heures et embrasa un bois qu’elle.traversa. Peu après tout le cône fut enveloppé de nuages, qui le cachèrent complètement. A cinq heures, la lave, enflammée par des ceps de vigne qu’elle emportait, apparut, se dirigeant vers Torre-del- Greco;*elle atteint la ville, la traverse et la . consume presque totalement. Cette catastrophe avait été prévue à temps: quinze personnes seulement périrent; mais dix-huit mille habitants furent obligés de chercher un refuge à ^astel-a-Mare : à peine pouvaient-ils trouver ^*leur chemin, une pluie de cendres tombait tout autour du Vésuve, et l’on n’était éclairé que par la réverbération de la lave et de la ville incendiée. I.e 17, les cendres tombèreht toute la journée sur Naples, le Vésuve était toujours enveloppé de nuages épais de cendres et de fumée; il se découvrit le 18, et l’on s’aperçut que la partie occidentale du cratère s’était écroulée dans l’intérieur. On attribua 5. 2

l8 TERRAIN VOLCANIQUE.

cet écroulement à un violent tremblement de terre, qui avait secoué Résina à quatre heures du matin. L’éruption u’élaitpas finie, le cratère, alors considérablement agrandi, était rempli par des amas de cendres et de débris de laves, qui, soulevés par la force expansive, s’amoncellent au-dessus de lui etse déversent vers Naples. En ce moment tombe une pluie abondante; les cendres, qui ne cessent d’être rejetées, tombent avec elle et forment une boue qui, dans sa course, entraîne les rochers, les arbres, et détruit tout ce que le feu n’avait pu consumer entre Torre-del-Greco etTorredel-Annunziala. Toutes ces causes de dévastation continuèrent jusqu’au 7 Juillet, époque à laquelle l’équilibre sembla rétabli; cependant, le 26, une des nouvelles bouches volcaniques, la plus voisine de Torre-del-Greco, vomit encore une coulée.

Le 5o Juin Hamilton était déjà parti pour visiter le Vésuve et les nouvelles bouches latérales ; c’étaient des cônes de deux cents pieds de hauteur, dont les cratères, qui lui semblèrentavoir au moins quatre cents pieds de profondeur, émettaient encore d’épaisses vapeurs sulfureuses. Des exhalaisons d’acide carbonique avaient fait périr un grand nombre d’animaux. '

Le Vésuve est composé de toutes les déjections des diverses époques : cendres, généralementfeldspathiques, rapilli,pozzolanes rou-

TERRAIN VOLCANIQUE, ’ IQ

ges et noires, quelquefois avec cristaux isolés de pyroxène, scories très-variées en couleur et en dimensions, plus ou moins poreuses, bombes volcaniques, etc.... Toutes ces déjections, accumulées en montagne conique, ont été consolidées en beaucoup de points par les laves injectées en forme de filons dans les fissures qui, dans certaines éruptions, ont fendu la montagne du haut en bas; par celles qui ont coulé sur ses flancs et qui ont protégé de leur manteau les débris incohérents. Les vapeurs acides qui se dégagent du cratère ont altéré les déjections et les matières scoriacées qui en forment les parois : ces altérations se manifestent par des changements dans la couleur, qui varie dès-lors des teintes les plus foncées aux teintes les plus claires, et par la dureté, qui est beaucoup moindre.

La composition de toutes ces déjections est très-variahie et souvent dillicile à déterminer d’après l’aspect; c’est seulement d’après les laves, que l’on peut juger les caractères des matières rejetées par le Vésuve. Les laves les plus anciennes du Vésuve ne sont guère que des laves amphigéniques, et l’on a remarqué que l’amphigène, qui .s’associe volontiers au pyroxène, mais très- rarement au feld.spath, avait diminué peu à peu. I.es léphrines' aiuphigéniques anciennes présentent une pâte compacte, grisâtre ou noirâtre, avec de gi’os cristaux d’ampbigène blanc, à cassure luisante,

tantôt mate et opaque, tantôt translucide. Ces cristaux se trouvent quelquefois libres; il est à remarquer que leur intérieur contient assez souvent de petits cristaux de pyroxène. Les téphrines amphigéniques récentes, celles par exemple qui ont été émises depuis i8ao, ont un tout autre caractère; elles sont plus rudes au toucher, criblées de petites cavités. Les cristaux d’amphigène y sont microscopiques, et n’apparaissent que comme de petits points blanchâtres, semi- vitreux, qui se détachent sur le fond de la lave, qui est toujours d’un noir plus vif que celui de la pâte des laves amphigéniques porphyroïdes anciennes. La lave à gros cristaux d’amphigèue de Borghetto est remarquable par la forme alongée qu’affectent plusieurs de ces cristaux, de telle sorte que l’alongement ayant lieu dans le sens de celui des cavités bulleuses, il semble qu’au moment où la lave coulait, ces cristaux de» vaient être à un état pâteux, puisqu’ils ont pu se comprimersans être brisés. Le même phénomène s’observe dans la lave analogue d’Aquapendente. Parmi les laves amphigéniques, laves qui appartiennent spécialement au système du Vésuve, on cite encore celles qui supportent Pompéia; celle de Fossa-Grande, où l’amphigène est très -abondant et varié en couleur; celles de 1037, de iG5 1 (lave dite picotée, pierre àpavé de Naples), dei 737,1 767, 1769, 1777,1820 et même de i83.2. L’amphigène se trouve dans

certains tufsj mais souvent en décomposition farineuse, comme dans le tuf d’Herculanum.

^ L’association du feldspath et du pyroxène constitue les autres laves du Vésuve; mais ces laves se distinguent des autres roches volcaniques de composition analogue, non-seulement par leur texture cellulaire et leur porosité, mais aussi par la nature même de leurs principes. Ainsi, le pyroxène, lorsqu’il est en •

«cristaux distincts, estsouventverdàtreettranss. lucide; fait qui n’a pas lieu dans les basaltes, où il est toujours à l’état d’auglte. La lave de * Torre-del-Greco (1794) est une des plus pyroxéniques, elle est porphyroïde et contient du péridot disséminé; celle de i55i est analogue; celle délia Favorita contient aussi d’abondants cristaux de pyroxène, mais sa pâte grise, grenue, annonce unegrande proportion de feldspath.

Les gaz et vapeurs rejetés par le Vésuve sont: l’acide sulfureux, l’acide hydrochlorique, l’acide carbonique, l’acide hydrqsulfurique , la vapeur d’eau. On y a constaté de l’azote et • de l’acide sulfurique , elles sublimations nombreuses qui s’effectuent sur les parois du cratère, indiquent encore d’autres vapeurs : le soufre, les sulfures d’arsenic, l’hydrocblorate d’ammoniaque, le sel marin, le 1er oligiste,le cuivre muriaté, le séléniure de soufre, sont les produits les plus ordinaires de ces subli- ^

• mations. Les minéraux enveloppés dans les

laves du Vésuve et de la Somma, sont : le féldspatli vitreux, le pyroxène, l’amphibole, l’ampliigène, riiaiïy ne, le fertitané,l’idocrase, le sphène, le mica, le grenat, la méionite, la^ vollastonite, l’analclme, la stilbite,Ia néphé- ^ . .. line, la geblenite, le péridot, le spinelle, le zircon, la topaze; la chaux sulfatée, carbonatée et phosphatée; l’arragonite, la dolomie, et beaucoup d’autres encore, dont la nature pré- • cise n’a pas été déterminée et auxquelles on a. donné des noms particuliers, tels que la breis-^

• lakite, la davyne,l’humholdtilite, etc....; enfin, * des noyaux de granité plus ou moins altérés, ^ de calcaire, de quartz, de serpentine, de talc * etc — ; de telle sorte que le système du Vésuve peut être considéré comme réunissant, sauf quelques exceptions, tous les minéraux accidentels de la formation lavique.

Les foyers volcaniques les plus rapprochés du Vésuve, mais qui sont loin de lui être comparables sous le rapport de l’activité et de l’intensité volcanique , sont : l’ile iX Ischia, le Monte-Nuovo , le cratère de la Solfatare et les volcans des îles Lipari. *

L’île d’iscbia ,dontla dernière éruption date de i3o2, est une montagne volcanique garnie de cônes parasites; elle parait avoir eu une grande période d’activité dans les premiers temps historiques, les habitants ayant été, diton, ft^^s de la quitter à plusieurs reprises.

Des sources thermales, des dégagements ga- ,

zeux, y sont actuellement les seuls signes d’activité. Leslaves decette île, ditM. Brongniart, sont belles et variées, toutes sont feldspatliiques et se rapprochent de la dolérite; quelques-unes présentent de gros noeuds de feldspath cristallin.

Le Monle-Nuovo est un petit cône d’éruption, dont le cratère produit encore des dégagements gazeux; il s’éleva en 1 558 au milieu ^ .

des champs phlégreens, par 1 effet d une seule ^

éruption. Parmi les cratères des champs phlégréens, celui de la Solfatare est le seul dont les dégagements gazeux annoncent encore un reste d’activité; le soufre y piovient de la décomposition de l’hydrogene sulfuré, et il paraît qu’il était déjà à cet état sous les Romains. Le sol y produit un son creux tresremarquahle ; ce qui doit résulter, dit M. Dauheny, non pas de vastes cavités souterraines, mais de la quantité innombrable de fissures qui sillonnent les roches. Les champs phlégréens ^ présentent encore des traces de 1 action volcanique sous d’autres formes, et 1 un des faits les plus intéressants, est le mouvement du sol, indiqué par les perforations qu’ont subies dans la mer les colonnes du temple de Serapis, près Pouzzoles. Ces tracesdel’actlon deslithophages indiquent en effet que le sol a été d abord ^ abaissé au-dessous du niveau de la mer, puis relevé au-dessus par un nouveau mouvement.

Les îles Lipari sont entièrement volcani- hks Lipari. -

24 TERRAIN VOLCANIQDE.

qiies, et M. HofFmann, qui les a étudiées le plus récemment, y R distingué deux produits d’époques très-dilFérentes. Les laves anciennes feldspalhiques, accompagnées de roches d’agrégation, qui font probablement partie du terrain trachy tique, avaient été jusqu’ici confondues avec les laves modernes, également feldspatliiques et vitreuses. Les produits modernes sont souvent distincts par le seul fait du soulèvement qu’ils ont fait subir aux roches préexistantes; ainsi, à Stromboli, le tuf feldspathique a été étoilé et soulevé autour de la bouche volcanique actuelle (planche X); c’est encore principalement par la position relative que M. Hoffmann a distingué dans l’ile de Lipari les tufs avec lave porphyroïde de Monte- Saut- Angelo, les anciennes obsidiennes, avec ponces de Monte-Guardia, les anciens conglomérats ponceux de Campo-Blanco, des nouvelles obsidiennes avec ponces du capCaslagno et du cratère de Perlera.

A Stromboli, l’action volcanique est toute differente de ce qu’elle est au Vésuve. Les éruptions y sont continues, et ce que nous avons dit de la proportion qui existait entre la violence des éruptions volcaniques et leur intermittence, semble s’y confirmer, puisque les éruptions de Stromboli, qui ne sont séparées que de quelques minutes, se bornent à des dégagements de vapeurs, des explosions gazeuses et des projections de scories. Dolo-

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TERRAIN VOLCANIQÜE.

mieu etSpallanzani ont donné des descriptions détaillées de ce volcan, et leurs descriptions se rapportent parfaitement aux phénomènes de nos jours.

A plusieurs lieues de distance, Stromboli apparaît comme une île conique (planche X) , d’où s’échappent, à des intervalles courts et réguliers, des gerbes de scories incandescentes et de fumée. Chaque projection.de gaz et de matières solides est accompagnée d’une détonation proportionnelle à la force projetante : Les intervalles de séparation étant de dix à douze minutes dans les temps ordinaires, et de deux ou trois minutes seulement lorsque le volcan est dans une activité plus intense. Le cratère par lequel se font ces éruptions, n’est pas placé au sommet de l’île; il est ouvert sur un de ses flancs, environ aux deux tiers de sa hauteur totale. Les lèvres de ce cratère, dit Spallanzani, ont une circonférence de pieds. Ses parois, qui sont formées de déjections, s’abaissent doucement de l’est au sud; mais dans les autres parties la pente est trèsrapide : on les voit incrustées en dilFérents points de sels et de soufre. Jusqu’à une hauteur variable, ce cratère est rempli de lave fluide et incandescente , qui est agitée par deux mouvements distincts : l’un de tourbillons tumul tueux dansun plan horizontal ; l’autre, vertical et oscillatoire. La lave est relevée par ce dernier mouvement dans l’intérieur du cra-

a6 TERRAIN VOLCANIQUE,

tère avec plus ou moins de vitesse , et quand elle est arrivée à une distance de a5 ou 3o pieds du bord, des bulles apparaissent, un dégagement instantané de gaz et de fumée occasionne une détonation semblable à un coup de tonnerre, et projette avec une grande vitesse une portion de cette lave divisée en mille morceaux. Cette lave retombe dans le cratère, sur les flancs du cône, ou même dans la mer, sous forme de scories incandescentes et de pozzolanes. La même action se répète à des intervalles plus ou moins rapprochés, suivant l’intensité du volcan; le mouvement oscillatoire de la lave s’exécutant sur une hauteur d’environ vingt pieds.

L’action volcanique est sujette à des interruptions rares et courtes. Spallanzani fut témoin d’une de ces interruptions, La lave s’étant abaissée tout au fond du cratère, ne remonta plus; en même temps toutes les fumaroles qui se trouvent sur les flancs du volcan, projetèrent des gaz avec une violence inaccoutumée et un sifflement très-bruyant. Quelque temps après, la lave remonta, et le mouvement oscillatoire se rétablit. Les gaz dégagés, qui enveloppent quelquefois la cime du cône, de manière à la rendre inabordable, consistent principalement en acide sulfureux. L’activité de Stromboli a lieu de temps immémorial; il en est fait mention 290 ans avant l’ère chrétienne. Eut- elle toujours lieu de la même

manière, c’est ce dont on est sùr depuis deux ou trois cents ans; au-delà les renseignements manquent, mais on n’a pu néanmoins citer aucune éruption positive qui ait donné^ lieu à des coulées. Plusieurs bouches volcaniques, analogues au cratère actuel, et d’où ne se dégagent plus que des gaz, annoncent du moins que ces éruptions eurent aussi lieu en d’autres points. ^

^ L’île n’est pas exclusivement^composée de déjections et de lave scorifiée : une partie est formée d’un tuf dont les fissures contiennent souvent du fer oligiste spéculaire, et qui esj; traversé par des liions feldspathiques, d’apparence trachytique. Cette portion de l’ile parait devoir être regardée comme appartenant à une formation préexistante, soulevée par l’effet volcanique qui a éclaté au travers.

f^ulcano est un cône volcanique régulier et surmonté d’un cratère s’élevant dans la cavité d’un cratère plus* grand et plus ancien. Son activité se manifeste par des dégagements gazeux et surtout par la production d’une grande quantité de soufre, plutôt que par des émissions de laves; il a eu cependant des éruptions assez violentes en i444» »55o, lySq, 1776, 1780 et 1786. Ce fut à la suite d’une de ces éruptions que les laves comblèrent en partie l’intervalle qui le séparait du petit cône de Vulcanello, lequel avait formé jus- ^’alors une île 'distincte. Le nouveau cône

n’est pas précisément au milieu de l’ancien cratère J il est placé dans la pattie nord-est de manière qu’une portion de sa base est en dehors du cercle qu’en décrirait la circonférence. Deluc, Dolomieu, Spallanzani, ontdonné des descriptions très- détaillées de cette île et sur les modifications qu’a subies la forme du cratère.

Ce cratère, lorsque Dolomieu le visita, était très-profond et produisait unegrande quantité de gaz sulfureux, dont les fumées, blanches pendant le jour, paraissaient rougeâtres et luçiineuses pendant la nuit. Les parois intérieures étaient tapissées de soufre sublimé, qui, en certains points, était fondu et ruisselait jusqu’au fond de l’entonnoir, où se trouvaient deux espèces de petits lacs d’une matière rougeâtre et fluide, qu’il jugea être aussi du soufre. En 17q4i Spallanzani put descendre dans le cratèçe au moyen de l’éboulement d’une de ses parois, qui avait rendu de ce côté les pentes moins rapides. Le sol était brûlant; des gaz se dégageaient avec sifflement des fissures et des cavités; le fond du cratère était occupé par une petite plaine circulaire, dont le centre était soulevé comme une tumeur, Une vapeur dense et suffocante se dégageait de tous les points de celte tumeur; le terrain, couvert de sublimations salines et de soufre, résonnait au moindre choc; on le sentait trembler. Les éruptions de laves et de scories ayant en quel-

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que sorte cessé, et les sublimations, les émissions gazeuses continuant toujours avec intensité, le cratère du Vulcano peut être regardé comme passant à l’état de solfatare. Il y a néanmoins cette différence avec la Solfatare de Pouzzoles, que c’est ici l’acide sulfureux qui domine, et non plus l’acide hydrosulfurique. La réaction de cegazsur les roches donne lieu à la' formation d’une assez grande qùantité d’alun.

Les produits immédiatset les plus ordinaires des vapeurs du cratère sont ; le soufre, qui est quelquefois demi-transparent; l’acide borique, qui forme des enduits légers, spongieux et cristallins; l’iiydrochlorate et le borate d’ammoniaque; le sélénium, mélangé avec le soufre, et qui, suivant M. Brongniart, paraît avoir • été volatilisé avec l’hydrogène.

Les laves de Vulcano sont feldspathiques, et quelques-unes sont à l’état d’obsidiennes très-vitreuses, accompagnées de ponces. Un de ces courants vitreux d’obsidienne noire, des dernières éruptions, se voit encore sur le liane du cône; il est descendu ju'squ’au bas, sans entrer dans la vallée circulaire qui l’entoure: il a fallu, dit Dolomieu , pour produire cette éruption, que toute la coupe du cratère ffit pleine de la lave, qui a débordé et s’est ensuite retirée après cet effort expansif. Les obsidiennes et les ponces sont des pi'oduits qui semblent caractériser les volcans qui ne rejettent que des laves très-feldspatbiques; nous

Siâle.

3o ^ TERRAIN TOLCANIQÜE.

aurons occasion de détailler leurs caractères en décrivant d’autres volcans. Le cône de Vulcano est superficiellement composé de déjections en grande partie altérées par les exhalaisons sulfureuses : ce sont des cendres, des scories et des ponces; mais toutes ces matières incohérentes durent être consolidées par des laves, puisque lesparois n’ont pas cédé à la pression lôrsqu’elles ont rempli le cratère.

M. Hoffmann a établi entre les laves feldspathiques avec conglomérats qui constituent l’ancien cratère de Vulcano, et les^t^duits analogues qui constituentlecôneactif,d'jakitiême distinction géognostique qu’entre les laves des conglomérats anciens de Lipari et les deux couléesmodernesparties deses flancs; qu’entre le tuf ancien de Stromboli et les produits récents qui l’ont soulevé.

VEtnn présente sur une échelle beaucoup plus grande l^s mêmes phénomènes d’érup- , tion que le Vésuve : c’est un énorme cône de 5337 mètres de hauteur, dont le sommet est excavé e*n forme de cratère. De ce cratère, qui émet- continuellement des vapeurs sulfureuses, se sont épanchées, à diverses époques, des coulées de lave, dont quelques-unes furent assez puissantes pour atteindre la base du cône. Néanmoins la plupart des courants se sont fait jour sur les flancs, les parois n’ayant pas pu, malgré leur épaisseur, soutenir l’énorme pression de la colonne de lave

TERRAIN VOLCANIQUE. 3l

qui oscillait dans le cratère. Plus de soixante* dix cônes volcaniques résultèrent de ces éruptions latérales; mais ce ne sont pas seulement ces cônes parasites qui altèrent la régularité de l’Etna, des excavations considérables, que l’on ne peut attribuer aux agents atmosphériques actuels, des déchirements profonds, semblent annoncer des actions autres que celles qui se manifestent aujourd’hui. M. de Buch et M. Ferrara en ont inféré que ce cône ne devait pas seulement son élévation , comme les cônes d’éruption, aux matières accumulées autour de l’orifice volcanique; ils ont pensé que les roches calcaires et les roches basaltiques, sur lesquels • repose le sjs^ine’ actuel, avaient été soulevées, puis recoitvçrtes parles matières volcaniques soulevantes. 11 y a long-temps que l’on avait i^lC^nnu que toutes les«pches volcaniques de l’Etna n’étafèô’f pas contemporaines , et l’on avait signalé les laves, les tufs et les brèches basaltiques qui apparaissent en un grand nombre de points aillour de la base de l’Etna, dans les îles Cyclopéènties,

etc ; mais l’accumulation des roches lavi-

ques, rejetées du cratère central*ou des cônes parasitesj^st telle que l’on n’a pu jusqu’à présent distinguer ni classer les roches constituantes de l’Etna, ni constater tous les phénomènes qui ont amené l’état de choses actuel.

Cette puissante accumulation de coulées et

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3a TERRAIN YOLCÂNIQ||fc »'

de déjeetions dénote nécessairement une haute antiquité, et, en effet, les traditions les plus reculées nous montrent l’Etna tel qu’il est aujourd’hui pour sa forme et pour les phénomènes de manifestation volcanique. Thucydide signale trois éruptions avant la venue des Grecs, et Diodore de Sicile rapporte qu’un courant de lave, passant près de la ville de Giarré, et ayant vingt-quatre milles de long sur deux de large, arrêta l’armée carthaginoise marchant contre Syracuse. De nombreuses éruptions ont été constatées depuis ces époques, et la planche IX est une carte dressée par M. Gemellaro de toutes les éruptions .connues, indiquant la direction et la forme approximative des courants qui en résultèrent Cette carte ne donne qu’une idée grossière de la forme de l’Etna, vu que les accidents du soi n’y sont pas détaillés; mais elle montre parfaitement cette tendance des laves en bandes longues et étroites, à prendre une forme arborescente.

Parmi les éruptions de l’Etna, on cite surtout celle de 1669, qui produisit le Monte- Rosso et une' des plus puissantes coulées, laquelle vint s’amonceler sur les murs de Catane et pénétra dans la^ville. La planche IX présente aussi une^ue'de cette éruption d’après Spallanzani. On voit que la montagne s’était fendue de a en h, et que toute la colonne de lave contenue dans les conduits souterrains

Digilizci Goiiyll

deppjs.é jusqu’au cratère, s’épancha vers Catane. Les murs de la ville avaient soutenu la poussée de la lave, et l’on voyait avec inquiétude l’enveloppe solide qui la recouvrait s’élever peu à peu, lorsqu’on eut l’heureuse idée . de percer latéralement cette croûte superficielle, afin de procurer à la lave qui s’amoncelait, un écoulement dans un autre sens. L’expérience réussit, mais cette diversion fut insuffisante. Les déjections qui forment le Monte- Rosso contiennent beaucoup de py* roxènès isolés, et la lave elle- même est trèspyroxénlque : l’on a cité la Torre-di-Grifo comme un point où elle contenait des ganglions d’apparence basaltique. Les laves de l’Etna sont plus ou moins pyroxéniques ou feld$pathiques , quelques-uns passent à la dolérite; mais ce volcan, dit M. Ferrara, n’a jamais produit de lave réellement basaltique.

L’Etna complète le système des volcans actifs de la Méditeri’anée, et l’on a remarqué que les deux principales bouches de ce sys-"* tème (le Vésuve, et l’Etna) s’influençaient réciproquement, en ce que les périodes de leur plus grande activité alternaient ensemble, et que les éruptions les plus rapprochées étaient au moins à un mois et ordinairement à une année de distance : c’est ce dont on peut juger parle tableau ci-joint, dressé par M. Daubeny ,

. et qui est le résumé chronologique des éruptions du système méditerranéen.

TERRAIN VOLCANICUE.

Tjblejv comparatif des éruptions du système méditerranéen.

(Stromboli étant dant une activité perpétuelle.)

ETNA

Avant J. Ch.

^ <■; ;4#9,<(*nTiron ).

'^^86 où 125 (éruption prèsde Lipari).

Apréa J. Ch.

40 (environ).

1169 (4 Février).

1329 (28 Juin).

1408 ( 9 Novembre).

1447 (Septembre).

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