ÉTUDES
l’esprit humain, jetant un regard sur le passé, voulut encore remonter aux causes de formation, etémit des théories gébgéniques en s’appuyant sur les deux sciences précédentes, créées par l’art des mines; elles éprouvèrent toutes les vicissitudes que leurs bases ont subies. Leur nombre ne doit donc pas nous étonner; mais, loin de s’effrayer de ces revers, il faut observer d’un autre côté que pendant ces mouvements alternatifs qui ont effacé bien des idées , il s’est aussi accumulé une quantité considérable défaits positifs, qui eussent passé inaperçus sans le jour que les théories ont jeté sur eux et que, ballottés de part et d’autre, ils parviennent, en vertu de cette vibration prolongée, à se grouper peu à peu, suivant des lignes régulières, qui donnent enfin prise au calcul; c’est alors que, possédant les lois qui lui permettent de prévoir les faits, la science marche avec hardiesse.
La géologie arrive à ce degré de perfection quant à sa partie mécanique; mais il est malheureusement loin d’en être de même pour sa partie chimique. Les phénomènes de réaction moléculaire qui ont accompagné les grandes perturbations du sol, sont d'un ordre tellement élevé, l’influence du temps et l’action toute-puissante des masses y jouent un rôle si immense, qu’il dépasse tout ce que nos ateliers les plus considérables ont pu nous faire concevoir, et ce qui augmente encore
l'embarras dans ce genre de recbercbes, c’est la difllculté qu’il y a de bien observer dans les travaux souterrains: cet obstacle a été souvent nuisible aux observateurs, ella nature, qui paraît tout faire pour attirer les regards du géologue'sur la surface de la terre, semble au contraire s’attacher à le repousser du moment qu’il cherche à en sonder la profondeur. En cela les dangers qui accompagnent les travaux de l’exploitation ne sont que le moindre des inconvénients; il faut en outre s’habituer à discerner les substances diverses au travers d’une atmosphère que la clarté de la lampe traverse à peine, et ce qui est bien plus difficile encore, se munir d’une infatigable persévérance pour suivre pas à pas le mineur, qui, par son travail, efface les faits à mesure qu’il les met en évidence.
Nous avons dû entrer dans ces développements parce qu’ayant à parcourir une carrière féconde en hypothèses, il fallait indi- , quer nettement notre position et faire voir que d’ailleurs nous ne sommes pas sous l’influence absolue d’illusions systématiques qui nous porteraient à considérer comme des faits positifs ce qui n’est encore que dans le vague des conjectures. En un mot, nous le disons d’avance avec Valmont de Bomare : «L’étude des secrets de la nature dans les entrailles de la terre est sans doute la plus hardie, mais aussi la plus belle et la plus élevée. La matière y est.ç
vaste; le travail s’y fait en grand; l’ouvrage frappe les yeux, ravit d’admiration; mais la main de V ouvrier est invisible. ”
Cependant aussi, comme les théories qui ont un objet raisonnable sont des approximations de la vérité et des pas faits vers la science positive, nous nous trouvons en quelque sorte encouragé dans notre tâche, et puissent les illustresgéologues, qui de nos jours ont fait faire à celle-ci de si rapides progrès ensignalant l’immense influence que les actions chimiques ont exercée dans les grands phénomènes de la nature, reconnaître qu’au moins nous nous sommes toujours tenu dans les bornes de la vraisemblance.
De toutes les j>artiesde la géologie, aucune, sans contredit, n’a occasioné plus de divergence dans les opinions que la formation des dépôts métallifères, et tandis que nous voyons les théories sur l’ensemble de structure du globe osciller entre un petit nombre de systèmes généraux, la voie aqueuse et la voie ignée, et entre les hypothèses basées sur les actions prolongées des causes que nous voyous agir journellement en opposition avec les convulsions subites et périodiques qui eu ont modifié la surface, la constitution des filons, au contraire, en a produit une multitude; c’est qn’aussi les phénomènes se compliquent à mesure que l’on descend aux détails, et qu’alors, tout en rentrant dans les grandes
SCR LES DÉPÔTS MÉTALLIFÈRES. ûS’J
Lypothèses géogéniques, les idées ont du nécessairement se subdiviser en autant de branches que la cause primitive pouvait se prêter à des applications diverses. Ainsi, pour ceux qui admettaient la formation ignée de la lerre, il leur était tout aussi facile de concevoir les filons comme étant des produits de fusion que de vaporisation ou de liquation. Si, au contraire, la formation aqueuse dominait dans l’esprit des observateurs, alors ce furent tantôt des eaux superficielles, tantôt des eaux intérieures qui produisirent les dépôts, soit mécaniquement, soit par cristallisation, soit par précipitation chimique. Suivant d’autres, ces mêmes eaux, s’infiltrant dans les roches voisines, s’y chargeaient de particules minérales, quelles déposaient dans les filons par transsudation.
Ajoutonsà cela les phénomènes électro-chimiques résultant du contact d’une multitude de roches variées, et l’on aura un aperçu des diverses ressources que le génie humain a appelées à son aide pour appuyer ses théories.
Nous examinerons successivement ces diverses hypothèses, et nous en prendrons ce qu’il y aura de réel ou au moins de plus rationnel; car il faut le remarquer dès a présent, ces théories ont toujours été basées sur des observations positives, qui ont été tout simplement trop généralisées par une application de faits locaux, étendue d’une manière.
ÉTUDES
outrée à toutrensembleclePétonnanle variété des phénomènes que présentent les gîtes métallifères.
Aux opinions établies sur des réalités, s’est réunie une autre classe d’idées presque totalement effacée de nos jours; mais qui domina puissamment dans son temps; nous voulons dire celles qui faisaient la base de l’alchimie. Suivant les adeptes de cette science, la transmutation des terres en métaux, leur maturation par les influences sidérales et astrologiques, leur épuration successive par des fermentations et des codions prolongées, l’intervention d’un principe mercuriel, de terres subtiles, de parties arsénicales, sulfureuses et bitumineuses, de matières salines, etc., jouent un grand rôle dans le phénomène de la production des métaux dans le sein de la terre.
Les principaux auteurs qui ont écrit dans ce sens, furent Utmann d’EIterlein, Mayer, Lohneiss, Barba, et plus récemment encore le célèbreTrébra, en 1785, tellement les idées des adeptes s’étaient profondément enracinées; voici, au reste, ses propres expressions: „La fermentation peut changer encore les pierres quartzeuses en pierres argileuses; les substances calcaires en quartz; la masse des rochers en matières combustibles, sels, et même les disposer à devenir les minérais des métaux et demi-métaux. Je lui attribue encore la propriété de pouvoir produire, en-
tretenir et continuer à former ces gîtes et couches de minéraux dans les montagnes primitives et même secondaires. J’ajoute enfin queiecboc que leseauxexercenten se frayant un chemin du haut vers le bas des rochers, et que tant de causes modifient de plusieurs manières, me paraît être la cause d’une plus grande activité de la fermentation dans certains points particuliers de la montagne.”
On conçoit combien il serait inutile de s’attacher actuellement à réfuter de pareilles hypothèses, soutenues non-seulement sans aucune preuve, mais encore sans autre probabilité que celles très-incertaines sur lesquelles l’alchimie était basée.
Il faut mettre au même rang la nécessité d’une matrice incluse dans le sein des roches, laquelle, après avoir subi diverses actions préparatoires , devient propre à engendrer les minérais.
• Ces matrices, comme on doit le concevoir d’après les idées de leurs inventeurs, ne pouvaient pas occuper des positions quelconques, ni se multiplier indifféremment; autrement nous verrions des montagnes entières se transformer spontanémenten minérais: celan’avalt lieu que dans les parties assujetties à certaines directions, et dont la nature différait déjà du reste de la roche, avant leur transformation en minérais; elles consistent ordinairement en pierres décomposées et friables, passant
KTi:nt;s
à l’élat terreux, préliminaire de la transformation en métal.
Ces détails, dans lesquels on entrevoit quelque chose de relatif aux filons argileux, connus de^ mineurs assez généralement sous le nom de Jilons pourris, qui accompagnent assez ordiuaii’ement les filons productifs, ont été développés principalement par Mofimann et Zimmermann , en 1725 et
Patrin est aussi porté à admettre une sorte d’organisation dans l’écorce de la terre j et d’après cette idée il considère les liions métalliques comme une sorte de carie qu’éprou- Vjent les couches de la terre, et il pense que les plus puissants filons ont commencé d’une manière insensible, et que leur accroissement s’est opéré progressivement de même que la carie dos os des animaux et du tissu ligneux des arbres.
Dans les uns comme dans les autres, une Ibis que le foyer de décomposition s’est établi, tous les fluides qui viennent y aboutir par l’elfet de la circulation, y contractent, par assimilation, les propriétés de ce premier ferment. Ces fluides, destinés à la nuti’ition de la partie malade, changent totalement de nature et acquièrent un degré prodigieux d’exaltation; et pour qu’on ne soit pas révolté de le voir considérer ces métaux, ces idoles si révérées par la cupidité des bo;mmes, comme le produit d’une maladie de la terre, il rap-
SUR LES DEPOTS IMETALLIFERES.
pélle le^ ^aractère corrosif et délétère qu’ils i^xiifesteht dès qu’ils sont dans un grand état ^;divisionj ce qui ne justifie que trop à scs ■ la triste origine qu’il leur attribue.
:^jlVous rangerons ici une opinion tout aussi ^gulière, qui a été travaillée surtout par E^hmann, en 1735; elle méi’ite d’autant mieux q^tre rapportée ici, qu’elle n’est pas sans importance, encore de nos jours, aux yeux de ÇaSrtaines personnes.
ilX^et auteur considère les filons comme étant les branches et les rejetons d’un énorme tronc placé dans le sein de la terre et vraisemblablement à une profondeur telle que nous n’avons pas encore pu y atteindre. Les filons puissants en sont les branches principales^ les veinules et les filets en sont les rameaux.
«Ce que je dis, ajoute-t-il, ne doit pas paraître incroyable, si l’on vient à réfléchir que, d’après toutes les observations, la nature tient dans le sein du globe un atelier et sa fabrique de métaux; que de temps immémorial elle y en travaille et élabore les parties primitives; que ces parties s’élèvent ensuite sous forme de vapeurs et d’exhalaisons jusqu’à la surface du globe par le moyeu des fentes, à peu près comme la sève s’élève et circule dans les végétaux, à l’aide des vaisseaux et des fibres qui les composent.”
... Toute dénuée de réalité que soit cette explication, elle se trouve néanmoins, et par une
ÉTl’DES
tt-
592 ÉTl’DES
coïncidence vraiment remarquable, assez répandue parmi une certaine classe d’exploitants, maigre les connaissances positives que leur genre de ti’avaii aurait dû leur faire acquérir; elle paraît leur être venue naturellement, et la cause doit en être, selon toute apparence, rapportée aux dénominations dont se servent les mineurs qui, dans leur langage habituel, désignent d’une manière figurative les filons latéraux et les croiseurs par les mots de branches latérales ^ embranchements , de ramifications d’un filon , et ces mots, pris dans leur expression vulgaire par les spéculateurs, leur font supposer naturellement l’existence d’un tronc branchu, auquel il faut arriver pour trouver la masse principale, l’amas de toutes les richesses qu’ils supposent ordinairement inclus au milieu des montagnes; mais de quoi s’étonner quand on voit que l’art du tourneur de la baguette divinatoire et la propriété que possède cet instrument de faire découvrir les filons et les sources cachées, ont encore leurs croyants.
Laissant enfin de côté ces rêves de l’esprit humain, nous passerons directement aux faits ijui peuvent offrir prise à l’étude, et nous allons poser les notions préliminaires qui nous seront nécessaires par la suite.