‹ Traité de géographie physique; climat - hydrographie - relief du sol - biogéographieChapitre 23 sur 162 · B. BASSIN DE RÉCEPTION TORRENTIEL DU RIOU BOURDOU · texte numérisé non relu

B. BASSIN DE RÉCEPTION TORRENTIEL DU RIOU BOURDOU

Remarquer les tassements du terrain, qui semble s'affaisser par paquets, sous l'influence de l'alïbuillement produit par les torrents.

Planche IL

E. de Martonne. Géographie Physique.

et jetait un vapeur sur les rives. Pareils phénomènes sont relatés plusieurs fois au xvmc siècle. Le seul été de 1905 voyait les accidents suivants dans les Alpes françaises : débâcle du torrent de la Griaz, le 28 juillet; coulée du Saint-Antoine sur Modane le même jour; avalanche du Vol an dans la Dranse, déviant la rivière de 1 500 mètres le 7 août; affaissement de la montagne de Roche-Noire près de Saint- Jean-de-Maurienne; éhoulis de la montagne des Trois-Cbàteaux au-dessus de Pont-en-Royans, le 10 août, etc.

Ces quelques exemples suffiront à donner une idée de l'activité des remaniements de la surface dans les régions de topographie heurtée. Mais, même dans les plaines, la surface du sol n'est pas en repos. Les méandres des grands fleuves se déplacent lentement, mais parfois une boucle est brusquement coupée à la suite d'une crue. Les levés détaillés du cours du Mississipi, faits en 1881 et 1894, ont révélé un grand nombre de changements de ce genre. Depuis que ce fleuve est connu, on a observé 15 cas de cul-off (méandre recoupé d'un seul coup) accompagnés de ravages des rives [Brown, 34 |. L'alluvionnement des grands lleuves peut d'ailleurs se mesurer aux progrès des deltas qu'ils forment; nous avons donné déjà une idée de leur avancement rapide.

Complexité de la vie superficielle du globe terrestre. — La vie

physique de l'élément solide ou lithosphère n'est donc pas moins sensible que celle de l'atmosphère et de l'hydrosphère et se manifeste aussi particulièrement dans cette zone de contact des éléments qui est le domaine des recherches géographiques. Cette zone de contact est aussi une zone de pénétration et de réaction réciproque des éléments.

L'atmosphère n'est pure nulle part au voisinage du sol. Elle est toujours plus ou moins chargée de poussières d'origine continentale, qui parfois se précipitent en pluie rouge ou jaune. Les glaciers des Alpes et des régions polaires enregistrent dans leurs strates de glaces les chutes de poussières atmosphériques. L'eau qui s'évapore constamment de la surface des océans et des régions continentales humides apporte dans les couches inférieures de l'atmosphère un élément de troubles et de perturbations incessantes.

Il est aussi impossible de considérer à part l'hydrosphère que l'atmosphère. Nous avons vu comment les éléments liquide et solide se pénètrent dans la zone de la plate-forme littorale, où la vie physique prend le caractère d'une sorte de lutte incessante entre l'océan et la terre ferme. La mer démolit ses rivages, mais en se chargeant de débris solides, qui se déposent constamment et sont de futurs conti-

nents, tandis que les fleuves lui apportent des masses énormes de sédiments et la font reculer devant leurs deltas. Même en dehors de la zone littorale, la mer est chargée d'éléments solides. Les sels qu'elle contient en dissolution sont d'origine continentale, comme le prouve la forte salinité des lacs des régions sèches sans écoulement. L'atmosphère pénètre jusqu'au fond des mers ; toute vie organique y serait impossible sans la présence d'un peu d'oxygène. Mais c'est surtout sur la surface des océans que se font sentir les actions atmosphériques qui déterminent des perturbations et des ruptures d'équilibre : vagues, tempêtes, courants marins.

La lithosphère elle-même manifeste une activité propre, due à des réserves d'énergie interne, dont la nature nous est mal connue. Mais les changements les plus continus y sont dus à l'action des éléments liquides et gazeux : formation et déplacement des dunes, érosion littorale, érosion continentale. L'eau pénétrant partout dans le sol décompose les roches les plus dures; ruisselant à leur surface et s'écoulant par des voies déterminées, elle creuse, déblaie, transporte.

La complexité de la vie physique du globe est la condition même de toute vie organique. Pas de végétation sans la pénétration constante de l'eau et même de l'air dans le sol. Pas de vie dans les océans sans les sels et les gaz en dissolution dans l'eau de mer. D'autre part les organismes eux-mêmes contribuent aux changements incessants du monde physique. Les sédiments qui se déposent dans les grandes profondeurs océaniques sont la plupart d'origine organique : carapaces de diatomées, foraminifères, etc. Les polypiers construisent des édifices sans cesse détruits par les vagues, mais qui finissent par former des îles de formes très particulières : atols, récifs-barrières. Les palétuviers fixent les vases et sables côtiers et contribuent à hâter les progrès des atterrissements sur les côtes de la zone tropicale.

La géographie physique n'est donc pas séparable de la géographie biologique. Il est même difficile d'étudier séparément les trois éléments. Cependant cette distinction est nécessaire pour sérier les questions. Si l'on se fonde sur la complexité croissante des phénomènes envisagés, il semble naturel d'envisager d'abord la vie de l'atmosphère, puis celle de l'hydrosphère et celle de la lithosphère. Nous étudierons donc la climatologie générale, l'hydrographie et enfin la morphologie terrestre, en y ajoutant des principes de biogéographie.

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