‹ Traité de géographie physique; climat - hydrographie - relief du sol - biogéographieChapitre 61 sur 162 · IOOO · texte numérisé non relu

IOOO

*0fâ 2000-3000

l^plus de 3ooo

11° Température

JLOI^ Densité

15° 12e \ ll°-v^

Fig. 136. — La mer Noire, profondeurs, températures et densités à la surface,

d'après WoeikoiT.

mer intérieure, qui paraît être arrivée à une dessalure à peu près complète à la fin de l'ère tertiaire (mer Sarmatique). L'établissement récent d'une communication avec la Méditerranée par le Bosphore a permis l'arrivée des eaux salines. Les espèces adaptées à la vie dans les eaux douces ont dû se réfugier dans la partie septentrionale, où on en retrouve encore quelques-unes près des embouchures des grands fleuves et dans la mer d'Azof . Mais la plus grande partie a péri. L'accumulation de ces cadavres empoisonne les grands fonds, où la circulation est insuffisante et y rend actuellement toute vie impossible. Il suffirait que le continent s'affaissât légèrement, pour permettre un afflux plus rapide des eaux méditerranéennes. Les dernières espèces saumâtres réfugiées au Nord périraient, mais

la circulation devenant plus active balayerait les miasmes délétères et rendrait la vie possible dans toute l'étendue de cette mer. Dans l'état actuel, la mer Noire est moins qu'une mer continentale, c'est presque une mer fermée.

Mers continentales fermées. — Il est difficile de distinguer une mer fermée d'un lac. On a jadis considéré la plupart des grands lacs comme des lacs-reliquats (Reliktenseen), c'est-à-dire d'anciens bras de mer isolés de la masse océanique par des mouvements du sol. Aucune preuve ne peut être malheureusement fournie à l'appui de cette théorie. La salure n'est pas particulière aux eaux marines ; les lacs des pays secs sont fréquemment salins, par suite de la concentration des sels due à une évaporation très intense. L'existence d'une faune marine dans les profondeurs les plus grandes n'est pas non plus un argument décisif. Les lacs glaciaires des Alpes et de la Suède renferment en effet des espèces pélagiques à affinités marines, bien que leur formation soit due incontestablement à l'accumulation d'eaux continentales dans des bassins excavés par les glaciers ou derrière des barrières morainiques [Credner, 12]. La découverte au fond du lac Tanganyika de méduses et de mollusques présentant des affinités avec les espèces qui peuplaient les mers de l'époque secondaire, a paru un moment décisive. Mais l'expédition zoologique anglaise de Moore, envoyée pour étudier de près cette faune, n'a pas rapporté les faits décisifs qu'on en attendait, et la présence dans le Victoria Nyanza d'une méduse semblable à celles du Tanganyika semble bien indiquer que la faune dite halolimnique est le résultat d'adaptations particulières, dont les conditions sont encore mal définies [13].

On ne peut affirmer qu'une nappe lacustre soit due à l'isolement complet d'une mer continentale que lorsque l'histoire géologique nous montre d'une façon indiscutable l'existence à une époque récente d'une mer plus étendue, en communication avec les océans. Tel est le cas de la mer Caspienne et de la mer d'Aral, seuls restes de l'ancienne mer Sarmatique.

Les traits principaux de la vie de ces nappes d'eau de caractère intermédiaire sont les suivants : les marées y sont encore moins sensibles que dans les mers continentales; mais les tempêtes y sont particulièrement violentes, les vagues étant courtes et irrégulières ; la circulation est peu développée, les courants sont nettement en rapport avec les vents locaux et avec les différences de salinité, qui sont très grandes. La tendance à la dessalure est générale; mais les eaux prennent un caractère saumâtre près des embouchures des grands fleuves, tandis que, là où ne débouche aucun cours d'eau important, la concentration des sels peut aller jusqu'à la formation de croûtes gypso-salines dans les angles rentrants de la côte. Si Févaporation l'emporte sur l'alimentation, la masse des eaux diminue graduellement, et, tandis que les mers continentales même les plus anormales, comme la mer Noire, restent liées aux océans

LES MERS 321

par un niveau constant, le niveau des mers fermées est sujet à des oscillations et s'abaisse graduellement. C'est ainsi que la mer Caspienne est actuellement à 26 m. au-dessous du niveau des océans. La salinité y diminue cependant dans l'ensemble. Elle est inférieure à 1,4 p. 100 dans la partie septentrionale; une faune saumâtre, et môme des espèces d'eaux douces vivent sur la côte au voisinage des deltas de la Volga et de l'Oural. Par contre, la salinité est extrêmement forte sur la côte orientale. Si le golfe de Kara Boghaz n'a peutêtre pas le caractère de véritable marais salant, qu'on lui a jadis attribué, on a pu constater que la concentration des eaux y dépasse les limites au delà desquelles les poissons périssent [Andrussow, 14]. Il en résulte un courant constant qui franchit la barre de 2 m. séparant de la mer ouverte cette vaste lagune. Dans l'ensemble la mer Caspienne se dessale cependant.

La mer dWral est plus avancée encore dans cette évolution, qui doit faire tôt ou tard de toute nappe d'eau séparée de la masse océanique un lac. La densité moyenne atteint à peine 1,0084 correspondant à une salinité de 1,09 p. 100. Sur la rive méridionale, l'eau est entièrement douce, un courant l'emporte vers le Nord. En 1900 et 1902, le niveau des eaux s'élevait [Berg, 16].

Malgré leur caractère lacustre, la mer Caspienne et la mer d'Aral sont bien certainement des reliquats de la mer Sarmatique. Comme dans la mer Noire, leur fond est privé de vie et dégage de l'hydrogène sulfuré.

1. — Dickson (H. N.). The movement of tke surface of the North Sea. G. J., 1896, I, p. 255-267.

2. — Wheeler (W. H.). The North Sea, its physical characteristics, tides, currents and fishery. London, 1908, in-8°, 41 p., 3 c.

3. — Nansen. The Norvegian North Polar Expédition. Scientific Results . t. III, The oceanography of the N. Polar basin. 427 p., 37 pi. ; et t. VI, The bathymetrical features of the N. Polar seas, with a discussion of the continental shelves. 232 p., 29 pi., 1904.

4. — Aimé (G.). Mémoire sur les courants de la Méditerranée (An. de Chimie et Phys., XIII, 1845, p. 460-77). Cf. Exploration scientifique de l'Algérie. Recherches de physique générale sur la Méditerranée, Paris, 1845.

5. — Viezzoli (Fr.). L'Adriatico. Morfologia, condizioni fisiche, climatografia. Parma, 1901, in-8°, 207 p., 1 pi.

6. — Bericht der Commission fur Erforschung des ôstlichen Mittelmeeres. Dcnkschr. K. K. Ak. der Wiss. Wien. Voir spécialement K. Natterer, Ghemische Untersuchungen im ôstl. Mittelmeer, t. LXI, p. 23, etJ. Lukscii und J. Wolf, ibidem, LXIII, p. 65.

7. — Bericht der Commission fur oceanische Forschungen. Expédition S. M.

E. de Martonne, Géographio physiquo. 21

Schiffs Pola in das Rote Meer. Wissenschaftliche Ergebnisse. Denkschr. K. K. Ak. der Wiss., LXV, 1898 et LXIX, 1901.

8. — Gredner (R.). Ueber die Entstehung der Ostsee. G. Z., 1895, p. 538, pi. 6.

9. — Schott (G.). Die Hydrographie des Skagerracks, Kattegats und der Ostsee. G. Z., 1896, p. 143.

10. — Woeikoff. Die Tiefseeforschungen im Schwarzen Meer. P. M., 1891, p. 31-37, pi. 3.

11. — Androussow. La mer Noire. 8e Congr. Géol. intern. St-Pétersbourg, Livret-guide n° 29, 13 p.

12. — Gredner. Die Reliktenseen. P. M. Erg., n° 86, 1886 et n° 89, 1888.

13. — Moore (J. E. S.). Tanganyika and the countries north, of it. G. J., XVII, 1901, p. 1-39. — (Cf. G. Gravier. Sur la méduse du lac Victoria Nyanza. CR. Ac. Se. Paris, CXXXVII, 1903, p. 867; et W. A. Cunnington. Proc. Zool. Hoc. London, 1906, p. 203.)

14. — Andrussow. Der Adschi-Darja oder Karabugas-Busen. P. M., 1897, p. 25.

15. — Knipovitch. Hydrobiologische Untersuchung des Kaspischen Meeres. P. M., 1904, p. 126 et 291.

16. — Berg (L.). Études hydrobiologiques dans la mer d'Aral (en russe). Izvestia G. Obchtchestvo, 1900 et 1904, résumé dans La G., IV, 1901, p. 18J et XI, 1905, p. 459.

17. — Stok (J. P. van). Étude des phénomènes de marée sur les côtes néerlandaises. K. Nederlandsch. Meteor. Inst., n° 90.

18. — Conseil permanent international pour l'exploration de la Mer, Kopenhagen. Bulletin des résultats acquis pendant les courses périodiques. Publication capi. taie pour l'étude de la mer du Nord (depuis 1902).

19. — Marinelli (0.) et Platania (G.). Materiali per la conoscenza del Mediterraneo. I. Délia corrente litorale del Mediterraneo con particolare riguardo alla costa orientale délia Sicilia. Mem. G. (Supl. Rev. G. Ital.) n° 5, 1908, 230 p.

20. — Spindler (J. W.) et Wrangell (F.). Matériaux pour l'hydrologie de la mer Noire et de la mer d'Azow. Sapiski po Hidrografi, St-Pétersbourg, XX, 1899 (en russe avec résumé français).

21. — Witting (R.). Finlandische hydrographisch-biologische Untersuchungen. Untersuchungen zur Kenntnis der Wasserbewegungen und der Wasserumsetzung in den Finland umgebenden Meeren. Dis. Helsingfors. Leipzig, 1908, in-4°, 246 p., 18 pi. (excellent résumé dans Y Atlas de Finlande, 2e édition, 1910, pi. 6-9; texte t. I, 87 p.).

22. — Schmidt (J.). Exposé sommaire des travaux de l'expédition océanographique danoise dans la Méditerranée (1908-1909). La G., XXI, 1910, p. 99-112.

Page 1