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GONDOKORO

Fig. 164. — Régime du Nil, d'après Lyons.

pente, et se déversent au moment où la baisse se prononce. La végétation abondante qui se développe dans ces culs-de-sac et envahit le cours du fleuve forme les embarras ou sedd, qui pendant quelque temps ont été un obstacle à peu près infranchissable à la navigation. Les eaux vertes qui

marquent en Egypte la fin de la crue n'ont pas d'autre origine.

L'évaporation est énorme dans cette région et le fleuve serait réduit à bien peu de chose sans l'apport des eaux du Sobat qui donnent au régime un caractère nettement tropical à Dueim. Ce caractère est encore accentué par l'arrivée des eaux abyssines apportées par le Nil Bleu ou Bahr el Azrak, qui est le véritable fauteur des crues du Nil. Il résulte en effet des études des Anglais [Lyons, 23] que le débit du Bahr el Azrak est très supérieur à celui du Bahr el Ghazal, et que sa crue, beaucoup plus rapide, refoule les eaux du fleuve équatorial jusqu'à ce qu'elle ait écoulé sa vague. La grande crue ainsi formée se suit, avec un retard en rapport avec la longueur du trajet, de Khartoum jusqu'au Caire. A Ouadi Halfa, le maximum est en août-septembre, les basses eaux sont en mai. Dans le delta, on attend avec anxiété au début de juin l'arrivée des eaux jaunes de l'Atbara qui amorcent la crue.

Le schéma ci-contre (fïg. 165) montre nettement l'origine réelle des eaux du Nil égyptien. L'évaporation consume à peu près entièrement les eaux équatoriales presque stagnantes dans la région du Kir. Sans le Sobat, qui est déjà par son origine un fleuve abyssin, il n'arriverait à Khartoum qu'un mince filet d'eau. Sans le Bahr el Azrak le Nil ne parviendrait pas en Egypte ; le Kir serait un lac Tchad. C'est certainement à sa très faible pente que le Bahr el Djebel doit son infériorité; l'indice d'écoulement y est inférieur à 10 cm. pour un indice pluviométrique de 120 cm. soit un coefficient d'écoulement inférieur à 8 0/0; alors que le Nil Bleu a un coefficient d'écoulement de 20 0/0 presque égal à celui des rivières de la zone tempérée.

Fig. 165. — Schéma du déhit des différentes sections du cours du Nil, d'après Pietsch [23].

Les chiffres inscrits indiquent le débit moyen annuel en km3.

VN, Victoria-Nyanza; AN, Albert-Nyanza ; W, Wadelaï ; Kh, Khartoum; As, Assouan.

Complexité de l'étude des fleuves. — On peut voir par ces quelques exemples combien de questions soulève l'analyse des régimes fluviaux. L'étude des cours d'eau touche à toutes les branches de la géographie physique. Si le climat est le facteur le plus important à considérer, les conditions variées du relief du sol sont l'origine des particularités les plus intéressantes. La direction du cours d'eau principal, sa pente, celle de ses affluents, leur groupement dans les diffé-

rentes parties du bassin, sont,. des faits d'une importance capitale pour l'explication du tempérament d'un grand fleuve, mais dont on ne saurait rendre compte sans se reporter à l'histoire de la formation du réseau hydrographique. Souvent, certains détails de cette histoire sont la clef de caractères spéciaux du régime fluvial.

C'est ainsi que l'origine du Niger, formé de deux tronçons récemment soudés, l'un se terminant autrefois dans un lac comme le Ghari actuel, l'autre descendant des plateaux inclinés vers le golfe de Guinée, se traduit dans le régime original des crues du cours inférieur, où se combine la vague produite sur place par les pluies tropicales avec celle qui vient du cours supérieur, retardée par son extension dans la plaine de Tombouctou. C'est aux effondrements récents qui ont créé les grands lacs de l'Afrique orientale, que le Nil doit la stabilité relative du Bahr el Djebel. L'affaissement de la zone du Kir retarde la crue en marche vers Khartoum et lui permet de soutenir le mouvement tumultueux des fleuves abyssins.

Si les moindres particularités de l'histoire du sol se reflètent dans les caractères des fleuves, le relief est lui-même déterminé en grande partie par l'action des eaux courantes, action plus ou moins grande suivant l'importance des rivières et leur régime. Ainsi l'étude des cours d'eau conduit par une transition nécessaire à celle de la morphologie continentale.

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E. de Martonne, Géographie physipy. 24

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