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CHAPITRE I

Conditions de l'étude du relief du sol, topographie et géologie. —

L'étude du relief du sol est la partie la plus importante de la géographie physique. On pourrait même la considérer comme la base de toute géographie. En dehors des facteurs cosmiques, qui déterminent les traits les plus généraux du climat avec leurs conséquences, ce sont les inégalités de la surface terrestre qui sont la source de tous les contrastes, du climat aussi bien que de la végétation, de la répartition des hommes et de l'activité économique.

Cependant l'étude rationnelle du relief du sol est peut-être la branche la plus jeune de la géographie physique. Tous les ouvrages capitaux à ce sujet ont paru à la fin du xix* siècle. On n'a même pas trouvé encore un nom universellemeut admis pour désigner cette discipline. Alors que les termes de climatologie, océanographie, géographie botanique sont employés partout, on voit l'étude du sol tantôt désignée sous le nom d'orographie, terme trop restreint qui pourrait faire croire que seules les montagnes sont intéressantes, — de géographie physique, terme trop large si l'on veut l'appliquer à la seule analyse des formes du relief, — de physiographie, terme aussi peu précis, — ou de géomorphogéîiie, mot bien forgé, mais trop compliqué pour avoir chance de devenir d'un usage courant.

Le développement relativement tardif de l'étude du relief du sol

est dû au fait que les progrès de cette science étaient subordonnés à ceux de la topographie et de la géologie. Avant de posséder des cartes topographiques exactes représentant les formes avec précision, il était bien difficile d'essayer de les classer rigoureusement; avant d'avoir des cartes géologiques, tout essai d'interprétation de leur évolution était à peu près illusoire. La pratique de la topographie n est pas moins nécessaire aux géographes que celle de la géologie. Le pays où l'étude du relief du sol a fait les pas les plus hardis en avant, est le seul où les services topographiques et géologiques soient réunis sous une même direction, où topographes et géologues soient habitués à travailler côte à côte. Un des ouvrages fondamentaux de la science moderne du relief terrestre est sorti de la collaboration d'un topographe et d'un géologue (Gal de La Noe et Emm. de Margerie : Les formes du terrain).

Nous ferons souvent appel dans les chapitres suivants aux données de la géologie; nous croyons indispensable de les faire précéder par des notions élémentaires de topographie, qu'on devra s'efforcer d'appliquer à des exercices sur le terrain.

Toute carte est un schéma. — La carte topographique est le substitut le plus exact de la réalité. C'est à elle qu'on doit toujours avoir recours pour étudier les formes du terrain. Quelle confiance doit-on lui accorder? Dans quelle mesure peut-elle être considérée comme une image adéquate? C'est ce qu'il importe avant tout de savoir.

Nous avons déjà- attiré l'attention (lre partie, chap. m) sur l'importance de la question de l'échelle dans toutes les représentations cartographiques. Pour le relief du sol, en particulier, l'échelle diminuant, on doit faire disparaître les traits secondaires et exagérer les dimensions de ceux qui restent1. A des échelles inférieures au 1 : 50 000, il n'est pas une crête qui puisse avoir des dimensions proportionnelles à la réalité. Le caractère schématique de la carte augmente avec la réduction de l'échelle. Les cartes des atlas, même les plus détaillés et les plus fidèles, comme le Stieler, sont des interprétations, dont l'exactitude dépend surtout de l'intelligence du cartographe pour les formes du terrain.

Même les cartes topographiques à grande échelle sont des images schématiques. Un peu de pratique topographique suffit pour mon-

1. On n'a pas jugé utile de reproduire ici cette démonstration, qu'on trouvera parfaitement présentée au moyen de fragments représentant la même région à diverses échelles dans certains atlas comme le Vidal-Lablache, carte 76a, le Sydovv-Wagner, f° 5.

trer que, au-dessous du 1 : 10 000, tous les détails du relief ne sont pas représentables; les formes doivent être interprétées. En un mot toute carte est un schéma, plus ou moins fidèle suivant son échelle et suivant l'intelligence géographique du topographe. On doit se pénétrer de cette vérité pour comprendre le rapport qui peut exister entre la carte et la réalité ; on reconnaîtra par suite la nécessité de savoir pratiquement comment la carte est établie.

La planimétrie. — La représentation topographique comporte le levé de la planimétrie et du relief. On appelle planimétrie la repré-

Fig. 166. — Schéma montrant que la planimétrie est la projection des lignes réelles.

MN, surface ; M'N', surface de projection; AB, BC, lignes réelles; ab, bc. leur projection.

sentation des figures planes observées à la surface du sol : rivières, rivages, voies de communication, etc. Ces éléments ont été pendant longtemps les seuls représentés par les cartes, le figuré du relief du sol n'a été sérieusement tenté qu'à partir du xixe siècle.

Pourtant la distinction entre la planimétrie et le relief n'est qu'apparente. Très rarement les lignes de la planimétrie sont réellement tracées dans la réalité sur une surface plane. Seuls les rivages lacustres et maritimes rentrent dans ce cas. Les voies de communication et les rivières ont une certaine pente. En réalité, la carte ne représente pas ces lignes telles qu'elles sont, mais figure leurs projections sur une surface horizontale conventionnelle (fig. 166). Cette surface, perpendiculaire à la verticale en tous les points du globe, est la surface d'équilibre des eaux, elle correspond au géoïde (voir lre partie, chap. n).

Ces considérations ne sont pas sans intérêt pratique. On voit en effet par la figure que les dimensions de la planimétrie sont toujours inférieures à celles de la réalité ; la différence est d'autant plus grande que la pente est plus forte. En montagne, les distances réelles sont toujours plus grandes que celles mesurées sur une carte topographique. De même les surfaces sont supérieures à celles que représente la carte. On devra tenir compte de cette observation pour calculer la surface des groupes montagneux. La

surface réelle de la Forêt Noire est supérieure de 13 p. 100 à sa surface topographique. Dans l'Oetzthal, la proportion est de 66 p. 100, elle monte à 108 p. 100 dans les Hohe Tauern, à 115 p. 100 dans les Alpes du Zillerthal (voir chap. II).

Méthodes du levé planimétrique. — La planimétrie peut être levée par trois procédés principaux : mesure directe des distances et des orientations, — mesure indirecte des distances (Stadia), — et mesure des angles (recoupement).

La première méthode pourrait être appelée : Méthode'des arpenteurs. C'est elle, en effet, qui est employée pour le levé détaillé du cadastre et des plans de propriétés. Les lignes de la planimétrie sont décomposées en fragments rectilignes, mesurés directement à la chaîne ; les orientations sont données par la boussole ou l'équerre d'arpenteur. La même méthode est appliquée pour les levés d'itinéraires d'explorateurs, les orientations étant données par la boussole, les distances calculées au pas.

On peut mesurer indirectement les distances en utilisant le principe de la Stadia : un objet de dimensions déterminées paraît d'autant plus petit qu'il est plus éloigné; il suffit donc d'avoir étalonné les dimensions décroissantes de cet objet, soit sur le foyer d'une lunette par laquelle on le regardera, soit sur le bord d'une règle placée à une distance fixe de l'œil, pour lire l'éloignement. L'objet dont on se sert est appelé mire, c'est un bâton pourvu de plaques peintes ou voyaiits, distants de 2 ou 3 mètres. L'orientation de chaque visée peut être marquée directement sur la planchette au moyen d'une règle plate fixée au viseur. Les figures obtenues seront exactement semblables aux figures réelles, pourvu que la planchette ait été placée à chaque station exactement dans la même position par rapport au méridien magnétique. C'est ce qu'on appelle décliner la planchette. On se sert à cet effet d'une petite boussole appelée dêclinatoire .

La méthode des angles ou du recoupement repose sur un théorème montrant qu'il suffit pour déterminer le point O, sommet du triangle ABO, de connaître le côté AB, appelé base ainsi que les angles BAO et ABO (fig. 107 [1]). Ce principe avait été nettement indiqué dès le xve siècle par Sébastien Munster. C'est Snellius qui en fit la première application systématique à la mesure d'un arc de méridien (1617).

L'exactitude des résultats obtenus par cette méthode dépend de la précision plus ou moins grande avec laquelle on arrive à déterminer les angles, par suite, des instruments employés. On peut se servir,

comme Sébastien Munster, du graphomètre ou de la boussole (c'est par ce moyen que les explorateurs déterminent approximativement les points remarquables situés en dehors de leur itinéraire). Avec un théodolite, les résultats sont singulièrement plus exacts. Dans tous les cas, on peut obtenir le sommet du triangle, 0, soit graphiquement en construisant le triangle, soit par le calcul trigonométrique.

Dans la pratique topographique, on constate que deux visées sont généralement insuffisantes pour déterminer le point 0. Il est prudent de chercher à vérifier sa position à l'aide d'un second triangle, dont la base (BG)

Fig. 167. — Principe de la méthode du recoupement.

1 recoupement par deux visées; 2 et 3 recoupement par trois visées, deux exemples différents de la disposition du chapeau et de la distance respective des visées, qui sont les éléments de la localisation du point cherché (pour les détails de la méthode, voir Vallot, 2).

est également connue. On constate alors que les trois visées BO1, CO2, AO3, au lieu de se rencontrer en un seul point, se recoupent en formant un petit triangle appelé chapeau par les topographes (fig. 167 [2] et [3]).

La position exacte du point cherché peut être trouvée par tâtonnement en tenant compte des distances et de la forme du chapeau [Vallot, 2].

La condition la plus importante à remplir est que la dimension des triangles soit assez réduite, en sorte que l'indétermination du sommet provenant de l'erreur dans la mesure des angles ne soit pas très sensible à l'échelle adoptée. Pour donner un exemple, on peut dire que les visées sur des points distants de 1 000 m. sont admissibles dans un levé à la boussole au 1 : 20.000; tandis qu'un arpenteur levant un plan au 1 : 1000, ne pourrait faire de triangles de plus de 100 m. de côté.

La représentation de la planimétrie ne soulève aucune difficulté, sauf celle qui résulte de la nécessité d'exagérer fortement les dimensions des voies de communication, même sur les cartes à grande échelle, ce qui entraîne le déplacement de certains détails, aux croisements de routes par exemple.

La représentation du relief est au contraire un problème des plus délicats et à peu près insoluble d'une manière complètement satisfaisante.

Représentation du relief du sol; principe des isohypses. — Les

difficultés du problème ont été pendant longtemps, semble-t-il, insoupçonnées. On n'a commencé à l'aborder de front, que lorsque l'intérêt s'est éveillé pour les formes du terrain, et l'on ne saurait croire à quel point les efforts faits pour arriver à une solution ont contribué à développer l'intelligence du relief du sol.

Fig. 168. — Principe des isohypses.

MN, surface réelle; M'N', surface idéale de projection; AB, CD, isohypses; ab cd, leur projectioQ.

Les premiers essais de représentation du relief dérivent tous plus ou moins du dessin perspectif : la silhouette des montagnes figure sur la carte à la place qu'elles occupent. Le problème n'a été nettement posé et une solution précise n'est devenue possible que du jour où l'on a compris l'analogie de la question avec celle des projections. De même que la représentation de la sphère terrestre sur des cartes est devenue possible du jour où l'on a inventé le système des coordonnées et imaginé des procédés pour les transporter sur un plan; de même le relief du sol est devenu figurable d'une façon précise, du jour où l'on a imaginé de le ramener à la planimétrie par un artifice analogue, qui consiste à déterminer sur la surface du sol des lignes imaginaires assujetties à certaines conditions et à représenter la projection de ces lignes sur la surface topographique. La condition choisie est que ces lignes passent par des points ayant la même altitude au-dessus du niveau de la mer, on les appelle isohypses ou courbes de niveau. Il est évident que le tracé de leur projection (fig. 168) reflétera les formes du relief : plus la pente sera forte, plus ailes seront rapprochées; en chaque point de leur tracé elles seront perpendiculaires à la ligne de plus grande pente. Les altitudes

choisies pour les courbes sont des multiples de l'altitude de la première courbe, appelée équidistance : par exemple 10, 20, 30 m., etc., pour une équidistance de 10 m.; 5, 10, 15, 20 m,, etc., pour une équidistance de 5 m. L'examen de reliefs en gradins peut aider à comprendre facilement ce principe, qui est le point de départ de la topographie moderne. Toutes les cartes topographiques, quel que soit le figuré employé pour la représentation du relief, dérivent du levé des courbes de niveau. Les principaux procédés employés sont : l'estompage, les hachures, et la reproduction pure et simple des courbes.

Figuré du relief par hachures. — L'estompage employé seul est un procédé grossier, qui ne mérite pas qu'on s'y arrête, bien qu'il soit le seul mode de représentation du relief de la carte de France au 1 : 100 000 du Ministère de l'Intérieur. Les hachures ont été longtemps le seul procédé précis usité, à l'exemple de la carte de France au 1 : 80 000. C'est celui de la carte Suisse au 1 : 100 000, de la carte de l'Empire Allemand à la même échelle, des cartes Autrichienne et Italienne au 1 : 75 000.

L'objet est de donner à la carte l'aspect d'un relief, en y appliquant des teintes d'autant plus noires que les pentes sont plus fortes. Ces teintes sont obtenues par des traits, ou hachures, tracés perpendiculairement aux courbes de niveau, d'autant plus gros et plus rapprochés que les courbes sont plus serrées, autrement dit que la pente est plus forte. Une échelle ou diapason donne le système de hachures qui correspond à chaque. pente.

Si toutes les cartes en hachures avaient le même diapason, ce mode de représentation, qui a l'avantage d'être expressif, serait également précis; il serait facile de retrouver les courbes et de calculer l'altitude d'un point donné. Malheureusement chaque carte a un diapason différent, lorsqu'elle n'en a pas plusieurs. On n'a pas réussi en effet à trouver un diapason universel satisfaisant. La carte Autrichienne au 1 : 75 000 emploie le diapason de Lehmann, dont les teintes sont trop sombres pour les fortes pentes, d'où un relief inexpressif, poussé au noir dans la montagne, tandis que les plaines et les collines sont modelées avec délicatesse. Pour remédier à cet inconvénient on a imaginé le système de Yéclairage oblique.

Le procédé des hachures, tel que nous venons de le décrire, assimile la carte à un relief éclairé par le haut, et dans lequel les ombres seraient par suite en chaque point exactement proportionnelles à la pente. C'est Yéclairage zénithal. Si l'on place un plan en relief dans cette position, juste en face d'une fenêtre, et le fait ensuite tourner lentement de façon que l'éclairage devienne latéral, on verra que les formes se dessinent de plus en plus vigoureusement au fur et à mesure que la lumière devient plus rasante. Dans le principe de l'éclairage oblique, la carte est assimilée à un relief

éclairé par une lumière tombant à 45° du N.-W. Le système de hachures n'a plus la même rigueur qu'avec l'éclairage zénithal, mais la carte est beaucoup plus expressive, surtout en montagne.

Ce système a été employé pour la carte Suisse de Dufour au 1 : 100 000. Il a été partiellement appliqué à la carte de France au 1 : 80 000. Mais au cours de l'exécution de cette œuvre monumentale, le diapason a été changé plusieurs fois, le but cherché étant toujours une représentation plus parlante des formes, plutôt qu'une exactitude scrupuleuse [Gal Berthaut, 7]. Les régions de plaines et de montagnes ne sont pas traitées de la même façon. Très expressive, la carte de l'État-Major n'est pas un document rigoureux.

L'emploi des hachures tend à être de plus en plus abandonné pour les cartes topographiques. Il a donné des monuments d'une réelle valeur artistique, mais l'effet n'y est atteint qu'aux dépens de la précision.

Figuré du relief en courbes. — La reproduction pure et simple des courbes de niveau est le procédé le plus précis d'expression du relief. Il permet de trouver immédiatement sur la carte l'altitude d'un point donné, de tracer des profils qui fixent les idées sur les formes du terrain, de calculer l'altitude moyenne, la pente moyenne. On peut à l'aide d'une carte en courbes construire la vue perspective qu'aurait l'observateur d'un point donné. Une foule de procédés d'analyse du relief inapplicables avec les cartes en hachures s'offrent au géographe disposant de cartes en courbes. Pour l'ingénieur, le géologue, ces cartes ne sont pas moins utiles. Aussi doit-on souhaiter que tous les services topographiques se rallient à ce système. La carte Suisse au 1 : 50 000, la carte Prussienne au 1 : 25 000, la carte Belge au 1 : 40 000, la nouvelle carte de Bavière, enfin la nouvelle carte de France au 1 : 50 000, dont quelques feuilles ont paru jusqu'à présent, sont toutes en courbes de niveau.

Le système des courbes n'est pas sans avoir lui aussi des inconvénients. Et d'abord il importe de ne pas se faire d'illusions sur sa rigueur apparente. Ce n'est que dans les levés de haute précision que l'on peut être sûr de connaître exactement l'altitude d'un point quelconque situé entre deux courbes. En outre, les personnes qui ne sont pas habituées à ce genre de représentation du relief lui reprochent d'être inexpressif. Elles n'ont pas toujours tort. Sans doute un peu d'habitude, l'examen des reliefs en gradins, la construction de quelques profils, met facilement à même de lire une carte en courbes, aussi bien qu'une carte en hachures. Mais on ne peut lire les formes qui ne sont pas rendues. Or les courbes de niveau ne peuvent exprimer que les formes dont les dimensions verticales dépassent celles de l'équidistance. Ainsi dans une carte où l'équidistance est de 20 mètres, une terrasse de 15 mètres de hauteur relative ne sera pas rendue. C'est cette objection qui avait fait adopter le procédé des hachures au début de l'exécution de la carte de France au 1 : 80 000 [G*1 Berthaut, 7J.

On ne peut adopter une équidistance trop rapprochée, sous peine de se trouver dans l'impossibilité de tracer toutes les courbes d'une façon lisible dans les régions de pentes fortes. L'équidistance peut, il est vrai, n'être pas la même en plaine et en montagne, mais alors les cartes ne sont pas comparables. Si séduisant qu'il soit au point de vue théorique, le système des courbes se montre donc en réalité inapte à tout représenter. On est réduit à recourir aux hachures, ou à un mode de représentation analogue, pour exprimer les terrasses, les escarpements des montagnes. L'emploi d'une équidistance très faible (10 pieds = 3 m. 3), rendue possible par l'absence presque complète des détails planimétriques (peu d'habitations et de chemins, pas de figuré de végétation et de cultures), permet aux topographes des États-Unis de tout rendre par des courbes; encore peut-on trouver que le serrement des courbes n'arrive pas à rendre le caractère tourmenté des escarpements montagneux, même dans des cartes aussi soignées que les levés du canyon du Colorado de Matthes.

Divers procédés sont employés pour rendre plus expressif le figuré du relief en courbes. On ajoute un estompage calculé d'après le principe de l'éclairage oblique (carte de France au 1 : 200 000). On peut poser aussi des teintes hypsométriques suivant une échelle d'intensité croissante ou décroissante avec l'altitude (procédé d'un usage courant dans les atlas scolaires). La combinaison de ces deux procédés a permis au Service Topographique Fédéral Suisse d'éditer quelques feuilles spéciales qui sont des merveilles, mais le procédé est trop long et trop coûteux pour être d'un emploi général.

Les plans-reliefs. — En somme, on ne peut considérer le système des courbes de niveau comme une solution entièrement satisfaisante du problème de la représentation du relief. Pareille solution est à peu près introuvable. De même que pour le problème des projections, on ne peut espérer que des approximations.

La seule solution parfaite consiste à construire des plans en relief, de même que la seule représentation exacte de la terre est une sphère réduite.

Mais pour être l'image exacte de la réalité, le plan-relief doit être construit à une seule et même échelle pour les dimensions verticales et horizontales. Les reliefs où les hauteurs sont exagérées doivent être complètement laissés de côté, ils ne valent pas plus qu'une mauvaise carte. Il résulte de ceci qu'on ne peut appliquer la représentation par relief qu'à des surfaces limitées.

A échelle égale, le plan-relief permet de représenter une quantité bien plus grande de détails que la carte la plus finement gravée. Son établissement suppose des levés de précision en courbes de niveau à une échelle supérieure. On ne doit pas croire que la transformation de la carte en un relief puisse se faire automatiquement. Soit qu'on emploie le système des cartons d'épaisseur correspondant à Téquidistance, découpés suivant chaque courbe de niveau; ou celui plus précis du pantographe sculpteur, qui enlève successivement d'un bloc l'épaisseur correspondant à chaque courbe, suivie avec la pointe; on aura toujours à reprendre le modelé des détails si l'on veut arriver à une expression exacte des formes.

Les bons plans-reliefs sont l'auxiliaire le plus précieux de l'enseignement, géographique. Malheureusement les soins que demande leur confection en rendent les prix très élevés.

En résumé le problème de la représentation du relief n'est pas susceptible d'une solution entièrement satisfaisante. Les cartes en courbes de niveau sont de beaucoup préférables et c'est à elles que nous nous adresserons le plus possible pour donner des exemples de types de relief. Mais on ne doit pas oublier qu'il n'y a pas plus d'échelle uniforme des pentes dans les cartes en courbes que dans les cartes en hachures. Pour lire la carte, on devra avant tout voir quelle est l'équidistance : si elle est de 30 m. dans les feuilles alpines de la carte Suisse, elle est de 5 m. dans la carte Belge, de 3 m. dans les cartes Américaines.

Méthodes de levé du relief. — D'après le principe exposé plus haut, le levé du relief revient à déterminer le tracé des courbes de niveau. Ce tracé ne peut être établi qu'en fixant l'altitude absolue d'un grand nombre de points, ou, ce qui revient au même, la différence d'altitude entre ces points et un point dont l'altitude est connue. La question essentielle est donc la mesure des hauteurs relatives. Trois procédés peuvent être employés : le nivellement direct ou nivellement par visées horizontales, le nivellement indirect ou nivellement par visées en pente, enfin le nivellement barométrique.

On utilise depuis longtemps pour le nivellement direct le niveau d'eau, remplacé maintenant, pour les nivellements de précision moyenne, par le niveau à collimateur de Goulier, et, pour les nivellements de haute précision, par les niveaux à lunettes (éclistadimètre). C'est par cette méthode qu'ont été fixées les cotes du nivellement général de la France, inscrites sur des

repères métalliques dans les villes, le long des routes principales, chemins de fers, canaux, etc.

a —= — u— (2 Le nivellement indirect consiste à mesurer

Fig. 169. - Détermination des ran^le a fait Par la visée AB avec l'horizonhauteurs par la méthode des tale AC (fig- 169)- 0n en déduit la différence angles. d'altitude BC. Dans le cas où l'on connaît AB,

mesuré sur le terrain, on a BC — AB sin a. Dans le cas où c'est AC qui est connu (ce qui se présente lorsque la position du point B est obtenue par recoupement) on a : BC = AC tg a.

Le calcul se fait au moyen de tables (telles que les tables de Montaient) ou de barèmes graphiques adaptés à certaines boussoles (Boussole Peigné). L'angle a peut se mesurer avec une boussole munie d'un perpendicule, avec un théodolite ou avec une lunette éclimètre mobile dans un plan vertical.

Nivellement barométrique. — Le nivellement barométrique est le plus usité et le plus important à connaître pour le géographe. Il peut être pratiqué soit avec le baromètre à mercure, soit avec l'anéroïde. Dans les deux cas, on calcule la différence d'altitude entre

le point de départ A, d'altitude connue, et le point d'arrivée B, d'après leur différence de pression. La précision du résultat dépend de l'exactitude avec laquelle est appréciée cette différence.

L'emploi du baromètre à mercure donne des résultats d'une exactitude rigoureuse, à condition d'appliquer un certain nombre de corrections. Les variations de la pesanteur suivant la latitude se font sentir sur la colonne mercurielle; celles de la température la dilatent plus ou moins; enfin on doit tenir compte de la pression de la vapeur d'eau. D'où la nécessité de ramener les lectures du baromètre à mercure à celles qui auraient été obtenues dans des conditions toujours identiques de la latitude, température ef humidité de l'air. Une formule calculée par Laplace donne la différence d'altitude entre A et B, si l'on y fait entrer les nombre exprimant, outre les deux lectures du baromètre, la latitude des deux points, la température et l'état hygrométrique au moment où les observations y ont été faites.

Cette formule est assez compliquée, mais elle se prête à des simplifications, soit quand la latitude de A et B est peu différente, soit quand la température et l'état hygrométrique varient peu, soit quand la différence d'altitude est faible. On trouve dans les Instructructions météorologiques d'AxGOT [6] et dans Y Annuaire du bureau des longitudes des tables donnant la valeur de chacun des termes de la formule de Laplace dans les limites ordinaires de l'observation. Le calcul se réduit donc à une série d'opérations d'arithmétique élémentaire.

Les calculs suivants permettent d'apprécier retendue des erreurs que ces corrections doivent éliminer. Comparant l'altitude du Grand Saint-Bernard, obtenue par la triangulation, avec celle déduite d'observations barométriques simultanées en ce point et à Genève, Rùhlmann trouve que la différence entre le nivellement par la triangulation et par le baromètre non corrigé serait en hiver de — 9 m. 20, en été de + 10 ni. 30, en janvier de — 11 m. 20, en juillet de -j- 11 m. 80, soit une différence de 23 mètres pour les deux mois extrêmes, égale à 1 p. 100 de la valeur réelle. En prenant les moyennes horaires on trouverait, à minuit — 3 m. 2, à midi + 32 m. 70, soit un écart de 35 m. 90, égal à 1,6 p. 100.

Les baromètres à mercure, même le Fortin qui peut être installé assez rapidement, sont malheureusement des instruments encombrants. Aussi l'usage des anéroïdes est-il général chez les explorateurs, comme chez les géologues et les géographes obligés de faire de nombreuses mesures d'altitude.

Outre leur faible volume, ces instruments ont l'avantage de donner des résultats plus directement utilisables. La correction de

E. de Martonne, Géographie physique. 25

latitude est supprimée. On élimine celle de température en employant des anéroïdes dits compensés. Ces instruments sont généralement munis d'un cadran altimétrique mobile, sur lequel on lit directement l'altitude, en négligeant la correction d'humidité.

L'anéroïde n'a malheureusement pas la stabilité du baromètre à mercure. Il est nécessaire de le comparer assez souvent avec un baromètre normal pour fixer la correction. A défaut de baromètre à mercure, l'explorateur qui veut vérifier en cours de route son anéroïde peut avoir recours au thermomètre à ébullition, qui indique avec la plus grande précision la pression d'après la température d'ébullition de leau.

Le procédé le plus simple ejt le plus exact pour la lecture des altitudes avec l'anéroïde compensé est de faire tourner le cadran altimétrique de façon à mettre l'altitude du point de départ A en face du chiffre de la pression lue en ce point sur le cadran fixe. Parvenu au point B, on y lira l'altitude en face de l'aiguille; mais on devra toujours noter aussi la pression et l'heure, en vue de corrections possibles.

Soit qu'on fasse usage du baromètre à mercure ou de l'anéroïde, le résultat, pour être exact, suppose que la lecture a été faite en même temps aux deux points A et B, ou que la pression n'a pas varié pendant que l'observateur se transportait de A à B. Ce cas est rarement réalisé. S'il existe au voisinage du lieu d'observation une station météorologique, on peut en utiliser les données pour faire la correction nécessaire. L'installation d'un baromètre enregistreur au point A permettrait d'être toujours à même de faire cette correction. On peut y suppléer si l'on revient au point A, ou si l'on rejoint un point C d'altitude connue. En supposant que la pression a varié d'une manière continue depuis le départ du point A, on trouvera une correction vraisemblable pour l'heure de l'observation au point B. La chose est presque toujours possible dans un pays civilisé, où l'on dispose de cartes avec cotes d'altitudes nombreuses, et de repères de nivellement. L'explorateur n'a pas les mêmes ressources. Il ne lui reste qu'à emporter un Fortin ou à user le plus souvent possible du thermomètre à ébullition.

Le levé topographique intégral. — Dans la pratique du levé topographique, on ne fait pas la distinction que nous avons établie, pour plus de clarté, entre la planimétrie et le relief. Les deux sont levés en même temps, avec les mêmes, instruments et par des opérations qui sont liées. D'ailleurs la planimétrie, représentant la projection des lignes réelles sur la surface topographique, ne peut évidemment être levée sans déterminer la pente du sol. La longueur AB (fig. 169) doit être réduite, dès que l'angle a dépassé 10°, à AG (=AB cos a).

Nous pouvons maintenant, grâce à l'étude préliminaire des principales, méthodes de levé de la planimétrie et du relief, faire comprendre rapidement les opérations que comporte le levé topographique d'ensemble, soit qu'il s'agisse de levés réguliers, de levés de reconnaissance, ou de simples levés d'itinéraires.

Les opérations d'un levé régulier comportent deux stades : la géodésie et la topographie proprement dite. Les opérations géodésiques consistent à déterminer, avec la plus grande précision possible, la position géographique d'un certain nombre de points et leur altitude, en usant exclusivement du nivellement indirect. On se sert à cet effet d'instruments analogues au théodolite, permettant de répéter un grand nombre de fois une même lecture d'angle, de manière à éliminer autant que possible toute erreur, en prenant la moyenne de ces lectures. La base, qui sert de point de départ, est toujours mesurée directement sur le terrain, au moyen de règles métalliques étalonnées, ou de rubans d'acier tendus par des poids. Le côté du dernier triangle déterminé par le calcul est mesuré de même directement, et la coïncidence plus ou moins parfaite des deux résultats donne la mesure de l'exactitude des opérations.

Les côtés des triangles de la triangulation de premier ordre peuvent avoir jusqu'à 60 kilomètres. On y inscrit ensuite des triangles plus petits, c'est la triangulation de deuxième ordre. Plus le réseau des triangles couvrant la région sera serré, plus exacte sera la carte topographique. Chaque fragment topographique, dont le levé est confié à un opérateur, doit contenir plusieurs points géodésiques. L'opérateur, partant d'un point fixé, doit, après avoir déterminé de proche en proche un certain nombre de stations, retomber exactement sur un second point géodésique. Au cas où il n'y a pas coïncidence, l'erreur du cheminement topographique mise ainsi en évidence pourra être répartie sur l'ensemble des mesures.

Les instruments les plus usités en France pour les levés topographiques réguliers sont le tachéomètre, l'alidade holométrique et la règle à éelimèlre, dus au colonel du génie Goulier.

Le tachéomètre convient aux grandes échelles (au-dessus du 1 : KO 000). Il dérive directement du théodolite et permet d'opérer une véritable triangulation de troisième et quatrième ordre. Il est en outre muni d'un déclinatoire et mesure les distances par l'emploi d'une stadia précise, la lunette ayant des fils micrométriques. C'est un instrument relativement encombrant dont l'installation doit être faite avec soin en chaque point, en sorte que le procédé le plus expéditif, lorsqu'on l'emploie au levé de détail, est de déterminer soigneusement un petit nombre de stations où l'on s'établit quelque temps, en faisant pivoter autour de soi le porte-mire et déterminant successivement ainsi une série de points indépendants autour de la station {rayonnement).

h' alidade holométrique et la, règle d éclimètre sont deux instruments du même type général mais de précision différente. Ils comportent

l'emploi d'une planchette, portée sur un pied solide et munie d'un déclinatoire. Tous deux mesurent les distances à l'aide d'une stadia à voyants (jalon-mire) et les inclinaisons à l'aide d'un limbe éclimétrique.

La règle à éclimètre est un instrument de dimensions très réduites, donnant des résultats très précis dans les levés au 1 : 10 000 et qui se recommande particulièrement pour les exercices topographiques.

La figure 170 montre la forme de l'instrument. La mire employée est à trois voyants; le voyant du milieu, qui sert pour les mesures de pente, est placé à la même hauteur que la planchette, les autres sont distants de deux mètres. La planchette étant déclinée, on plante une épingle au point de station. L'instrument pivote, la règle constamment appliquée contre l'épingle, jusqu'à ce que la mire tombe dans le champ de la lunette, et coïncide avec le trait vertical du milieu du tableau focal. Un trait au crayon le long de la règle donne la direction de la visée. La distance se lit, suivant le principe de la stadia, sur l'échelle verticale ou horizontale, et est portée d'après l'échelle au moyen du double décimètre de la règle.

Pour trouver la pente, on tourne la molette m de fa<jon à rendre la ligne de visée horizontale, en suivant les oscillations du niveau à bulle d'air. On vise alors le voyant du milieu, la pente se lit en face sur l'échelle graduée de gauche. Si la pente dépasse cinq grades, on ne peut voir le voyant, on tourne alors la roue dentée, faisant faire à chaque cran un angle de cinq grades avec l'horizontale à la ligne de visée. L'angle est égal à autant de fois cinq grades qu'on a tourné de crans, plus la lecture du tableau focal si la visée est montante, moins la lecture du tableau focal si la visée est descendante. La différence de cote est donnée par la formule D = L sin a. Le calcul est évité par la règle, qui est une règle à calcul. On peut, avec un peu d'habitude, faire une station en moins de cinq minutes. La multiplication des points cotés est ainsi possible. Les visées ne doivent pas pratiquement dépasser 150 mètres.

La règle à éclimètre se prête naturellement au levé de la planimétrie par recoupement. On peut aussi pour le relief pratiquer le filage des courbes. Cette opération consiste, après avoir déterminé l'altitude d'un point correspondant à une courbe de niveau, à suivre cette courbe, en faisant cheminer devant soi le porte-mire et déterminant simplement la position en planimétrie des stations successivement occupées. Les résultats peuvent être d'une précision plus grande, à condition que cette méthode soit appliquée avec beaucoup de minutie.

Par ses dimensions réduites et sa précision, la règle à éclimètre se recommande particulièrement pour les levés partiels, tels qu'il peut être utile d'en exécuter en vue d'étudier une forme spéciale de relief. Elle n'a qu'un inconvénient, c'est un déréglage facile; on trouvera dans les manuels spéciaux les précautions à prendre [Vallot, 2].

Levés photographiques. — L'emploi de la photographie pour les levés topographiques a été préconisé en France depuis plus de cinquante ans par

Laussedat [4] et en Italie par Porro, mais n'est pas devenu et ne deviendra probablement, jamais général. La photographie donne une image de la réalité assimilable à une perspective conique; tous les rayons lumineux qui entrent dans la chambre noire et viennent impressionner la plaque passent en effet par le même point, appelé centre optique de l'objectif. Les lois de la perspective peuvent donc permettre de déterminer d'après une image photographique l'orientation de la visée qui serait faite du point où la vue a été prise vers chaque objet, et de reporter cette orientation sur an plan. Si l'on dispose de plusieurs photographies du même paysage, prises de points différents dont la position géographique est connue, on pourra, en employant la méthode du recoupement, déterminer par intersection la position de tous les points qui sont visibles à la fois dans plusieurs photographies. Il sera de même possible de déterminer l'angle fait avec l'horizontale par la ligne de visée sur un point quelconque reproduit photographiquement. Par suite sa différence d'altitude avec le point d'où la vue a été prise sera calculée aisément par la formule D = L tg a.

Fig. 170. — Règle à éclimètre de Goulier. (On n'a représenté que la lunette et une partie de la règle.)

On vise par la lunette coudée OPO', le prisme P renvoyant l'image à l'oculaire O. La mise au point se fait en tournant l'oculaire.

La molette m, en agissant sur la tige t, fait pivoter tout l'instrument dans un plan verlical, permettant d'assurer l'horizontalité, qu'on vérifie au moyen du niveau NnN' exactement parallèle à l'axe O'P de la lunette (n bulle d'air).

Les deux limbes L et L' servent à incliner le plan de visée par fractions indivises de 5 grades (100 grades = 90°). Le limbe L est immobile et pourvu de trois crans d'arrêt (dont on voit un en C) s'emboîtant dans les dents du limbe L'. Celui-ci est mobile et entraîne en tournant la lunette. En écartant les deux limbes, qu'un ressort à boudin maintient ordinairement serrés, on peut faire tourner le limbe d'un ou plusieurs crans; chaque cran correspond à une inclinaison de 5 grades de la lunette.

On a représenté à côté le champ de la lunette. A gauche, échelle des grades; à droite, échelle des distances, avec l'image de la mire iudiquant une distance d'environ 65 m.

Les constructions exigées pour tirer parti ainsi des vues photographiques sont longues et minutieuses, mais les opérations sur le terrain sont réduites au temps minimum, ce qui peut être un grand avantage. La seule précaution à prendre est de noter exactement l'orientation de chaque vue et le décentrement.

La photographie peut rendre de grands services pour le levé des hautes montagnes, en abrégeant le séjour que l'opérateur est obligé de faire dans une situation pénible, et en permettant de fixer un grand nombre de points

inaccessibles. La vue a de plus l'avantage d'être un document qui servira pour dessiner fidèlement les formes dont la représentation échappe au système des courbes : escarpements, moraines, glaciers. La photographie a été employée avec succès dans de pareilles conditions aux États-Unis, au Canada, en Suisse et en Italie. La carte détaillée du Mont-Blanc à laquelle travaille M. Vallot est levée en grande partie photographiquement. Un grand progrès a été récemment réalisé dans cette voie par l'usage de la photographie stéréoscopique. Les constructions et calculs sont supprimés par un instrument qui permet de mettre en place automatiquement la planimétrie et de tracer de même les courbes de niveau : le Stéréoautographe de G. von Orel [12].

Levés de reconnaissance et d'exploration. — Les levés de reconnaissance doivent se faire plus rapidement et plus simplement que les levés réguliers. Aux échelles moyennes, l'usage de la planchette déclinée et de V alidade nivelatrice donne d'excellents résultats; à défaut de planchette à pied on peut se servir d'un carton tenu à la main et muni d'un petit déclinatoire. Aux échelles les plus petites l'emploi d'une boussole portative à viseur {Peigné, Hossard), est généralement préférable. La planimétrie est alors levée par recoupement. Les différences d'altitude peuvent être déterminées soit avec la boussole, soit avec le clisimètre à collimateur de Goulier, soit enfin, ce qui est préférable, à l'aide d'un anéroïde (voir T.arminat, 3).

Les résultats des levés de reconnaissance dépendent pour beaucoup de l'intelligence topographique de l'opérateur, mais aussi de la triangulation sur laquelle il doit s'appuyer. Si le réseau géodésique a été solidement établi et comporte un grand nombre de points, des levés à la boussole bien faits pourront s'y intercaler facilement; sinon, la carte reste sans point d'appui stable.

L'explorateur parcourant un pays totalement inconnu est obligé d'user de procédés plus primitifs encore. Il doit se contenter de lever son itinéraire en marquant sur un carnet l'orientation de chacune des fractions rectilignes de son trajet relevées à la boussole, et sa longueur approximative d'après le nombre de pas. Des instruments appelés podomètres permettent de faire cette lecture sans avoir à compter; dans les plaines de l'Ouest des États-Unis on utilise des compteurs de tours de roue (Odomètres) adaptés à des voitures légères. Tous les objets remarquables à droite et à gauche delà route seront notés et leur orientation déterminée par une visée à la boussole. Si l'on peut viser deux ou trois fois le même point, sa position sera fixée approximativement.

La construction des itinéraires se fait au retour, autant que possible à une grande échelle. C'est alors qu'on appréciera l'utilité des observations astronomiques. Lorsqu'on connaît la position du point

de départ et d'arrivée, on peut reconnaître et corriger de la façon la plus vraisemblable l'erreur du cheminement en la répartissant entre les différentes stations [Larminat, 3].

Les altitudes sont déterminées dans les levés d'itinéraires exclusivement par le baromètre. On se sert généralement d'anéroïdes. Mais il est bon d'avoir au moins un baromètre à mercure, de l'installer et d'en faire la lecture à chaque station suffisamment prolongée. Les altitudes déterminées ainsi joueront le même rôle que les positions astronomiques pour la planimétrie et permettront de corriger les altitudes dues aux anéroïdes seuls. *

Pour construire la carte de la région parcourue, on tâchera de combiner ses itinéraires avec ceux des explorateurs, qui ont parcouru avant la même région. C'est un travail d'interprétation très délicat, dont le résultat dépend de la densité plus ou moins grande du réseau d'itinéraires et surtout du nombre plus ou moins grand de positions astronomiques connues. Les déterminations de longitude et de latitude sont la triangulation des explorateurs.

État de notre connaissance topographique du globe. — Il nous est maintenant possible d'apprécier l'état de notre connaissance topographique du globe (voir fig. 171). Les levés de précision, au sens strict du mot, ne s'étendent même pas à toute l'Europe. Les seuls pays ayant publié des cartes à une échelle égale ou supérieure au 1 : 50 000 sont l'Allemagne, la Suisse, la Belgique, l'Italie. La nouvelle carte de France au 1 : 50 000 promet d'être un document d'un prix inestimable, mais le 1 : 80 000 actuel rentre dans la catégorie des levés de précision moyenne, appuyés, il est vrai, sur une triangulation solide. La Russie, les Balkans, ne nous sont connus que par des levés de reconnaissance. En dehors de l'Europe, les Etats- Unis sont en grande partie topographies au 1 : 125 000, l'Est seul en est levé au 1 : 62 500. L'Inde a été l'objet de levés comparables à la moyenne des cartes européennes; le Sud-Africain Anglais, une partie de l'Indo-Chine, de Madagascar, ont été l'objet de triangulations de premier ordre et de levés de reconnaissance sommaires. L'Algérie et la Tunisie ont une carte supérieure au 1 : 80 000 de France. Les côtes ont été presque partout levées exactement par les services hydrographiques français, anglais et américains.

On ne saurait donc se dissimuler que nous sommes loin d'être encore suffisamment renseignés sur toutes les formes du relief terrestre. Cependant, comme les mêmes formes élémentaires se retrouvent à peu près partout, les documents topographiques dont

nous disposons actuellement permettent de raisonner sans trop de hardiesse sur les principes généraux du modelé de la surface du sol.

1. — Crouzet. Éléments de topographie, 3e édit. Paris, 1894, in-8°, 128 p.

2. — Vallot (H.). Manuel de topographie alpine. Paris, 1904, in-12, 171 p.

On trouvera dans ces deux manuels élémentaires toutes les notions pratiques nécessaires (cf. spécialement, pour la solution du problème du chapeau dans les stations par relèvement : H. Vallot. Sur quelques particularités de la détermination des stations topographiques. An. Observatoire du Mont-Blanc, VI, 1907).

3. — Larminat (E. de). Topographie pratique de reconnaissance et d'exploration. 2e éd. Paris, 1907, in-8°, 391 p. /atlas 32 pi.

4. — Laussedat. Recherches sur les instruments, les méthodes et le dessin topographiques. 3 vol., Paris, 1898, 1901, 1903. Étudie spécialement le levé photographique dans le tome II, lre Partie : Iconométrie et Métrophotographie (198 p., 15 pi.).

5. — Goulier (C). Étude sur la précision des nivellements topographiques et barométriques. An. Club alpin, VI, 1879, p. 597-058.

6. — Angot (A.). Instructions météorologiques. Paris, 1903, in-8°, 163 p. adonne les tables pour l'application de la formule de Laplace au baromètie à mercure).

7. — Berthaut (Gal). La carte de France, 1750-1898. Paris, Imprimerie du Service géographique, 1898, 2 vol. in-4°, 342 et 585 p. (historique complet de la topographie française).

8. — Stavenhagen. Geschichtliche Entwickelung des Preussischen Militarkartenwesens. G. Z., VI, 1900, p. 435, 504 et 549.

9. — Stavenhagen. Skizze der Entwickelung und des Standes des Kartenwesens des ausserdeutschen Europas. P. M. Erg. n° 148, 1904, 370 p. Bon résumé (à partir du xixc siècle) de l'histoire de la cartographie des différents États européens (cf. travaux du même auteur sur l'Autriche. Z. Ges. f. Erik., Berlin, 1899, p. 425, l'Italie, ibid., 1901, p 277, la Russie, P. M., 1902, p. 224, 254, 274. etc.).

10. — Schrader (F.). Le siècle cartographique. Année cartographique, 1901.

1 1 — Bartholomew. The mapping of the World. Scott. G. Mag.,\l\, 1890, p. 293 et 575 (1 pi.); 1891, p. 124 et 580 (2 pi.).

12. — Von Steeb (Ghr.). Der Stereoautograph und die Kartographie, P. M., 1911, p. 92-94.

AVEC LEURS CARACTERISTIQUES ET L'ABRÉVIATION PAR LAQUELLE ELLES SERONT CITÉES DANS LES CHAPITRES SUIVANTS.

France. — Carte dite de V État-Major au 1 : 80 000, 273 f., 1818-1878, en noir, hachures (abréviation : France 80 000).

Carte de France au 1 : 200000, 82 f., 6 couleurs, courbes et estompage, équidistance : 20 et 40 m. (France 200000).

Nouvelle carte de France au 1:50 000; en cours de publication; couleurs courbes et estompage, équidistance : 10 et 20 m. (France 50 000).

Carte de France au 1 : 320 000, 33 f., en noir, hachures (France 320 000).

Carte de France au 1 : 500 000, 15 f., 4 couleurs, hachures (Ftance 500 000).

Allemagne. — Karte des Beutschen Reichs, 1 : lOOOOO, 61k f., en noir, hachures {Allemagne lOOOOO).

Topographischer Atlas des Kônigreichs Wurtemberg, 1 : 50000, 55 f., en noir, hachures (Wurtemberg 50000).

Topographische Karte von Bayern, 1 : 50 000, en noir, feuilles des Alpes en couleurs (teintes hypsométriques et estompage), courbes, équidist. 5 et 10 m. (Bavière 50 000).

Messtichblàtter deutscher Staaten, 1:25 000, en noir, courbes, équidistance : 5 et 10 m., 3 698 f. comprenant Prusse, Hesse et petits états du Nord; incomplet {Prusse 25 000),

Ncue topographische Karte des K. Wurtemberg, 1 : 25 000, en couleurs, courbes, équidistance 5 et 10 m.; en cours de publication (Wurtemberg 25 000).

Neue topographische Karte des K. Sachsen, 1 : 25 000, courbes, équidist. 5 m. en couleurs {Saxe 250C0).

Ncue topographische Karte des Grossherzogtums Baden, 1 : 25 000, courbes, en noir (Bade 25000).

Positionskarte von K. Bayern, 1 : 25 000, courbes, en noir, en cours de publication.

Iles Britanniques. — Ordnance survey of Scotland on the scale of one inchc to the mile 1 : 63360, 131 f., en noir, hachures (Scotland 1 inch).

Ordnance survey of England and Wales I : 63 360, mêmes caractéristiques {Angleterre 1 inch).

Neiv one inch Ordnance survey of England and Wales 1 : 63 360, 360, feuilles, hachures et courbes, équidist. de 100 pieds, estompage bistre (Angleterre, nouv. c. 1 inch).

Autriche-Hongrie. — Spezialkarte der Ocsterreichisch-Ungarischen Monarchie und anschliessender Gebieten, 1 : 75 000, en noir, hachures (lumière zénitale) et courbes, équidist. 100 m. (Autriche-Hongrie 75 000).

Gcneralkarte von Mitteleuropa, 1 : 200 000, en couleurs, hachures, sauf quelques feuilles s'étendant à l'Italie septentrionale, la Bulgarie et la Turquie, incomplet (Mitteleuropa 200000).

Suisse. — Dufour, Topographische Karte der Schweiz, 1 : 100 000, en noir, hachures (éclairage oblique), 24 feuilles (Suisse 100000).

Siegfried, Topographischer Atlas der Schweiz im Masstab der Originalaufnahmen, 1 : 25000 (plaines) et 1 : 50000 (montagnes), en couleurs, courbes, équidist. 10 et 30 m. (Suisse 25 000 et Suisse 50 000).

Italie. — Carta topografica del Regno d'Italia, 1:100 000, 277 f., en noir, hachures et courbes, équidist. 100 m. (Italie 100 000).

Carta corografwa ipsometrica del Regno d'Italia e délie regioni adjacmti, 1 : 500000, 35 f., en couleurs, courbes, équidist. 100 m. et teintes hypsométriques (Italie 500 000).

Belgique. — Carte topographique de la Belgique au 1 : U0 000, 72 feuilles, en noir, courbes, équidistance 5 m. (Belgique 40000).

Planchettes minute 1 : 20 000, 6 par feuille du 1 : 40 000.

Norvège. — Topografisk kart over kongeriget Norge, 1 : 100 000, 3 couleurs, courbes et estompage, équidistance 30 m.; incomplet (Norvège 100 000).

Suède. — Generalstabens Karta ôfver Sverige, 1 : 100 000, 110 f. noir, courbes. (Suède 100000).

Roumanie. — Harta României, 1 : 100.000, en couleur, cour*bes éq. 10 m. (5 m. en plaine), a remplacé la carte au 1 : 50.000, incomplet. (Roumanie 100.000).

Serbie. — Carte topographique du royaume de Serbie, 1 : 75 000, en couleurs courbes, équidist. 50 m., noms en caractères serbes.

Espagne. — Mapa de Espana, 1 : 50 000, 1073 f., dont une centaine publiées (centre).

Portugal. — Carta chorografica de Portugal, 1 : 100 000, 37 f.

Russie. — Carte militaire à l'échelle de 1 pouce pour 3 verstes, 1 : 126 000 caractères russes, comprend Pologne, Provinces baltiques et Sud-Ouest.

Algérie-Tunisie. — Carte topographique de l'Algérie au 1 : 50 000 en couleurs, courbes et estompage, incomplet (Algérie 50000).

Carte de la Tunisie au 1 : 50 000 (id.) (Tunisie 50O00).

Carte de V Algérie au 1 : 200 000, courbes et estompage (Algérie 200 000).

Carte de la Tunisie au 1 : 200 000 dite de reconnaissance, relief estompé, sans courbes (Tunisie 200 000).

États-Unis. — U. S. Gcological Survey Topografic folios, f : 02 500 couleurs courbes, équidist. 10 et 100 pieds, [États-Unis 1 : 62 500) ; les feuilles ne sont pas numérotées mais désignées par l'Etat et la localité principale.

Topographie folios, 1 : 125 000 (États-Unis 125 000).

Reconnaissance maps, 1 : 250 000 (États-Unis 250 000).

Inde. — Trigonometrical survey of India, 4 miles to one inche, 1 ; 253 440 177 feuilles divisées en quarts.

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