‹ Traité de géographie physique; climat - hydrographie - relief du sol - biogéographieChapitre 81 sur 162 · C. LE SIDOUBRET PRES MALACAN (siDOBRE · texte numérisé non relu

C. LE SIDOUBRET PRES MALACAN (siDOBRE

Blocs perchés sur une jiente exposée au ruissellement.

Planche X.

E. de Martonne. Géographie Physiqi

Une classification géographique des roches devrait être basée sur les propriétés physiques et chimiques qui les rendent plus ou moins sensibles aux agents d'érosion et sur leur mode de gisement. Des cartes géologiques conçues suivant ce principe, ainsi que le propose Passarge [7], rendraient évidemment de grands services aux géographes.

Quelle que soit leur origine, il y a des caractères communs entre toutes les roches perméables, les opposant aux roches imperméables. Les roches qui sont facilement dissoutes par les eaux d'infiltration diffèrent profondément des roches insolubles. Les versants des vallées gardent une pente plus accusée dans les roches homogènes et compactes, que dans les roches formées d'éléments hétéroclites ou non cohérents. Les roches massives donnent des reliefs très différents des roches schisteuses et des roches diaclasées.

Il convient de mettre à part les roches volcaniques, qui traversent en filons les couches stratifiées et viennent former à la surface des reliefs d'accumulation (le chapitre iv leur sera entièrement consacré). Les roches granitoïdes, formant des massifs intrusifs, méritent un traitement spécial.

Roches granitoïdes. — Nous comprenons sous cette appellation les roches éruptives à structure grenue (granité, syénite, gabbro) et les gneiss, souvent unis au granité par une transition insensible.

Dans les régions jeunes de fort relief, l'influence de la schistosité (gneiss) ou des diaclases (granité) est prépondérante. L'intercalation de couches ou de noyaux schisteux, non assimilés par le magma éruptif, augmente le caractère hétérogène de la roche et contribue au façonnement des crêtes en dents de scie. Tel est le cas pour la protogine du Mont-Blanc, qui donne des aiguilles aussi hardies que l'Aiguille Verte, le Dru, les Droites, etc. (cf. planche III, A).

Dans les régions où l'évolution a été poussée jusqu'à la maturité, les formes sont bien différentes. La surface topographique est dans l'ensemble mamelonnée; des croupes arrondies, séparées par de nombreux vallons au profil adouci, y sont le trait dominant. C'est là limage la plus connue du relief granitique. La roche n'apparaît presque plus nulle part à nu. Au lieu d'une active désagrégation mécanique, c'est la décomposition chimique qui travaille seule. L'arène qui en résulte forme un épais manteau protégeant les pentes contre la dénudation, ou, entraînée par le ruissellement au fond des vallées, en adoucit encore le profil. Les vallons secondaires sont souvent presque aussi larges que les vallées principales, leur

fond plat est humide, parfois tourbeux; l'arène granitique y forme un sol poreux, qui se sature d'eau comme une éponge (fig. 201). Dans le Morvan, on nomme ces vallons ouches. Si l'on peut les drainer, ce sont d'excellentes prairies, sinon on les barre et l'on y crée des étangs. Dans l'Afrique tropicale, de véritables marais, que les indigènes désignent par un nom équivalant à éponge, alternent avec des sommets arrondis.

L'entraînement de l'arène dans les dépressions dégage les parties les plus dures de la roche, qui résistent à la décomposition. Il en

Fig. 201. — Diagramme d'une région granitique parvenue à la maturité.

résulte des chaos de blocs énormes, généralement arrondis, tantôt perchés sur les croupes, tantôt entassés dans les vallons à pente rapide, où l'on entend le torrent gronder sous les rochers.

C'est à ce processus très normal, et non, comme on se l'imagine souvent, à quelque cataclysme, que sont dus les aspects étranges des régions granitiques, soit en Bretagne (Massif du Huelgoat), soit dans les Vosges (Champ du Feu), soit dans le Massif Central (Sidobre de Castres), le Harz ou le Riesengebirge. Toutes les fois qu'on peut observer une coupe naturelle sur les lianes d'un mamelon granitique recouvert d'arène on y voit des blocs arrondis, résidus de la décomposition du granité (voir pi. X, A). Dans les vallons-têtes de sources à fond plat, on observe souvent ces rochers encore à demi enfouis dans le sol (pi. X, B). Les chaos les plus étranges, les blocs perchés qu'une poussée vigoureuse fait osciller, ne sont que le résultat d'une évolution plus avancée, là où l'arène a été complètement enlevée par le ruissellement. Tous les granités ne sont pas également aptes à donner des chaos de rochers; mais les conditions pétrographiques les plus favorables n'ont pas été étudiées.

Dans les pays tropicaux, les formes des reliefs granitiques sont très remarquables, à cause de l'activité de la décomposition chimique. Les chaos de blocs cyclopéens sont communs sur les croupes rocheuses de l'Afrique centrale. Ils forment sur la ligne de partage des eaux entre le Bahr-el-Ghazal et l'Ouellé Makoua des sommets étranges de plusieurs centaines de mètres de hauteur relative (Mont Baghinzé).

Sur la côte orientale du Brésil, le granité se fait remarquer par des formes de sommets arrondis en dôme et presque en pain de sucre qui donnent à la rade de Rio de Janeiro un aspect étrange (fig. 203). Branner [8] a montré que ces formes, ressemblant aux roches moutonnées, étaient dues simplement à l'activité de la décomposition, qui détache constamment des

écailles parallèles à la surface des rocs en saillie (exfoliation). Des formes semblables, dues au même processus, ont été depuis signalées en maints endroits dans l'Afrique tropicale, et dans la Californie (Yosémite, Sierra Nevada [9]. L'exfoliation est un phénomène qui paraît favorisé par les alternatives de sécheresse et d'humidité, ainsi que par l'insolation et les fortes variations de température. Il n'est pas absolument spécial au granité; on a signalé des dômes à exfoliation dans des grés et des conglomérats massifs.

Quelles que soient les conditions de climat et la nature de la roche, les régions granitiques Unissent comme toutes les autres par être

Fig. 202. — Un compayré, chaos de blocs granitiques dégagés par l'entraînement de l'arène, sur le bord de la vallée de l'Agout (Sidobre de Castres). Dessin d'après une photographie.

nivelées complètement et réduites à l'état de pénéplaine. Si la région est alors soumise à un nouveau cycle d'érosion, cet aspect se conservera quelque temps d'une manière frappante. Le creusement en gorge des vallées ne fait que mieux ressortir l'horizontalité du plateau cristallin. La Marche et le Limousin au nord-ouest du Massif Central, le Nord du Morvan, les plateaux du N. de la Bretagne offrent des exemples frappants de ce nouvel aspect de la topographie granitique (pi. XI, B).

Le granité et le gneiss sont les seules roches granitoïdes dont les affleurements soient toujours assez étendus. Les diabases et les diorites se présentent généralement en lentilles ou filons. Grâce à leur résistance à lérosion, elles forment parfois des saillies, peu importantes d'ailleurs, mais remarquables par leur direction rectiligne. De même les filons de quartz

pur ou enrichi de minerais, qui sont fréquents dans les régions de granités ou de schistes métamorphiques, se traduisent souvent dans la topographie par des saillies qu'on peut suivre parfois pendant plusieurs kilomètres à travers coteaux et vallées. Les diabases se signalent spécialement par leur décomposition en boules plus petites que celles du granité.

ya?

JBBm

Fig. 203. — Formes de reliefs granitiques des pays tropicaux. Le Corcovado, près Rio de Janeiro, d'après Branner.

Roches perméables et imperméables. — Parmi les roches sédimentaires et métamorphiques, deux grands groupes sont à distinguer : celui des roches perméables et celui des roches imperméables.

L'importance de cette distinction est évidente si l'on se rappelle le rôle capital de la perméabilité du sol comme facteur du régime des eaux courantes (cf. 3e part., chap. v). Dans les districts de roches imperméables, l'infiltration des eaux de pluie étant presque nulle, le ruissellement et l'érosion superficielle ont une activité très grande; les vallées se multiplient et le relief est toujours plus fouillé. Dans

Évolution du Relief granitique

Cliché Kmm. de Mai-tonne.

— Il BALLON I) 'ALSACE ET LE BAI. ION 1)1 SERVANCE. Formes séniles respectées sur les sommets des \ osges.

Clicue Cmm. de iviartor B. — VALLÉE DU LÉGUÉ, PRES SAINT-BRIEUC. Rajeunissement de la topographie. Gorge creusée dans la pénéplaine.

Cliché Emm. de Martonne.

C. — LA VALLÉE DODEREN (VOSGES). Topographie témoignant dune évolution poussée à deux reprises jusqu'à la maturité (pénéplaine des Hautes Chaumes, et croupes arrondies à 400 ni. au-dessus du fond de la vallée actuelle) .

Planche XL

Emm. de Martonne. Orographie Physiqi

les régions de roches perméables, l'érosion subaérienne est réduite par l'infiltration des eaux de pluies; les vallées sont moins nombreuses, les traits du relief plus sobres et plus vigoureusement dessinés. A ces contrastes de relief correspondent d'ailleurs une série de contrastes de géographie végétale et humaine : végétation xérophile sur les sols perméables dès que l'humidité cesse d'être abondante; dispersion des habitations, prairies et élevage sur les sols imperméables; groupement en gros villages et cultures différentes sur les sols perméables.

Roches imperméables, argile, marne. — On doit distinguer dans la série des roches imperméables les formations compactes argileuses et les formations schisteuses en bancs rocheux bien déterminés. À la première catégorie appartiennent les argiles et. marnes. On a souvent noté le modelé mou et effacé de ces terrains. La vérité est que l'aspect sénile de la topographie argileuse est celui qui nous est le plus familier. Cet aspect résulte surtout des glissements spontanés auxquels sont exposés les versants formés par ces terrains, dès qu'ils dépassent une certaine inclinaison. L'expérience en a été faite maintes fois par les ingénieurs, aux dépens de travaux d'art (talus, tranchées) établis sans tenir compte de la nature du sol fGoLLIN, 10].

Chaque glissement forme à l'endroit d'où il est parti une niche plus ou moins évasée, à laquelle correspond une sorte de loupe à l'endroit où il s'arrête (fig. 204). En Italie, où les glissements sont constants dans les terrains argileux déboisés de l'Apennin, on les appelle frane [Bkaun, 12]. Leur multiplication est devenue telle qu'on en a fait une statistique [Almagia, 13]. Sous l'influence de ces glissements répétés, les vallées s'élargissent démesurément, tandis que les versants prennent un modelé caractéristique, le creusement des thalwegs est ralenti et la topographie finit par prendre un aspect sénile. Le modelé est vague et flou, le drainage paraît mal assuré. Les rivières lentes et paresseuses divaguent dans de larges vallées, souvent marécageuses. Tel est l'aspect de la Woèvre lorraine, du Saulnois, etc.

La sénilité précoce, tel est le véritable caractère du relief des terrains argilomarneux. Mais dans les premières phases du cycle d'érosion, la jeunesse du relief s'accuse par des traits plus frappants peutêtre que dans aucun autre sol. Le ruissellement vigoureux creuse une infinité de rigoles et l'affouillement des thalwegs peut se suivre d'une année à l'autre. Quand l'argile est mêlée de sable, les crêtes séparant

E. de Mabtonne, Géographie physique. «*"

les thalwegs peuvent prendre la forme d'arêtes étroites (pi. XII, A). Il est vrai que ces arêtes s'éboulent constamment et que ce relief mouvementé est destiné à disparaître au bout d'un temps très limité. Dans les régions montagneuses, la végétation forestière peut protéger les versants argileux. Mais un imprudent déboisement suffit pour déchaîner l'érosion torrentielle. Les ravinements des schistes argileux du lias et du jurassique dans les Alpes françaises, des marnes sénoniennes et miocènes dans les Karpates défient par leur

caractère mouvementé le topographe.

Il en est de même dans l'Apennin, où l'on appelle ripe ou balze ces bassins de réception en terrain argileux sillonnés de crêtes aiguës. Leur développement a réduit par endroits la ligne de partage des eaux principale à une crête étroite de quelques mètres (Passo stretto). La complexité des formes augmente encore lorsque des gypses ou des massifs de sel sont mêlés aux couches argileuses, comme il arrive dans les Alpes, les Pyrénées, et en Algérie. Les régions subdésertiques du flanc oriental des Montagnes Rocheuses où le climat lui-même proscrit la végétation, offrent un bel exemple de relief tourmenté en terrain argilo-sableux. La circulation est très difficile et toute habitation impossible dans ces districts, justement appelés Bad Lands (Mauvaises Terres) (pi. XII, B).

Fig. 204. — Topographie d'une frana dans l'Apennin, d'après Braun.

Schistes divers. — Les roches argilo-marneuses consolidées en bancs rocheux appartiennent à la catégorie des schistes. Ce terme vague, par lequel nous désignons ici même les schistes métamorphiques (micaschistes et chloritoschistes), s'applique à des roches les unes très résistantes, les autres relativement dociles à l'érosion. Mais toutes ont la propriété de se décomposer en un sol argileux plus ou moins profond; aussi leur relief, dans les régions de collines parvenues à la maturité, se rapproche-t-il de celui des argiles et des marnes. C'est aussi par des glissements superficiels que s'opère le modelé des versants et que se développent des vallées larges séparées par des croupes arrondies. Ce processus a été particulièrement bien étudié en Autriche, dans le Wienerwald [Gôtzinger, 11].

Formes de Jeunesse des Terrains argileux

Cliché Sabbatini.

A. — CAVON GRANDE PRES BAGNOREA, ENVIRONS DU LAC BOLSENA (ITALIE). Lames étroites, s'écroulant constamment, sculptées par l'érosion torrentielle dans les argiles.

Cliché Darton. T. : — RAD LANDS DU DAKOTA (ÉTATS-UNIS).

Au fond on reconnaît la surface horizontale primitive, dans laquelle l'érosion, favorisée par 1' de végétation, sculpte un dédale de ravines et de crêtes instables.

Planche XII.

Emm. de Martonne. Géographie Physique.

Au début du cycle d'érosion, les schistes affleurant sur des pentes fortes donnent un relief mouvementé, mais, en raison de leur dureté plus grande, moins fouillé et moins instable que celui des terrains argilomarneux. Le boisement protège là aussi le sol, et le déboisement a des conséquences désastreuses, comme le montre l'aspect différent des zones schisteuses dans la Savoie et dans la Haute-Provence.

Les conditions tectoniques ont pour ces roches une grande importance. Redressés fortement, les schistes durs, comme les phyllades ou les schistes ardoisiers donnent, sur les pentes soumises à un fort ruissellement, des formes d'aiguilles et des escarpements déchiquetés qui, même dans une région de collines, évoquent la haute montagne (vallée de la Meuse Ardennaise, Monts d'Arrée en Bretagne).

Roches perméables peu solubles, grès. — Les roches perméables méritent une attention particulière, à cause des caractères très spéciaux

Fig. 205. — La Bastei, escarpement de Quadersandstein au bord de l'Elbe (Suisse saxonne). — Dessin d'après une photographie.

de leur relief. On pourrait dire que les lois de l'érosion, telles que nous les avons formulées, ne s'appliquent parfaitement qu'aux régions de roches imperméables. Les roches perméables introduisent un élément perturbateur dans l'évolution régulière et déterminent partout où elles affleurent des anomalies curieuses. Ces anomalies sont d'autant plus marquées que la solubilité s'ajoute à la perméabilité. Il y a donc lieu de distinguer entre les roches perméables peu solubles et celles qui sont facilement dissoutes par l'eau.

Le premier groupe comprend à la fois des roches compactes (grès, conglomérats) et des terrains meubles comme les sables, qui ne peuvent jouer le même rôle. Les conglomérats formés d'éléments hétérogènes se décomposent rapidement et irrégulièrement, donnant sur les pentes fortes attaquées par l'érosion les formes les plus pittoresques : tours, piliers, escarpements ruiniformes. Ces aspects sont dus à la désagrégation mécanique et aux éboulements qui en résultent. D'une manière générale, les versants des vallées sont,

Fig. 206. — Topographie de la Suisse saxonne (région du Quadersandstein). Extrait de la carte de l'Empire allemand au 1 : 100 000, feuille n° 444, Kônigstein, éditée avec la collaboration, pour la topographie, de l'État-major général du Royaume de Saxe.)

toutes choses égales d'ailleurs, en pente beaucoup plus raide dans les conglomérats que dans aucune autre roche, sauf le calcaire.

Les grès peuvent être plus ou moins grossiers, plus ou moins argileux, plus ou moins parfaitement cimentés. Si le ciment est calcaire, la solubilité de la roche est augmentée et elle se comporte presque comme un calcaire. Mais la plupart des grès sont à ciment siliceux. Les grès grossiers donnent des reliefs semblables aux conglomérats. Dans les Vosges, les grès du trias inférieur se signalent par leurs escarpements ruiniformes, surgissant des versants boisés comme des bastions, couronnant les sommets comme des donjons écroulés.

Les grès homogènes, lorsqu'ils sont traversés de nombreuses diaclases, forment une masse très perméable, dont le modelé offre des caractères particuliers. La région connue sous le nom de Suisse

saxonne, parcourue par l'Elbe à sa sortie du massif Bohémien, est considérée à juste titre comme classique pour l'étude de l'érosion dans de pareils grès. Les vallées sont réduites à un petit nombre; elles sont profondes et étroites, le creusement du thalweg étant plus rapide que le modelé des versants privés de ruissellement superficiel. Entre les vallées s'étendent des plateaux ressemblant quelque peu aux tables calcaires des Causses. Sur leurs bords, la décomposition et les éboulements créent des formes pittoresques, tours, aiguilles, ponts naturels, etc. (fîg. 205). L'étude détaillée de cette curieuse région [Hettner, 15] a montré l'importance des diaclases nombreuses, qui débitent naturellement la roche en blocs cubiques (d'où le nom de Quadersandstein); elles ont guidé l'érosion dans

Fig. 207. — Pyramides coiffées, ravin de Segonzano près Trente. Dessin d'après une photographie.

sa marche et déterminé en partie le réseau des vallons secondaires, qui découpent le massif en une série de blocs rocheux aux parois à peu près inaccessibles. Les cannelures qu'on observe sur les flancs des piliers tabulaires rappellent souvent à s'y méprendre des lapiés calcaires (v. plus loin, p. 471).

Certains grès méritent une mention spéciale : ce sont les quartzites (grès métamorphiques) et les grès très siliceux qui leur ressemblent. Ces roches sont parmi les plus résistantes à l'érosion. Si les couches sont relevées et voisines de la verticale, on voit leur affleurement prendre la forme de murailles, qui peuvent s'écrouler parfois en éboulis rappelant les chaos granitiques (Bretagne, Appalaches, etc.).

Sables. — Les sables jouent dans la série des roches peu solubles le même rôle que les argiles parmi les roches imperméables. Leur modelé est en général mou et effacé. Mais s'ils affleurent sur des pentes rapides, dans une région où l'érosion est dans sa pleine

jeunesse, ils sont affouillés avec une vigueur extraordinaire par une multitude de rigoles, que séparent des crêtes aussitôt éboulées. Les ravinements les plus puissants et les plus rapides dans les montagnes déboisées se produisent dans ces terrains argilo-sableux. Lorsqu'ils

Fig. 208. — Topographie des Landes de Gascogne, d'après la carte de France au 1 : 200 000. Échelle 1 : 400 000; équidistance des courbes 20 m.

Remarquer les marécages et l'indécision de l'écoulement, entre Sabres et Labrit particulièrement.

sont mêlés de cailloux ou de blocs rocheux, comme il arrive souvent dans les dépôts glaciaires, on voit ces blocs, protégeant leur support contre l'érosion, rester perchés au sommet de pyramides élevées, appelées suivant les lieux demoiselles, ou cheminées de fées ou encore pénitents. L'aspect fantastique de certains vallons des Alpes est dû à ce processus bien connu (fig. 207).

Dans les régions de collines où l'activité de l'érosion s'est ralentie, les terrains sableux ont un modelé adouci. La pente des versants diminue en effet rapidement, grâce à l'instabilité des sables qui s'éboulent. Si la pente générale est peu accentuée, la circulation des eaux à la surface du sol est irrégulière; le modelé semble inachevé et donne l'illusion de la sénilité; des étangs où des tourbières peuvent se former. Les Landes de Gascogne, avec leur réseau hydrographique et leur topographie indécise, leurs étangs et leurs fonds tourbeux, ont une topographie d'aspect sénile qui les a fait citer comme une pénéplaine typique (fig. 208). L'eau souterraine, en déposant les sels de fer dont elle est chargée à une profondeur à peu près constante, a amené la formation d'une croûte ferrugineuse, connue sous le nom d'alios, qui arrête les eaux à la surface et empêche toute culture. h'Ortstein des terrains sableux de l'Allemagne du Nord est l'équivalent de Yalios, et joue aussi un grand rôle dans l'établissement des tourbières.

La circulation souterraine des eaux peut encore amener la formation de bancs de grès dans la masse des sables les plus fins et les plus coulants, comme sont les sables tertiaires de la région parisienne, particulièrement les sables de Fontainebleau [Gayeux, 2]. Ces bancs résistants soutiennent contre l'érosion les versants sableux dans les vallées où ils affleurent et leur permettent de conserver des pentes plus fortes (vallée de Chevreuse). Les aspects pittoresques bien connus de la forêt de Fontainebleau sont dus aux bancs de grès formés dans les sables tertiaires et à leurs éboulements [Barré, 16].

La topographie des sables a souvent des caractères très particuliers, qui ne peuvent s'expliquer par les lois de l'érosion fluviale. Partout en effet où ils ne sont pas recouverts de végétation, ils sont remaniés par les actions éoliennes (v. chap. x).

Roches perméables solubles ; caractères généraux des reliefs calcaires. — Parmi les roches perméables solubles, les roches calcaires sont les plus importantes par leur grande extension à la surface du globe et l'épaisseur des couches qu'elles forment. La dolomie n'est qu'une espèce particulière de calcaire, plus ou moins riche en carbonate de magnésie, dont les formes de détail seules sont un peu différentes de celles des calcaires purs. Le gypse et le sel sont encore plus solubles, mais forment rarement des massifs importants; les particularités de relief qu'ils déterminent (entonnoirs, effondrements locaux) sont la conséquence de propriétés communes avec le cal-

caire [Marinelli, 26]. Nous étudierons donc spécialement le calcaire comme type des roches perméables solubles.

Les caractères du relief calcaire sont tellement nets et si faciles à reconnaître qu'un observateur tant soit peu attentif aux choses de la nature les distingue au premier coup d'oeil, même sans être géographe ou géologue. Les explorateurs les notent presque toujours sans se tromper. La vue des formes caractéristiques du calcaire guide le géologue. Murailles presque à pic, escarpements massifs où l'œil distingue en s'approchant une foule de détails pittoresques, vallées étroites et profondes, sur les flancs desquelles s'ouvrent des grottes, plateaux nus sans eaux courantes, sillonnés de larges vallons secs, creusés de dépressions fermées parfois marécageuses, crevés de gouffres béants dont on ne soupçonne pas le fond; tels sont les aspects qu'on retrouve partout, aussi bien dans les Causses du Massif Central que dans les Alpes calcaires, le Karst Illyrien et Bosniaque, le Péloponèse, la Syrie ou le Yunnan.

C'est dans dans la région illyrienne que les formes des terrains calcaires ont fait l'objet des études les plus approfondies [Cvuic 18, 20, Grund 22]. Plusieurs des noms communs qu'on leur applique ont été empruntés aux langues slaves qui y sont parlées (doline, polje). Le nom de Karst, qui désigne la région calcaire des environs <!e Trieste est même devenu classique pour désigner les pays calcaires; on parle de régions de Karst, de modelé karstique, d'hydrographie karstique. Toute région calcaire n'est pourtant pas au sens propre un Karst; le développement des formes anormales est plus ou moins évident, mais on trouve toujours plusieurs des caractéristiques essentielles que nous allons indiquer.

Formes superficielles caractéristiques du calcaire. — Partout où le sol calcaire n'est pas couvert de végétation, il présente des formes déchiquetées pour lesquelles on a adopté le nom de lapié employé dans le Jura (équivalents : rascles dans les Alpes françaises, Karren ou Schratten dans les Alpes allemandes). On a signalé des lapiés rudimentaires dans des grès, ou même des granités, mais c'est dans les calcaires qu'on trouve certainement le plus beau développement de ces ciselures étranges. Un champ de lapié typique (v. pi. XV, A) tels que ceux étudiés par Chaix [24], et Eckert [23] a l'aspect d'une surface sillonnée de canaux irréguliers, larges de quelques centimètres, profonds de 1 à 2 mètres, et séparés par des arêtes étroites ou arrondies (fig. 209). Le terrain est comme labouré par ces crevasses, rendant la marche difficile ou même dangereuse. Leur formation est due surtout à l'œuvre de la décomposition chimique élargissant les diaclases, secondée par l'action des plantes, par la décomposition

mécanique elle-même et par le ruissellement qui entraîne les produits de décomposition. On fait rentrer aussi dans la catégorie des lapiés les cannelures verticales ciselant les escarpements calcaires (pi. XV, B), dont on connaît plus d'un exemple dans les régions gréseuses (Suisse saxonne par exemple).

Si curieuses qu'elles soient, ces formes de détail ont moins d'importance géographique que les formes d'ensemble qui caractérisent la topographie calcaire. Une des particularités les plus importantes est la rareté des vallées et la raideur de leurs versants, qui présentent souvent des escarpements .«^Ce caractère est commun avec les roches perméables insolubles mais compactes (grès, conglomérats); il est dû à l'absence de ruissellement superficiel sur les

Fi£. 209. — Profil montrant toutes \es formes caractéristiques des lapiés, d'après Eckert.

Sillons étroits et profonds, lames minces en saillie, sillons élargis en profondeur, saillies en formo de hache ou de champignon, bourrelets arrondis (cf. pi. XV, A).

versants par suite de l'infiltration des eaux et à l'élargissement rapide des diaclases qui fait écrouler des pans de roches. Comme dans les grès, les escarpements présentent souvent des corniches surplombantes, dues à la dissolution d'une couche moins homogène par les eaux filtrant goutte à goutte. On observe même de véritables grottes, beaucoup plus profondes, pénétrant très loin dans l'intérieur de la montagne. Les vallées des régions calcaires sont souvent appelées cafwns, d'un nom appliqué en réalité dans les pays espagnols à toute vallée encaissée. C'est ainsi que l'on cite en France le canon du Tarn (pi. VIII, A) comme un des plus beaux exemples de profonde vallée calcaire. Par contre, on devrait adopter le nom de Causse, appliqué aux plateaux qu!entaille cette vallée, comme un nom commun, pour désigner les reliefs tabulaires qu'on trouve presque partout dans les régions calcaires découpées par un nombre restreint de vallées en forme de canyons. Les Alpes abondent en Causses, de même que l'Iilyrie, la Bosnie, le Péloponèse, et en général tous les pays de Karst.

La topographie d'un causse diffère profondément de celle d'un plateau de roche imperméable. Un coup d'œil jeté sur les figures 176 (p. 404) ou 179 B (p. 407) montre un désordre déconcertant : buttes arrondies, vallons interrompus brusquement. Les lois de l'érosion normale ne s'appliquent plus ici. La forme élémentaire dominante n'est pas la vallée creusée à l'air libre par l'écoulement continu des eaux en rapport avec le niveau de base, mais la dépression fermée, due en partie à la dissolution par les eaux qui s'infiltrent presque aussitôt qu'elles sont tombées. Le mot doline, originaire d'Hlyrie, est devenu le nom commun appliqué par les géographes à ces dépressions, que le paysan des causses français nomme sotch.

Les dolines typiques ont un contour rond ou elliptique, leurs dimensions horizontales et verticales sont très variables. Dans le Karst des environs de Fiume on en trouve ayant plusieurs centaines de mètres de profondeur et un kilomètre de diamètre; mais les dimensions sont généralement bien moins grandes. Le type le plus commun dans les pays de vrai karst est la doline ronde à fond plat à parois abruptes. La terre Touge [terra rossa), résidu argileux de la décomposition du calcaire, s'accumule au fond, qui est généralement cultivé et entouré d'un mur en pierres sèches. Dans les causses du Massif central, les sotch sont des dépressions beaucoup plus évasées et moins régulières (pi. XIII, A) dont le fond constitue les seuls points habitables.

Il arrive que le fond d'une doline est percé par un gouffre béant ou à demi fermé par la végétation et les éboulis; c'est ce qu'on appelle dans le Tarn un aven. Ailleurs on emploie les termes d'embut, bétoire, pot, goule, scialet. Dans le Jurasouabe, on parle de Wetterlôcher, dans les pays slaves balkaniques de ponor, en Grèce de katavothra. Les avens peuvent souvent s'ouvrir à la surface des plateaux, comme le fameux aven de Padirac (pi. XIII, B) ou au pied d'un escarpement bordant un bassin fermé.

Les dolines et les avens sont dus évidemment à l'affaissement du sol au-dessus de lits rocheux corrodés par la dissolution des eaux d'infiltration. Mais, dans le cas des dolines, l'affaissement est plus lent et plus étendu; dans le cas des avens, il est plus rapide et localisé sur un point, déterminé vraisemblablement par une cassure plus importante.

On rencontre encore dans les régions calcaires des dépressions fermées beaucoup plus grandes. Cvijic a réussi à faire adopter comme nom commun pour les désigner le mot de Polje, appliqué dans la péninsule balkanique à toute dépression à fond plat très étendue.

Topographie calcaire

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Cliché De

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