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CHAPITRE Vil

L'idée que le relief doit être considéré comme le résultat d'une évolution est une des premières qui aient été mises en lumière au début de cet ouvrage, et nous avons vu que l'expérience topographique suffirait à montrer que cette évolution est principalement le résultat du travail des eaux courantes.

L'étude des régions volcaniques, où les transformations sent plus rapides et plus faciles à saisir, nous a fourni un exemple démonstratif de l'utilité d'une analyse, qui cherche à classer les formes actuelles dans une série se développant suivant un plan conforme aux lois tirées de l'observation. Nous pouvons essayer maintenant de tirer parti des constatations faites en examinant les adaptations de l'érosion à la nature des roches et aux mouvements du sol.

Sans prétendre analyser toutes les combinaisons possibles ou seulement réalisées, nous essayerons de faire comprendre un certain nombre de cas typiques, en citant les exemples les mieux connus des différents stades. Nous commencerons par les cas les plus simples, qui sont ceux où l'érosion travaille dans des couches faiblement et uniformément inclinées. Nous passerons ensuite aux cas où le modelé se poursuit aux dépens de couches disloquées. Enfin nous examinerons quelques exemples d'anciennes régions disloquées, complètement aplanies, et livrées de nouveau à l'érosion par des mouvements du sol.

Dans tous les cas, nous chercherons à montrer comment se constitue le réseau hydrographique, témoin des conditions primitives de pente, mais nécessairement adapté à la structure du sous-sol dans lequel il s'enfonce; et nous verrons que ces adaptations sont précisément la clef de toute l'évolution des formes.

Cours d'eau conséquents ou primitifs, collines ou doabs.

L'observation du ruissellement des eaux de pluie sur une plage à marée basse nous offre l'exemple le plus simple de formation du réseau hydrographique. Des rigoles parallèles apparaissent, suivant la pente du sol. Ce sont les cours d'eau conséquents de Davis, appelés primitifs ])ar Delà Noë. Si la mer se retire assez loin et si la pente de la plage est assez forte, des vallées se creusent, découpant le sol émergé en croupes allongées très caractéristiques.

La nature nous offre en grand de nombreux exemples de ces phénomènes. Les plaines côtières sont l'équivalent de notre pla«-e ravinée. Celle des États-Unis s'étend de New-York jusqu'à la Floride sur une distance de près de 2 000 kilomètres. Le recul delà mer depuis le tertiaire récent a successivement laissé à jour une frange de plus en plus large du littoral et la formation de la plaine côtière continue, grâce aux apports des rivières et des courants marins, comme en témoignent les lagunes et les marais vaseux de la Virginie et de la Caroline. Il serait aisé de trouver ailleurs de nombreux exemples du même cas. En France, le littoral du golfe du Lion, des Pyrénées au Rhône, est une plaine littorale en formation. Il en est de même d'une partie des Pays-Bas, de la côte orientale de l'Inde, etc.

La topographie de ces plaines est aussi imprécise que leur réseau hydrographique. Elle se dessine à partir du moment où la pente du sol est supérieure au profil d'équilibre des cours d'eau, qui sont amenés à creuser leurs vallées. La formation des dos de terrain allongés remarqués sur la plage s'observe dans toute la zone tertiaire molassique d'Aquitaine. Elle est frappante notamment dans l'Armagnac (fig. 252 bis). Il en est de même en Valachie, où les couches gréso-argileuses du tertiaire récent sont découpées par un grand nombre de cours d'eau conséquents à peu près parallèles [9].

On a cherché à trouver un nom commun pour les croupes allongées caractéristiques de ces régions. La généralisation d'un nom local a paru préférable à l'invention d'un nom compliqué. Davis [2] a proposé le nom de doab appliqué dans l'Inde à des croupes de ce genre. Penck [4] celui de Riedel, usité en Bavière pour désigner les coteaux de molasse tertiaire. Nous pouvons nous servir du mot français de colline, dont le sens imprécis convient à cette forme de relief peu différenciée. On verra plus loin quel sens beaucoup plus net a le mot de côte.

Quand le creusement des vallées conséquentes est assez accentué, les formes se compliquent. Des affluents se greffent sur les cours

primitifs et morcellent les coteaux, qui peuvent prendre l'aspect de petites montagnes (Haute- Valachie).. Les vallées voisines inégalement creusées entrent en lutte et des captures se produisent. La rivière la moins vigoureuse est décapitée et le bassin de la rivière conquérante s'élargit vers l'amont (fig. 252.bis). Lorsque cette évolution s'est poursuivie assez longtemps, la disposition du réseau hydrographique diffère complètement de celle qu'on observait au début. Au lieu de nombreuses rigoles de drainage parallèles, on a deux ou trois rivières maîtresses, à large vallée, avec une ramure d'affluents comparable aux branches d'un arbre. Cette disposition est frappante en Aquitaine [Fabre 5], dans les collines tertiaires de Bavière, dans les collines de Valachie et de Moldavie [6]. Le relief très morcelé ne se prête pas en général dans de pareilles régions à l'agglomération de la population. Elle se disperse en une multitude de bordes dans les coteaux de l'Armagnac, les villes s'établissant dans les vallées maîtresses, qui sont les seules voies de communication naturelles.

i : 25oooo

1 2 3 ^ 5 10 kilom.

Fig. 252 bis. — Collines de l'Armagnac, d'après la carte de France au 1 : 200 000.

Exemples de captures, tendant à la concentration du drainage.

Cours d'eau subséquents, cotes et buttes-témoins. — L'évolution que nous venons de décrire suppose que les couches sédimentaires attaquées par l'érosion sont d'une consistance assez uniforme. Les choses se passent autrement dans le cas où les vallées ont à se creuser dans une série de couches plus ou moins perméables, et plus ou moins résistaates. Une sélection s'établit assez vite entre les affluents des cours d'eau conséquents. Ceux dont le tracé coïncide plus ou moins exactement avec la limite de deux formations inégalement résistantes, prennent l'avantage en affouillant la couche la plus tendre. Nous savons que dans ce cas se forme une vallée dissymétrique au point de vue topographique, monoclinale au point de vue géologique (ch iv, p. 473). Pour mieux marquer sa place dans

l'évolution des formes on peut l'appeler subséquente, suivant l'expression proposée par Jukes dans son étude de l'Irlande, et devenu classique grâce à Davis [2].

La ligure 253 montre schématiquement la naissance des vallées subséquentes et leur rapport avec les vallées conséquentes. On voit que les vallées subséquentes tributaires des cours d'eau conséquents voisins sont drainées par des rivières coulant en sens contraire, qui tendent à abaisser rapidement le seuil de partage des eaux dans la zone des roches tendres. Des captures peuvent se produire. Le

Fig. 253. — Schéma de la formation des dépressions subséquentes et des côtes.

résultat est la formation d'une dépression subséquente suivant le contact des couches.

On voit aussi que les croupes séparant les vallées conséquentes diffèrent des collines ou doabs. Ce sont des hauteurs dissymétriques, en pente douce vers l'aval, et formant vers l'amont un abrupt très net. Un nom commun doit être cherché pour cette forme de relief très caractéristique. Davis [2] a proposé celui de cuesta, tiré de la nomenclature topographique du Mexique. Nous pouvons employer le mot français de côte, appliqué dans le bassin parisien aux hauteurs concentriques de ce genre, signalées depuis longtemps par Élie de Beaumont [7].

Les côtes s'élevant progressivement d une dépression subséquente à l'autre, les rivières conséquentes les traversent en des vallées relativement étroites. Ces percées, qui ont souvent étonné les anciens auteurs, sont un fait absolument normal.

Côtes et Buttes-Témoins

Cliché communiqué par M. Gallois.

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