ROCHES NEUTRES ANCIENNES
brun (1). Tandis que les syénites correspondent aux granités et aux granulites, les minettes représentent plutôt l'équivalent des porphyres granitoïdes ou des microgranulites (2). L'apatite et la magnétite sont constamment présentes; on y trouve souvent aussi l'oligiste et la pyrite, et l'orthose est fréquemment attaqué et imprégné de calcite.
Le type normal des minettes est bien développé dans les Vosges et l'Odenwald, où elles contiennent de 55 à 60 % de silice avec 5 ou 6 % d'alcalis. Souvent, dans les filons de minette, on trouve une proportioa considérable d'oxyde de fer hydraté. En outre on observe dans les mêmes régions une minette amphibolique, où le mica est remplacé par l'hornblende et d'autres variétés où apparaît le pyroxèue, tantôt cristallisé, tantôt changé en chlorite ou en delessite. 11 y a aussi des minettes dont le grain est si fin qu'elles prennent l'aspect de roches compactes.
En raison de l'emploi qui a été souvent fait du mot minette pour désigner des roches de compositions très diverses, le Service de la Carte géologique de France a récemment adopté la désignation d'Qrtholithe pour la combinaison orthose et mica. 5° Diorite qnartxifêre. — • L'association granitoïde du plagioclase avec l'amphibole donne naissance à des roches que leur faible teneur en silice oblige à ranger parmi les roches basiques. Ce sont les Diorites, que nous étudierons plus loin. Hais il existe une classe de Diorite* quartzi fèves, qui méritent d'être classées parmi les roches neutres et dont on observe de bons types en Bretagne, notamment aux environs de Saint-Brieuc (5) et à la falaise des Sables blancs, prés de Concarneau (4). Le plagioclase, qui parait être surtout de l'oligoclase, apparaît en grands cristaux, dont l'amphibole occupe les intervalles avec un quartz de formation encore plus récente. On observe aussi dans ces roches du sphéne et du zircon. La Tonalité de rAdamello, en Tyrol, est une diorite quartzifère avec mica et magnétite.
4° KersaaUte. — La minette étant caractérisée par la combinaison orthose et mica, l'association du même mica magnésien avec un plagioclase donne le Kersanton ou la Kersantite des auteurs français.
C'est une roche où des cristaux anciens de mica noir très abondant, d'oligocJase et d'apatite sont cimentés par une pâte d'oligoclase en cristaux allongés. Le pyroxéne, l'amphibole et l'orthose apparaissent à l'état d'éléments accessoires, ainsi qu'un quartz granulitique ou pegmatoïde et l'on observe, sans doute comme produits qj? métamorphisme, la calcite et la chlorite.
' Le type du Kersanton existe en Bretagne, à Kerzanton et à l'hôpital Cam front, prés de Brest, où il est exploité dans de grandes carrières ; sa couleur d'un vert foncé et sa résistance particulière à l'altération par les agents atmosphériques l'ont fait de tout temps rechercher pour la statuaire. D'autres affleurements
(t) Le nom de minette vient de l'association habituelle de cette rocfee avec la mine de fer à Framont, dans les Vosges.
(2) Fouqué et Michel-Lévy, op. cit., p. 163.
(5) Whilman Cross in Tschermaki Mineralogi*che Mittheihmgmi, 18*0, p. 369. (4) Ch. tiarrois, Annales de ta Soc. géol: du Nord, VIII, p. 112.
5*2 COMPOSITION DE L'fiCORCE TERKESTRE.
s'observent à Daoulas, Fersuel, Kerriou, etc. (1). C'est également à cette espère que paraissent devoir être rapportées les roches des environs de Saint-Brienc, décrites par M. Cross (2) sous le nom de dicrites quarUdfères tnicacéet et qui ne diffèrent duKersauton typique que par la inoins grande abondance de la oalcite. IL Cross est d'ailleurs d'accord avec M. Michel-Lévy pour affirmer la présence, dans cette roche, de l'amphibole» tandis que M. Rosenbusch (3) n'y reconnaissait que du pyroxène. M. Ck. Barrob a remarqué que la structure des plages de calcite des Kersantons rappelle entièrement celle des perles de calctte qui remplissent les petites géodes dont les terrains calcaro-schisteux de la Bretagne sont criblés au contact des diabases. ■
•■ Le Kersanton de l'hôpital Camfroot offre une disposition particulière, signalée par 101. Michel-Lévy et Douviilé (4). Le quartz y forme des mieropegmatites bien caractérisées. Aussi ces auteurs sont-ils disposés à y voir un porphyre granitoîde surchargé de mica et ayant emprunté sa calcité à la roche qu'il traverse enfilons. Dans ce cas, le véritable pendant des minettes devrait être cherché dans 4es types non quattsifères, tels que les Kersantitet de Markirch et de Langenschwalbach-. . j« ■
5° Sjénfteft élé^ltWqvcp. — Il existe «n Norvège, notamment à Brevig et à -Lauryig, une syénite très particulière, à laquelle l'abondance du sircon a fut donner le nom de Syémte zirconienne. Mais cette variété fait partie d'un groupe -que caractérise l'association, avec l'orthose et quelquefois le plagioclase* d'une variété de néphéline à éclat gras dite Eléolithe et que, pour ce motif, JL Rosenbusch (5) a appelé le groupe des Syénite* éléolithiques. On y peut ranger, avec la syénite zirconienne de Norvège et du Groenland, la Foyaïte à amphibole du Portugal, la Miascite avec mica noir de l'Oural, la .Pitroïfe. avec sodaiithe, mica ei hornblende de Transylvanie.
La Syénite zirconienne est presque une roche acide, car elle contient 66,39 % de silice, avec 13,79 % d'alumine et 13,15 % d'alcalis. Ses minéraux essentiels sont l'orthose mélangé de microline, 1 eléolithe, la sodalithe, qui semble avoir dissous et corrodé les autres éléments (6), le zircon, l'hornblende et un peu de quartz dont les inclusions liquides renferment des cristaux de sel marin. Mais ce qui rend cette roche particulièrement intéressante, c'est le nombre exceptionnel des espèces rares qu'elle contient. On y a compté plus de 50 minéraux distincts, parmi lesquels 34 silicates renfermant les corps simples suivants ; zirconium, thorium, yttrium, cerium, lanthane, tantale, niobium, etc. L'orthose de la syénite de Laurvig offre un reflet bleu chatoyant et on trouve aussi dans cette roche un pyroxène diallagique voisin de l'hypersthéne.
(1) Ch. Barrois, Ann. de la Soc. géol. du Nord, VIII. p. 115. - (2) TtchermaKê Mineralog. Miltfurilungrn, 1880, p. 569. 13) Op. cit., p. 250,
(4) Bull, de la Soc. géol. de France, 3* série, V, p. 51.
(5) Op. cit., p. 203.
(G; Foiiqii" et Michel-Lévy, ojt. rit , Pl^ XIV. ..
ROCHES 3RUTRES ANCIRN3KS. 585
La Ditroïte contient de l'apatite et du spinelle et la Hiascite de Miask renferme du mica blanc. La pâte proprement dite y est formée d'orthose, de microcline et d'éléolithe, tondis que la sodalithe paraît être le produit d'une action ultérieure (i ).
• Type pogphyriqac. Porpbyrke tnleàcée. Porpbyrlte quartclfère. — On ob- '
serve àLandshut, ainsi que dans l'Altaï, des porphyres micacés caractérisés par des cristaux de plagioclase, de mica magnésien foncé, de quartz et de fer magnétique, dans une pâte microcristalline de quartz et de feldspath, analogue à celle des porphyres granitoïdes. Ces roches représentent le type porphyrique des Kersan^ Ions. M existe d'ailleurs de prétendues minettes porphyriques, dont le feldspath dominant est l'oligoclase, associé tantôt à l'amphibole, tantôt au pyroxène.
C'est encore dans le même groupe que nous paraît devoir être rangée la roche de Quenast et de Lessines, en Belgique* à laquelle on a donné les nortis de Porphyrùe quartsifère, de Dioriie quartxifère, <ï Epidiorite, de Chlorophyre, etc. Cette roche contient, d'après MM. le P. Renard et de tavallée-Poussin (2), 56% de silice et offre une pâte verte d'apparence euritique, sur laquelle se détachent des cristaux nombreux d'oligoclase et de quartz, avec un peu d'orthose, de l'amphibole hornblende et un minéral pyroxénique. La pâte, formée de grains cristallins de feldspath et de quartz, d'environ 5 centièmes de millimètre, est microgranuli tique et ne contient aucun élément amorphe. Le quartz de Quenast est dihexaédrique et riche en inclusions liquides avec cristaux cubiques de sel marin. L'apatite, le mica magnésien, le fer oxydulé et le fer titane figurent parmi les éléments accessoires.
B. TYPE TUAVHYTQÏD&
•■■ Tjpt> porpfcjrtque : i° Qrthophyre: — Le type porphyroïde des syénites, amphiboliques ou micacées, est réalisé par une classe de roches, souvent désignées sous le nom de Porphyre* syénitiques et que, en raison de la prédominance du feldspath orthose dans la pâte, nous appellerons Orthophyres, conformémen k ta désignation admise par le service de la Carte géologique de France. ' Les minéraux constituants sont les ttiémfes qtie ceux des syénites et des minettes. La pâte est micro-cristalline et peut contenir des grains de quarte. Ce cas est réalisé par les orthophyres quartzifèrt£'ou porphyres noirs de la Loire etdtrMarvan. Ce sont des roches renfermant des : cristaux de quartz apparents, mais -où- la pâte, d'un noir verdàtre, passant Quelquefois au brun, ne contient patvd'excés de silice. Cette pâte est en partie amorphe et fluidale et souvent *pointftlée de magnétite. La fluidalité est1 accusée par l'alignement des mîerolithes ou par celui des granulations microscopiques. ■
Les cristaux anciens sont le quartz en gros grains arrondis et clairsemés, un plagioclase abondant, le mica noir, la chlorite, l'amphibole en partie serpentinisée, l'apatite, assez souvent Torthose. Les porphyres de Châteauneuf et de Bro-
(1) Fouqué et Michel-Lé*y, op. cil., p. \1\.
(2) Mémoire sur les roche» plutomennes de la Belgique et de» Ardenne*, Bruxelles, 4876.
5M COMPOSITION DE L'ftORCE TKRIŒSTHt.
nioiit (Puy-de-Dôme). ainsi que celui de la Bombarde (Loire) peuvent être citas comme des types de cette classe, dont les épanchements sont accompagnas de tufs et de broches remarquablement développes.
Les microlilhes de la pâte paraissent formés, de feldspath orlhose, d'amphibole et peut-être aussi. d'apatite- Il esta remarquer que les porphyres noirs sont plus anciens que la plupart des granophyres et offrent néanmoins des indices très nets de fluidalité, tandis que cette dernière n'apparaît, dans les roches acides, qu'avec les porphyres pétrosiliceux. Ce fait» rapproché delà leiture plutôt gra* nulitique des syéniles, contemporaines des granités, permet de dire qu'an point de vue de la texture, les roches neutres sont en avance relativement aux roches acides de même Age (1). La figure 135 représente, d'après Sf. Michel-Lévy (2), la texture du porphyre noir do Montmartin, près Chflteauneuf (Puy-de-Dôme).
Parmi les orthophyres, il convient encore de- citer les porphyres bruns des Vosges, développés à Giromagny, à Lure, à Vescemont et caractérisés par des Fiu.i jî. ~ Taxture Duidale m- cristaux, d'ortliose et d'hornblende, ainsi que par -les
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leringcn et des environs de Itemiremont.
2° Porphyrltea prcipremrmt dises. — ftans les Porpkurites proprement dites on voit s'accentuer l'élément amorphe ainsi que la texture fluidale, accusée par les granulations de la pâte vitreuse ou par l'alignement des inicrolitues. Les porphyrites, dont il existe de très bons types en Saxe, à Wilsdrufl et à Potschappel, ainsi que dans la Sarre et à ilfcld dans le Harlz, sont essentiellement constituées de plagioclase et d'hornblende ou de pyroxène. Le quartz s'y rencontre quelquefois et les microlithes de la pâte paraissent être de l'orthose. La toneur en silice varie de 59 a 68%. La couleur habituelle de ces roches est le bleu ou le brun.
Le porphyre rouge antique (porfiao rotto antîco) appartient a cette catégorie. Cette roche, dont le gisement se trouve au Djebel Dokhan en Egypte, est remarquable par ses prismes d'hornblende, ses cristaux d'apatite et ses individus de plagioclase (en grande partie transformés eu uu produit d'altération rougeâtre à la lumière naturelle), qui ressorlent sur une pâle rouge de sang. A Wildsruff et dans quelques points des Vosges, l'amphibole est presque complètement remplacée par le mica biotite. Néanmoins ce minéral est assez caractéristique des roches de ce groupe pour que la plupart aient été. désignées en Allemagne sous le nom de porpkurita amphiboliques (kornbleatle-porphurit). Mais il en est un
de Fmiuf, 3- série, ll|. p. SM.