CONDITIONS PHYSIQUES CLÉNÉRALES DE L'ÉPOQUE HOUILLÈRE
Coaditioas de la Tégétatioa houillère. — Les considérations qui précèdent rendent suffisamment compte de la formation du combustible minéral ; mais il faut encore expliquer comment ce phénomène a pu se renouveler aussi souvent sur un même lieu, au point que, le long d'une seule verticale, on compte parfois une centaine de couches de houille en superposition régulière, avec plusieurs alternatives d'assises marines intercalées.
D'abord il est évident que la croissance des plantes houillères a dû être favorisée par des circonstances exceptionnelles. SI. Grand'Eury signale la tendance de ces plantes à une rapide poussée verticale, par des tiges élancées et sans branches, la plupart fistuleuses, pleines de moelle ou gorgées de sucs. Les bourgeons avaient neuf ou dix fois la longueur qu'ils ont aujourd'hui dans les congénères des espèces houillères et les extrémités des Cordaites, avec leur canal médullaire de 0m,05 à 0m,10, accusent une rapidité de développement extraordinaire. Le climat devait donc être très chaud et humide, ce qui s'explique en partie par le caractère insulaire des continents de cette époque et la grande densité d'une atmosphère encore très chargée d'acide carbonique. Toutefois cela ne suffit pas et le mode d'accroissement des bois et des écorces indique que la végétation ne devait pas éprouver de temps d'arrêt, comme si les variations périodiques du climat avaient été à peu près nulles.
D'ailleurs, jusqu'au 74e degré de latitude septentrionale, c'est-à-dire jusqu'au point le plus voisin du pôle où des plantes houillères aient été recueillies, les types végétaux de l'époque demeurent identiquement les mêmes, ce qui implique, sur le globe, une distribution de lumière et de chaleur totalement différente de celle qui prévaut de nos jours. D'après M. Lesquereux, les % de la flore houillère d'Amérique lui sont communs avec celle de l'ancien monde. Le Spitzberg, les Indes orientales, la Chine, l'Afrique australe, le Brésil, renferment, dans les sédiments carbonifères, des espèces européennes. Il régnait donc alors sur le globe une uniformité de conditions extérieures presque absolue.
Hobliité dm sol a l'époque honliiére. — En outre, pour que de nombreuses couches, séparées les unes des autres par de puissantes assises de grès et de schiste, se soient accumulées dans un même bassin, il faut que le sol de ce bassin ait subi de fréquents changements de niveau. La mobilité du sol, au moins dans les grandes lagunes où s'entassaient les détritus végétaux, nous apparaît donc comme une des conditions fondamentales de l'époque permocarbonifère.
Cette mobilité ne s'est pas traduite par de simples oscillations verticales, mais plutôt par dot espèces de mouvements de bascule, qui relevaient un des côtés
d'un bassin en abaissant le côté opposé. La preuve en est fournie par la tra*h gressivité, si souvent constatée, des assises houillères les unes par rapport aux autres. Ainsi nous avons dit que, dans le bassin de la Flandre et de l'Artois» la faisceaux supérieurs débordaient vers le sud-ouest, par-dessus les faisceaux inférieurs; de telle sorte que, même en l'absence de toute dislocation ultérieure, il eût été impossible d'en rencontrer la série entière sur une seule verticale. Aussi doit-on admettre que la zone des houilles anthraciteuses, les plus anciennes,, était émergée à l'époque où les couches de houille grasse se formaient as sud-ouest sur un sol en voie d'affaissement.
Des preuves encore plus directes de ce mode de mouvement sont fournies par le dédoublement que subissent parfois certaines couches de houille. En pareil cas, le point où commence le dédoublement marque la charnière à partir de laquelle l'affaissement s'est manifesté, jusqu'au moment où, la partie inclinée ayant été recouverte de sédiments qui rétablissaient la continuité du sol, une nouvelle période de repos a permis la reprise du phénomène houiller.
La figure 292 représente (1) le dédoublement, momentanément intercepté par une faille, de la veine Sainte-Barbe, à Bully-Grenay ; 300m de distance horizontale
Fig. 292. — Dédoublement de la veine Sainte-Barbe, à Bully-Grenay (d'après M. Boulay}.
suffisent pour amener un écart de 13* entre deux portions qui, à l'origine, n'étaient séparées que par un mince lit de schiste.
En remarquant que tous les bassins houillers du centre de. la France sont limités à une ou même à deux failles, M. Gruner (2) a émis l'idée que l'origine première de ces failles pourrait remonter à la formation des vallées houillères, bien que, après le dépôt et la consolidation du terrain, les fractures se soient certainement rouvertes plus d'une fois. De la sorte, le glissement du terrain le long des parois de ces failles pourrait expliquer l'affaissement continu à la faveur duquel les bassins ont pu se combler. On peut penser aussi que de tels mourements du sol, se produisant par saccades, ont suffi à rendre périodiquement aux eaux de ruissellement, par de brusques changements de niveau, la puissance nécessaire à la formation des conglomérats.
Climat de la période permo-carbonlfére. Nous avons dit que le caractère de la végétation houillère, en quelque lieu qu'on l'observe, impliquait, sur tout le globe, une égalité presque absolue dans la distribution de la chaleur et de k lumière.
Or les végétaux ne sont pas seuls à témoigner de cette uniformité ; les espèce?
(i) Abbé Boulay, Ann. de la Soc scientifique de Bruxelles, 1880. (2) Bull. Soc. giol. de France, 3« série, I, p. 453.