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GÉNÉRALITÉS SUR LA PÉRIODE OOLITHIQUE

Caractères généraux de la période. — Le système oolithique comprend un ensemble varié de sédiments qui, dans le bassin anglo- français, paraissent s'être formés au milieu de conditions particulières de calme. Les dépôts arénaeés et les conglomérats y sont l'exception et ce qui domine, à toutes les hauteurs, c'est le faciès oolithique, indice presque assuré de formations coralliennes (3). Du reste, en beaucoup de points, les anciens récifs de polypiers se dessinent de la façon la moins équivoque, offrant, dans leur faune, les associations qui, de nos jours encore, caractérisent ce genre de dépôts. Ainsi, durant cette période, exempte de toute manifestation violente de l'activité interne, les organismes ont édifié, dans l'Europe occidentale et centrale, de puissantes assises calcaires, plus largement étalées que les récifs actuels et occupant le centre des bassins dont les sédiments liasiques formaient les bords. Si donc la mobilité du fond

(1) Bbnford et Modlicott, Grafagy of India.

(42) Zeiller, ïiult. delà Soc. ge'ol. de France, 3« série, 111, p. 572.

(3) Y. aiite, p. 504.

PÉRIODE OOLITHIQUE. 841

est attestée par la succession, bien des fois répétée, d'assises de même nature, du moins il n'a pas dû se produire de ces mouvements brusques qui, changeant tout à coup le contour des côtes, les exposent à une dégradation active et substituent les sédiments mécaniques au produit du travail des organismes.

D'ailleurs la tendance générale, dans l'Europe occidentale et septentrionale, est moins dirigée vers l'affaissement du sol que vers l'émersion des détroits qui jusqu'alors avaient séparé les divers îlots de terrain primitif, et dès le milieu de la période le Plateau Central de la France est soudé, d'une part aux Vosges, de l'autre, à la Vendée. Ainsi se prépare l'avènement d'une époque surtout continentale qui, dans l'Europe du nord, marquera la fin de la série jurassique. Le système oolithique, avec ses dépôts d'oolithes calcaires, se renouvelant à tous les niveaux, et le progrès, de mieux en mieux marqué, de l'émersion du bassin anglo-parisien, offrent donc une réelle homogénéité. Aussi nous paraît-il impossible d'en scinder la durée en plusieurs périodes, malgré la netteté avec laquelle se distinguent, grâce à la paléontologie, les divers étages de cet ensemble si remarquablement fossilifère.

Le fait que des récifs coralliens, caractéristiques des mers les plus chaudes, ont occupé jusqu'au centre de la Grande-Bretagne, indique qu'à cette époque le climat de la zone équatoriale s'étendait au delà du 55e degré de lat. N.f circonstance absolument incompatible avec l'existence de glaces au pôle arctique. De plus, l'étude de la flore oolithique nous apprendra que des plantes d'affinités tropicales ou subtropicales florissaient jusqu'aux abords du 71e parallèle, sans que, d'ailleurs, il y eût de différences sensibles entre la végétation de cette latitude et celle du 50e degré, non plus qu'entre la flore anglaise et celle de la Sibérie orientale (1) au même moment de l'histoire terrestre. La période oolithique a donc partagé avec celles qui l'ont précédé, bien que, peut-être, à un moindre degré, le privilège d'une distribution uniforme de la chaleur et de la lumière.

Faune oolithique. Vertébrés. — Les mammifères, annoncés dans le rhétien par Microlestes, ont laissé quelques traces dans certains dépôts oolithiques européens. Ce sont des marsupiaux, Âmphitherium, Stereognathus, Phascolotherium (fig. 350), qui apparaissent dès le début de la période, et Spalacotherium, Plagiaulax, Galestes, Triconodon, etc., dont on retrouve les dents et les maxillaires dans les assises les plus élevées. Tous ces genres étaient de petite taille ; les premiers avaient des caractères d'insectivores ; mais le Plagiaviax possédait la dentition d'un rongeur, analogue au Kangouroo-rat, et Galestes paraît avoir été un animal carnassier. Quand on songe que quatorze espèces de mammifères (laplupart insectivores) ont été trouvées dans l'île de Purbeck, sur un espace de moins de 500 mètres carrés, au sein d'une couche de quelques centimètres d'épaisseur, on est fondé à admettre que le nombre des mammifères oolithiques connus s'accroîtrait singulièrement si les formations lacustres ou terrestres de

(1) Heer, Mém. Acad. de St-Pétcrsbourg, XXV (1878).

la période «Matent moins rares. La preuve en est fournie par les dépôts ooli (niques

des Montagnes Rocheuses, où M. Marsli {i) a récemment découvert un assa

*. FiK. 35Ï. Fig. su.

Fig. 590. — Ph,i*a,latktrium Barklandi, Broderip. du bithonien de Stone«fl<Id — Fig. 351. 1 i m i Tir fSlti>lumoctTnij Htm/iAritiinnio, Saw., du bijocien. -~Fl|.35& Amm. Œtmaagria} traekfmitm, Off, du léquanien du Wurtemberg. — Fig. 355. Amm. (Luiiwitiia) Murchiâoitie, Saw., du bajocien ùffeiM (uMnicnj. — Fib'. 351. Amm. (Slephimocrrari inarriurjihahu, SchUrth., du cillovleii.

grand nombre de genres, Dryolestes, Stylacodon, Clenacodon, Ti notion, Dt'ptocjnodon, Triconoilon, dont plusieurs offrent une remarquable analogie avec les mammifères de Purbeck.

Après les mammifères, le plus intéressant des vertébrés oolitliiqu.es est le célèbre Ardtseopteryx de Solenbofcn. C'est un oiseau de petite taille, à affinités reptiliennes si prononcées que quelques auteurs en ont voulu faire un reptile, malgré l'empreinte bien conservée de ses ailes, et sa queue empennée, longue de 0IB,26 et formée de 20 vertèbres distinctes.

Les reptiles sont représentés par des lézards volants, Pterodactylut, Rampiiarhynchus, des dhiosauriens bipèdes, les uns carnivores, comme Megalotavrut, les autres herbivores, comme le gigantesque iguanodon; des crocodiliens, Tdeosauras, Cetiosaiirus, ce dentier long de plus de 15 mètres; et de nombreux énaliosauriens, Ichthyosaurus, Plesiosaitrus, Pliosattrus, etc. Enfin c'est avec la période oolitliique que se manifestent les premiers chéloniens.

Les poissons oolilhiques sont surtout des gauoides lioinocerques, comme Atp* dorhynchm et des sélaciens. On voit aussi apparaître, mais en petit nombre, les premiers ièlèostëent ou poissons osseux.

(I) Am,

» Journal of Science, XV, p. 459; XVIII. pp. 00, 215, 30G; XX, p. 333.

PÉRIODE OOL1THIQUE.

s«- — Parmi les articulés, on remarque, avec des libellules et des

arachnides, d'assez nombreux crustacés des genres Eryon et Glyphxa.

Les ammonite» (fig. 351. à 560) et les bélemnites (fig. 361, 362) continuent à être abondamment représentées. Les principales familles d'ammonitidés ooli-

Fig. 359.

tmanilu tPhytluccrat) vialor, d"Orb., du balbonie . — Fig. 3&l.Amm. (MfJtsccnu) ptgchoicu*, Queitsl.. erai) crenatut, d'Orb., de roilbrditn. — Fit. 358. Am n de Pougues (ombilic masque par li gangue].— Fig. 359. icn supérieur.— Fig. 360. Amm. {Amalthrv* '

n. [AmaUheut) cordatiu. Sus.

Sow.,de l'oifordlen.

thiques sont les Stéphanocératidéi (Stephanoceras (fig. 351, 354, 358), Cosloceras, Sphmrocera» , Peliocenu, Reineckia, Marphocerat, Perisphinctet , Parkûuonia, Pictonia, Aspidoceras), puis les Cotmocerat, Neumayria (fig. 352), Oppelia, Harpoceras (fig. 357). C'est également dans cette période qu'apparaissent les ammonitidés à tours disjoints, tels que Toxoceras. Souvent les ammonites oolitliiques ne sont représentées que par un de leurs organes internes, appelé Âptychm.

Les gastropodes, très nombreux, appartiennent spécialement aux genres Nerinea (fig. 563) , llieria, Phasianella (Chemnitzia) ^ig. 564), Pleurotomaria (fig. 365), Plerocera, Purpura, Trochut, Turbo.

Les huîtres (fig. 566 à 570), constituent des bancs entiers, offrant, à côté des genres Ottrea (fig. 567, 568, 369), et Gryphœa (fig. 574), des types spéciaux, ceux des Exogyra (lig. 366) et Lopha (6g. 570), souvent associés aux genres

Trigonia (fig. 571 à 575), Ferna (fig. 575), Lima (fig. 576), Avicula (flg. 577),

ÎÎ1

Fig. 367. Fig. SfiS.

Fig. 361. Jtrfeimtrfn ftn.tafm, Blaio»., de l'axAmlini. — Fi(

cicn. — Fig. 363. Keriaea tnbtrcutum.. Boem.. du fcimme

ilrialo, Sow. (réduite), de rirgoiien. — Fig. 365. Ptem

Fig. 366. Exagyra virgule, Coldr. du nrgulien. — Fig. 367. Wnw dtllaidea, euct. (0. i««â>{<fi4M. Pellat) (réduite:, du léquiiiien. — Fig. 368. Ottrea grrgarra). Sont. (Mtctrytmia Putitri, Bijle; * l'oilordien. — Fig. 36fl. Ôilrti

ig. 368. Fit- I*>

■I. umainnUculittH; Hirt., du k - Fig. 36*. Pfcnj.'unr Ho (C*e»u.it

s, Sow.. du bathonien.

Peclen, etc., pendant que, dans lus depuis tlomya (fig. 578), Ceromya, etc.

, abondent les genres Phola-

Les Térébrattilidés et lus lihynclionctlidc's (lig. 57!* à 585) présentent des types variés, ainsi qu'une grande richesse un individus des genres Terebratttla {fig. 3&i),

PÉRIODE OOLÎTHIQDE.

Fig. 37*. Fig. S73. Fig. SU.

Fig. 37Ï. Trig. eoulnta. Sow., du bijncicn. — Fij. 373. Trig. piMiojn, Sow., du poi'tlindicn . Fig. 371. Gnjptimo dilalala, Desh. (réduite), de l'oifordlen.

Fig. 383. Fig. 381. Fig . 385.

Fig. 378. Tenbratula {Pggope) diphijn. Colonne, du Ih'ptiya-lUlk. - T. Jiuch, du bathonitn. — Fig. 381. Ttrebratula [Dïctyiithyrïi rieur. - Fig. 38i. tcrcbratalu flabeltiim, Defr., du bilhonien n Itria) lagtnalU, Munit., du balhonien. — Fig. 381. Waldlicn Fig. 385. Ttrebratula (Eudetia) cardiiim. Lsm, ip-, du bathonien. du corallien.

Megerka, Pygope (fig. 579), Endetta (fig. 385), Waldheimia (Zriûeria (fig. 585, 384), Attlacothyris), Dktgothyrit (lig. 381), Hemithtjrù, Acanthothyrii, AApufcnella (fig. 380), elc.

Fig. 388.

Fig. 390 fig. 361. Fig.»

Fig. 591. Clypr»' PI" clumatlarii, Blaint nobriisuâ tiuiatu Fig. 39Î. Milirricri

i, Klein (C thwalai, Leste), du lulhanien. — Fig 388. Echimobritti* (Nwrfm , du bathoiucn. — Fig. 389. Atrnualtiiia ipinom, Ag., du batbonitn. — Fig. SCO.

Un., du corallien. — Fig. 391. Cirfnrw ftarigr-mma, Hhil. , du conllia ut, de l'oxfardien. — Fig. 393. iljiiocrjitiu Parkinioni, Scblatb., du bithoniei

On voit aussi apparaître, vers le milieu de la période, une nouvelle famille, celle des chamacét (Diceras (fig. 386), Heterodicerai), dont le test partieuliëre-

Fig.391. Segphia rctlculata.Qnlût., de l'»rgo>

Hjt. ".(Xi. ThMmnn^i-i™ niwAiteWM, du corallien. — Fig. 393. <.'«i:H>f«)</«ï. ««lum'ono, Zign.. du ai»meridgien. -~ Fig. 39H. Loinalojilrrh Halditini, Sap., Un ballionien.

ment épais était accommodé aux conditions qui président à l'établissement des récifs de polypiers.

L'embranchement des rayonnes joue un grand rôle dans la faune oolîlhiquc;

PÉRIODE OOLITHIQUE. 847

les oursins, jusqu'alors très pauvrement représentés, deviennent abondants, offrant les genres Clypeu» (fig. 387), Echinobriuat (Nucleolila) (fig. 388, 390), Byboclypus, Glypticut, Pygaster, Pygurus, etc. et, parmi les oursins réguliers, Cidarit (lig. 391), Hem.icida.rix, Pteutlocidartt, Acrotalenia (fig. 389), Stomechinu», Pieudodiadema, etc. Les Crinoïdes, Apiocrinus {fig. 393), Miltericrinu* (fig. 392), Eugeniacrinus, Bhodocrinut, jonchent certaines couches de leurs débris, tandis que les polypiers, liattrma, Thamtuutrœa (fig. 396) , Stylina, Montlivauitia, Calamopkyllia (fig. 395), etc., édifient de puissants récils, dont les cavités servent de refuge aux oursins, aux dicérates et aux gastropodes à lest épais. De même, les spongiaires, Scyphia (fig. 394), etc., se multiplient de telle façon que certains bancs en sont complètement remplis. Les foramin itères paraissent peu florissants. En revanche, les mollusques bryozoaires pullulent parfois et partagent avec les polypiers la faculté de constituer des couches entières.

Flan oolltklqMc. — La flore oolitbique d'Europe n'est pas très riche, ce qui se comprend, vu la grande prépondérance des sédiments marins. Les fougères appartiennent en majorité à des types de terrains élevés et secs, comme en témoignent les frondes maigres, exiguës et coriaces des ClenopterU, Cycadoplerit (fig. 397), Lomatopterù (fig. 398), Scleropterù, etc. (I).

Parmi les cycadées, on observe des genres de localités humides, Ptetvxamtie* et d'autres de stations sèches, Zamite» (fig. 401), Otozamitex, Sphenosamùei, Pte-

Kig. 399.

Fig. 399. Brachyphyltum n schistes de Si.

Fig. 100.

», Sap., de loolilhe. — Fig. iOO. J

Fig. 401.

irophgllum Praliaiiam, Coepp., Jet

rophyUum (fig. 400), avec des organes fructificateurs, Beania, Zamiottrabus, etc. C'est à la fin de la période que les cycadées paraissent avoir atteint une sorte d'apogée, dans les troncs élancés et ramifiés dont les débris s'observent au milieu dans les couches de Purbeck.

{I) DeSaporta, le Monde du plante; p. 191.

Les conifères formaient alors des arbres de grande taille, analogues les uns aux Araucaria, les autres aux cyprès, d'autres aux séquoias, ces trois familles apparaissant pour la première fois dans le système oolithique; mais les plus caractéristiques de l'époque, les Brachyphyllum (fig. 599), n'offraient que des rameau! raides et des tiges nues. Au nombre des taxinées on retrouve le genre Baiera, déjà connu dans la flore liasique.

Dans les régions septentrionales, Russie d'Europe, Sibérie, bassin du fleure Amour, les dépôts terrestres de la période oolithique sont assez nombreux et ont fourni plus de 100 espèces végétales, parmi lesquelles nous citerons, en fait de fougères, Thyrsopteris, Dicksonia, Asplenium; de cycadées. Podozamiles, A'i/faojtia, Anomozamites; de conifères, Baiera, Ginkgo, Pinus (1).

Aux algues marines oolithiques appartiendraient les empreintes connues sons les noms de Cancellophycus et de Chondrites.

Dans son ensemble, la flore oolithique parait avoir été pauvre, monotone et peu appropriée à la nourriture des animaux (2). Aussi remarque-t-on que les vertébrés terrestres de cette période étaient, pour la plupart, carnivores ou insectivores. Les dimensions des plantes oolithiques sont inférieures à celles de leurs congénères actuelles. Enfin, à en juger par les types observés, la température de l'Europe, à l'époque correspondante, ne devait pas être extrêmement élevée. Comme contraste avec la flore permo-carbonifêre, dont nous avons précédemment constaté les rapides variations, la flore oolithique se montre asseï stable pour qu'on ait souvent quelque embarras à dire si un gisement de plantes de cet âge appartient au début ou à la fin de la période. Même il y a certains types, comme Podozamites lance olat us > qui. répandus dans les dépôts oolithiques. étaient déjà connus dans la flore liasique. Aussi semble-t-il permis d'en conclure que les conditions du relief continental et de l'atmosphère terrestre ont dû varier très peu pendant les temps jurassiques.

Mvisi«M ém systéaae •ollthlqae. X«B«eaelat«re anglaise. — La série de*

couches oolithiques a été pour la première fois établie en Angleterre, au début de ce siècle, par William Smith. Tout en reconnaissant (et c'est là son grand titre de gloire), que chaque assise était caractérisée par une faune spéciale, Smith n'avait pu fonder si classification sur l'argument paléontologique, dont l'application eût été alors prématurée. Il s'était donc borné à relever, dans le sud-ouest de l'Angleterre, l'ordre normal de succession d'un ensemble de couches dont chacune se distinguait par la constance de ses caractères pétrographiques. Cette série, précisée plus tard par Ruckland iô), puis par Conybeare et Phillips 4\ a longtemps servi de type pour l'étude du système oolithique sur le continent. Elle se composait, au-dessus du lias, des termes suivants, énuméres en ordre ascendant :

il- Heer. Me,». Acad. de Si-Pe'tertbovf. XXV. XXVII.

l^1 De Saper: J. Buii. de ia S*v. feo*. de France. £• «rie. XITX, p 160.

v"5 Orjf oftu;*e~:\\*ttto i cf s: •*.:.* a in tke Bri:t<k hlcmé. 1818.

(4 Omtltmcs oftAe ;*v.'«v* °f £*£'*«-' *»** M «If». 18*2.

PÉRIODE OOLITHIQUE. *%0

1° Inferior oolite; 2° Fuller's earth ; 3° Great ooliic; \° Bradford-clay and Forettmarble; 5° Cornbrash; 6° Kelloway rock; 7° Oxford-clay; 8° Coral-rag; 9° Jftfwmeridge-clay; 10° Portland sand and Portland stone; 11° Purbeek bed*.

Nomendalve systématique. — À partir de 1845, Alcide d'Orbigny déduisit, de la comparaison des faunes, une classification systématique en étages dont toutes les dénominations, à l'exception d'une seule, furent empruntées par lui à la nomenclature anglaise. Vinferior oolite, dont le type fossilifère le plus remarquable se trouvait aux environs de Bayeux, devint l'étage bajocien ; le nom de bathonien fut appliqué à l'ensemble des assises 2, 3, 4 et 5, en souvenir de la ville de Eath, où la couche dite great oolite est le mieux développée ; enfin a chacune des assises suivantes correspondirent respectivement les étages callomen, ozfordien, corallien, kimmeridgien et portlandien, ce dernier comprenant, à titre d'annexé, les Purbeek beds.

La classification de d'Orbigny fut très généralement adoptée; mais, quand il s'agit de fixer, sur le continent, les termes qui devaient composer chaque étage, plus d une fois les attributions faites se trouvèrent en désaccord avec le principe même de la classification, c'est-à-dire que les assises classées dans un étage déterminé n'étaient pas toujours exactement synchroniques des couches anglaises auxquelles le nom de cette division avait été emprunté. Ainsi, en même temps qu'il reconnaissait, dans les strates qui forment le pied de la falaise de la Héve, une dépendance du Kimmeridge anglais, d'Orbigny classait dans le corallien, à La Rochelle, des assises qui doivent être aujourd'hui considérées comme contemporaines des premières. De même les géologues du Jura et, plus tard, ceux du bassin de Paris, s'habituèrent à qualifier de portlandiennes des couches qui n'avaient rien de commun, ni avec le Portland sand, ni avec le Portland stone.

De plus, à mesure que les études de détail faisaient des progrès, beaucoup de noms nouveaux s'introduisaient dans la science, soit à titre d'équivalents locaux des désignations de d'Orbigny, soit pour représenter des subdivisions dont les unes n'étaient que de simples sous-étages, tandis que les autres avaient, dans la pensée de leurs auteurs, une véritable indépendance. De cette manière, tandis que le bajocien devenait, en Franche-Comté, le lœdonien de M. Marcou (l)f et que, dans le Jura, le corallien tantôt se partageait en glypticien et en diceratien, tantôt prenait le nom de rauracien (2), le bathonien se divisait en vésulien (3) à la base et bradfordien (4) au sommet. Le callovien, démesurément agrandi par quelques auteurs, en venait à englober la presque totalité de l'Oxford-clay*tandis que d'autres, le réduisant au Kelloway-rock, en faisaient un sous-étage de l'oxfordien, le reste formant le dive'sien, caractérisé par l'argile de Dives et quelquefois aussi le villersien ou argile de Villers. Vastartien et le se'quanien prenaient une place en quelque sorte intermédiaire entre le corallien et le kimmeridgien et

(1) Tiré de Lœdo (Lons-lc-Saulnier).

(2) Créé en 1867 par H. Greppin, le nom de Rauracie désignant la région du Jura.

(3) De Yesoul (Marcou, 1848).

(4) De Bradford (Desor, 1859).

SI LAPPAREîfT, TRAITÉ DE OÉOLOfilE. 54

ce dernier se subdivisait lui-même en ptérocérien et virgulien (I), pendant que, pour éviter de comprendre dans le portlaudien des assises contemporaines du sommet du Kimmeridge clay, on créait pour cette division le nom de boionien{%.

Enfin, l'observation ayant conduit à reconnaître que les limites des étages étaient loin d'être partout les mêmes, certaines zones de passage reçurent des noms spéciaux, comme Yaalénien (5) de M. Mayer, ou passage du lias au bajocien, Yargovien de M. Marcou (4), qui forme une transition entre l'oxfordien et le corallien et le tithonique d'Oppel, qui caractérise le faciès pélagique des couches de passage entre la série jurassique et la série crétacée.

méthode suivi© dans ee chapitre. — L'emploi de tous ces noms a fini par produire une certaine confusion et parmi les termes qui viennent d'être énumérès il n'en est guère aujourd'hui dont la signification soit comprise par tout le monde de la même manière. Aussi quelques géologues ont-ils abandonné les désignations d'étages pour y substituer celles de zones paléontologiques, caractérisées par un fossile dominant, le plus souvent emprunté a la famille des ammonites. Néanmoins l'avantage de dénominations univoques est trop marqué pour qu'il nous paraisse opportun d'y renoncer. Nous conserverons donc une division en étages et, au besoin, en sous-étages, aussi conforme que possible à la nomenclature de d'Orbigny, mais à la condition de respecter avant tout le principe de la classification anglaise et de ne point appeler coralliennes, par exemple, des assises dont on peut prouver le synchronisme avec une partie du Kimmeridge clay des Anglais. Il est bien entendu, d'ailleurs, que les sous-étages peuvent n'avoir qu'une valeur locale et qu'il serait parfois illusoire d'en vouloir chercher les équivalents exact* dans telle ou telle région déterminée. L'histoire de la période jurassique comporte ce qu'on a justement appelé des épisodes régionaux ; de ce nombre sont le* formations de polypiers ; chacune d'elles est forcément limitée et il faut s'attendre à la voir passer latéralement, quelquefois même d'une façon très brusque, à des sédiments d'une tout autre nature. Un même étage peut ainsi avoir un faciès corallien, caractérisé par les coraux en place et les oolithes (*>), un facirt marneux, à pholadomyes ou à spongiaires (pholadomyen,spongilien)9 ou encore un faciès pélagique à céphalopodes, sans compter le faciès côtier, représenté par uV> sédiments argileux ou sableux. Dès l'époque oolithique, la géographie de l'Europe occidentale était assez compliquée pour que, d'un bout à l'autre de ce qui forme

(l) Soins créés en 18.V2 par Thurmann, ainsi <jiie celui d'Astartien. Le sé</ iranien est de M. Marcou.

(ft) Blake, Quart. Journ. geol. Soc. of Londoti. XXXVI, p. 581. Nom emprunté à la localité classique de Boulogne-sur-Mer.

(5) D'Aaleu en Wurtemberg.

(4) Tiré de l'Argovie, en Suisse.

(5) Le faciès corallien se reproduisant à divers niveaux, sous des aspecls qui parfois semblent identiques dhiis un premier examen, quelques auteurs ont cru que le nom d'étage corallien devait être entièrement rayé de la nomenclature. Nous pensons néanmoins qu'il y a Jieu de le maintenir, en l'appliquant aux couches synchroniques du coral-rag et du corail me oolite de» Anglais, dont l'horizon est d'ailleurs celui où les formations de coraux sont le plus communément répandues.

PÉRIODE OOLITHIQUE.

aujourd'hui la région française, une môme assise pût offrir, suivant les points, ces différentes manières d'être. Ainsi s'expliquent les difficultés qui ont si longtemps arrêté les géologues et dont quelques-unes, à l'heure actuelle, laissent encore prise à la controverse.

Sous ces réserves, voici la série des noms d'étages et de sous-étages qui seront le plus souvent employés dans ce chapitre, avec l'indication des zones paléontologiques correspondantes. Mais il doit rester bien entendu que les

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